AZEVEDO
5 Compte de J. Van den Daele, précité (n° 45667), f° vj.
6 Diericx, Mémoires sur la ville de Gand, II, 80.
régla « le fait de leur subsistance \ » Cette chambre, qui n'était autre que la bourse commune, avait également pour administrateurs des laïques choisis par le magistrat ; on les nomma, d'abord « commis à l'administration et à la sollicitude des pauvres, » et ensuite « gouverneurs de la chambre des pauvres. » Une ordonnance du 26 juin 1549 régla spécialement les attributions de cette institution , correspondante à celle de nos bureaux de bienfaisance 2 . A Bruxelles existait, depuis 1446, sous le nom de suprême charité, un conseil chargé de la direction et de la surveillance des hospices, des hôpitaux et des autres fondations pieuses. L'institution de ce conseil, composé d'anciens membres du magistrat, avait été approuvée par une bulle du pape Nicolas V, établissant que, depuis les temps les plus reculés, l'administration et la direction des établissements de l'espèce appartenaient à l'autorité communale de cette ville 3 . Quelques années après la promulgation de l'édit de 153.1, les « chefs et généraux pour la direction et l'administration de tous les biens des pauvres (Jean Dekegele, Jean Vanderstraten, Hector Van Edinghen et Adrien Van Ranst) » se plaignirent à l'empereur du refus fait par les « receveurs, clercs ou autres ayant agence et administration dans les maisons du Saint-Esprit, hôpitaux et autres maisons-Dieu, de dresser recette des diverses sommes de deniers reçues par dons , testament ou autrement. » Ils exposèrent en outre que plusieurs personnes ne voulaient pas s'acquitter de la charge de « maîtres de chanté particuliers dans les paroisses de la ville et de sa franchise 4 . » Ces plaintes
• Hetfaict van der subslantie der aermen.
' Documents de la chambre des représentants, 1. c, 4295.
3 Ord. de 4446. Groodt Boeck mette knoopen aux Archives de Bruxelles.
4 Ces maîtres particuliers étaient nommés par les maîtres de la suprême cha-
provoquèrent un règlement du conseil de Brabant (1 er mars 1 535) décidant que tous dons et legs en faveur des indigents seraient mis à la disposition de ces administrateurs, à moins que l'exécuteur testamentaire ou une autre personne désignée nominativement n'eût reçu à cet égard un mandat spécial. Il fut prescrit aux receveurs, clercs ou autres chargés de l'administration d'établissements de bienfaisance de leur obéir, de leur soumettre les registres de compte, l'état dés biens et les revenus de ces établissements, sous peine de destitution et d'amendes progressives. La charge de maître particulier fut rendue obligatoire, et une amende de dix florins carolus comminée pour chaque cas d'insoumission et de désobéissance envers les maîtres généraux \
Ces dispositions et celles de l'édit de 1531 furent confirmées par un placard du 3 janvier 1539 qui reconstitua, sur de nouvelles bases, la suprême charité, et ce placard, digne d'attention, étendit encore les attributions et le pouvoir des chefs et des maîtres de cette administration; il consacra itérativement le principe de l'ordonnance de 1535 laissant à la disposition des maîtres généraux ou particuliers l'emploi des dons et des legs pieux. La collation ou provision des places des indigents dans les établissements de charité fut réservée aux mambours de ces établissements, maîs sous le contrôle des maîtres de charité généraux. Conformément à l'édit de 1531, ce placard stipula l'institution d'une bourse commune; l'obligation de la reddition des comptes; l'immatriculation des pauvres; l'interdiction de la mendicité, sans autre exception que pour les ordres mendiants, les prisonniers
rite, en vertu d'une ordonnance du magistrat approuvée par l'empereur. Considérantde l'édit du 4«*mars 4535 (4534 V. S. ). * Documents de la chambre des Représentants, 1. c, 4324-4322.
et les lépreux. Il chargea les membres de la suprême charité de fournir, autant que possible, du travail aux indigents; enjoignit aux personnes légalement secourues de porter une marque distinctive; leur -recommanda de se bien conduire et d'élever avec soin leurs enfants. Enfin, il réitéra Tordre d'établir dans chaque église un tronc destiné à recueillir les aumônes et fermé à plusieurs clefs, et prescrivit aux curés, aux prédicateurs et aux confesseurs de s'attacher à%mspirer pleine confiance dans la gestion des administrateurs légaux 1 . Les magistrats de là ville furent autorisés à amplier et à améliorer cette ordonnance chaque fois qu'il serait nécessaire et utile à la suprême charité et aux pauvres, avec le consentement du chancelier et du conseil de Brabant 2 . Des directeurs de fondations particulières ayant formé opposition à ce décret, l'empereur le confirma, le 24 janvier 1542. Il ordonna, en même temps, que tous les indigents autorisés à recourir à la charité publique, portassent une plaque de cuivre, ayant pour empreinte un Saint-Michel et la lettre B, et fussent employés à divers travaux : à enlever les boues, à entretenir les fortifications, à tourner les moulins à bras 3 . Enfin, un éditdu 26 avril 1552, publié sous forme d'addition à celui de 1539, détermina le mode de reddition des comptes, la responsabilité de tous les agents chargés de la recette et de la gestion des biens des pauvres. Cet édit supprima les frais de repas et autres, quels qu'ils pussent être, résultant de la présence des diverses personnes appelées à contrôler leur administration 4 .
1 Art. M , 3 et 37.
a Histoire de Bruxelles, I, 3o4 . —Doc. de la chambre des Représentants, 1. c.
* Plac. de Brabant, III, 435.
* Documents de la chambre des Représentants, 1. c , 4329.
Malheureusement le principe qui consacrait la centralisation locale des secours, ne put s'établir d'une manière permanente et générale. La plupart des tables du Saint-Esprit restèrent indépendantes; beaucoup de villes conservèrent un régime où le mot de liberté colorait une foule d'abus; malgré tous les efforts, la misère s'accrut; la mendicité augmenta; les édits contre les mendiants et les vagabonds se succédèrent sans interruption et sans succès. En 1556 même, un édit du 15 juin, spécial pour la Flandre, rendit aux malheureux que le travail ne pouvait pas nourrir, la liberté de mendier, soit dans leur lieu de naissance, soit dans le lieu où ils avaient résidé pendant un an l .
