SI
ville et ses faubourgs, notamment Saint -Josse-ten-Noode, avaient des vignobles assez renommés 1 ; on voit figurer dans les revenus du couvent de Saint-Pierre la vente de ces produits A Anvers, les habitants étaient affranchis de tout droit sur les vins provenant de leurs crus et destinés à leur consommation 3. On cite encore le vin de Buley récolté sur la montagne de ce nom, près de la porte de la Plante, a Namur \ et le vin de Saint-Brice, à Tournai \
En 1559, la vendange des vignobles d'Aerschot fut si abondante qu'on vendait la chopine de vin un liard. La récolte de Tannée suivante présenta des résultats non moins heureux ; le vin blanc surtout était d'une excellente qualité; mais en 1542, 1343 et 1544, un journal de terre produisit à peine une chopine, dont le prix monta a 2 { sols. Dans le village de Langdorp et ses environs , l'abbaye de Sainte-Gertrude à Louvain recueillait quelquefois en une seule année 1,800 aimes de vin 6.
Les vins du pays servaient h la consommation intérieure; on n'en exportait guère que dans le Nord 7. L'étendue de ce commerce avait de bonne heure donné naissance à des fraudes, et, déjà à la fin du xive siècle, il avait fallu comminer des peines terribles contre les marchands qui frelataient le vin en y mêlant de la couperose, du mercure, de la cala-
' Histoire de Hruxelles. I. 161.
* Comptes précités, ann. 4520-1521. — Voir page 250. note 4.
■ M. Kregi i.vgf.r. I. c, 452, note 7.— Un compte de 4539, de la ville d'Anvers, mentionne 24 aimes du cru des bourgeois de celte ville exportées et pour lesquelles il fut payé un patard de pondlgeld par aime.
* M. Dandoy, Notice sur les ancien* octrois de In ville de Namur.
J M Hevnebkbt. Notice sur l'octroi communal de la ville de Tournai " Extrait d'un Manuscrit appartenant aux archives d'Aerschot. Messager des sciences historiques. 4843. 397.
: Comptes du 400* denier. — GmccUftDI.v
mine : le coupable était brûlé vif sur le tonneau renfermant la liqueur l. Les vins étrangers étaient vendus au marché par des facteurs jures ou courtiers nommés par les magistrats municipaux et surveillés par des inspecteurs. Ils dégustaient las vins et en ordonnaient la confiscation, s'ils n'étaient pas de la qualité indiquée par le vendeur. Les règlements interdisaient au marchand de mettre dans la même cave des vins d'espèces différentes, et aux facteurs de vendre a la fois du vin de France et du vin du Rhin ou d'Espagne. L'Allemagne fournissait beaucoup de vins à la Belgique, et celui du Rhin était un objet de luxe offert, dans les solennités, aux souverains et aux grands personnages. La France en importait en moins grande quantité 2. Ce fut seulement vers le milieu du règne de Charles-Quint que l'usage des crus d'Espagne et de Portugal se répandit en Belgique; ils y détrônèrent sans doute l'hippocras, espèce de liqueur qu'on fabriquait avec du vin ordinaire, du miel, des épiceries et des aromates.
Il en était du prix des vins, comme de celui des bières : on en trouve à 32, 3G, 4-8 florins l'aime 3; à 22 florins la pièce; à 16, 30, 40, 60 florins la pipe*. Le vin d'Aerschot nommé
1 Ordonnance du 17 juin 13*4. Histoire de Bruxelles, L Itil.
' « xl livres pour vins de France. «Compte de J. de Marnix (n° 1800) f» ij «.
1 ■« A Jehan Gilles, hoste de l'Escluse, marchand de vin résidant à Bruxelles, la somme de xlviij livres, en faveur d'une aime demye et ung setier de vin, au pris de ix livres l'aime: une piéche de vin, contenant quatre aimes, au prix de xij livres l'aime. » Compte de la veuve et des hoirs de J. de Marnix. f° ij ' j. — - La somme de wij livres x sols, pour l'achat d'ung ponçon de vin rouge. » Ibid. f° ij • ij.
1 « l ne pieche de vin, valissans iij livres vij sols de gros. » Compte du 100* denier (n° 23387), t» v « xiiij »•. — * iij pipes de vin, valissans viij livres de gras. « Ibid., f" cxxiiij »•. -- « iiij pipis de vin, de la valeur de xl livres de uros. » Ibid. (" cix .— <• A cause de une pipe de vin valissant vj livres xiij sols iiij deniers pros. » Ibid., f" lxxiij »°. — « Vue pipe de vin. v livres de gros. • Ibid. ;n« 23358). f iiij - |v.
