CHAPITRE XXII
TRAITÉS DE GAND ET DE HAMBOURG. — DÉMÊLÉS AVEC LA FRANCE ET L'ANGLETERRE. — EXPÉDITION DE TUNIS.
Au mois de décembre 1532, Marie de Hongrie convoqua les états de Hollande, à Mons, pour les faire statuer sur la demande d'indemnité de Frédéric de Holstein. La prétention leur parut des plus étranges, et ils dédaignèrent même de s'en occuper. « Nous avons agi en vertu des ordres de l'empereur, répondirent -ils; cette affaire le concerne donc personnellement, et nous n'avons pas à nous prononcer sur cette réclamation, » L'argument était sans réplique, et la reine déclara aux ambassadeurs danois qu'iL était loisible à leur maître de se pourvoir par voie de droit. « S'il recourt à la violence, ajouta-t-elle, l'empereur saura protéger ^a Hollande, dont les intérêts sont inséparables de ceux de ses autres états; en cas de guerre, toutes ses provinces des Pays-Bas, ses royaumes d'Espagne mêmes en prendront la solidarité. » Pour donner plus de poids à cette déclaration, elle défendit aux états de Brabant, de Flandre, de Zélande, de traiter séparément avec le Danemark/.
Secrètement encouragé par la France et par l'Angleterre, et poussé aux mesures extrêmes par Lubeck, Frédéric accusa
• Heg. Aert Van der Goes, 189-494. — M. Altmeyer, Histoire des relations commerciales. — Wagbnaar.
48 RÉGNE DE GHÂRLES-QUliNT EN BELGIQUE.
le gouvernement des Pays-Bas d'injustice, maintint la fermeture du Sund pour les Hollandais, et, par une habile exception, prévint les négociants d'Anvers, de Bruges, de Middelbourg qu'ils étaient libres de trafiquer dans ses états. Mais, se conformant aux injonctions de la reine, ces villes répondirent qu'elles attendraient les ordres de l'empereur * . D'autres causes encore contribuèrent à aigrir ce différend. En vue de réconcilier les partis et de soustraire ses états à de longs déchirements, Frédéric avait conçu l'idée d'une fusion avec la famille du monarque déchu, et demandé la main de la fille aînée de Christiern II, pour son fils puîné Jean. Né en Danemark et élevé dans la religion catholique, ce jeune prince lui semblait avoir plus de chances d'arriver au trône que son fils aîné Christiern, qui était né en Allemagne et professait le luthéranisme. Or, aux yeux de Charles-Quint et de Marie de Hongrie, accueillir cette proposition c'eût été consacrer l'usurpation d'un monarque intrus, et leur refus rendit la solution des difficultés plus malaisée que jamais ^. Les corsaires lubeckois profitèrent des circonstances pour écumer les mers, et la Hollande fut menacée de grandes calamités. Quatre cents vaisseaux marchands pourrissaient dans ses ports; 10,000 matelots étaient sans pain'. Le prix des denrées augmenta rapidement , et tandis que la disette désolait cette province , alimentée d'ordinaire par les blés du Nord , de terribles inondations (décembre 1 532) rappelèrent les désastres de 1530. Après avoir occasionné des ravages considérables en Hollande, en Zélande*, ainsi que sur les côtes de Flan-
' Reg. Aert Van der Goes, 490-495.
» Lettres de Tarchevôque de Lund, des 22 avril et 3 juillet 4633, citées par M. AltmeVer, l. c, 244 .
' Ibid. — * Wagenaar. — Davitt, Additions à Guicdardin.
dre \ les eaux manquant d'écoulement, se corrompirent sous Faction du soleil et engendrèrent des fièvres contagieuses, qui enlevèrent 3,000 habitants à Zierikzée , davantage encore à Rotterdam ^.