Dans les contrées voisines on ne se préoccupa pas moins qu'en Belgique des réformes proposées par Vives, dont le livre eut l'honneur de plusieurs traductions. La ville d'Amersfoort adopta un règlement calqué sur celui d'Ypres et sur l'édit de 1531 ; Ërard de la Marck chargea ses conseillers d'étudier ces mesures; mais ils procédèrent si lentement à ce travail que la mort du prince empêcha l'extirpation du mal qu'il avait voulu guérir 2 .
Au même ordre d'idées se rattache une institution digne, à son origine, de sa dénomination : le mont-de-piété. La ville qui la première adopta les principes de réforme dans la charité pu-
* Plac. de Flandre.
a Sub hoc tempus, cum per Flandriam et Brabantiam, et primum Lovanii et Gandavi novae leges émanassent et promulgatœ essent de validis mendicantibus coercendis, multisque incommodis et periculis, quibus sub specie mendicitatis , oppida exponebantur avertendis : deque indigenis miseris et miserabilibus personis, senibus maxime et impotentibus sustentandis, serio mandavit praesul, ut leges ille per suos consiliarios reviderentur et si moribus nostris congruere possent, illis et nos pro majori quiète et sectiritate civitatis et oppidorum uteremur , sed negotio hoc lentius procedere , et morte praesulis praeter opinionem citius obrepere, res infecta remansit. J. Chapeauville, III, 329.
blique, fut la première aussi à en établir un. « L'intérêt demandé par les lombards était si exorbitant que, malgré le témoignage des historiens, on peut difficilement y croire l . On avait mainte fois cherché à combattre ce fléau de l'usure ; mais la science économique n'aboutissait alors qu'à des mesures répressives, désastreuses pour le commerce, souvent pires que le mal. Ainsi, un édit du 9 avril 1511 supprima les lombards, révoquant tous les privilèges octroyés « à aulcuns marchands piémontois ou aultres pour tenir comptoirs et tables publiques à l'effet de prêter à usure 2 . » Cet édit souleva de telles réclamations que, quoique renouvelé l'année suivante (9 avril 151 1), il ne fut pas
1 Beyerliock (Magnum theatrum vitœ humanœ, 4634, V, 602) dit que cet intérêt s'éleva d'abord à 80 °/o, et descendit à 60, puis à 40 °/ . Boxhorn (Dissertatio de trapezitis, 4640, 32) le fait montera 60 %. D'après d'autres auteurs, les lombards demandèrent d'abord 66 °/ , et ils furent successivement réduits à 55 et à 44 °/ {Déduction du présent estât et disposition des affaires des monts-de-piété de par deçà, en Van 4649, 2); ou bien, d'après un autre écrivain (Kerkelyke historié en outheden der zeven vereenigde provincien, III, 45), les premiers lombards prêtaient à 86, puis longtemps à 65 %. Jean Boucher (l'Usure ensevelie, 4628, l. h, c. 4) donne le tableau suivant des intérêts perçus par les lombards en Belgique : De 4 499 à 4 54 5, 4 30 % ; de 4 54 5 à 4 549, 68 %; de 4549 à 4574, 43 73 %; de 4575 à 4593, 32 '/, %. Le taux de ces premiers intérêts perçus par les lombards doit être regardé comme exagéré; en tous cas, l'époque est évidemment mal indiquée; car en supposant que les usuriers aient jamais exigé des intérêts aussi exorbitants, c'était à une époque beaucoup plus reculée, et non au xvr 3 siècle, où le taux de l'intérêt des rentes hypothéquées était généralement de 40 %. « Mais il est essentiel de remarquer que la charge de ces intérêts à payer, était aggravée encore par la manière déloyale dont les Lombards établissaient leur compte. Ils ne prêtaient que par semaine, et lorsqu'un pauvre négligeait de venir dégager un objet le samedi avant midi, et ne se présentait que l'après-diner, le Lombard exigeait l'intérêt de la semaine suivante; ou bien, un pauvre déposait-il le samedi un objet qu'il dégageait le lundi, le Lombard lui faisait payer l'intérêt de deux semaines. Dans les deux cas, c'étaient des comptes de semaines rompues. » (M. de Decker, 1. c. Introduction, xxvu et xxvm.)
» Plac. de Flandre, I, 529.
exécuté; il fallut tolérer ce qu'il était impossible d'empêcher. Cependant si d'énormes bénéfices compensaient pour le marchand Ténormité des intérêts payés ; s'il n'y avait pas à s'occuper du noble cherchant de l'argent pour satisfaire sa vanité, son orgueil, ses plaisirs ou ses caprices; il n'en était pas de même de l'ouvrier, obligé, dans ces temps de fréquents chômages, à emprunter pour se procurer du pain. Depuis * longtemps les principaux états de l'Europe avaient compris la nécessité de remédier à cet état de choses, quand l'initiative d'un moine italien créa les monts-de-piété dans son pays \ d'où ils ne tardèrent pas à se répandre dans lès autres contrées. Le 19 août 1534, un prêtre d'Ypres, Josse De Wulf, remit au magistrat de cette ville, sous forme de prêt, une somme de 80 livres de gros, et, le H avril de Tannée suivante, il y ajouta 20 livres, en faisant de cet argent une donation affectée à l'établissement d'une bourse de prêt (leenbursé) pour les pauvres. Cette bourse, à l'instar des monts-de-piété italiens, prêtait sans intérêts 2 ; elle était administrée gratuitement par cinq personnes à la nomination de l'autorité ecclésiastique et du magistrat ; le receveur ou directeur, payé par la ville, rendait annuellement compte de sa gestion 8 . Ce premier essai éveilla l'attention des autres villes, et, de 1550 à 1560, plusieurs tentatives curent lieu pour la création de Bourses de prêt \ Mais ces monts-de-piété , de même que
1 M. de Decker, 1. c.
1 On sait que la grande division des monts-de-piété généralement admise, est celle en monts-de-piétô italiens prêtant gratuitement , et en monts-de-piété flamands percevant un intérêt sur les sommes prêtées.
