ROBERTSON. — FÉRY DE GUYON
elle promettait de n'entamer aucune espèce de négociation ; seulement elle ajoutait que le roi viendrait peut-être les visiter sans aucun cérémonial. Dans le conseil d'état, secrètement consulté à ce sujet, les avis furent partagés : pour les uns cette proposition était un piège; pour les autres, une occasion de resserrer l'alliance des deux monarques et un moyen de rassurer les Pays-Bas, où des bruits de guerre entretenaient l'inquiétude et l'agitation. Suivant les premiers, les Français, « gens fins, causteleux et malicieux, » désiraient cette entrevue soit pour exciter la défiance du pape et entraver ses négociations avec l'empereur ; soit même pour s'emparer de la reine et des seigneurs de sa suite, afin de dépourvoir ainsi les Pays-Bas des chefs du gouvernement. Suivant les autres, au contraire, cette entrevue dissiperait les préventions des deux princes et inspirerait des craintes au roi d'Angleterre, au duc de Gueldre , à tous les ennemis de l'empereur, au pape lui-même \ En présence d'opinions si divergentes, malgré son vif désir de revoir une sœur qu'elle chérissait, Marie de Hongrie n'osa prendre l'initiative d'une résolution ; elle en référa à Charles-Quint, et, dans Tentrertemps , elle chargea le grand fauconnier Jean Van der Aa de porter à François I" « un gerfaut et un tiercelet, pour montrer qu'elle désiroit bonne amitié et voisinage avec ledit roi. ^ »
Quand Charles-Quint communiqua à ses ministres la lettre de la régente : « Que Votre Majesté ait pour certain , lui dit Granvelle, que la démarche de la reine de France procède de bonne amitié envers sa sœur; mais ceux qui l'entourent tiennent mainte fois tels et semblables propos et depuis ne
' Lettre de Marie de Hongrie, du 27 novembre 4532. CorrespondenZf II, 28. » Lettre de Charles-Quint, du 4 7 décembre A 532. /6*d., 44 .
les suivent, ainsi que vous avez pu souvent vous en apercevoir. Il n'y a rien à gagner à cette entrevue; comme les François se controuvent et publient souvent choses que oncqufes furent pensées, il est à craindre, au contraire, qu'il n'en sorte beaucoup d'inconvéniens. Il sera facile à la régente de décliner cette proposition, en se fondant sur les dernières inondations et sur les recommandations faites par Votre Majesté de ne rien négliger pour réparer le plus tôt possible, les dommages causés par ces sinistres , attendu l'importance et la nécessité de la chose. Aiîu de donner plus d'apparence de vérité à cette allégation , il seroit bon que la reine visitât les provinces inondées et se rendît en Flandre. Puis, elle ajouteroit que la saison est diverse , la distance trop grande, et que sa charge lui interdit de tant et si longtemps s'éloigner des Pays-Bas. Elle a à prétexter, en outre, son état de veuve. S'il faut enfin céder, qu'elle invoque l'impossibilité de s'écarter beaucoup des frontières, et n'aille pas plus loin que Cambrai, en petite compagnie et pour un jour ou deux seulement. Surtout dans ses excuses, il importe de se servir des termes les plus gracieux , et d'éviter toute expression propre à vous les faire attribuer " . »
Charles-Quint partagea cet avis. A ses yeux la démarche d'Éléonore et les assurances d'amitié données par le roi à Jean Van der Aa , étaient « propos que souvent les François tiennent quand ils espèrent en tirer profit. » Le conseil d'état, suivant lui, avait bien « touché le pro et le contra, » et François I" couvait sans doute de secrets desseins ; on ne pouvait trop se défier de ce prince, qui comptait peut-être sur cette entrevue pour inspirer des défiances à l'Italie ou pour
' Note de Granveïle pour l'empereur, 1532. Reg Coll. de doc. hist., V, f® 81 .
62 HÊGNE DE GHARLëS-QUïNT EN BELGIQUE.
contrecarrer d'autres projets. En conséquence, Tempereur engagea Marie de Hongrie à prendre pour prétexte de son refus ses nombreuses occupations, le manque de temps, la distance et son état de veuve, qui ne s'accordait pas avec les mœurs de la cour de France. « Ceci est vrai, du reste, ajoulâit-il, car soyez sûre, ma sœur, que voyant la différence de votre vivre, habit et façon de faire au leur, ils en diroient ce que bon leur semble, changeant le bon en mauvais. » Ce refus , il était certain « d'en avoir le mauvais gré , disait-il ; mais il avoit bon dos pour le porter. » Marie de Hongrie se conforma à cet ordre, et, d'après le conseil de son frère, elle se rendit en Flandre , où la peste venait d'exorcer d'affreux ravages \
Les inquiétudes du roi de France n'étaient point chimériques ; sous le prétexte ostensible de s'entendre avec Clément VH, au sujet de la convocation du concile œcuménique promis à la diète de Ratisbonne, Charles-Quint poursuivait d'autres projets, et ils réussirent par les craintes que cette promesse inspirait au pape. Le 24 février 1533, l'empereur et Clément VII signèrent à Bologne un traité secret de confédération, et ce dernier s'engagea à ne former aucune alliance nouvelle, sans le consentement de son confédéré ^ ; puis, le 27, ce traité fut suivi d'une l^ue défensive de l'Italie entre le pape, l'empereur, les ducs de Milan, de Ferrare, de Mantoue, les républiques de Gènes, Sienne et Lucques ' : cette ligue, que l'on présentait comme dirigée contre les Turcs, l'était bien davantage, d'après la pensée secrète de Charles-Quint, contre les Français; elle lui permettait, en outre, de diminuer les
' Lettre du 47 décembre, précitée.
" Papiers d'état de Granvelle, II, 1 .
' Ihid., 7.
DÉMÊLÉS AVEC LA FRANGE ET L*ANOLETERllE. 63
dépenses de ses armées, en chargeant les Italiens de la défense de ses intérêts. Toutefois, s'il décida aussi Clément VII à ne consentir, en aucun cas, au divorce de Henri VIII et de Catherine d'Aragon, il échoua dans ses tentatives pour rompre les projets de mariage du duc d'Orléans et de Catherine de Médicis. Cet échec compromettait ses succès, et prévoyant que pour dot, la nièce du pape apporterait à son époux les clefs de iltalie, il se sépara de son allié plein de défiances et animé d'un profond mécontentement. Pour empêcher ce mariage, il avait proposé d'unir cette princesse à Sforze; mais l'habileté des agents de la France ainsi que l'ambition de Clément déjouèrent cette combinaison, et, nonobstant les remontrances de Marie de Hongrie, il arrêta alors définitivement le mariage du duc de Milan avec sa nièce Christine de Danemark '.
La proposition d'une entrevue avec Marie de Hongrie ayant échoué, François I" engagea Charles-Quint à passer par la France pour retourner en Espagne; l'empereur déclina égajement cette invitation qui, à ses yeux, cachait une nouvelle tentative pour obtenir des modifications au traité de Cambrai ^ Le roi, en efTet» ne dissimulait plus son intention de réveiller ses prétentions sur Milan, et cette intention fut bientôt si manifeste, que les plus optimistes redoutèrent une prochaine
• Le contrat, signé à Barcelonne, le 40 juin 4633, fut ratifié par les deux parties, le 27 septembre suivant (Reg. n» 408 aux Archivas du royaume]^ et la jeune princesse fut conduite à Milan par le seigneur de Praet. Voir le compte des frais de ce voyage et des « accoustremens de drap d'or , d'argent, de soie ,' fourrures, linge, perles, pierreries, pour la personne de la princesse; accoustremens pour sa chambre, chapelle; vaisselle pour icelles; accoustremens de ses filles d'honneur et de chambre, gentilshommes, officiers et autres serviteurs. i> Reg. n« 48d6 aux Archives du royaume.