Il était urgent de sortir de cette situation : Marie de Hongrie somma Frédéric de Holstein de se prononcer formellement pour la paix ou pour la guerre ^ L'ultimatum resta sans réponse, mais on craignit un instant de voir le Danemark et Lubeck adopter le dernier parti. Au mois de mars 1 533, un corps de 3,000 Allemands vint camper sur les frontières de la Gueldre, confinant avec le pays d'Utrecht, et le bruit se répandit aussitôt que ces troupes étaient à la solde des Lubeckois. D'autres attribuaient à Charles d'Egmont l'intention de reprendre les armes, opinion devenue vraisemblable par des rapports annonçant que le roi de France « arrivoit à Mézières avec grosse corapaignie de gens de guerre et artillerie *. » On assurait aussi que ce prince faisait passer des capitaines français « vers les piétons estans en Gueldre, en Danemark ou en Allemagne, » et Marie de Hongrie ordonna de ne rien négliger pour les saisir au passage ^. Toutes les villes de la Hollande se mirent en état de défense ; des batteries furent dressées sur les bords des rivières ; de Buren accourut avec trois bandes d'ordonnances, et d'Hoogstraeten réunit un petit corps d'armée dans le pays d'Utrecht ®. Les discussions soulevées à l'occasion de ces armements, dans
' Notice historique sur la ville et le port dOstende, I. c. — Lettre de Charles- Quint, du 20 décembre 1532. Correspondenz, II, 43. » Wagenaar. — Beg. Aert Van der Goes, 488.
' Wagenaar.
* Compte de N. le Gouverneur (n« 2636), f« xv v.
* Ibid.
® Wagenaar.
les états de Hollande, montrent les dispositions des esprits envers le gouvernement. Le conseil du comté ayant proposé d'entretenir un corps permanent de 2,000 soldats pour la garde du pays, les députés de Dordrecht seuls acquiescèrent à cette proposition : « L'empereur, dirent les autres villes, a négligé de nous défendre alors que le pays était dépourvu de troupes ; il le fera donc moins encore si nous levons des soldats , et il ne lui manquera pas de prétexte ensuite pour nous les retirer, sans s'inquiéter de ceux qui les payent ' . »
Cependant de Buren avait invité le duc de Gueldre à éloigner les bandes établies sur sa frontière. Il lui offrit à cet égard son concours et, pour obtenir une prompte résolution, il s'avança jusque sous Gorcum , tandis que d'Hoogstraeten remontait la Leck et que Nassau concentrait à Bois-le-Duc les contingents brabançons. Cette démonstration produisit son effet : ainsi menacé de trois côtés, Charles d'Egmont céda, et les Allemands se retirèrent dans le pays de Munster, Ils ne tardèrent pourtant pas à reparaître, en amenant cette fois de l'artillerie fournie par Lubeck, d'où leur venait également l'argent de leur solde. L'anxiété produite par cette nouvelle invasion fut de courte durée : on sut enfin que ces troupes avaient été levées par un chef de FOostfrise, qui rentra victorieusement avec elles dans les terres d'où le comte d'Emden l'avait expulsé ^. En même temps, Marie de Hongrie, pressée par les plaintes des Hollandais, et rassurée sur les affaires de son frère, ordonna la saisie des marchandises hanséatiques , et l'arrestation de tous les Lubeckois résidant dans les Pays-Bas. A l'appui de ces mesures il
• Reg. Aert Van der GoeSy 194-207. — ' Wagenaar. — M. âltmeybr, 1. c.
fallait préparer la guerre, et déjà les états de Hollande étaient près de s'entendre avec le gouvernement pour Tarmement d'une flotte considérable ^ , lorsque Frédéric de Holstein mourut (10 avril 1535). Bientôt après ce décès, des ambassadeurs du sénat de Danemark vinrent soumettre à Marie de Hongrie des propositions de paix , et le fils aîné de Frédéric sollicita l'appui de l'empereur dans ses prétentions à la couronne danoise.