3 M. de Decker, 1. c, 34-32, d'après un manuscrit intitulé : Project van d' institut ie ofte narratif van doorsaecke van den Leenberg, reposant aux Archives de la ville d'Ypres. — Sanderus, Flandria illustra ta, II, l. vi.
* M. de Decker, 1. c.
celui d'Ypres, établis au moyen de capitaux insuffisants, ne purent paralyser les opérations des lombards et ne firent que végéter, jusqu'au jour où, au nom du gouvernement,Wenceslas Coebergher les organisa d'après un plan uniforme.
Pendant que le paupérisme croissait, le luxe des vêtements, de la table, des fêtes, était poussé à l'excès par toutes les classes de la société. Cet entraînement, source de tant de misères, appelait impérieusement la répression. En 1522, Charles-Quint avait déjà résolu d'opposer des barrières à ce désordre, et l'édit de 1531 les établit. Mais ces barrières furent d'autant plus inefficaces, que le gouvernement étalait lui-même une excessive somptuosité, et qu'il la stimulait chez la noblesse.
L'inventaire de la garde-robe de Marguerite a montré les raffinements de la toilette des princesses; il est fâcheux qu'il ne nous reste guère de tableaux contemporains représentant les splendides costumes du souverain et de sa noblesse. C'est en idée qu'il faut se figurer Charles -Quint coiffé de sa gorra ou gorrica l ; de son « bonnet à la morisque en velours sur velours; vêtu de ses « robes, sayons, pourpoints, chausses et aultres accoustremens, de toile d'or et 'd'argent, de satin cramoisi, damas noir, gris, jaulne, blanc et aultres couleurs 2 ,
1 « Ainsi donc ce grand empereur s'accomoda de ce bonnet, sans porter le chapeau, qu'il n'aimoit pas tant que una gorra o gorrica, que l'Espagnol appelle aussi ainsi, bonnet ou petit bonnet, voire de drap, qu'il portoit quasy ordinairement, et que de ces temps les bonnets étoient fort en usage, non comme aujourd'hui les grands fats de chapeaux que l'on porte garnis plus déplumes en l'air qu'une autruche ne peut fournir en chacun. » Brantôme, M5.
" « Pour cent unze aulne» demye et demi quartier de riche thoille d'or et d'argent, pour en faire robes sayons et pourpointz pour le roy, au pris de vingt livres l'aulne, ij » ij • xxxij livres x sols. — Pour trois cent quarante six aulnes ung quartier de satin cramoisy rouge et damas noir, gris, jaulne, blanc et
ou de drap écarlate, blanc ou noir ' ; » son jeune fils Philippe portant le bonnet que lui donna Marguerite (1529), bonnet de satin blanc orné d'une grosse bague, montée de quatre beaux diamants et de perles, de boutons, d'aiguillons avec perles et d'une plume à paillettes d'or d'écu 2 . Le sentiment moral condamne sans doute ce luxe ruineux; mais nos prédilections pour le pittoresque sont toutes prêtes à l'excuser à la vue des tableaux et des gravures montrant nos aïeux avec leurs robes fourrées d'hermine 3 ; leurs paletots gris, noirs, bordés de diverses couleurs 4 ; leurs sayons de drap, de velours,
aultres couleurs, pour en faire robes, sayons, pourpointz, couvrir chausses et austres accoustremens, au pris de lv sols l'aulne, ix c lij livres iij sols x deniers.
— Pour une aulne de velours sur velours, pour ung bonnet à la morisque, xvj livres. » Compte de Nicolas Rifflart, précité (n Q 4927), f° vj xx hij.>> — Voir t. II, p. 299, note 5.
1 « Pour la façon de xxviij paires de chausses pour ledit seigneur roy tant de drap d'escarlate blanches et noires, qui au pris de xx sols la paire, xxviij livres.
— Item, pour la façon d'une autre paire de chausses de damas blanc pour ledit seigneur roy, xx sols. — Item , pour cordons de soye blanche pour servir à icelles chausses, xiiij sols. — Pour drap jaulne pour doubler aucunes des chausses cy-dessus, vj livres xv sols. » Ibid., f° vj xx xiiij.
1 « Pour ij ° xiiîj grains d'or d'escuz mis et emploies à avoir fait une grosse bague garny de quatre gros dyamans et de perles, certains boutons et esguillons aussi avec des perles, que madame entend faire poser et mectre sur un bonnet dont elle fera don au jeusne prince d'Espagne, xxxij livres vij sols. — Pour xliiij cueur de paillettes d'or d'escuz, pour servir à une plume que se mectra sur ledit bonnet. » Compte de J. de Marnix (n° 4805), f° viij xx X vij. — « Pour la façon d'ung bonnet de satin blanc, lequel madite dame a envoyé, furny de riches bagues, au petit prince d'Espagne, xij sols. » Ibid., f° ix xx ij *<».
3 Voir chapitre XVI.
* « Ung palto noir bordé de vert, ung aultre palto grys sans manches, une paire de chausses gryses doublées de jaune drap, ung pourpoint de saye noir, une chemise et une daghe, le tout de peu de valeur, vj livres ix sols. » Compte de J. de Flandre (n° 13713), de 4524-4522, f° vij. — «c Receu de la vendicion d'ung palletot gris sans manches , une paire de chausses , ung pourpoint de fustaine et ung bonnet rouge , le tout de petite valeur, iij livres. » Compte de L. de Flandre (n° 43744), de 4528-4529, f° xij '°. — « Receu de la vendicion
de satin, de damas l ; leurs manteaux « à la mode d'Espagne 2 ; » leurs pourpoints de velours 3 ; de soie, de fustaine 4 ; leurs chausses de drap de diverses couleurs 5 ; leurs bonnets de velours ornés d'aiguillettes et de boutons d'or*; leurs chapeaux de feutre 7 ou de soie 8 , gantés de gants d'Espagne 9 ; portant l'épée et la dague l0 ; leurs femmes coiffées de capes à la mode d'Espagne, « de chaperons de soie, de satin, de velours, de chapeaux de taffetas, de coiffes à fil d'or ou d'argent; avec leurs manteaux, avec leurs robes de drap, de soie, de
d'ung palletot d'homme de drap tanné, manchettes de camelot, gorgerettes de femme, le tout de petite valeur, vj livres. » Ibid., f° xj *°. — « Die te Drogenbossche, eenen sweerten paltroch gestolen haddo. » Compte de H. de Stradio (n« 42707), de 4538, f«xviij.