» Lettre de Granvelle à J. Hannaert. Papiers d'état de Granvelle, 11, 49.
64 HËGNË DE GHARLES-QUINT EN BELGIQUE.
rupture. Par une conséquence naturelle de l'extension de sa puissance, Charles-Quint présentait trop de parties vulnérables, pour qu'un succès quelconque le mit à l'abri de nouvelles attaques; il suflSsait d'une étincelle pour embraser l'Italie, pour faire éclater la coalition occulte de l'Angleterre, du Danemark , de la Gueldre et de la France. L'ambition de la maison de Médicis rendait l'alliance du pape fort chanceuse, et, en effet, malgré les représentations du comte de Cifuentes, chaîné par l'empereur de lui rappeler le traité de Bologne \ Clément VII consentit à une entrevue avec François ï*'. C'était le prélude d'une alliance toute contraire à ce traité ; il ne fallut même pas attendre cette entrevue pour se convaincre qu'en s'alliant à une famille alors peu estimée, le roi , comme le dit en riant l'ambassadeur du pape , Philippe Strozzi, comptait voir Catherine de Médicis lui procurer trois joyaux de grand prix : Gènes, Milan et Naples^. Il avait trouvé, dans le supplice d'un de ses agents secrets à Milan, le prétexte d'une agression en Italie, et aussitôt on le vit surexciter les passions de Henri VIII et fomenter partout : e^^ Allemagne, en Danemark, dans les villes de la Hanse, en Gueldre, en Turquie, les haines contre l'empereur *.
Il devint impossible de fermer longtemps les yeux sur ces menées; Charles-Quint demanda (septembre 1853) au seigneur de Vély, ambassadeur de France *, des explications sur les intelligences de son maître avec les Lubeckois, qu'il poussait à la guerre et encourageait dans leurs entreprises
' Lettre de Charles-Quint, du 42 mai 4533. Correspondenz, II, 62
* Pauli Jovii Eistoriœ, cit. de Sihonde de Sismondi, XI, 424.
' Lettre de Charles-Quint, du 20 septembre 4533. Papiers (Vétat de Granvetle, n, 58.
4 Claude Dodieu, seigneur de Vély ou Velli. Voir le portrait, peu flatté, qu'en fait Granvelle. Ibid., 335.
DÉMÊLES AVEC LA FRANGE ET LANGLETERRE G5
contre les Pays-Bas. « Je ne puis en croire, dit-il, les rapports que je reçois à ce sujet, car j'aurois trop grande et excusable raison de me plaindre. Pourtant lorsque les corsaires qui désolent la Manche, sont accueillis avec faveur dans les ports de France, le doute est-il encore permis ? Quant à l'Allemagne, où vous prétendez que le roi n'use de son influence que pour servir mes intérêts, sans prétendre empêcher votre souverain d'y avoir des amis et des alliés, pour autant qu'il se conforme aux traités et n'ait point de vues hostiles, je préfère recevoir directement les services de mes sujets sans recourir à l'intermédiaire d'un tiers \ » Ainsi, l'aigreur dominait déjà dans les rapports entre les deux princes, et pendant que François P*^ réorganisait ses armées, employait le reste de la succession de sa mère à lever des lansquenets, les anciens appiîîs de la France contre les Pays-Bas étaient remis à l'œuvre. Le duc de Gueldre agitait les populations de la Frise et de rOveryssel, incitait à la révolte les protestants et les anabaptistes ^ ; Robert de la Marck , dont les terres étaient restées le refuge des mécontents et des proscrits des Pays-Bas^, réunissait secrètement ses vieilles bandes ^. Un de ses capitaines tenta même de surprendre Hierges * , et tout de ce côté prit un caractère si menaçant, qu'on jugea prudent de renforcer les garnisons des frontières ®.
' Lettre du 20 septembre, précitée. — ' Wâgenaar.
^ « Pour ce que, en juing xv ^ xxxiij, ung Jehan Davin, gentilhomme du pays et comté, s'estoit advanché grandement blescher et navrer ung Gillon de Chiron, le heutenant dudit souverain bailly, pour le bien de la justice , envoya au lieu de Buvinnes le sergent dudit bailliage avec deux hommes, pour s'informer du cas et appréhender ledit Jehan, ce que faire ne peulrent, obstant qu'il s'estoit absenty et mis au service de messire Robert de la Mark. » Compte d'A. de Berghes, de 4 533-4 534 ( n« 4 524 4 ) , f» xxiiij .
4 Ibid. (no 45240), f«> xvij to. — s ibid., fo xviij.
^Ibid. (n*» 43244), fo xxv.
66 EËGfiË m GHAHL£S*QUINT EN BELGIQUE.
Au mois de juillet 1854, le seigneur de V^y présenta à Charles - Quint une note contenant diverses propositions de nature, selon François I", à resserrer ralliance des deux monarques, à réduire les protestants, à refouler les Turcs. Le roi offrait de marier le dauphin à la fille de l'empereur, et don Philippe à une princesse de France ; mais il réclamait le duché de Milan, le comté d'Asti et la seigneurie de Gênes, « toutes choses, disait-il, du propre héritage et patrimoine de ses fils, qu'il n'avoit cédées que pour recouvrer leur liberté. » — « Mon désir de rentrer en possession de oœ états, ajoutait-il, est d'autant plus raisonnable, que les laisser aux étrangers à qui vous les avez donnés , c'est perpétuer un sujet de guerres et de dépenses, pour vous qui devez soutenir vos protégés , pour moi qui revendique des biens m'appartenant légitimement. S'il vous répugne de déposséder Sforze devenu votre neveu, je suis prêt à le dédommager; du reste, je demande seulement que vous me laissiez agir et que vous vous borniez à ne pas lui prêter votre appui. » Il insistait sur les eflFets qu'une union bien assise produirait en Allemagne, et proposait une entrevue pour l'établir définiti* vement ^ Charles-Quint écarta cette dernière proposition en prétextant la nécessité de présider les certes de Castille ^; quant à la rétrocession du Milanais, il déclara que sa conscience et son honneur lui commandaient d'observer ses traités avec le duc de Milan ^. Cependant , absorbé alors par les préparatifs d'une grande et noble entreprise, il désirait vivement le maintien de la paix, et il ne se serait pas refusé à
' « Articles présentés à l'empereur par le sieur (ie Vély. » Papiers d'état de Granvelle, II, 191.
» Lettres des 24 et 28 septembre 1534. Ibid., 198. 3 Lettre du 26 octobre. Ibid., 201 .
des concessioQS, pour assurer la sécurité' de ses étate pendant qu'il vengeait l'Europe des brigandages des Barbaresques.