Le Danemark était désarmé ; mais il restait à triompher des Lubeckois et, quoique isolés, ils redoublèrent d'efforts. La lutte pourtant n'eût pas été de longue durée, s'ils n'avaient trouvé des appuis dans les autres provinces des Pays-Bas et même dans les conseils de la régente. Malgré les ordres de saisie, ils importaient ouvertement, par la voie de Hambourg, leurs marchandises à Anvers, à Bruges, à Middelbourg, et les Flamands et les Zélandais, jouissant de licences exceptionnelles pour la pèche du hareng, n'étaiwit nullement disposés à changer un état de choses si favorable à leurs intérêts. Cependant les clameurs de la Hollande devinrent si vives, qu'il fut impossible au gouvernement de rester plus longtemps impassible. Avec les subsides du comté, on équipa une flotte de quarante voiles (mai 1533); les autres provinces devaient l'armer ; le gouvernement avait à fournir les équipages et à nommer un amiral agissant au nom de l'empereur. Mais, au monient de tenir ces engagements, on rencontra de nouveaux obstacles. D'abord il fallut des émeutes éclatant sur divers» points de la Hollande, pour mettre un terme aux tergiversations de la régente; puis, lorsqu'elle eut investi le capitaine Gérard de Merckere du commandement de la
' Reg. Aert Van der Goes. — Wagenaar. —M. Altmeyer, 1, c.
5â RÈGNE DE CHARLES-QUINT EN BELGIQUE.
flotte, ordonné à d'Hoogstraeten de le seconder dans ses préparatifs, interdit sous peine de confiscation toute importation de Lubeck \ les autres provinces refusèrent de contribuer à Farmement.
Plusieurs semaines s'écoulèrent en négociations, et une assemblée des états des provinces maritimes, tenue à Anvers le 13 juillet, mit à nu le triste antagonisme d'intérêts qui fut si fatal à notre patrie. Les députés brabançons, flamands et zélandais protestèrent contre la défense de naviguer dans les mers du nord. « Empêcher nos marchands de passer le Sund, dirent-ils, c'est tuer le commerce des Pays-Bas au profit de l'étranger. » Enfin , lorsqu'il fut question d'arrêter les Lubeckois résidant dans ces provinces, les magistrats d'Anvers et de Bruges assurèrent qu'il n'y en avait pas un seul dans leurs murs ; lorsqu'il s'agit d'armer la flotte, Bruges, Middelbourg, Zierikzée, la Vere prétendirent que leurs arsenaux avaient une destination spéciale , et ne voulurent pas se dessaisir de leur artillerie; lorsqu'on fit la proposition d'allouer des subsides, la Flandre, le Brabant, la Zélande repoussèrent formellement la pétition. La reine avait fourni 30,000 florins pour l'armement de la flotte, et, le 27 juillet, le comte d'Hoogstraeten demanda aux états de Hollande de se charger du restant des dépenses ou du moins d'indiquer la somme qu'ils comptaient y affecter. « On veut donc, nous ne le voyons que trop, répondirent-ils (2 août), nous imposer toutes les charges de la guerre, tandis qu'on nous sacrifie aux autres provinces. La cour permet aux Lubeckois de trafiquer à Anvers et ailleurs; chaque jour, de grands navires de Dantzick abordent dans les ports du Brabant et
' Réperl. des Plac. de Hollande, 27.
de la Zélaûde, et les décrets de prohibition ne sont qu'un leurre pour nous arracher de l'argent. Mais nous ne voulons point être victimes et dupes. Prêts à contribuer à l'armement de la flotte, nous sommes décidés à nous en tenir à notre contribution. » De nouvelles entreprises des Lubeckois, qui faillirent enlever un convoi de vingt-quatre voiles hollandaises et capturèrent plusieurs navires en vue des côtes (août 1533) \ modifièrent pourtant cette résolution, et cinq des principales villes consentirent à avancer 50,000 florins « pour aider l'empereur à punir ceux de Lubeck, ses rebelles ennemis (20 août 1533) -. »
Le moment d'agir était favorable. Le Danemark et la Suède se rapprochaient du gouvernement des Pays-Bas, et ils ne tardèrent pas à rouvrir leurs ports au commerce des Hollandais. Les négociations avec le Danemark marchèrent dès lors rapidement, et, le 9 septembre 1533, les ambassadeurs de Christiern, du Holstein et du sénat danois conclurent, à Gand, avec les commissaires de Marie de Hongrie, des traités d'alliance et d'amitié, dont la durée fut fixée à trente ans. Les prétentions réciproques des parties étaient annulées, et le Sund et la Baltique rouverts aux navires des Pays-Bas indistinctement, moyennant le payement des droits ordinaires. On donna au duc de Holstein des subsides pour le détacher de Lubeck, et les parties contractantes s'engagèrent à se secourir mutuellement, si elles étaient attaquées au sujet de ces traités; dans ce cas, l'empereur promettait de fournir à Christiern six navires de guerre montés chacun par deux cents hommes ^. Enfin , au moment où Lubeck perdait ses