' « Ung saion de drap noir. » lbid. t f° x. — « Ung saion de velours. » Compte de J. de Halewin (n° 43784), f° xvij. — « Ung saion de damas blanc. » Compte de N. Rifflart, précité, f° c.
* « Item, encoires ung manteau à la mode d'Espaigne, vendu x liv. iiij sols. » lbid., f° xiij v°.
3 « xij livres pour un pourpoint de velours. » Compte de J. de Marnix (4797), f°ij«xvj»<».
* Voir note 4, page 224.
s « A chacun d'eux xl sols, pour une paire de chausses de drap et xxviij sols pour ung bonnet. » Compte de J. de Marnix (n° 4799), f° vj ".
6 « Pour ung bonnet de velours noir, v livres x sols; — pour viij aulnes d'esguillons et quatre boutons d'or d'écuz mis et employez sur ledit bonnet, Ixxviij sols vj deniers. » Ibid. (n° 4800), f° ix * x viij i°. — • Pour ung bonnet noir, vj xij* d'esguillettes de soye, une paire de gants d'Espagne, ung bonnet d'escarlattes, vij quartiers de ruban de soie de Collogne, pour ung sainture. » Ibid., f° ij e iij *°.
7 « Une douzaine de chapeaux de feutre de la valeur de xxx sols de gros. » Compte de la recette du centième denier, « mis sur toutes marchandises que l'on charge pour estre transportées hors des pays de l'empereur, » 4543, fo V j • x ivjj v o ( n « 23357), 1. c. - Voir chapitre XX.
8 « iiij • chappeaulx de soye valissans la somme de xx sols de gros. » Ibid., f«v e lxij.
» Voir note 7.
•° Voir note 4, page 224.
satin, de damas, de velours, doublées, lignées de satin ou de toile d'argent, fourrées de pelleteries; leurs sayons à manches; leurs cottes et leurs corsages de fustaine, de taffetas, de satin, de velours; leurs ceintures de soie, leurs manchettes de crêpe ou de satin ; leurs gorgerettes de toile, de crêpe ' ; couvertes de failles de drap, de soie 2 , de demi-ostade; gantées de gants de chevreau ; chaussées de souliers de velours ou de soie 3 . » On est frappé de leur air de grandeur et de dignité personnelle que nos costumes modernes ont détruit et qu'il faut certainement regretter.
L'extension des relations des Pays-Bas avec les pays étrangers, principalement avec l'Espagne, avait introduit, au xvi e siècle, beaucoup de modes nouvelles, et l'ancien costume national tendait chaque jour à s'effacer. Le luxe, imposé par politique à la noblesse, avait gagné la bourgeoisie toujours disposée à la suivre dans ses vaniteux écarts; il avait même atteint les classes les plus infimes : suivant un édit de 1546, la contagion s'était étendue des maîtres aux valets. L'ordonnance du 7 octobre 1531 fut tout à la fois un acte de répression, une mesure de classification et une spéculation sur la vanité, dans l'intérêt du service du souverain.
« Pour remédier, dit-elle, au grand désordre et excès régnant entre les vassaux et autres sujets de nos pays de par deçà, en leurs habillemens et accoutremens, à leur insupportable dépense et au bien de la chose publique, » nous interdisons à tous, de quelque qualité ou condition qu'ils soient, aux
■ Voir chapitre XVI.
9 « Entre aultres biens une faille de drap. » Compte de Ch. Carondelet, précité (n° U936), de 4528, f° xvij *°. — « Une faille de soye noire. » Compte de S, deHalewin (n° 43784), f° iiij *°.
3 Voir chapitre XVI.
femmes comme aux hommes, sans aucune exception, l'usage de drap d'or ou d'argent, de toile d'or ou d'argent, de brocart d'or ou d'argent, « en robes, manteaux ou cappes, pourpoints, sayes, cottes ou cottelettes, en manches ou manchettes, en bordures grandes ou petites, » ainsi que de toute espèce de broderies d'or ou d'argent. Les princes, marquis, comtes, chevaliers de la Toison d'or, bannerets d'ancienne noblesse, chefs du conseil privé, et leurs enfants, les chefs d'office et les principaux officiers de l'empereur tenant un nombre de chevaux en rapport avec leur emploi, sont seuls admis à porter robes, manteaux ou sayes de velours ou satin cramoisi. Les autres couleurs sont indistinctement permises; mais il faut entretenir trois bons chevaux de selle, dont deux auront au moins seize palmes et demie de hauteur, pour porter robes de velours ; deux chevaux, pour robes de satin ou de damas; un bon cheval, pour robes de soie de velours, de satin ou de damas. Les contrevenants payeront une amende égale au moins à la valeur des vêtements ou des parties de vêtements indûment portés, qui seront en outre confisqués. La moitié du produit de la confiscation et de l'amende appartiendra à l'église; l'autre moitié sera partagée entre le dénonciateur et l'officier de justice. Les femmes et les enfants se régleront selon le train et l'état de leurs maris et pères; la viduité ne change pas à cet égard la condition des femmes. Ces dispositions seront rendues obligatoires à la Noël prochaine, afin de donner aux personnes portant aujourd'hui dés étoffes prohibées, le temps de se pourvoir d'autres vêtements, et à celles qui désirent porter des habillements de velours ou de soie, le temps de se procurer des chevaux. Les officiers dresseront trimestriellement l'état des personnes usant de vêtements de velours et de soie et du nombre de chevaux
qu'elles entretiennent. Ces états seront envoyés à la régente, sous peine d'une amende de cent carolus d'or, pour qu'elle sache constamment le nombre de chevaux de* guerre disponibles ; toute négligence à cet égard sera punie d'une amende de cent carolus d'or 1 .