Le comte de Nassau, qui se rendait dans les Pays-Bas, en passant par la France , fut chargé de soumettre au roi un contre-projet d'alliance appuyée aussi sur des mariages; mais il avait ordre, dans le cas où François I*^ ne se désisterait pas de ses exigences, d'éluder la question et de partir sur-le-champ pour Bruxelles, d'où il informerait l'empereur des résultats de sa mission ' . A l'offre d'assurer au duc d'Orléans une pension de S0,000 écus, s'il renonçait au Milanais, François V répondit par d'autres proposition^ tendantes toutes h se faire restituer ce duché. Gènes et Asti. Par Tune, il voulait dédommager Sforze en l'investissant du marquisat de Montferrat, dont il augmenterait de 20,000 à 25,00p écus le revenu annuel évalué à environ 60,000; par l'autre, il demandait pour lui-même le Montferrat avec Alexandrie, Gènes et Asti, et la promesse de succéder à Sforze dans le Milanais. Toutes les représentations de Henri de Nassau et du vicomte de Lombeke, ambassadeur de Charles -Quint, échouèrent contre la ténacité d'un parti pris ; le roi leur déclara qu'il était « déterminé et résolu finalement en*sesdites demandes ^ » Corneille de Scheppere, qui vint ensuite lui insinuer d'attendre la mort de Sforze, pour réclamer sa succession, éprouva un refus non moins positif ^.
Les rapports du comte de Nassau furent l'objet d'un sérieux examen dans le conseil de Charles-Quint. Fallait-il admettre en principe les propositions du roi, soit pour éviter la guerre,
' Instruction secrète, iS août 4534. Papiers d'étal de Granvelle, 457-464. ' « Ce à quoi a pe^sis^é le roy de France, par son écrit baillé à M. le comte de Nassau. » Ibid., 205.
^ Voir les instructions données à cet envoyé. Ibid., 230.
soit pour gagner dû temps? En Espagne, on avait tari la source des subsides, et les côtes de ce royaume étaient désolées par Barberousse. La ruine du commerce des Pays- Bas ne permettait plus de tirer de grandes ressources de ces provinces qui, menacées de tous côtés, réclamaient instamment la présence de leur souverain. L'Angleterre, cett^ ancienne alliée , était tout à fait hostile. Le roi des Romains avait déjà perdu le Wurtemberg et la Hongrie, et il était menacé d'autres échecs. Les filles de Christiern II allaient se voir ravir leur héritage. Ces considérations portaient k résoudre affirmativement la question. Mais, « vu la nature et coutume des François de ne pas observer les traités , comme le démontroient le passé et leur conduite présente à l'égard des traités de Madrid et de Cambrai, » on ne pouvait s'attendre à les trouver plus fidèles à de nouvelles conventions. Il était impossible, du reste, de se fier ni aux renonciations, ni aux promesses, ni aux serments d'un roi qui prétendait conserver et protéger ses alliés d'Allemagne, d'Italie, d'Angleterre, de Turquie. S'il prenait pied à Milan, il dominerait bientôt l'Italie et le saint-siége; il y détruirait l'autorité impériale et l'ébranlerait en Allemagne. Ses flottes, maîtresses de la Méditerranée, insulteraient l'Espagne, pendant que les Pays-Bas, isolés par les soulèvements de la Germanie, tenus bloqués par les Anglais et par les Jlanséales, seraient ruinés ou conquis par ses armées. Ces motifs de rejet prévalurent. « Si le roi, se montrant de tout en tout aliéné de raison et honnesteté, dit Charles-Quint, maintient des exigences de nature à troubler la chrétienté; s'il recourt aux armes, je m'en remettrai à la décision de Dieu. Gardant sauf mon honneur, et répondant à la voix de ma -conscience, observant mes traités avec mes alliés, usant envers eux de loyauté et de bonne foi, je ne per-
mettrai jamais que mon ennemi devienne, par un accroissement dé puissance, plus insolent et pliîs nuisible (novembre 1534) \ »
La rupture était désormais inévitable; mais on ne croyait pas à une guerre immédiate : la saison était trop avancée pour ouvrir une campagne, et les Français semblaient devoir attendre la certitude d'un avantage marquant ^ D'un autre côté, Henri de Nassau avait demandé à François P' de garder sa foi et de ne pas attaquer les états de l'empereur, au moment où ce prince se disposait à combattre les ennemis de la chrétienté. Or, le roi, obligé déjà de répudier, comme d'odieuses calomnies , ses alliances avec Soliman et Barberousse ^, serait devenu un objet d'horreur s'il avait entravé une expédition sympathique à toute l'Europe. Ce fut cependant moins ce scrupule que la mort de Clément VII (25 septembre 1534), qui suspendit momentanément les projets du monarque français. Aussi Charles-Quint ne s'endormit-il pas dans une fausse sécurité; et, bien qu'il s'attendît à voir les Français tourner leurs premiers efforts sur l'Italie , il ordonna à Marie de Hongrie de pourvoir, sans ostentation, à la défense des Pays-Bas, parce que, comme le disait Granvelle, montrer qu'on appréhende la guerre, c'est porter l'ennemi à la commencer *.
La position de cette princesse était alors des plus difficiles. Tandis qu'à Bruxelles, d'activés négociations tendaient tout à la fois à traverser les intrigues de François P"" en Allemagne; à gagner les Suisses à la cause impériale; à
' « Arraisonnement sur ce à quoy le roy de France persiste. » Papiers d'état
de Granvelle, II, 206.
' Lettre de Granvelle, du 8 décembre 4534. Ibid., 249-253.
^ SiMONDE DE SisMONDi, 1. c, XI, 434. — ^ Lettre de Granvelle, précitée.
favoriser le soulèvement de rirlande ; à empêcher runion des familles de France et d'Angleterre, et à pousser au mariage du roi d'Ecosse Jacques V avec la fîUe de Henri VIII \ l'agitation tourmentait toujours le pays. Le Brabant, la Flandre offraient de menaçants symptômes; à Maestricht se produisaient des difficultés de la nature la plus grave ; partout les populations mécontentes des atteintes portées à leurs privilèges, accablées d'impôts, en proie à la misère et à de terribles fléaux, prêtaient Toreille, avec une fiévreuse sollicitude, au canon des anabaptistes tonnant à Munster.
La doctrine de Muncer, calomniée comme toutes celles qui atteignent les privilégiés de la terre, touchait trop l'étal de souffrajnce des masses, pour ne point rencontrer chez elles d'ardentes sympathies. Le peuple des campagnes surtout lui avait fourni de nombreux prosélytes, et anathématisés comme l'avaient été les premiers chrétiens \ comme le sont toujours les novateurs, les anabaptistes avaient bientôt relevé la tête. Longtemps tenus à l'état de brutes, les insurgés se vengèrent en brutes, et leurs excès effrayèrent l'humanité. Les désastres de Wurtzbourg, de l'Alsace, de Frankenhausen ne les abattirent point ; chassés de la Suisse, ils se répandirent dans la Westphalie, dans les Pays-Bas, et l'on craignit dans ces provinces que les mécontents ne fissent cause commune avec
' Inatructions données à Corneille de Scheppere, 1. c.
* Quœsitissiinis pœnis affecit (Néron) quos, per flagitia invisos, vulgus christianos appellabat. Auctor nominis ejus Christus, Tiberio imperitante, per procuratorem Pontium Pilatum, supplicio affectus erat. Repressaque in pressens exitiabilis superstitio rursus erumpebat, non modo per Judœam, origitiem ejus mali, sed per urbem etiam, que cuncta indique atrocia aut pudenda confluunt celebran turque. Igitur primo correpti qui fatebantur, deinde indicio muUitudo in gens, haud perinde in crimine incendii, quam odio humani generis convicti sunt. Tacite. Annales, l. xv, ch. xiiv.