Landolium valait 8 florins l'aime 1 ; — le vin dit vin bâtard, qui s'exportait en grande quantité2, il a 12 florins l'aime; 29, 30, 35, 36 florins la pipe; 66 florins le tonneau3; — le vin doux, 30 florins l'aime4; — le vin aigre, 44 sous l'aime 5 ;
— le vin sec, 24 florins la pipett, — le vin aigre sec. 18 florins la pipe7; — le vin rouge, 72 florins le muid
— le dm de Bourgogne, rarement mentionné, 144 florins la pièce9; — le vin de Homagne, qui était fort en vogue, 240 florins la pièce 10 ; — le vin de Malvoisie.... 11 ; — le w#i
Manuscrit des archives d'Aerschot, précité. ■ Comptes du 100" denier.
1 « Six tonneaux de vin bastard, a xj livres de gros chacun. ibid. • ii" 23337), P v • xxij. - < xvij aimes de vin bastard, \alissans la somme de wxîj livresde gros. » Ibid (n« 23358], f" ij e lxxvij - « Deux pipes de vin t*astard, valissans xj livres xvj sols de gros. » Ibid., f° ex. — » iij pipes de vin bastard, valissans ensemble xv livres de gros. « Ibid., f° ciiij ** vij vU. — -• ij pipes de vin bastard, valissans x livres de gros. » Ibid., f° ij e iij. -- « liij pipes de vin bastard, valissant ensemble xix livres x sols de gros. » Ibid., f" ciiij « viij v°. — » Quatre pipes de vin bastard. xxiiij livres de gros. » Ibid., h iiij « v.
* « Une aime de vin doux, v livres gros. » ibid., f° v e lxxiiij.
' « Une demi aime de vin aigre, iij sols viij deniers gros. « Ibid.. f9 ij • x\xij.
- . Six pipes de vin secq, ensemble xxiiij livres de gros. .» Ibid., f° ij • «xvij**.
7 « Dix pipes d'aigre vin secq, ensemble xxx livres de gros. » Ibid., f« mj « xlv.
• •> yuattre pièches de vin rouge, contenant vij muydz et demy, a xij livres trros le muvd. • Ibid., f« ix • xxxvj »°. — « Une pièchede vin rouge, xviij livres rie gros. » Ibid. - « Une pièche de vin rouge, xxiiij livres gros. » Ibid., f° ix r xxxviij *° — " Une pièche de vin rouge, xxiiij livres gros. » Ibid., f° ix r » x v viij *°. — • iij piechesde vin rouge au prix de xxiiij liv res gros la pièche, ixxij livres gros. » Ibid., f" ix « xl.
' » Une demy piechede vin de bourgogne, xij livresde gros. « Ibid.. fu ix 1 x xx vij »°.
•• - Une piechede vin Homagne. xl livres de gros. » Ibid., i° ix • \xxix. ■ « Une aime de vin de Malvoisie. » Ibid. , u» 23357). cl.
du Rhin, 6 et 7 sous la gelle, 18 florins l'aime, 78 et 84 florins le muid '; — le vin d'Espagne, 1 1 florins le baril, 74 florins la pipe, 72 et 90 florins le muid 2.
On usait encore comme boisson de l'hydromel qui se vendait 2 sous le pot wallon ou la pinte de Bruxelles du cidre qui coûtait 8 a 9 florins le baril 4 ; du verjus qui se payait 6 florins le tonnelet \
' « Item, voor viij gellen Rynswyns, elcke gelte te vj stu\ers. — Item, voor x gelten Rynswyns, elcke gelte te v stuvers. » Comptesde l'hôpital Saint-Pierre. 1517-4548. — - xj gelten Rynswyns, te vij st. de gelte. iij g. xvij st. - xiij 1/2 gelten wyns, te vij st. de gelte. » Ibid., 1550-4551. ~ « xj ghelten Rynswyns voer de mamboiren, iij g. xvij st. — « Deux aimes et demi de vin de Rin, ensemble vij livres x sols de gros. ■ Compte du 400« denier (n* 23358), f» iij c xhij — « Deux pièches de vin de Rin, contenans vij muyds, au prix de xiij livres de pros le muyd. » Ibid., f# ix ' xliiij r°. — « Deux pièches de vin de Rin, contenans vj muydz, au prix de xiiij livres de gros le muyd. » Ibid . f° ix « xlvj. — « Une pièchede vin de Rin, contenant iij muyds et demy. audit prix de xiij livres de gros le muyd - Ibid , f» ix e xlvj — « Une pièche de vin de Rin, contenant vj muydz, au prix de xiij livres gros le muyd. • Ibid., f ix • xl - « Une pièche de vin de Rin, contenant ix muydz, a xiiij livres gros le muyd. • Ibid., f» xlj.