Cet édit, renouvelé en 1533 2 , en 1540 8 , donnait une certaine latitude au luxe, à la condition de satisfaire à des obligations envers l'état. Une ordonnance du 14 décembre 1541 confirma encore ce principe, en statuant que les nobles ou les bourgeois dont les femmes étaient accoutumées de porter robes de velours, de satin ou de damas, entretiendraient deux chevaux, sous peine de confiscation des vêtements, avec faculté de rachat, d'une amende de cent carolus et de correction arbitraire 4 . Mais le gouvernement ne tira sans doute pas de ces mesures les avantages qu'il s'était proposés. En effet, une ordonnance du 15 janvier 1546, reproduisant les considérants de redit de 1531, dont elle confirmait les premières dispositions, ne permit plus l'usage des robes de velours, de satin ou de damas, qu'aux seigneurs autorisés à porter manteaux ou sayes de satin ou de velours cramoisi, aux membres des conseils collatéraux, des conseils provinciaux, des chambres des comptes, aux receveurs généraux; aux principaux officiers, tels que baillis, drossarts, écoutètes, maïeurs, prévôts, etc., aux gens des ordonnances, aux gentilshommes de l'empereur et de la reine, aux gentilshommes de nom et d'armes. Elle autorisa les grands seigneurs à porter, dans les
1 Èdits de Luxembourg, 44.
* « A ladite trompette quant Ton publia la deffense de non porter velours. » Compte de J. Van den Daele (n° 45667), de 4533, f° vj.
3 Édit du 27 mai 4540. Plac. de Flandre, I, 693.
4 Reg. n° 544 aux Archives du royaume, f° xlviij.
armées, drap d'or ou d'argent sur leurs harnais et leurs armures. Enfin , elle défendit aux marchands de vendre drap ou soie à crédit aux domestiques ou servantes à gages annuels, sous peine de perte de la créance et dune amende de six carolus pour chaque cas \ En 1548, on en revint pourtant, en partie, au principe de l'édit de 1531 , et il fut arrêté que toutes les personnes portant robes de velours « dévoient tenir chevaux 2 . »
Suivant un écrivain du xvi e siècle, l'amour de la toilette n'avait pas altéré les qualités morales des femmes. « Outre la beauté naturelle , tant du corps que des membres, elles sont, dit Jean de Glen, fort bien apprises, disciplinées, modestes et de mœurs honnestes, qui est cause qu'elles ne sont pas si court tenues de maris ou parents comme en Italie et en Espaigne. Elles marchent par les rues, et par foys vont jouer aux villages, sans aucune arrière-pensée. Elles sont ordinairement fort bien stillées en l'économie, et entendues au fait de mesnage. A cause de quoy les marys en donnent volontiers la charge à leurs femmes. Voire mesme le plus souvent elles acheptent et vendent avec meilleure grâce que leurs marys, et traitent autres semblables affaires et entremises, tant elles ont de subtilité, dextérité et prudence d'acquérir et conserver 3 . » Cependant les mœurs avaient reçu certaines atteintes ; les comptes des officiers de justice et de police abondent en aventures galantes; et les nombreuses mesures prises contre la prostitution , les cas fréquents d'a-
1 Êdits de Luxembourg, 73.
1 -< A ladite trompette, pour avoir publié et fait deffense que tous ceulx quy porteront robes de velours doibvent tenir chevaulx. » Compte de J. Van den Daele, de 4548, f° viij.
3 Jean de Glen, Des habits, mœurs, cérémonies, façons de faire anciennes et modernes du monde. Liège, 4604, 442 T °.
dultère, les innombrables bâtards des princes, des nobles, des patriciens, des membres du clergé \ ainsi qu'une foule d'autres faits 2 indiquent même l'accroissement du mal.
Le type national commençait à s'effacer dans la haute société, déjà francisée par les ducs de Bourgogne, et qui s'imprégnait alors des mœurs italiennes et espagnoles; il s'était maintenu davantage dans la bourgeoisie et dans les classes inférieures, bien que la première annonçât déjà des tendances à l'abâtardissement. La noblesse avait conservé son caractère chevaleresque ; seulement les lois et les mœurs de l'ancienne chevalerie s'étaient bien modifiées; les tournois subsistaient, mais il ne suffisait plus d'y déployer de l'adresse, de la vigueur; le contact avec l'Espagnol, habitué aux scènes sanglantes, avait exercé son influence sur lès anciennes fêtes des preux et l'on croyait manquer de courage, qu^nd le sang ne rougissait pas l'arène. Quelle différence entre ces brillantes passes d'armes qui, aux temps de Jacques de Lalaing, « le bon chevalier sans doubte et sans reproche , » valurent aux gentilshommes belges l'admiration de l'Europe *, et la tuerie qui marqua l'entrée de Charles-Quint à Valladolid ! Lors de sa première réception en cette ville, en 1517, Philippe de Croy, Jacques de Luxembourg, Charles de Lannoy et Adrien de Croy résolurent de donner un tournoi de 60 hommes d'armes,
• Voir les comptes de recette des droits d'actes de légitimation. Archives du royaume.
* Dans un mémoire présenté à Charles-Quint, en 4536, par les maîtres de la suprême charité de Bruxelles, il est dit qu'entre autres actes de bienfaisance, il leur a fallu pourvoir à l'entretien et à l'admission dans des couvents, de pauvres jeunes filles de l'âge de huit à neuf ans, qui avaient été violées « par des vauriens. » Archives du royaume.
3 Voir Jacques de Lalaing, le Ban Chevalier sans peur et sans double, par A. Henné. Revue trimestrielle, VII, 5.
30 contre 30. Chacun deux commanda une bande de 15 hommes vêtus de ses couleurs, et le jeune roi, qui « vollôit bien que on monstrât en Espaigne la hardiesse des gentilshommes de ses pays, » permit le combat au fer non émoussé. Désireux de faire parade de leur valeur devant des étrangers, dont ils n'avaient pas su mériter les sympathies, les combattants y apportèrent une telle fureur que bientôt la lice fut couverte de chevaux tués et de cavaliers blessés ; l'acharnement fut tel qu'on vit les blessés se relever pour combattre encore. Le sang coulait à flots, « les gens qui les regardoient, crioient : Jésus! Jésus! le roi deffendoit de frapper; les dames crioient et pleuroient. Quelque cry qu'il y eust, les capitaines rendoient couraige à leurs gens et recommenchioient de plus beau. » Il fallut envoyer dés gardes en grand nombre pour séparer les combattants et arrêter cette boucherie; aussi Charles jura-t-il que de sa vie il ne souffrirait plus pareil tournoi '.