DÉMÊLÉS AVEC LA FRANGE ET L ANGLETERRE. 7i
- les sectaires. Tous les supplices furent dès lors mis *en œuvre pour éloigner le danger ; la Hollande surtout devint le théâtre d'incroyaWes horreurs ; mais le sang des martyrs fit éclore des vengeurs» et la prise de Munster terrifia les bourreaux.
L'alarme fut d'autant plus grande dans les conseils de Marie de Hongrie, que la plupart des chefs de ce mouvement appartenaient aux Pays-Bas, et qu'on vit le duc de Gueldre et les villes de l'Overyssel fourair aux Frères du baptême, de lartiUerie et des munitions ^ Malheureusement les tempêtes qui éclatent dans la société soulèvent toutes les passions, les plus basses conune les plus nobles. Il est donc impossible de ne pas rattacher à l'insurrection anabaptiste l'apparition des Enfants d'Israël. Ces misérables, qui prétendaient ne reconnaître d'autre chef que Dieu, désolèrent, en \ 533, les environs 5e Maestricht et le Limboui^. S*il fajjt en croire des récits, peu impartiaux peut-être , après avoir pillé les égUses et les couvents, égorgé les moines, outragé les religieuses, ils s'abattirent sur les châteaux et sur les fermes. Pour arrêter leurs brigandages, il fallut envoyer contre eux un corps de troupes, qui n'eut d'ailleurs qu'à paraître pour les dissiper^. Ce n'était point dans le peuple seulement que se manifestaient des mécontentements. Le clergé, atteint par les aides, irrité des restrictions apportées à ses immunités, avait vu avec douleur une bulle du H septembre 1552 accorder à Charlesj Quint l'autorisation de lever en subsides ecclésiastiques, dans
j les Pays-Bas, la moitié de la valeur de tous les bénéfices, tant
réguliers que séculiers , d'un revenu annuel de 24 ducats ; et les deux dixièmes de cette valeur, pour les dignités et béné-
! ' Wagbnaar.
' Chapeau VILLE, I. c, UI, 326.
n RÉGNE DE GHARLES-QUINT EN BELGIQUE.
flces du revenu de 12 à 23 ducats ^ Ses rapports avec le gouvernement étaient donc pleins d'aigreur, et Marie de Hongrie reproduisait contre lui, surtout contre les prélats du Bmbant, les plaintes et les accusations de Marguerite d'Autriche ^. D'un autre côté, les dernières ordonnances sur les monnaies avaient occasionné de graves désordres; des émeutes avaient ensanglanté Marville et d'autres localités^. Une foule de campagnards et d'artisans ruinés, les uns par le fisc ou par la guerre, Içs autres par la cherté des denrées et par le chômage des industries, avaient été poussés au brigandage, et les édits et les supplices restaient impuissants *.
Enfin, les démêlés avec le Danemark et Lubeck étaient à peine apaisés que le duc de Gueldre jeta le masque : il repassa au service du roi de France (octobre 1534) ^, congédia aus-
' Comptes rendus par Jean François, receveur d'Arlon, et par Conrad dg Keyzer, receveur du quartier ^e Louvain (n«» -15753 et 45906), aux Archives du royaume. — Instructions du 28 août 4533, pour la levée du subside ecclésiastique. Archives de Lille. M. Gachard, Rapport précité, 490.
* Voir Correspondenz.
^ Compte de N. le Gouverneur (n« 2636), f* xxiiij ^.
4 « A vingt compaignons qui ont accompaigné et assisté les bourgmestre et eschevins dudit Eecloo, pour suyr et appréhender Pieter Balissart, Adrien d'Hertoghe et Arnoul Van Oudtveld, tous avecq aultres aguettans et destroussans de chemin, lesquels xx compaignons, tant de pied que de cheval, se partirent illecq dudit Eecloo, poursuyvant lesdits destrousseurs, et furent accompaignez de encoires cent personnes ou plus à leur assistement, tellement et si avant que iceulx malfaiteurs furent prius en ung bois estant du bailliaige du Viesbourg de Gand, auquel conflit et prinse ilz se defiféndoient de sorte que ledit Arnoul y fut navré ^ la mort. » Compte de R. Sallart, précité (n<» 43924 ), f» xj. — Voir le compte de Laurent Cleissonne, dit Bierman, bailli de Rupelmonde, f« vj, etc. (n® 44344), aux Archives du royaume, — Lettres de Marie de Hongrie, du 8 novembre 4534, ordonnant de faire bonne garde contre les malfaiteurs (Compte d'A. de Bergbes, f« xxvij), et tous les comptes des officiers de justice en général. — V. aussi M. Wauters, 1. c, III, 473, 677, etc.
5 Lettre de Charles-Quint à J. Hannaert, du 26 février 4535. Papiers d'état de Granvefle, II, 299-307.
sitôt la bande d'ordonnances dont il avait le commandement \ et, au mépris du traité de Gorcum, institua le duc de Lorraine son héritier ^. Charles -Quint attribua cette défection, aux intrigues de la France^, et il chargea son ambassadeur à Paris d'adresser de sévères représentations à François I*'. « Le roi, dit-il, ne peut reprendre messire de Gueldre à son service, sans enfreindre le traité de Madrid, expressément confirmé par celui de Cambrai. Il s'est engagé, dans le cas où il n'obtiendroit pas la soumission du duc, à ne l'aider en aucune manière, sous couleur de pension, de retenue ou conduite d'homm.es d'armes, et encore moins à le prendre à sa solde. Je ne puis donc, quoique le fait m'ait été confirmé par le grand maître de France, croire à une telle infraction des traités. Le roi sait, en effet, que j'ai contre messire d'Egmont de graves sujets de mécontentement, et comme la France ne l'a jamais soutenu que dans des vues nuisibles aux Pays-Bas, leur nouvelle alUance ne trompera personne. Dès qu'on saura que le roi a repris le duc à son service, chacun lui attribuera de mauvaises intentions à mon égard *. » François objecta que la prudente sagesse lui commandait de pourvoir à sa défense en présence des immenses préparatifs de l'empereur : « Mais, répliqua Charles-Quint, il sait bien que ces préparatifs sont dirigés contre Barberougse, puisqu'il ne tient qu'à lui de s'y associer. Or, il vaudroit mieux pour son honneur qu'il employât ses forces contre les infidèles, que de se servir de ceux-ci contre les chrétiens •\ » François P% sourd à ces
' Lettre de Marie de Hongrie, des 27 et 28 mai ^535. Correspondenz, II, -180. ' Antoine, fils de Philippine d'Egmont et de René de Lorraine.,
Lettre du 7 mars 4536. Papiers d'état de Granvelle, II, 312-316. « Lettre du 24 janvier 4S35. Ibid., 286.
Lettre du 26 février, précitée.
représentations fondées en droit et en équité, insensible à ces reproches justement naérités, méprisant tout appel à sa bonne foi \ refusa d'annuler la convention conclue avec le duc de Gueidre.