' « Deux petites pièches de vin d'Espaigne, contenans iij muydz au pris de xij livres de gros le muyd. — Deux pièces de vin d'Espaigne, contenans cincq muydz, audit prix de xij livres gros le muyd. » Ibid., f* ix e xliiij. — « Deux pièces de vin d'Espaigne, contenans vj muyds, au prix de xij livres gros le muyd. » Ibid , f° ix * xlviij »". — n Deux pièches devin d'Espaingnc, vallissanl Ixxij livres de gros. » Ibid., f° ix e xxxiiij. — « Deux pièches de vin d'Espaigne. contenant v muyds, au prix de xij livres de gros le muyd.» /6<d.,f°ix 'mv,u. - « iij pièches de vin d'Espaigne, contenant vij muyds et demy, au prix de xv livres gros le muyd. - Ibid , f° ix • xxxix. — « Ung baril de vin d'Espaigne. valissant xxxvj sols viij deniers de gros. • Ibid., f« liij « Ixv — « Deux pipes de vin d'Espaigne, valissant la somme de xij livres vj sols viij deniers gros. - Ibid (n- 23357). f- iiij « vj.
* « Item, eenen waelpot meedls, vj deniers gros. « Compte» de I hoj.H. il Saint-Pierre, 1530-4524 . - Le pot wallon équivalait a une pinte ou 4/2 pot de Bruxelles.
4 « El quarante ung barilz de sidre, valissant ensemble la somme de Ix livres de gros. » Compte du 100* denier (n- 23357), f" v e Ixv.
5 « Un tonnelet de verdjuz, valissant xx sols de gros. >» Ibid.. f° iiij « xvij.
Outre les avantages matériels, d'importantes conséquences découlèrent de la révolution commerciale qui marqua la lin du xve siècle : l'établissement des bourses de commerce se multiplia ; les voies de communication s'améliorèrent ; la piraterie fut réprimée; d'anciennes coutumes indignes de peuples entrés dans l'ère de la civilisation, disparurent; la législation reçut des modifications et des développements inhérents au nouvel état des choses '. En 1331, s'éleva la Bourse d'Anvers, qui servit de modèle aux autres nations2. « C'était, dit Guicciardin, la plus belle de l'Europe, avec ses quatre grandes portes, ses galeries remplies de boutiques où se vendaient les riches merceries et où les peintres exposaient leurs tableaux3. » Après son achèvement, les affaires de banque, a Anvers, ne se traitèrent plus ailleurs (règlement du 1 7 octobre 1538, renouvelé et complété en 1543). Les Anglais seuls continuèrent a se réunir à la Bourse anglaise, bâtiment qu'ils avaient fait construire, en 1515, pour leur usage particulier. Ouant aux négociants des autres nations et de la ville, ils
' « In t selve jaer, tien H jtily. begon-t men te graven. aen de nieuwt* Horse, om te fonderen in de langhe Nieuwstraet. Antw. Chron., 33.
• On sait qu'elle donna a Thomas Gresham, chef des marchands anglais «•fablis en cette ville, où il passa une grande partie de sa vie, l'idée de l'Exchange de Londres, nommée originairement Hrilain s Bourse, qu'il éleva a ses frais en 1306, et qui fut incendiée un siècle après ( 1 666).
1 Ce beau monument, qu'un incendie a détruit dans la nuit du 3 au 4 août ♦ 858, fut bâti, dit-on, près d'une vieille maison décorée des armoiries d une famille nohle, ayaut pour supports trois bourses et nommée les Itourses, d'où \int la dénomination du bâtiment consacré aux affaires de commerce et de trafique. Giicciahdiv
L'n écrivain allemand, Busch, rapporte cette circonstance en l'attribuant a tort à la bourse d'Amsterdam, bàliede 1608 a 4613 — Sui\ant quelquesauteurs. le nom de bourse vient de celui d'une famille noble de Bruges, Van der Beurse. <lont la maison servait, en 1530, aux réunions des négociants. L'existence antérieure de la Bourse anglaise renverse ces diverses suppositions.
320 REGNE DE CHARLES-QUNT EN BELGIQIE
s'assemblèrent à la nouvelle bourse, le ni»ti:i , ;i onze, et, laprès-dinée, à six heures; les Hanséales s'y rendaient en cortège, musique en tète. On y voyait parfois réunis jusqu'à 'i,000 marchands, courtiers, capitaines de navire, etc. Ou y entendait parler toutes les langues ; tous les costumes y fîgui-aient. « En un mot, dit Daniel Roger, de Wittenberg, c'était un petit monde où étaient représentées toutes les contrées de la terre. » Chaque nation avait sa place particulière : les Italiens et les Espagnols se tenaient a droite; les Français et les habitants des Pays-Bas à gauche; les Allemands et les Oosterlings du côté de l'entrée; la partie la plus reeulée de ce splendide local était réservée aux Hollandais, aux Bourguignons et aux nations du Nord ; enfin plus tard les Anglais en occupèrent le centre '.