' M. Altmeyer, Du rôle poHtique des Pays-Bas dans les révolutions du Nord» *M. Altmeter, Histoire des Relations, etc. — Wagenaar. ^ Ces traitas furent ratifiés le 29 septembre. Reg. n^ 408 aux Archives du VI. 3
plus puissants alliés, elle était tourmentée par des agitations propres à amener son anéantissei»ent. L'évéque de Lund, Jean de Wese, qui s'était réfugié dans les Pays-Bas \ proposa à CharlesnQuint de profiter des circonstances pour « réunir les royaumes Scandinaves à Tempire, dont ils deviendraient le grenier et le boulevard contre la barbarie du Nord, en même temps qu* ils serviraient de places d'armes tenant ea resped; la France, l'Angleterre, la Pologne et les états voisins. » A œt effet, il fallait d'abord mettre les Lubeckois au ban de l'empire, ordonner de leur courir sus, et appuyer les magistrats destitués par le parti démocratique, qui s'étaient rendus à Bruxelles, pour réclamer l'intervention de la reine Marie ^. Charles-Quint était trop préoccupé alors des menées de la France et de la convocation du concile promis à la diète de Ratisbonne, pour donner suite à ce gigantesque projet ; seulement , après la conclusion du traité de Gand, Gérard de Merckere mit à la voile (septembre), et les Lubeckois, naguère si ardents à la chasse des navires hollandais, trop faibles pour soutenir seuls la lutte, ou voulant réserver leurs forces pour une plus vaste entreprise, évitèrent so^neu* sèment le combat. Leur flotte se retira dans l'Elbe, où elle fut bloquée , et Gérard de Merckere promena triomphalement son pavillon dans la Baltique ^
royaume. — Mallet, Histoire du Danemark, VI, 483. ~ M. àltmeyer, Histoire des Relattons commerciales.
' « A très-révérend père en Dieu, messire Jehan de Wese, esleu, seigneur de Lund en Danemark., à cause d'une pension de cent livres dudit pris que rempereur hiy accorda, le xxviij« de novembre xxvij, à commencer le xviij« de juin xxvj, et en oultre et par-dessus le deffroyement de bouche de luy et de deux ses serviteurs et ung page, en Testât de monseigneur le prince de Dennemarque. » Reve^ms et dépendes de Charles-Quint, (^ ciiij » iiij.
* M. Altmeyer, 1. c.
^ Ibid. — Wagenaar.
Le sénat de Hambourg, qui avait échoué daos une première tentative de médiation, saisit ce moment pour renouveler ses oifres (novembre 1533). Elles furent accueillies par les états de Hollande; mais comme les députés faambourgeois se présentaient sans mandat de Lubeck, on ne donna à leur démarche qu'un caractère officieux. Le comte d'Hoogstraeten leur déclara que c'était aux provocateurs de la guerre et non à son maître à faire les premières ouvertures de paix. « Si Lubeck veut sincèrement négocier, ajouta-t-il, il faut préalablement qu'elle relâche tous les navires capturés par ses corsaires , et cesse les hostilités en attendant qu'un congrès ait réglé les différends. » Le sénat de Hambourg représenta alors aux Lubeckois le tort considérable causé aux villes de la Hanse , par cette lutte désormais inégale et de nature à consommer leur propre ruine. Brème, Lunéboui^, Dantzig, dont les intérêts étaient liés à la sûreté de la mer du Nord , appuyèrent ces représentations, et, ainsi abandonnée par tous, menacée dune confédération entre l'empereur, le Danemark et la Suède, la fière métropole de la Hanse dut enfin céder \
Ce fut alors du côté des Pays-Bas que faillirent s'élever les difficultés. Quelques membres du gouvernement proposèrent de profiter de la circonstance, pour écraser cette orgueilleuse république. Ils voulaient la faire mettre au ban de Tempire, ainsi que ses alliés l'électeur de Saxe , le lajidgrave de flesse et le duc de Brunswick. L'attaquer par mer semblait une entreprise téméraire ; mais il suffisait, disait-on, d'un corps de 800 à 1,000 chevaux, 5,000 à 6,000 piétons, avec un bon parc d'artillerie, pour la bloquer par terre et en ruiner le territoire^. Cet avis eût prévalu , si l'on n'avait craint l'intervention de la
• M. Altmetbr, 1. c. — • Ibid. — Rapport d'Etienne Hopfensteiner, 9 janvier 4534. Archives de l'Audience.