Cet indice de guerre prochaine ne fut pas un fait isolé. De la part des Anglais, Fagression n'était pas moins imminente. Informé des projets de divorce de Henri VIII, Charles-Quint avait demandé une consultation à l'université de Louvain ^, qui, seule avec l'université luthérienne de Wittemberg, condamna ce divorce approuvé par sept autres universités ^. L'empereur engagea alors le pape à « procéder, avec justice sévère, contre la scandaleuse conduite » du monarque anglais S et, le 2S janvier 1832, on publia dans les Pays-Bas un bref exhortant Henri VIII « à reprendre Catherine d'Aragon pour sa femme. » Puis un second bref lui enjoignit de renvoyée* Anne de Boleyn , sous peine d'excommunication. Enfin, dans l'entrevue de Bologne, Charles-Quint décida Clément VII à repousser toute transaction, et, le 19 novembre 1553, parut une bulle fulminant la sentence pontificale rendue par défaut (8 août), contre l'époux adultère, en faveur de la femme légitime ^. Ces démêlés de famille n'avaient pourtant pas encore brouillé les Pays-Bas et l'Angleterre. En 1832 même, des conféçpnces eurent lieu à Bourboui^,
' Lettre du 26 février, précitée.
^ « Assavoir cent livres es maïDs du président du grant conseil de l'empereur, pour dicelles faire paiement à Lovain à plusieurs docteurs de facultez de théologie et de droit canon, pour leurs salaires d'auculnes consultations faictes en aucune matière concernant Thonneur de l'empereur. » Compte de J . de Marnix (n«1804), f^ij'j vo.
^ Mém. de Luther. Additions et Éclaircissements, H, 466.
^ Lettre de Charles-Quint, du 46 novembre 4 534. Correspondenz, II, 24.
^ Les procès-verbaux de la publication de ces actes à Bruges et à Dankerque sont aux Archives de Lille. M. Le Glay, Aiial. hist., 497-498.
pour arrêter un nouveau traité de commerce entre les deux pays \ et le 3 mai 1 533, Gharles-Quint reconmianda à Marie de Hongrie de ne poinl altérer ses rapports avec Henri VIII. « C'est à la cour de Rome , lui écrivit-il , de poursuivre la question du mariage de ce prince avec Anne de Boleyn , et cette question ne doit nullement interrompre les relations commerciales entre mes peuples et les Anglois ^. » Mais Henri Vni, blessé dans son oi^eil, ne garda plus de ménagements. Pour venger Féchec que la diplomatie impériale lui avait fait éprouver à Rome , il ferma l'entrepôt de Calais au conamerce des Pays-Bas *, entra ouvertement dans les projets de Lubeck sur le Danemark ^, et se montra favorable à toutes les instigations hostiles de la France.
L'acte du parlement qui détacha l'Angleterre de l'église romaine, rendit la rupture complète. Le roi, craignant de voir l'empereur devenir l'instrument des rancunes pontificales , se prépara à la guerre. Ses armements menaçaient les Pay&-Bas d'une invasion ; mais Charles- Quint résolut de le prévenir par une descente en Angleterre. Dans ce dessein , il négocia avec le roi d'Ecosse et excita les Irlandais à la révolte ^ Un de leurs chefs, Corneille O'Brien, issu des anciens souverains dû pays et se prétendant d'origine espagnole , se soumit au protectorat de l'empire avec sa famille et ses adhérents. Ce chef, dont la juridiction s'étendait sur plus de 100 châteaux,
' M. LeGlay, 1. c, 497.
' Instructions données au comte de Cifuentes et à Rodrigue d'Avalos. Papiers dTétai de Granvelle, II, 45.
' Wàgenaar.
4 Instruction secrète donnée au comte de Nassau. Papiers d-élat de Granvelle. II, 457.
instructions données à Corneille de Scheppere. Slaatêpapiere , 479-481. — Rapin Thoyras.
promit de fournir 1 ,660 chevaux, 2,440 piétons bien équipés, et 1 3,000 hommes d'autres troupes « armés d'acabouses, arcs, flèches et glaives '. » L'insurrection devait être appuyée par le comte de Nassau du côté des Pays-Bas, et par une armée espagnole, qui se réunissait sur les côtes de la Biscaye, pour débarquer dans le Cornouailles ^.
L'union de la France et de l'Angleterre constituait néanmoins un grave danger pour les Pays-Bas, et toute la diplomatie de Charles-Quint tendit à l'empêcher^. En ce moment, il lui importait d'écarter la guerre de ses états. Sohman menaçait de nouveau l'Allemagne, et il était indispensable de réprimer les courses des Barbaresques, qui désolaient les côtes d'Espagne, de Naples, de Sicile et nécessitaient l'emploi de flottes considérables. Pour s'épargner cette chaîne ruineuse, Charles-Quint avait résolu de frapper un grand coup, qui, ea assurant sa domination dans la Méditerranée, rendrait la sécurité à ses états et ajouterait au prestige de son nom. Or, la paix avec les puissances occidentales était indispensable à la réalisation de ce projet ; mais, tandis qu'il pressait les préparatifs de son expédition , chaque jour amenait de nouvelles difficultés ; le nord était en feu ; au midi , tout annonçait une prochaine explosion ; à l'est et à l'ouest, les nuages s'amoncelaient avec une effrayante rapidité. L'empereur, toutefois, ne désespéra pas de conjurer l'orage; il n'eut d'appréhensions que pour les Pays-Bas, où l'attitude de ses ennemis était moins redoutée que le mécontentement du peuple. La correspondance de Marie de Hongrie la montre, en effet, beaucoup plus
• Lettre d'O'Brien, du 2^ juillet 4634. Correspondenz^, II, 99. ' Instructions précitées. ~ L'empereur réservait 200,000 ducats pour l'expédition du comte de Nassau. Ibid. , ^ Voir les Papiers d'élat de Graiwelle, II.
préoccupée des agitations intérieures que d'une guerre avec la France et TAngleterre. Il n'était pas permis cependant de rester inactif en présence des dispositions agressives de ces puissances ; et, au moment où Nassau poursuivait le projet de descente en Angleterre, Charles-Quint voulait que les Pays-Bas se missent en mesure de prévenir l'attaque des Français. Mais, pour armer il fallait de l'argent , et la pénurie financière était telle, qu'on ne parvenait plus à suflBre aux charges de l'état , que par des ventes, du domaine. Le commerce avait éprouvé des pertes énormes ; la situation politique et le manque de confiance rendaient les emprunts impossibles. Sans se dissimuler les difficultés de l'entreprise, sans méconnaître l'état de misère du peuple, Charles- Quint ordonna à sa sœur de réclamer le concours des états , et invita les personnages les plus influents , tels que les comtes de Nassau et de Buren , à prêter leur concours à la régente , pour obtenir « les plus grosses aides possibles. » Ils devaient employer le zèle de leurs? amis et de leurs clients; recourir aux instances, aux promesses, à la corruption même; représenter qu'en cas de guerre, agir avec vigueur est le moyen le plus sûr d'obtenir promptement la paix. « Se trouver sans cesse sous la menace d'une agression , disait-il ; être placé dans un funeste milieu qui n'est ni la paix, ni la guerre; être obligé de se tenir constamment sur un pied de défensive armée : c'est s'épuiser infructueusement, c'est marcher à une ruine certaine \ »
Le 8 juillet 1534 ^, les états généraux se réunirent à Malines, où Marie de Hongrie s'était rendue, pour assister à la fête des arquebusiers, dont elle fut la reine ^. L'assemblée
' Inst. secrète donnée à Nassau, 1. c.