Le transit avait nécessité de bonne heure la construction de grandes voies de communication, et la Belgique en était sillonnée; la principale était l'ancienne chaussée romaine, de Bavai à Tongres qui, sous le nom de grande chaussée, partail des frontières de France et s'étendait par Maestrieht jusqu'il Aix-la-Chapelle, a travers les provinces de Hainaut, de Brabant, de Namur, et la principauté de Liège 2. Un édit de 1527 prescrivit « d'entretenir les chemins en bon état, afin que les marchands avec leurs marchandises pussent commodément passer sans péril, et que les tonlieux de l'empereur ne fussent pas perdus \ » Les dispositions de cet édit furent renou-
1 Les établissements de banque a Anvers au xvi* siècle, I. c,
' » Sur la cbausseequi maisne desdits pa\s ( Hainaut. Bradant el Liège; aTrecht . Kit et ailleurs es Allemaignes. » Compte de J. deBcrghes (n° 48204!., f° xl\ij T°.
Une autre chaussée romaine, de Bavai a Assche. se continuait, paralt-il. par Mi'rchfem, Steenhuflel et Londerzeel, vers le bas Escaut, auquel elle reliait 1 Artois et le Hainaut. l oir M. Waiters, I. c, II. 60.
' Compte de J. de Berghes | n° 15205), f xxiiij *"
COMMENCE. - INDUSTRIE - AGHICLLTURE 3>I
velées et élendues par deux ordonnances des 18 mai 1330 et 13 juin 1555 V L'Escaut fut canalisé il Tournai, et la Haine jusqu'à ce fleuve 2. On s'occupa des ports de mer, et l'exemple des Brugeois qui, en 1310, avaient rétabli les digues du Zwartegat et fait sonder les eaux du Zwyn, trouva des imitateurs. En 1515, Chartes-Quint répartit 10,754 livres entre les métiers de Bourbourg, P.ergues, Furnes, Cassel, pour
la réparation de leurs dunes et de leurs digues. A Ostende, dont le port était déjà menacé d'envasement, on construisit (1317) à l'extrémilé-est du chenal, une écluse de chasse pour le curer en retenant les eaux à la marée haute et en les làchnnt à la marée basse *.
Des édite du 29 janvier 1541), du 19 juillet 1331, tendants à diminuer les dangers de la navigation, établirent des règles très-étendues sur la construction des navires, le personnel des équipages, le poids de la cargaison, la quantité et la qualité des munitions de guerre à prendre à bord, l'instruction des marins. Ces édite, qui nous montrent les assurances maritimes établies déjà depuis assez longtemps, cherchent à réprimer les fraudes auxquelles elles avaient donné heu \ Suivant le premier, des marchands faisaient alors de fausses déclarations, pour obtenir de grosses assurances sur des navires qui étaient ensuite livrés aux pirates ou à l'ennemi. En conséquence, il fui interdit aux armateurs d'assurer plus des neuf dixièmes de la eargaison contre les écumeurs de mer; quant aux agrès, les polices d'a>surance comprirent seulement : la quille, la cale,
■ Plac de Flandre. I.
' Vivant, V Î55
' M. Hei paire. iïotice historique fur la tulle et le i>ort dOslende, I. c. » Deja en 13lo on avail établi a Bruges une illumine ;! assurances. M I)ef M gz. I C, 93.
Mi REGNE DE CHAItLES-QUINT EN BELGIQUE.
1 artillerie, la poudre, les boulets; aucun autre objet appartenant à lequipage ne pouvait être assuré. Toute assurance de navires étrangers, ou de navires nationaux qui n'étaient pas armés, gréés, équipés de la manière prescrite, était de lait, nulle et sans valeur. Préludant a une mesure par laquelle Cromwell assura la puissance maritime de l'Angleterre, l'article 18 de l'édit de 1549 défendit, sous peine de confiscation et d'amende arbitraire, aux sujets et habitants des Pays-Bas. de charger dorénavant des biens ou des marchandises, pour l'importation ou pour l'exportation, sur des navires étrangers; il n'était permis d'y recourir qu'en cas d'impossibilité constatée de se pourvoir de navires nationaux. Les armateurs et les capitaines s'engageaient à n'embarquer aucune marchandise de pays ennemis, à n'y transporter aucune marchandise des Pays-Bas ; des cautions garantissaient l'exécution de cet engagement '.