56 RËGNE DE GHARLES-QUINT EN BELGIQUE.
France, qui avait déjà ofTert son assistance aux Lubeckois. On savait , en outre , que François I" proposait à Christiern de Holstein une alliance défensive et offensive , et qu'il cherchait d'autre part à obtenir la CQuronne du Danemark, soit pour lui-même, soit pour son beau-frère le roi de Navarre '. Or, François •!" n'eût pas manqué l'occasion d'étendre son influence dans le Nord, et il en pouvait résulter de graves complications. Aussi, Marie de Hongrie, informée des démarches du roi, par les rapports de ses agents et par des lettres surprises sur un certain a capitaine Rusticy, homme bossu et accoustré sur l'allemant, qui tiroit vers Copenhague ^, » repoussa-t-elle les conseils belliqueux ; elle se montra même disposée à seconder les projets que Lubeck formait en ce moment contre le Danemark ^.
On proposa d'ouvrir un congrès à Munster; mais, par suite des événements survenus dans cette ville, il se tint à Hambourg. La reine y députa George d'Autriche, évêque <le Brixen, les conseillers Gérard Mulart, Maximilien de Transilvan et Corneille Benninck, et toutes les villes vandales, ainsi que le duc de Holstein , le roi de Pologne et d'autres princes voisins, y envoyèrent des ambassadeurs. Le congrès s'ouvrit le 2 mars 1534. Après un discours du bourgmestre de Hambourg retraçant les maux de la guerre et exhortant les partis à y mettre fin, Gérard Mulart prit la parole. Son exorde, véhémente récrimination contre les Lubeckois, fut interrompu par leur orateur, le docteur Jérôme Schorf, qui déclara n'avoir point à répondre à des reproches. « Si vous articulez encore un mot de plainte , ajouta-t-il , mes collègues et moi nous
* Rapport précité.
' Compte d'A. de Berghes (n« 45241), f*» xxvij v» et xxviij.
^ Voir leurs instructions. Slaatspapierey 435.
nous retirerons sur-le-champ, » et comme Mulart ne tint pas compte de cette observation, ils sortirent en effet de la salle. Celui-ci , continuant son discours , déclara que si l'empereur et la reine régente consentaient à traiter, par condescendance pour le sénat de Hambourg, ce ne pouvait être sang obtenir indemnité pour leurs armements et pour les pertes essuyées par les marchands des Pays-Bas ; à cet effet, il demanda 400,000 florins d'or. Après ce discours, la séance fut levée , et , à la demande des députés de Lubeck, on suspendit la conférence, afin de leur permettre de recevoir un mandat plus complet. La seconde séance eut lieu le 6 mars , et dans sa réplique à l'envoyé des Pays-Bas, le docteur Jérôme Schorf soutint que les Lubeckois, sujets fidèles et dévoués à l'empereur, s'étaient vus provoqués à des représailles par les Hollandais, qui leur avaient occasionné un préjudice considérable en secondant les entreprises de Christiern H. « Aussi, dit-il, loin d'avoir à payer des dommages et intérêts, c'est à nojjs à en réclamer ; nous sommes néanmoins disposés à y renoncer, si les Hollandais s'engagent à ne plus naviguer dans les mers de l'est. » Il fut facile à l'évêque de Brixen de détruire les arguments tirés du concours prêté par la Hollande à l'expédition de Christiern, et, dans une troisième séance, tenue le 11 mars, ce prélat notifia à l'assemblée l'intention bien formelle de l'empereur de. n'accorder aucune indemnité aux Lubeckois , et de ne jamais admettre leur prétention de restreindre le commerce de la Hollande. « La navigation dans les mers de l'est, dit-il, vaut à ce comté plus d'un million de florins, et, du droit des gens comme du droit écrit, la mer est libre pour tout le monde ; ce droit, Sa Majesté est décidée à le maintenir, lui en coûtât-il quatre ou cinq royaumes. » L'empereur promettait seulement de défendre à ses sujets
58 RÈGNE DE CHÂRLES-QUINT Elf BELGIQUE.
d'aborder aux côtes occupées par les partisans de Christiern II, et l'évêque finit en sommant les Lubeckois de se prononcer pour la paix ou pour la guerre.