On courait la lance jusque dans les salles de banquet, comme on le vit à Bruxelles en 1 SI 6.
D'un autre côté, l'aristocratie féodale, à son déclin, avait terni ses qualités par lé servilisme de la courtisanerie. On la vit emprunter au trône l'éclat qu'elle trouvait autrefois en elte-même. Le luxe avait engendré la mollesse et allumé la soif des plaisirs. Chez beaucoup de jeunes nobles ce n'est plus que du bruit et du mouvement sans but élevé ; plus d'un chevalier de la Toison d'or entend, en chapitre, réprimander son ivrognerie et ses mauvaises mœurs 2 ; les fortunes les plus considérables sont dissipées. Le cardinal de Granvelle, grand dépensier lui-même, rapporte que le prince d'Orange avait
• Robert Macquereau, 1. c. — Chronyck van Brabant. ■ de Reiffenberg. Histoire de l'ordre de là Toison d'or.
pour 800,000 florins de dettes. Il en était ainsi de toutes les grandes familles. Renom de France énumérant les causes de la désunion des Pays-Bas, dit : « La noblesse s'est depuis longtemps déréglée et mise en arroi par usures et despens superflus; despensant quasi plus du double qu'elle n'avoit vaillant, en bâtimens, meubles, festins, danses, mascarades, jeux de dez et cartes, habits, livrées, suites de valets, et généralement en toutes sortes de délices, luxe et superfluités \ »
D'autres causes n'avaient pas moins contribué à la ruine de la noblesse. « Quant à la deffence de ces pays, écrivait Marie de Hongrie, j'ay esté tousjours d'intention, comme encoires suis, d'armer et mectre à cheval le plus de la noblesse de ces pays que l'on pourra 2 . » Or, comme les
1 M. de Decker, 1. c — M. de Gerlache, Histoire du royaume des Pays-lias, 74 . — Un extrait « de tous les deniers receuz par messire Charles, sire de Croy, quatrième duc d'Aerschot, depuis le 4 er janvier 4584 jusques le 4 er de janvier 4596, qu'il parvint à la succession de toute sa maison, par le trespas de son père, » permet de juger du train de maison de ces puissants seigneurs aux allures souveraines. Les recettes se composent des revenus de la principauté de Chimay, de la baron nie de Commines, de la seigneurie de Halewin, du comté de Megen, et de vingt à vingt-cinq autres terres, dont le prince jouissait du vivant de son père; elles comprennent, en outre, 479,000 livres reçues pour traitement, 42,849 livres de gains de jeu, 65,000 livres de dons, et présentent un total de 4 ,035,092 livres 5 deniers. Les dépenses s'élèvent à 4 ,487,052 livres 3 sols 6 deniers. On y voit figurer 94 ,040 livres 44 sols pour gages d'officiers et domestiques; 4,735 livres 43 sols, pour dîners et repas; 3,523 livres 43 sols, pour docteurs, drogues, médecins et distillerie; 70,047 livres 44 sols, pour voyages, vacations, dépêches et dépenses de bouche; 30,555 livres 48 sols 6 deniers, pour pertes de jeu ; 7,886 livres 46 sols 6 deniers, pour menus plaisirs; 240,454 livres 7 sols 6 deniers, pour dépenses de cuisine, bouteillerie écuries et extraordinaire de la maison ; 73,808 livres 6 deniers, pour achats de meubles, bagues et vaisselle; 402,300 livres 5 sols 6 deniers, pour deniers fournis à son excellence. Archives de M. le duc de Caraman. Extrait donné par M. Gachard. Bulletins de la Commission royale d'histoire, XI, 244-245.
» Lettre du 22 février 4552. Lettres des seigneurs, III, f° 427.
guerres furent incessantes, les nobles constamment armés et en selle, y mangèrent leur patrimoine; négligèrent leurs affaires; se perdirent de dettes. En outre, mêlés à toutes les grandes affaires d'état, ils étaient astreints à d'énormes frais de représentation \ Si de nombreux indices présageaient la décadence de ce corps naguère si puissant, le règne de Charles-Quint présente encore du moins quelques figures dignes d'admiration. Il suffit de lire la correspondance des compagnons de gloire et des collaborateurs politiques du grand empereur, pour se convaincre que, chez la plupart d'entre eux, la noblesse d'esprit s'alliait à la noblesse du sang. Ah ! que de nobles de nos jours rougiraient de leur ignorance en voyant la profondeur de pensées jointe à la forme, l'élévation de sentiments de ces illustres gentilshommes, qui usaient aussi habilement de la parole dans les conseils, de la plume dans les rapports diplomatiques, que de la lance et de l'épée sur les champs de bataille !
1 « Mais, Madame, pour les finances en quoy nous sommes, et arrérages de rentiers qui nous oppressent à la mort, y joint que le dicguage de Hildernisse, qui nous renouvelle journellement nos douleurs et augmente nos dettes et diminue nostre argent comptant, je ne vois point, sur ma foy, comment il (mon fils) pourra furnir aux despens que il luy conviendra soustenir en Allemagne. » Lettre du comte de Rœulx à Marie de Hongrie, du 45 septembre 4552. Lettres des seigneurs, VII, f° 409. — « Madame, mon intention estoit ne faire aulcune itérative remonstrance de ce qui me touche particulièrement, mais pour aultant que j'ay donné à cognoistre que j'ay despendu annuellement tout mon revenu et traitement, et oultre ce que me suis mis en arrière de xxiiij m florins, point en mes menus plaisirs, mais pour soustenir la despence nécessaire que m'a fallu faire en Testât en quoy j'ay esté, me semble que je me ferois tort à '•eler le reste, à quoy lors je ne pensois, c'est que me suis semblablement mis à l'arrière de tout ce que est escheu à mon filz aisné depuis la mort de sa mère, il y a tantôt unze ans, laquelle luy a laissé bon revenu dont suis tenu rendre compte, et à xv ans il aura son eaige. » Lettre du comte de Lalaing, capitaine général et grand bailli du Hainaut, à Marie de Hongrie, du 42 octobre 4555. Ibid., XIV, 389.