» Compte d'Ant. de Berghes (n» 4524^ ), f» xxxj. ' Ellert van Veer, [He Chronycke van Bollandt. La Haye, 459^ . VI. " 4
78 RÉGN£ DE CHARLëS-QUINT EN BELGIQUE.
solennelle se tint le 12, en présence de la régente, et l'audiencier donna lecture d'un exposé de la situation du pays, tant à Tintérieur que par rapport aux puissances étrangères. II informa les états des mesures prises, depuis le départ de Fempereur, pour le maintien de la paix et des relations commerciales. Il s'étendit sur les différends de la Hollande avec Lubeck, et parla ensuite des événements survenus dans le Danemark et le pays de Munster. Ce dernier paragraphe du discours d'ouverture souleva de vifs débats. Les Hollandais, voyant leur ruine dans la réussite des projets formés par Lubeck sur le Danemark, pressèrent le gouvernement de ne point s'y prêter; celui-ci, au contraire, sans exposer ses vues, persistait dans le dessein de favoriser cette entreprise ^ Quant au second point, la régente, effrayée des progrès de l'anabaptisme dans les Pays-Bas , s'était empressée d'envoyer à l'évêque de Munster de l'argent et des munitions, malgré l'opposition formelle des états de Hollande ^. En informant l'assemblée de cette intervention , la princesse recommanda la nécessité de redoubler de rigueur contre les hérétiques, et cette recommandation souleva de graves objections. « Ce n'est point, dirent les députés hollandais, par des statuts généraux, mais par de sages mesures qu'on extirpera les nouvelles doctrines. Du reste , l'accusation d'hérésie est devenue aujourd'hui l'arme banale des mauvaises passions et surtout de l'envie ; il suflTit , nous en avons eu des exemples à Delfl, à Amsterdam, à Gouda, que des prédicateurs aient de la vogue, au détriment de quelques églises, pour qu'on les traite d'hérétiques ^. »
Abordant l'objet principal de la réunion : « Quand la reine, dit Faudiencier, s'est décidée à convoquer les états, de toutes
» Reg. Aert Vander Goes. — ' Wagenaar.
' Reg. Aert Van der Goes.
parts lui venoient de mauvaises nouvelles ; le pays sembloit menacé d'une attaque simultanée des Français, des Anglois, des Lubeckois, d'autres encore. Mais, Dieu soit loué! les dangers sont dissipés; Fesprit de paix a repris le dessus. Le landgrave de Hesse, qui sembloit hostile, désarme; d'autres Fimitent, et les princes de la Germanie, en parfait accord avec lempereur, sont décidés à le soutenir. Néanmoins, la concentration de troupes en Champagne et en Picardie exige des mesures de précaution. Il importe de mettre les villes frontières en état de défense, et d'être constamment prêt à recevoir l'ennemi, car la paix dépend non de soi mais de ses voisins. Il faut surtout que vous vous teniez unis, et qu'au besoin vous vous prêtiez un mutuel appui ; l'étendue de nos frontières rend le pays vulnérable sur plusieurs points ; c'est en unissant vos forces que vous saurez partout arrêter l'invasion. Sa Majesté est fort rassurée à cet égard : elle a la certitude qu'en cas de danger vous n'épargnerez rien pour le combattre. De son côté, l'empereur est décidé à exposer pour votre défense sa personne, toutes ses forces, tous ses biens, et la reine a ordre d'y consacrer les revenus ordinaires et extraordinaires du domaine. Il lui est toutefois impossible de suffire seul aux dépenses et aux levées des troupes qu'exigeroit la guerre, et il croit pouvoir compter sur votre concours. » Enfin , après avoir informé les états de l'intention de l'empereur de maintenir la valeur actuelle des monnaies, et de son désir de voir substituer les laines d'Espagne aux laines anglaises, l'orateur du gouvernement insista encore sur la nécessité de « l'union et mutuelle intelligence, amitié et subvention des Pays-Bas', » les exhortant à s'unir, à se
• Compte d'A. de Berghes, précité (n» 45244 )•
secourir mutuellement, « comme léaulx subgectz et voisins Tung de Taultre, estans sous l'obéissance d'un seul prince, dévoient et estoient tenus de faire, et meismement eu regard aux franchises , libertez et prérogatives, dont ils jouissoient en plusieurs et diverses manières , trop plus grandes que en nulz royaulmes, seigneuries , ni pays voisins , esquelles firanchises et libertez, Sa Majesté Impériale les vouloit et entendoit entretenir ' . » Cet appel à l'union n'était point une précaution oratoire; c'était bien sérieusement que Marie de Hongrie préparait les voies à une unité belgique. Si ce plan que la maison de Bourgogne avait conçu dès son avènement dans nos provinces, échoua, c'est qu'il fut combiné dans des vues plus intéressées que nationales. Chaque députation reçut une copie de la pétition d'aides ; puis, les états furent prorogés au 1 6 septembre suivant ^.
Les propositions du gouvernement furent très-mal accueillies dans les provinces. Malgré les promesses d'un concours efficace de la part de l'empereur, c'était la nation qui était appelée à payer les frais des premiers armements. En effet , Granvelle avait exposé qu'il était inutile, sans urgente nécessité, de se jeter dans de grandes dépenses, et il avait été résolu de laisser à chaque pays la charge de ses préparatifs de défense ^. Mais les instances, les intrigues, les tentatives de corruption, tout échoua. Les cahiers des états de Hollande fournissent un exemple de l'impression produite par la pétition. Répondant aux recommandations d'union, ils rappelèrent l'isolement où on les avait laissés, lors de leurs démêlés
• Beg. Awt Van der Goes. -^ M. Altmeyer, Uist, des relat. comm,, 297-343. — M. Gachard, Des anciennes Assemblées nationales. " Reg. Aert Van der Goes, 1. c.
3 Lettre de Granvelle, du 8 décembre 4534, précitée.
avec le Danemark et Lubeck, et soulevèrent une question toujours redoutable au gouvernement. « Si l'on veut Tunion, dirent-ils, il faut que l'ennemi d'une province devienne aussitôt l'ennemi de toutes; qu'elles repoussent ses marchands et ses marchandises, qu'elles ne profitent pas d'avantages particuliers au détriment de l'une ou de l'autre ; que le gouvernement et les seigneurs particuliers renoncent à accorder des lice/ices au commerce de l'ennemi. Quant aux aides pétitionnées en cas de guerre, notre contribution servira à la défense des autres provinces, et nous resterons abandonnés à nous-mêmes. Mieux vaut nous confédérer avec le Brabant, la Frise, FOveryssel, et, au lieu d'argent, fournir nous-mêmes des soldats \ »
Cette opposition était fondée sur des motifs si légitimes, que Charles-Quint lui-même reconnut l'impossibilité d'établir de nouveaux impôts. Il écrivit à sa sœur de remettre à des temps meilleurs la nouvelle réunion des états, et, en attendant, il l'autorisa à disposer de 100,000 écus d'or afin de pourvoir aux plus ni^entes mesures de défense. Si les Pays-Bas étaient assaillis, l'empereur voulait qu'on frappât vite et ferme ; il ne cessait de répéter que le moyen le plus sûr de terminer promptement la guerre, était d'agir avec rapidité et vigueur. De son côté, il ferait en faveur de ces provinces de puissantes diversions, et tournerait contre l'agresseur les armements préparés contre Barberousse ^. En même temps, Marie de Hongrie travaillait à neutraliser les intelligences des Français en Allemagne, en Danemark, avec les villes de la Hanse, et surtout avec les princes voisins des Pays-Bas *. Ses promesses,
' Reg. Aert Van der Goes.
* Lettre de Charles-Quint, du 42 novembre 4534, précitée.
