‹ Histoire du règne de Charles-Quint en Belgique (volume 5)Chapitre 19 sur 28 · VI · texte numérisé non relu

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teilenies. Les métiers et les tisserands s'exprimèrent avec plus d'énergie. Ils rejetèrent la proposition d'affermage « des accises et autres parties quelconques de ceste ville, jusqu'à ce que premièrement et avant tout œuvre , on eût accompli les résolutions de la dernière coUace. » Les métiers demandèrent en outre : « que les privilèges, ainsi que la paix de Cadsant, Tussent imprimés en bon et plat flamand, que les paysans fussent défendus , qu'on indiquât par noms et prénoms ceux qui pouvoient avoir chargé le pays alors qu'il n'avoit pas été chargé par eux . » Quant à envoyer des députés à l'empereur, tous estimèrent qu'il valait mieux attendre son arrivée, « espérant que bientôt ils verroient eux-mêmes Sa Majesté par deçà (8 juillet 1S39). »

* Perplex et bien empeschez, » les échevins résolurent de s'adresser de nouveau à Marie de Hongrie. Ils lui envoyèrent copie de leurs propositions et des décisions de la collace , et la supplièrent d'arrêter les exécutions ou du moins de surseoir à toute poursuite jusqu'à l'arrivée de l'empereur. « Autrement ils voyoient grand inconvénient advenir à la ville ; les trois membres vouloient absolument que les paysans fussent défendus, d'autant plus qu'ils entendoient que ladite exécution se feisoit pour payer aucunes rentes vendues par aucunes particulières personnes, sans leur sceu, dont ils étoient très mal contens, attendu même que pour ladite rente étoit que>tion au conseil de Flandres. » — « Il est d'autant plus urgent, ajoutaient-its, de prendre un parti que, si les accises ne sont pas mises à ferme, il sera impossible de fournir aux charges de la ville, personne n'oseroit plus aller à ses affaires, et ainsi s'abolliroit l'ordonnance des povres très nécessaire à icelle. » Enfin, pour ôler au peuple un autre sujet de mécontentement, ils demandèrent que, pendant trois ans, il fût interdit aux

nK)nastères de Saint-Pierre et de Saint-Bavon, ainsi qu'au chapitre de Sainte-Pharaïlde , de vendre ou faire vendre vin ou eervoise.

Marie de Hongrie, alors à Bois-le-Duc, répondit (15 juillet) qu'à son i*etour des provinces du nord, où elle se rendait pour le service de l'empereur, elle viendrait en Flandre. En attendant , les échevins devaient aviser aux moyens d'engager lacommune à pourvoir à ses charges, cette mesure étant de leur propre intérêt. Quant à suspendre les poursuites exercées dans les châtellenies, elle se référait aux motifs de ses précédents refus, ajoutant pour réfuter une de leurs objections, que l'aide était affectée au payement de dépenses militaires, et non de rentes. « Sur ce que les bourgeois de Gand veulent que la loi défende le plat pays, dit-elle, la voie de justice leur a été ouverte pour ce faire; ils sont libres de la poursuivre, et elle leur sera administrée bonne, droiturière et briefve. » Enfin, elle promit d'ordonner au conseil de Flandre de prendre le plus tôt possible information sur les abus signalés dans la vente de vin et de eervoise par les prélats.

Le 23 juillet, la coUace fut convoquée une seconde fois, pour statuer sur l'affermage des accises. De nouveau, le membre de la bourgeoisie y consentit, mais en insistant toujours pour que « ceux de la loi empêchassent, par bon moyen, l'exécution de l'aide, ou du moins la fissent tenir en surséance jusques à la venue de lempereur. » Les deux autres membres maintinrent leur refus aussi longtemps qu'il n'aurait pas été donné suite à leurs précédentes résolutions. Us demandèrent en outre, les métiers : qu'on leur donnât lecture de tous les privilèges, « même du Rachat de Flandre; » que les échevins des deux bancs fussent tenus de défendre leurs arrêts à leurs dépens; que le pensionnaire Lievin

Blomme et un autre fonctionnaire nommé Sébastien Dehaeu fussent destitués et remplacés par des bourgeois natifs de la ville; les tisserands : « que Ton imprimât les privilèges, y compris le Rachapt de Flandre, et que Ton défendit les paysans. » Enfin, ces deux membres exigèrent la prohibition à la sortie des blés et de toute espèce de denrées. Puis, à Tissue de rassemblée, les tisserands « firent publiquement ouïr tous les privilèges trouvés au secret de la ville, auquel ne fut trouvé le Rachat de Flandres, combien que audit secret furent trouvez tous les privilèges contenus dans l'ancien inventaire. » Cette lecture dura plusieurs jours, « tant avoientils de vieux lettraiges '. »