Les Hamboui^eois pressèrent les députés de Lubeck de céder, et ne leur dissimulèrent pas qu'un refus liguerait contre leur république toutes les villes de la Hanse. Le fougueux tribun de Lubeck, Wullenwever, accusé d'être Tinstigâteur de la guerre, répondit à h fois à l'évêque de Brixen et aux Hamboui^eois , et sa violence perdit compléteaaaent une cause déjà fort compromise. Abandonné par ses collègues mêmes, Wullenwever quitta Hambourg le lendemain. A peine de retour à Lubeck, il écrasa ses ennemis, et devenu le véritable chef de la république, il renouvela ses tentatives auprès du sénat de Danemark, du roi de Suède et de Christiern de Holstein, pour les entraîner dans une coalition contre les Pays-Bas. Furieux d'avoir vu dédaigner ses promesses et ses mens^ces , il tourna toute sa colère contre le duc de Holstein, et se résigna à traiter pour mieux assurer le succès de ses projets sur le Danemark. Il envoya ensuite à Hamboui^ le conseiller Helmeke Danneraan, porteur de nouvelles propositions : échange réciproque des prisonniers; abolition des tonlienx établis en Hollande contrairement aux anciennes coutumes ; abstention, de la part des Hollandais, de toute navigation à Drontheim; garantie contre toute saisie ultérieure des personnes et des biens des Lubeckois ; atendon des prises faites durant les dernières hostilités. Les députés des Pays-Bas acceptèrent ces bases de négociations sous les réserves suivantes : abstention ^ale de la part des villes hanséatiques d'aborder à Drontheim et réintégration des Hollandais dans tous les privilèges dont ils avaient précédemment joui. Ils exigèrent, en outre, que le Danemark, la Norwège,
le Holstein fussent admis comme coatraetants , et vu les agitations de Lubeck, ils demandèrent des garanties de Texécution du traité, dont la durée serait fixée à dix ans. Ge§ prétentions soulevèrent de nouveaux débats, et les magistrats de Hambpurg eurent beaucoup de peine à concilier les parties Enfin, elles signèrent une trêve de quatre ans, stipulant la liberté du commmîe conformément aux anciens droits et privilèges; l'échange sans rançon de tous les prisonniers; la restitution des navires capturés depuis fexpédition de Christiern en Norwège, Brème, Hamboui^, Lunébourg, Dantzick se chargèrent d'obtenir la ratification du sénat dé Lubeck, et le Danemark, la Norwège et le Holstein furent compris dans le traité, sous la condition que l'empereur ne leur prêterait pas assistance s'ils attentaient aux droits, libertés et privilèges des Lubeckois ' .
Marie de Hongrie et Charles-Quint ne s'aveuglèrent point sur l'importance rédledece traité; ils étaient au courant des intentions de WuUenwever, ils en suivaient avec soin le développement , et se mettaient même en mesure d'en tirer avantage. D'un autre côté, ils obtenaient ainsi une certaine latitude, pour parer aux autres complications politiques , qifi étaient de nature à occuper leur attention. Après la retraite de Soliman, l'empereur était parti pour l'Italie, « emmenant avec lui ses meilleures troupes, l'infanterie espagnole et la gendarmerie des Pays-Bas ^. » François P' en avait pris ombrage, et, au mois de novembre 1 552, Éléonore demanda à Marie de Hongrie une entrevue en Picardie ou en Champagne. Son seul but, disai^elle, était de voir sa sœur, et
• Instructions précitées. — M. Altmeyer, Du rôle politique des Pays-Bas dans les révolutions du Nord, et Histoire des Helations commerciales.