L'existence des compagnies d'assurances sur la vie est également constatée par une requête adressée, en 1568, au duc d'Àll>e. Cette requête, émanant de marchands espagnols, établis à Anvers, parle de ces compagnies comme existant depuis plusieurs années, sans toutefois avoir été sanctionnées par l'autorité \
Les pirates de la Frise et de la Gueldre furent exterminés; d'énergiques mesures continrent les corsaires écossais et français; Charles -Quint en personne attaqua dans leurs repaires les forbans de l'Afrique. Auparavant les « jetz de mer » étaient partagés par moitié entre le souverain et la personne
Placards de Flandre, I. 360-374 et 37;>-38o. — Placards de tombant . III, 216
1 M. Gachard, Anal, bely., I. 476. — Voir le règlement du 20 janvier 1571 . sur les assurances. Plac. de Flandre, II, 333.
qui les avait trouvés Développant le principe consigné dans le traité de 1495, une ordonnance du 10 décembre 1547 enjoignit à tous pécheurs ou autres personnes qui trouveraient des épaves maritimes, d'en donner avis à l'autorité, dans les vingt-quatre heures. Ils étaient indemnisés de leurs frais et de leurs peines ; mais à défaut de cette déclaration, on les considérait comme voleurs. La même ordonnance frappait de nullité tous contrats d'achat et de ventes dépaves. Elles étaient restituées au propriétaire, s'il les réclamait dans l'année, après payement des frais de trouvaille et de conservation; a l'expiration de ce terme, elles devenaient la propriété du souverain \
Ces diverses ordonnances, lesédils de 1557, 1539 et 1541 sur les lettres de change, les billets à ordre, le courtage, les assurances, ledit de 1544 « sur le fait et conduite du style et métier des tapissiers \ » prouvent une tendance marquée à transformer en lois les usages principaux du commerce, qui jusqu'alors n'avait guère eu de principes lixés par écrit \ Ces usages étaient empreints d'un esprit libéral. Ainsi, ils permettaient l'importation de toutes les marchandises étrangères, a la seule condition de n'user « ni de fraude, ni de tromperie. » Il n'y avait d'entraves à l'exportation que pour les chevaux de cavalerie, les juments, les céréales, les armes, les munitions de guerre, les métaux, dont les guerres misaient assez fréquemment prohiber la sortie. Toutes les industries
' <• Autre recette des jez de mer, dont monseigneur prenl l;i moitié et leulx qui le trouvent l'autre moitié. » Compte des baillis de Biervhet , ii" 13001: aux Archives du royaume.
' Plac de Flandre, 1 .157.
» Plac. de lirabant, I. 509. 511. 513. 50i. 010
• Voir M. [JKFAtor. I. c, M.
étaient du reste soumises à des redevances en nature, ayant une certaine analogie avec nos patenles '.
En Belgique on suivait les principes du droit canonique défendant, en opposition avec la loi romaine, le prêt à intérêt condamné par l'Écriture-Sainte. Mais les capitaux étaient trop indispensables au commerce et a l'industrie, pour qu'on ne dérogeât pas à ces principes peu équitables; dès les temps les plus reculés, on trouve des tables de prêt établies en vertu d'octrois, qui étaient donnés ou retirés, suivant que le prince avait à ménager le commerce ou le clergé 2. Aussi les mesures répressives restaient-elles sans effet, et l'édit du 9 avril loi I 1 n'eut-il aucun résultat. Beaucoup de villes avaient maintenu les tables de prêt, et elles reparurent bientôt dans la plupart des autres. Le souverain d'ailleurs était intéressé à la conservation de ces établissements des lombards, qui constituaient une source de revenus pour le domaine 4. On ne tarda même
1 « Des merciers «Je la ville de Namur. qui doivent fournir chacun an une livre «Je poivre a mondit seigneur. •» Compte de N. Hifflart, de 1513 n° 3281 ;, f° xlij. — « Des esrhoppos des merchicrs a Courtray, qui doibvenl chacun an audit seigneur empereur une livre de poivre au terme de la Saint-Jehan, ley pour la Saint-Jehan, mil v ■ quarante UDg, une livre de poivre rachaplee, comme es années précédentes, pour xx sols. » Compte de l\ de Greboval, précdé ii" 2713 i, T" xxvij. — .. Des pescheurs en la Lys a Courlray, qui doibvenl chacun an a I empereur iij sols iiij deniers, à payera la Saint-Martin d'hiver. » Ibid , (*•• xxvij — « Des chaudronniers de la ville de Courlray, qui doibvenl chacun an audit seigneur empereur ung bassin, au terme de Pasques. Ledit bassin u este rachapté comme es années précédentes pour xxiiij sols. » Ibid , f° xxvij. Etc.