Dans les Pays-Bas le luxe des vêtements a toujours été inséparable du luxe de la table ; jamais les peuples de ces contrées n'ont été cités pour leur sobriété. Au moyen âge, les magistrats communaux et les souverains avaient tenté de louables efforts pour combattre cette propension \ Ces efforts étaient restés impuissants, et pour la bourgeoisie et pour le peuple, tout devenait prétexte de fête, de libations et de festins. Outre le lundi-perdu 2 , le carnaval 3 , les tirs des serments \ alors surtout qu'un délégué de l'empereur 5 , que
1 Voir, entre autres, les diverses ordonnances publiées à ce sujet par le magistrat de Bruxelles. Histoire de Bruxelles, I et II.
a La coutume du lundi perdu est fort ancienne , ainsi que le prouve la mention qui en est faite dans la Chronique de Rouge Cloitre, au sujet de la naissance de Marguerite d'Autriche.
3 « De Joose Van der Borcht, à cause qu'il estoit soupechonné d'avoir, aux 'quaresmiaulx , corru par les champs avecq plusieurs aultres sotz desguisez demandant aux chensiers pan , char, bière et aultres victuailles, dont il fut composé, attendu que ce n'estoit que joliesse, ij livres x sols. » Compte de G. du Bosch (n° 43568), de 4536, f° xj.
* Fis payaient de ce chef une redevance au souverain. — « De ceux de la confrairie de monsieur Saint-George quant ils tirent leur gay, iij livres par. — De ceulx de la confrairie de Saint-Sébastien, semblôment quant ilz tirent leur gay, xlv sols p. » Comptes des baillis d'Eecloo et Lembeke (n° 43922), 1. c.
5 « Que le xiij e jour du mois de may, jour SaintrServais, chacun an, les compaignoris du serment du jeu de Tarbaslestre de ladite ville de Fleurus, ont tousiours accoustumé de tyrer leur oiseau, que l'on dist papegay ; que adoncq l'empereur notre sire a le droit de tyrer le premier cop et à luy appartient, comme il fait en tous autres lieux, et lequel cop le mayeur de l'empereur audit lieu at accoustumé de tyrer le cop dudit empereur, et il soit ainsy advenu que, le jour Saint-Servais, temps de ce compte xv c et xxij, en tyrant le cop dudit empereur, ledit mayeur ayt abbattu ledit oiseau et soit escheu roy de ladite compaignie, et que quiconque eschoit d'estre roi de ladicte compaignie, doit le banquet et le soupper à la dicte compaignie, par quoy, pour garder l'honneur dudit empereur, et aussy de non vouloir enfreindre les estatutz de ladite compaignie, a esté payé par ledit mayeur deux florins d'or de xxviij patars pièce. » Compte de Jean de Niquet (n° 45469), de 4520-4523, f° v v°. __ „ Q ue j a première des festes de Pentecouste en la première année (4544), comme les
lui-même ou son frère * avait abattu l'oiseau (papegay) ; leurs banquets, ceux des métiers et des confréries 2 ; les concours des sociétés de rhétorique ; outre les kermesses ou les ducasses de chaque ville, de chaque village, il y avait une foule de fêtes particulières, fêtes triomphales et joyeuses, dont la plupart ont disparu depuis au milieu des grandes tourmentes sociales.
Tels étaient les jeux des couronnes (croenspel) qui, dans quelques villes s'étaient si multipliés qu'il y en avait dans toutes les rues 3 ; les fêtes de Saint-Lievin 4 et de Youde met 5 , à Gand ; les fêtes aux ânes, à Malines 6 et à Douai 7 ; la principauté de plaisance, à Valenciennes 8 ; la fête du prévôt des Étourdis, à Bouchain 9 ; la procession dansante et la procession immobile (de stehende processie), h Epternach et à Prum ; la
confrères de Saint-George tiroient le gay, ledit mayeur tira, au nom de l'empereur notre sire, le premier cop duquel il abbatit le gay et fut roy pour ceste année , et pour ce que quiconcque desdits confrères abbat le gay est tenu donner le bancquet à ses autres confrères, semblablement ledit mayeur, audit nom, fist ledit banquet, cy fut paie pour six lotz de vin à iij sols vj deniers le lot, xxj sols. » Compte de Jean de Haverez, dit Preils, maïeur de Bouvignes, de 4544-4544, f° viij (n» 4S392), 1. c.
* « Aux arbaslestriers du serment de Gand, pour eulx récréer ensemble le jour que monseigneur l'archiduc abbatit le papegay, par lettres du vij« d'octobre xx, ij c livres. » Hevenus et dépenses de Charles-Quint, f° ij e Ixxiij »°.
a Histoire de Bruxelles, II, 592.
3 Ibid. t III, 630.
4 Voir la description de cette fête dans la Relation des troubles de Gand, éditée par M . G achârd ,403.
5 /Wrf., 83.
6 Voir dans la chronique d'AzEVEDo la description de celle qui y fut célébrée en 4546.
7 Voir la description de cette fête en 4548. de Reiffenberg, Archives philologiques, II, 266.
9 Voir la description de cette fête, célébrée en 4548. Ibid., 266, et M. Arthur Dinaux, Une Fête flamande sous Charles-Quint. Archives hist. et litt. du nord de la France, 4833, 343.
» Voir la description de cette fête, célébrée en 4548. de Reiffenberg, 1. c.
procession, au déjeuner, à Nivelles; le combat du dragon, à Mons 1 ; la triple procession de Tournai 2 , etc. ; les pérégrinations de Notre-Dame de Wavre, qui mirent souvent aux mains les Namurois et les Liégeois 3 ; le cavité de Bouvignes 4 ; la procession de Hal, qui attirait dans cette ville une énorme affluence de fidèles et de filous 5 , etc.
• Au xvi e siècle on y chantait :
Voici l'dragon qui vient !