^ Instructions secrètes données à Nassau et à de Scheppere, I. c. — « A Jehan
8â RÈGNE BE GHÀRLES-QUINT EN BELGIQUE.
comme ses mendces, restèrent sans effet ; tous se tenaient dans l'attente des événements ; et, à l'exemple du duc de Clèves, dont elle avait réclamé Tappui, sans refuser d'une manière catégorique , aucun ne se montra pressé de répondre à ses avances ^
A défaut d'un concours actif, il faUait conserver de bonnes relations avec les états limitrophes et éviter tout prétexte I
d'hostilité ^. Ce fut cette raison politique qui fit terminer \
à l'amiable les différendi^ existants avec le duc de Lorraine, |
au sujet du fief des villes de Stenai, Marville et Arrancy ^. '
Un autre différend, d'une nature plus sérieuse, fut également alors, sinon aplani, du moins apaisé.
En vertu de conventions conclues, l'une avec Charles le Téméraire, l'autre avec Maximilien *, les cités de Trêves et de Verdun payaient annuellement au souverain des Pays-Bas, en sa qualité de duc de Luxembourg, un droit de gardienneté^ s'élevant : pour la première à 400, pour la seconde à 500 florins du Rhin d'or. De la part de Verdun, le payement de ce droit ne donna lieu à aucune difficulté ; il n'en fut pas de même avec Trêves. En 1818, lorsque Charles sollicitait les suffrages des électeurs, l'archevêque de Trêves, Richard de Greiffenclau, avait cherché à soustraire sa ville à cette espèce
Bolen, messagier à cheval, pour avoir pourté à diligence lettres à la royne d'Hongerie, régente et gouvernante des pays de l'empereur par deçà, Tadvertissant que le lantgraef de Hessen avec ung joesne duc d'Allemagne et le comte de Furstemberg s'estoyent trouvé en la ville de Gemûnden et de là en terre de Bar où le roy de France devoit estre. » Compte de N. le Gouverneur, de 4533- 4534, f» XV.
' Inst. secrète donnée à Nassau.
* Lettre de Charles-Quint à Nassau, du 5 janvier 4535- Papiers (Vétat de Granvelle, II, 260. .
^ Compte de la recette générale (n<»î342).
* Voir le Reg. n« 3634 aux Archives du royaume.
de tribut, et des débats assez vifs s'élevèrent entre le prélat et le gouvernement des Pays-Bas \ L'élection de Charles-Quint y mit un terme; mais Tarchevêque, qui l'avait combattue , craignit que son opposition ne lui attirât une vengeance ^, et s'empressa de payer le droit de gardienneté. Ce payement s'effectua avec régularité * jusqu'en 1530, que le dissentiment se réveilla par suite de mesures prises par le receveur et justicier de Thionville, Michel le Gouverneur, au sujet de l'importation des denrées. La ville de Trêves, jugeant ces mesures attentatoires à ses lettres de garde * , refusa de payer le droit de gardienneté avant d'avoir obtenu justice. Lés fonds furent consignés entre les mains des arbitres appelés à juger la querelle ^ ; mais il leur fut impossible d'accorder les parties, et bientôt le débat s'envenima à tel point qu'en 1534, l'archevêque Jean III de Metzenhausen interdit à ses sujets toute communication avec le Luxemboui^ ®. Par représailles, Antoine de Berghes, successeur du prince de Chimay dans le gouvernement de ce duché ^ , ordonna la saisie des marchandises et des rentes des bourgeois de Trêves ®. Les populations des deux pays se trouvèrent Clément lésées, et leurs clameurs portèrent l'archevêque et le conseil de Luxembourg à renoncer aux représailles. La
' Compte de J. de Laitre (n» 2636), f» xij v«. - ' Rapport du 43 mars 4524. Correspondenz, I, 99. ' Voir les comptes de J. de Laitre et de N. le Gouverneur. ^ Compte de N. le Gouverneur, de 4 530-4 534 , f xvij v».
* Voir la pièce jointe à ce compte.
« Ibid. de 4534-4535, f» xvij v«.
7 Antoine, fils de Jean de Berghes, avait été nommé à ce gouvernement par lettres patentesdu 4" août 4533. Ibid., de 4533-4534, f^xj. — Il venait d'être créé comte de Walhain (lettres datées de Gènes, avril 4533} et marquis de Bei^ ghes (lettres datées de Barcelonne, mai 4533).
* Compte de N. le Gouverneur, de 4534-4535, f*» xvj ▼«.
bonne intelligence ne se rétablit pas cependant complètement. Ainsi , Farchevéque frappa de droits élevés l'exportation des bestiaux, et Antoine de Berghes établit aussitôt des droits équivalents sur Fimportation des vins et des denrées de Trêves V Il défendit, en outre, d'exporter des grains par la Moselle ^. Cette situation, exploitée par les agents de la France, eût amené sans doute de plus graves difficultés, si le gouvernement des Pays-Bas n'avait eu la sagesse de les prévenir. Le différend fut déféré à de nouveaux arbitres, et, en attendant leur décision, on abrogea toutes les mesures prohibitives que la colère avait provoquées ^. Les mêmes causes portèrent Marie de Hongrie à user de grands ménagements envers la ville de Maestricht, où la résistance à la bulle impériale de 1S30 avait pris un caractère prononcé de révolte. Il en coûta sans doute à l'irascible princesse, de recourir à la voie des concessions; mais elle comprit que ce n'était pas le moment d'user de violence dans les querelles intérieures.
Poursuivant ses efforts pour détacher l'Angleterre de la France, Marie de Hongrie avait saisi le prétexte d'affaires commerciales, pour ouvrir des négociations avec Henri VIII *. Ce n'était point que Charles-Quint désirât une réconciliation avec ce prince : en le voyant ' bien accueillir les ouvertures de sa sœur, il espéra seulement l'empêcher de seconder les vues de la France, et déjouer ses intrigues en Allemagne, en Danemark, à Lubeck '. Quant à François I", déconcerté déjà par la mort de Clément VII, il voyait toute l'Europe chrétienne
» Compte de N le Gouverneur, de 4535-4536, f»xvj ▼«. * /6td., f» xvij ^ Ibid.
4 Elle lui avait député Henri Ufenhove. M. Le Glay, AnaU hisi., 498. ' Lettre de l'empereur à J. Hannaert, du 26 février 4535. Papiers d'éiat de Granvelle, II, 307.
DÉMÊLES AVEC LA FRANGE ET L ANGLETERRE. m
applaudir à rexpédition projetée par Tempereur contre Tunis. Il se tenait donc coi, mais il eût fallu peu de clairvoyance pour compter sur la durée de la paix. D'éclatants succès en Afrique pouvaient « retirer encore le monarque françois de sa mauvaise volonté et le porter à moyen d'accommodement plus raisonnable * ; » mais : « réclamer le Milanois , en son nom ou en celui de ses enfans, disait Gharies^Quint, c*est violer des traités confirmés , ratifiés et jurés à diverses reprises ; c'est vouloir troubler la paix de l'Europe, à laquelle je sacrifie mes droits légitimes sur la Bourgogne -. » Or, l'empereur était convaincu que ces raisons étaient sans force sur un prince aussi peu soucieux de la foi des traités que des misères des peuples ; il savait que le roi continuait à lui susciter partout des ennemis, entretenait d'activés intelligences dans les Pays- Bas'; et, sans cesser de négocier, il se tint prêt à la guerre. En cas d'attaque, Charles-Quint voulait que, dans les Pays- Bas, on se bornât d'abord à la défensive. Les travaux de fortification des places frontières furent hâtés par ses ordres ; on prépara les esprits à de prochaines demandes de subsides * ; et, dans le plus grand secret possible, on renforça l'armée. Les officiers des villes et du plat pays reçurent l'ordre « de choisir et d'enrôler tel nombre .de piétons estans audit pays depuis l'âge de 21 à 50 ans ^' » On augmenta les garnisons
' Lettre de Charles-Quint, du 9 décembre 1534. Pap. d'état, U, 253.