1 Fr. Zmvki s. Soiitia juris belgici , l. iv. 5N. § 3. — Préambule de l edit du 40 avril 1510, précité. — M. Del Marmol, I. c. 3 loir chapitre XIX. page 221.
* « Des compagnons tenant table de prest en la ville d'Anvers, la somme de \j » xviij livres x sols, sur ce qu'ils povoient devoir au roy à cause de leur < ensive, du terme escheu a Pasques l'an mil cinq cent et six, vj " xviij livres x sols. — Des compaignons tenant table de prest en la ville de Bruxelles, ij <
pas a comprendre qu'il importait de faire cesser à l'avenir toute inquiétude sur une question de cette importance, et de régler cette base des opérations commerciales.
En 1537, un nommé Parenti di Pogio ayant sollicité l'octroi de la table de prêt de Gand, Marie de Hongrie consulta le magistrat de cette ville, sur l'opportunité d'y rétablir les lombards; celui-ci s'adressa aux docteurs de Louvain, « pour scavov r si, par raison et conscience, il pouvoit conseiller de bailler ledit octroy, » et les théologiens de l'université démontrèrent, dans deux consultations, qu'il était permis de tolérer les lombards, quasi conniventibus oculis. En conséquence, le 13 août 1538, l'octroi sollicité par Parenti di Pogio « et ses complices, » leur fut accordé, pour un terme de douze ans. L'intérêt fut réduit de 3 a 2 gros, par semaine, par livre de 240 gros; en revanche, Charles-Quint, « abolissant et mectant il néant les droits et prouflits annuels qui prins estoient du temps passé, » renonça à la perception de l'impôt immoral prélevé sur les usuriers. Mais dans Feutre-temps la municipalité
Iviij livres. — Des compaignons de Mal, xxv livres. — Ibid. en la ville de Namur, iiij « xix livres. - Ibid. a Malines, viij « j livres. - Ibid. à Grammont, xlv livres - Ibid. à Nivelles, xij livres. — Ibid. à Tirlemont, xij livres. » Compte du receveur général Simon Longin, précité (n° 1879), f'» 73-75. — « Le semblable pour le second terme échéant à la Saint-Remy. » Ibid., f°« 76 et suiv.
« De la table des lombards en la ville de Mons, dont l'on souloit prendre chacun an vingt-neuf livres de gros monnoie de Flandres. — De semblable table en la ville de Valenciennes , dont l'on souloit prendre soixante-douze livres de gros. — De semblable table en la ville d'Ath, dont l'on souloit prendre chacun an vingt livres de gros. — De semblable table en la ville de liai, où I on souloit aussy prendre vingt-neuf livres de gros » Compte de J. de la Croix, précité ;n» 3199]. f° xlij «°.
- Aultre recepte à cause du droit qui se lève et prend sur les lombards tenant table de prest au pays de Flandres, es villes de Gand, Hulst, Tenremonde. Audenaerde et Grammont. » Compte de L. Lyns, précité (n° 2710), f- xlix — « Du change de Neufport, qui souloit valoir xx sols p. par an. •» Compte de N Hanneron, précité (n° 27H ), f° xxxv.
avait été changée et le nouveau magistrat ne partagea point l'avis de*"ses prédécesseurs; le 10 octobre 1538, il pria la reine de révoquer cet octroi : « les sermons que avoient faits et faisoient les prescheurs et religieux, à Gand, en blasmant les usures et tables de prest, » rendaient impossible, dit-il, l'établissement de Parenti di Pogio et de ses compagnons. Bien que la commune gantoise fût alors agitée par le refus de laide, et qu'il importât de n'y point jeter de nouveaux brandons de discorde, Marie de Hongrie repoussa cette réclamation. Qu'elles fussent dictées ou non par des conseillers accessibles aux largesses des lombards ', ses raisons étaient d'une grande justesse.