Ma mère, sauvons-nous !
Il a mordu grand'mère, Il vous mordra, ma mère,
Moi itou,
Moi itou.
Ém. Gachet, Rapport sur les manuscrits relatifs à l'histoire de la Belgique, de la bibliothèque de La Haye. Bulletins de la Commission royale d'histoire , 2 e série, II, 65.
' Ibid.
3 « Audit bailly de Waseiges, pour les despens de luy et grand nombre de gens de cheval et de piet, pour aller conduire la fiertre et ymaige de Notre-Dame de Wavre le lundy de la Pentecouste, laquelle est prinse à Jandraine et de là apportée à Thines et de Thines on la porte jusques au deppartement du pais et comté de Namur, marchissant au pais de Liège, où illecq est assemblé grant nombre de gens du pais de Liège, armez et habillez pour recevoir ladite fiertre sur ledit pais de Namur, laquelle chose les gens d'icellui pais ne veullent point souffrir, et pour ce cedit bailly est en nécessité d'estre accompaigné pour garder la haulteur et juridiction de notredit seigneur l'empereur. » Voir les comptes des baillis de Waseiges (n° 45632 et suiv.), 1. c.
4 « Que ledit maieur a payé à plusieurs gentilz compaignons dudit Bouvignes, pour, en chacun des ans de cedit compte, durant la feste de la ville dudit Bouvignes, dicte le Cavité, avoir fait guets et garde de ladite ville, pour cause que à icelle feste vient et afflue grand nombre de gens estrangiers et incognus, tant de Liège, Dinant comme de France et ailleurs, ainsi que est de anchienne coustume. » Comptes des maïeurs de Bouvignes (n° 15393 et suiv. ), 1. c.
5 « A luy encore pour lesdroixdu disner le jour de la procession de Hal, qui est le premier dimanche de septembre, auquel jour ledit bailly a plusieurs gentilshommes et aultres gens de bien, pour accompaignier et aydier à garder ladite procession, comme de longtemps a esté accoustumé, vj livres; — à trois
La plupart des villes avaient un prince particulier, parce que la solennité portait généralement le nom de principauté : à Valenciennes, un prince de plaisance; à Lille, un roi des sots ou des folles; à Tournai, un prince d'amour; à Arras, un abbé de liesse ; à Ath , un abbé des pau-pourvus ; à Bouchain, un prévôt des étourdis; au Quesnoy, un abbé du plat d'argent; à Douchy, des cornuyaulx l . Chaque ville tenait à honneur d'avoir le fou le plus célèbre 2 , et dans beaucoup l'usage d'élire un pape ou un évêque des fous s'était maintenu 3 . La fête de la principauté des fous fut célébrée à
arbalestriers qui sont aux trois portes de ladite ville, contre le corps de la ville, pour garder icelle des processions par deux jours et deux nuitz, pour leisser hors et eus à toutes heures les pèlerins. » Comptes des baillis de Hal (n 08 45402 et suiv.), 1. c.
« Pour ce que durant la procession l'on avoit colpé chincq à six bourses en l'église de Hal, à ceste cause avoit esté mis ghaict. » Compte d'Antoine d'Ittre, faisant fonctions du bailli de Hal Adrien Dubois, de 4 540, f° x (no 15403), 1. c.
' M. A. Dinaux, 1. c.
a « Il vous plaira à savoir qu'il y a un nommé Louis Van Spanckere, bourgeois de cette ville d'Ypres, qui, en divers temps, s'est mis en devoir, pour conserver l'honneur de la ville, de faire le fou, qu'il s'est rendu à divers concours avec les confrères de Tare et de l'arbalète, et avec les chambres de rhétorique, d'où lui est venu le titre de fou d'Ypres, le soussigné me supplie lui accorder une récompense pour son talent. Ceci l'engagera à se tenir prêt à servir, tant pendant la nuit que pendant le jour, ceux qui auront besoin de lui pour exécuter des bouffonneries, ce qu'il fera pour les petits comme pour les grands. » — Il lui fut accordé une gratification de 42 livres parisis pour se faire un habita la livrée de la ville (43 décembre 4547). Les Hommes et les Choses du nord de la France, 466.
3 Dans un compte de la ville de Soignies, de 4507 à 4508, on lit le passage suivant : « A nostre saint père le pape des fols de ceste dite ville, lequel et ses gens firent plusieurs esbattemens au xx e de ce compte, ayant par lui fait arrester toutes les malletottes d'icelledicte ville. A ceste cause fut appointent par lesdits commis, et que luy a esté payet pour récompense de son estât la somme de ij c xl livres xix sols ij deniers. » Messager des sciences historiques, 4843, 539.
Lille en 1547 \ et, le 12 juillet 1551, les fous des différentes sociétés du pays firent une. entrée triomphale à Bruxelles. Le magistrat avait mis plusieurs prix en argent à la disposition du peintre Jean Colyns, dit Oomke (petit oncle), qui s'était chargé de l'organisation de cette bizarre cérémonie, et qui, traîné dans un petit chariot, représenta le prince des fous ; les reines Marie et Éléonore assistèrent au défilé du grotesque cortège qui alla processionnellement entendre la messe à Sainte-Gudule 2 . Ces fêtes de fous étaient d'autant plus en vogue, que non-seulement les souverains, mais la plupart des grands seigneurs 3 , toutes les confréries avaient des fous à leur service. L'histoire a conservé les noms de deux des fous de Charles-Quint, Claude Bos/ 4 et Pape Theun, ancien marguillier, à Louvain. Ce dernier, rapporte-t-on, à la suite de folies trop hardies, reçut l'ordre de sortir des terres de l'empereur, et se retira dans la principauté de Liège ; mais il ne tarda pas à revenir à Bruxelles dans un chariot rempli de terre de Liège, et cette facétie, qui a été attribuée plus tard au fameux Roquelaure, le fit rentrer en grâce 5 .
La fête de Saint- Valentin qui voit, disent les Anglais, chaque oiseau choisir sa compagne de nichée pour le reste de fan, et qui a si bien inspiré leur illustre romancier 6 , la fête de Saint-Valentin était également en vogue dans les Pays-Bas.