* « L*escript baillé à l'empereur de la part du roy de France » et « la response de l'empereur faicte sur ledit escript. » Ibid., 355, 356.
^ Au mois de janvier 4535, on exécuta à Tournai et dans TArtois plusieurs traîtres convaincus de vouloir livrer des villes aux Français. Lettre de Charles- Quint, du 26 février 4535, précitée, et autre lettre de ce prince, du 18 avril 4535. /6id., II, 329.
4 Lettre du 9 décembre 1534, précitée.
^ Janvier 4535. Compte d'A. de Berghes, f» xxviij. — Février 4535. Compte de J. de Hemptinnes, précité (n» 45550), f» xv ▼«. — « Par lettres closes du duc
des places les plus menacées, et Ton y envoya < serpentiiies, hacquebutes, poudre et plomb \ » Dans tous les ars^iaux on remontait les canons ^, et le comte de Rœulx oi^anisa < deux nouvelles bandes d'artillerie de camp, avec munitions, équipages et chariots ^. » Les bandes d'ordonnances *, les officiers des milices, les fieffés, les vassaux n'attendaient qu'un signal pour courir aux armes ^. En même temps on interdit rigoureusement l'exportation des chevaux ^ ; défense fut faite aux gens de guerre de se mettre ou de rester au service de princes étrangers ' , et il fut enjoint d'arrêter les soldats et capitaines allemands traversant le pays ^, Enfin , le roi des Romains fut chargé ^e lever en Allemagne de nombreuses troupes qui, à la première apparence de danger, accourraient dans les Pays-Bas ', pendant que deux armées
d'Aerschot, du vingt-cinquième de juing xxxiiij, contenant ordonnance à ce bailly de faire les monstres et revues mention, au texte. — Au bailly dudit Plobecq et Lessines, pour avoir, suivant lettres de commandement de monsieur le duc d^Aerscbot, gouverneur et grand bailly de Hainaut, esté, es mois de juin XV « xxxij et xxxiiij, es villes et villaiges soubs la juridiction dudit baillialge, passer monstres et revues, et enroller par noms tous les manans tant de pied que de cheval, depuis Veaige de vingt-cincq ans jusques à cbincquante, pour (;ause tant du continuel bruyt de la descente du Turcq audit an xxxij comme en l'an xxxiiij, savoir quelz gens sa magesté trouveroit pour soy servir en ses guerres sy besoing estoit. » Compte* de Charles de Labaye, dit de Sepmeries, bailli de Flobecq et Lessines, de 4535-1536, f« liij (n» 45078), aux Archives du royaume,
• Compte de N. le Gouverneur, f<> xviij to. Lettres de Charles-Quint, du 9 décembre 4534 et du 5 janvier 4535, précitées.
' Instruction secrète donnée à Nassau.
* Lettre du 42 novembre, précitée.
4 Instruction secrète, précitée.
* Compte de N. le Gouverneur, f« xvj v®.
«/Wd., foxijvo.
7 Ibid., f<»xvj v«, et compte d'A. de Berghes, f« xxxj.
• Compte de N. le Gouverneur, f» xv *».
9 Lettre de Granvelle, du 8 décembre, précitée.
descendraient des Pyrénées et des Alpes, et que la flotte impériale menacerait la Provence '.
Marie de Hongrie rattacha à ses mesures de défense Tidée énoncée dans ses dernières pétitions, et envoya à chaque députation provinciale un projet de confédération , comportant l'entretien d'une armée permanente, à payer au moyen d'une aide de ^ 20,000 florins, par mois, qu'on pourrait augmenter au besoin ^. Puis elle convoqua les états généraux , à Malines, pour le 15 juillet 1538. Le projet de la reine rencontra peu de sympathie ; le pays, alarmé par les tendances despotiques du souverain, était rempli de défiances, et ne voyait que pièges tendus à ses libertés. Cependant, les députés du Brabant se montrèrent favorables à une confédération , qui rentrait dans leurs vues. Les députés de la Flandre, au contraire, persistèrent dans leur ancienne opposition. En vain les renvoya-t-on soumettre à leurs commettants de nouvelles considérations en faveur du projet; à leur retour (!•' août), ils notifièrent à l'archevêque de Palerme que leur commission n'avait pas été changée; ils l'engagèrent même à prier la reine de ne pas insister, dans la crainte de recevoir réponse pire encore ^. Sans rejeter absolument le projet, les députés des autres provinces refusèrent le subside demandé : « Si nous accueillons cette proposition, disaient-ils, nous ne serons sans doute plus réunis, et l'on fera à la mode de France *. »
» Instruction donnée à de Scheppere, 1. c.
' Cort verhael van de principaelste geschiedeniêsen ghebeurt binnen de sladt van Gendt, in 'tjaer 1539 ende 4540, édit. par M. Gachârd [Relation des trou» blés de Gand). — Des ancie^mes Assemblées nationales de la Belgique. — i\eg, Aert Van der Goes.
' Begeerende dat de coninginne daer mede te vreden syn wilde, op dat zy geen arger antwoirde en gecrege, als my in 't secreet by M. Lenaert gezeyt es. flegf. Aert Van der Goes.
^ Registres des états de Hainaut, cit. de M. Gachard, 1. c.
Marie de Hongrie, ne voulant point engager la discussion sur ce terrain dangereux, manda séparément en sa présence, chaque députation, le 2 août « avant six heures du matin. » Après s'être fait rendre compte de leurs résolutions , elle les réunit toutes , l'après-dinée , dans la chapelle du palais , ou Tarchevéque de Palerme leur déclara, au nom de la régente, que Topinion générale était considérée comme favorable à la proposition du gouvernement. « La reine, ajouta-t-il, vous en remercie, et elle fera rapport de votre bonne volonté à l'empereur qui, dans toutes ses lettres, la charge de vous recommander de rester unis. » On ne toucha plus à la question des troupes permanentes, et les conseillers de la régente assurèrent oificieusement aux députés que son intention n'avait jamais été de donner une suite immédiate à cette partie du projet : c'était, prétendaient -ils, une sraiple mesure de précaution qu'on n'aurait exécutée qu'en cas de nécessité, après avoir entendu les états '.
Charles- Quint, tranquillisé par les dispositions prises pour la défense de ses états et par les rapports plus rassurants de ses agents ^, était parti pour l'Afrique. On l'a blâmé d'avoir voulu, « capitaine nouveau, » comme il le disait lui-même ^ , diriger cette expédition alors que tant de grands intérêts réclamaient sa présence en Europe. On l'accusa même d'avoir pris cette résolution pour ne pas être obligé de combattre Soliman en Hongrie. « Jamais, disait-on, on n'avait vu un prince fuir l'ennemi avec tant d'appareil. » De telles imputations ne se réfutent pas. S'il céda à quelques considérations particulières , ce fut à un désir de gloire ; ce fut au
» Reg, Aerl Van der Goes.
» Voir Papiers d'état de Granvelle, IL
' Lettre des 22 et 26 juillet 4536. Correspondenz, II, 493.