La princesse rappela que les prédécesseurs des réclamants avaient accueilli la demande de Parenti, après avoir consulté les théologiens de Louvain et constaté le rétablissement des tables de prêt dans d'autres villes : a Bruxelles, Anvers, Louvain, Bois-le-Duc. Elle démontra que l'octroi tendait surtout à prévenir « les secrètes usures occasionnant de plus grands fraiz et despens aux povres gens. • — « Pour ce qui est, ajoutait-elle, de révocquer l'octroi soubz timbre des preschemens desdictz prescheurs de Gand, nous le trouvons estrange et chose scandaleuse, plus propre a produire indeues murmures contre les officiers de mon seigneur et frère et de vous, que le soulagement des povres subjectz. Ne se doibt tollerer, souffrir ni permectre auxdictz prescheurs de se mesler en leurs serinons publies des lettres et despéehes des princes, pour eslever les simples subjectz à murmures et commotions ; mais si leurs supérieurs veullent remonstrer à nous et aux loys des villes, où telles et semblables tables de
• Bomu.rn. 67 et Hov.m k Van Papendrkcbt, cités par M. de Decker. I. c.
prest se tiennent, les raisons pour lesquelles leur peult sembler qu'on les doibt abolir, il leur sera faict entendre les causes qui ont meu l'accord d'icelles tables de prest. En tout cas, que l'on abolisse ou que l'on maintienne les lombards olliciels, les éehevins devraient commencer par faire grosse punition et correction des secrets usuriers, que l'on dict estre partout en grand et gros nombre préjudiciables à la chose publicque '. » Cette réponse péremptoire leva toutes les difficultés, et les lombards furent rétablis.
Plus tard, les quatre membres de Flandre se plaignirent d'abus qui s'étaient glissés dans l'établissement de Parenti di Pogio, et demandèrent sa suppression à l'expiration du terme fixé par l'octroi de 1538. Une enquête constata l'existence des abus signalés et la nécessité d'apporter d'importantes modifications dans la législation régissant la matière 2 ; mais comme il était impossible de se priver de ces fournisseurs d'argent, loin de songer a les supprimer, Charles-Quint résolut de statuer définitivement sur cette grave question. Pour ne pas heurter des préjugés appuyés par la puissance ecclésiastique, il tourna l'écueil; ce fut en paraissant annoncer sa prohibition qu'il autorisa le prêt à intérêt. « Attendu que des marchands, dit le préambule de l'édit du 10 avril 1340, postposant leur honneur et salut, pour nourrir leur avarice, font seulement marchandise d'argent, en le prêtant à frais excessifs, sans faire distinction entre intérest, permis aux bons marchans, et usure, deffendue à tous chrestiens ; considérant que si l'on n'y pourvoyoit, avec succession de temps, tout le fait des marchandises se convertirait en usure, ce qui causerait la
■ Dépêche du 17 décembre 1538. M. de Decker, I. r., xxx et xxxi. » l oir cette enquête. Ibid.. xxxi a xxxvi.
3i8 REGNE DE CHARLES-QUINT EN BELGIQUE
perdition des Ames et un énorme préjudice à la chose publique, signamment ès pays de par deçà, — tant pour le salut des âmes, conservation de nostre foy chrestienne, que pour éviter lesdits inconvéniens, nous avons arrêté : » — « Pour prêter à intérêt il faut que le préteur et l'emprunteur soient marchands, ou que le premier soit intéressé dans des associations commerciales. Le taux de l'intérêt ne dépassera pas 15 pour cent. L'argent sera placé à intérêt pour un an seulement. Toutes stipulations contraires sont déclarées usuraires, punissables et nulles de plein droit »
Charles-Quint montra, en outre, quelque tendance à améliorer la position des fermiers des lombards. En accordant (19 décembre 1544) celui de Gand à Antoine Succa et à ses compagnons, il leur promit que s'ils testaient, fussent-ils illégitimes ou bâtards, il ne prélèverait ni mainmorte, ni d'autres droits sur leurs biens. « S'ils décèdent intestats, ajouta-t-il, ne pourrons semblablement rien demander, et permeetons que leursditz biens soient converliz selon la coustume du lieu dont ils sont natifz, nonobstant quelconques droictz, usanees et coustumes au contraire 2. » Les précautions prises pour dissimuler ses vues ne trompèrent point l'esprit ombrageux du clergé. Il ne cessa de sévir contre les usuriers publics, et, pour lui complaire, il fallut soumettre encore les lombards h d'avilissantes distinctions. Ainsi, l'autorité ecclésiastique s étant plainte « que les usuriers tenans tables de prêt sans autorisation, s'nvançoient journellement de converser avec les fidèles hantans les églises, comme autres gens de bien, a grand scandale de plusieurs, veu qu'ils étoient notoirement et de droit excommuniez, » un édit du 15 janvier 1540
' Êdiii de Luxembourg, Ci. - » M. de Dkcker. 1. c. xxv.