Ces résolutions dénotaient une impulsion plus énergique dans la résistance. En efffet, tandis que la régente se croyait si assurée du résultat de ses mesures, qu elle allait visiter le pays d'Utrecht et la Hollande , pour y hâter le recouvrement des subsides - , tout présageait une prochaine explosion des passions violentes : Tinsurrection était prêle à se substituer à la discussion. A Gand, on avait trouvé, le 4 mai, près de la haute Porte, un mai chargé de têtes de mort ^ Près de Grammont, des hommes armés avaient arrêté (juin) le bailli d'Alost et ses officiers venus à Audenhove pour exécuter des saisies au sujet de l'aide, les avaient mis en fuite, leur avaient enlevé chevaux et bagages. Aussitôt la plupart des paroisses du quartier s'étaient confédérées, afin de s'opposer aux exécutions par tous les moyens en leur pouvoir *. Jusqu'alors

' DHOLLARDER,' 80-90.

• Wagenaar.

^ Cort Verhael.

^ Appendice précité, 583. — Procès-verbal de dépositions et déclarations de témoins, au sujet de ce qui s'était passé à Bruxelles, le i 7 avril < 537. Appendice précité, 583.

Topposition dirigée par la boui^eoisie, ennemie des mesures extrêmes, avait conservé un caractère calme qui laissait des chances d'accommodement ; il n'y avait encore eu que des remontrances et des représentations; aucune voie de fait n'avait envenimé le différend. Il était si peu dans l'esprit de la bourgeoisie d'y recourir ; elle songeait si peu que son opposition constitutionnelle pût conduire à la guerre civile , que ce fut au milieu de ces circonstances qu'elle oi^nisa un des plus célèbres concours de rhétorique de cette époque. La persistance de la régente dans les voies de la rigueur donna au débat un autre caractère; bientôt le parti démocratique déborda la bourgeoisie, et il apporta dans la lutte sa fougue et ses colères.

La bourgeoisie , qui la première avait voté contre la pétition de l'aide, s'aperçut alors « qu'il fait mauvais esmouvoir ung peuple , car on ne le rapaise point quand on veut ; n'y a point tant à faire à l'esmouvoir , qu'il y a à le rapaisier, et pourtant il s'en fait bon gardier, car ce n'est pas peu de chose de la fureur d'un peuple' '. » Elle voulut s'arrêter et fut aussitôt dépassée. De leur côté, aux premiers symptômes de scission , les agents du pouvoir se hâtèrent de les exploiter. Ils recoururent à un moyen qui, vieux comme le monde, a toujours bien réussi. On effraya les bourgeois d'une fantasmagorie de dangers pour leurs vies et pour leurs biens : c'étaient les luthériens, dont « les intentions et les désirs n'estoient que à pillier églises, gens nobles et autres riches; » c'étaient les communistes, car la terreur de ce mot date de rétablissement du despotisme, c^étaient les communistes « qui ne demandoient sinon faire toutes choses communes ^ » On

' helation des troubles de Gand, 37.

» Ibid., 23.

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dit aux bourgeois : « Toute la fin de celte commotion tend de faire les riches devenir povres, les povres devenir riches et tous biens communs \ » — « Et ne çuidant point lesdits iiourgeois et gens riches que la fin de cette commotion deust ainsy tourner à rencontre d'iceulx, de les ainsy voulloir tous tuer et piller leurs biens , à quoy toute ladicte povre commune tendoit. Et meismes de ce ne s'en sçavoient taire, et en allant leur chemin par les rues, quand les povres y rencon- Iroient les riches, leur disoient, par grant envye et rudesse qu'ils avoient à rencontre d'eulx : Passez oultre! Le temps viendra de brief que possesserons de vos richesses à nostre tour, car vous en avez assez possessés, et vous possesserez de nos povretés à votre tour. Ainsi sçaurez ce que c'est d'icelles, et nous sçaurons ce que c'est de vos richesses qui sont bien laides et de petite valeur ^. » Dès qu'elle vit la bourgeoisie faiblir, la démocratie la tint en suspicion ; de la défiance elle passa promptement aux accusations de trahison propagées par ceux qui aspiraient à faire de Gand « une ville de commune et non subjecte à nul prince ou seigneur, fors à elle-meismes, comme il y en avoit es Allemaigne, Ytalie et ailleurs ^. » De là ces scènes sanglantes qui facilitèrent la terrible répression de Charles- Quint et perdirent les libertés de la Flandre.

• helalion des troubles de Gand, 35. — ' Ibid,, 37. — ' Ibid.. 26.

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