défendit « aux usuriers tenant table de prêt, sous quelque privilège que ce fût, ou ayant un intérêt quelconque dans les tables de prêt, de fréquenter l'église pendant le service divin, de se mêler aux honnêtes gens et de converser avec eux, sous peine de perdre leur privilège et d'encourir les peines comminées contre les usuriers manifestes »
S'il était difficile de protéger les lombards, il l'était bien plus encore de réprimer l'usure. Longtemps on avait laissé aux communes le soin de régler le taux des intérêts, et tandis que dans certaines localités l'autorité fixait le maximum de l'intérêt 2, dans d'autres on interdisait « de prester argent pour en faire profit 3. » Aussi l'établissement d'un taux uniforme rencontra-t-il beaucoup de difficultés. Quelque excessif qu'il fût, létaux de 12 pour cent fut dépassé par les prêteurs, et le gouvernement de Charles-Quint lui-même, pressé par ses continuels besoins d'argent, se soumit a des intérêts usuraires ; ces intérêts , sous le nom de fruit ou droit d'attente4, s'élevaient généralement, suivant une attestation du conseil des finances (26 avril 1544), a 16 pour cent par un5; ils montèrent même fréquemment à 18 et a 20 pour cent6.
' t.dttttde Luxembounj, I. c. — Plue, dt Flandre, I, 786.
* « Amendes de l livres pour ceux quy preslent plus hault que deux deniers la livre en arpent sur Chartres. «Comptes des écoutèlesde Bruges, précités.
1 • Amendes de l livres de ceulx qui ont preste argent pour en avoir prouffit. » Ibid. - De la kuere que nul ne preste a usure en la ville, franchise et chastellenied Audenaerde. sur l'amende de x liv res p. » Comptes des baillis <!' Audenaerde, précités.
I « ix m vj ' livres payez aux marchands genevois ( génois;, résidons és pays • le par deçà, assavoir : les v iij m ijjj c livres en tant moins de douze mil florins «Je Rin d'or, qu'ils ont presté comptant au roy, et les xij r livres que ledit seigneur roy leur a accordé pour le frait et attente desdits xij m florins d'or. » Compte de Jean Micault >n° IHHi).
• Registre n° HO aux Archives du royaume.
■ Considérant que grant partie des deniers recouvre! par Milite majesté
Les marchands d'Anvers faisaient un grand abus d'une opération financière appelée dépôt et consistant à prêter de l'argent à un intérêt déterminé. Ce dépôt eût été avantageux, si les prêteurs s'étaient contentés d'un gain honnête, « comme de six ou six et un quart, selon la permission octroyée aux gentilshommes et aux rentiers; » mais il devint désastreux par l'énormité de l'usure. Beaucoup de marchands y trouvant plus de bénéfices que dans les hasards du négoce, cessèrent de consacrer leurs capitaux au commerce; une foule de nobles, éludant, au moyen de prête-noms, les lois exceptionnelles imposées h leur caste, firent aussi fructifier de la sorte l'argent autrefois employé à l'amélioration de leurs terres. Dès ce moment l'agriculture fut négligée; le commerce diminua ses achats ; les denrées et les marchandises étrangères devinrent plus rares, par conséquent plus chères, au grand détriment du pays, mais surtout du pauvre peuple « qui, en plusieurs manières, ajoute Guicciardin, est toujours mangé et rançonné par les riches. »
« Si la circulation des capitaux est nécessaire au commerce, il faut aussi le préserver de toute perturbation, en déterminant le taux des monnaies d'une manière fixe, ne donnant pas lieu de redouter de subites variations » Dans la seconde moitié du xve siècle , les guerres civiles , les guerres étrangères et les énormes subsides exigés par l'entretien des armées, avaient causé une grande pénurie de numéraire, et fait hausser considérablement la valeur des monnaies \ D'un autre côté, le prix
«ouroienta gros excessif [rail, comme dedix-huil ou vingt deniers pour cent par chacun an. » Compte de J. Micault, de 4534 (n° 4888). ' M. Del Marmol, I. c.
1 « Comme par le grand désordre, quy puis aulcun temps a esté comme encore esf. es monnoies d'or et d'argent, ayans et quy ont cours en nos pays et
des denrées et de tous les objets de première nécessité avait augmenté ; de cette déplorable anomalie résultaient les plus graves inconvénients, et la misère publique était devenue extrême. Maximilien prit une mesure qui a été l'objet de blâmes sévères \ et qui pourtant découlait d'un principe honnête. Instigué, dit-on, par des membres du clergé, notamment par l'abbé de Saint-Berlin, Antoine de Berghes, il rejeta l avis des états qui voulaient arriver à la baisse des monnaies d'une manière lente et progressive, et décréta, le 14 décembre 1489, une réduction abaissant de plus d'un tiers la valeur qu'elles avaient acquise. Cet édit, qui ramenait h la monnaie forte, fut repoussé par la plupart des villes du Brabant et de la Flandre, et produisit des crises financières dans les provinces où il fut accepté. La spéculation se hâta d'apporter sur les marchés de ces provinces des denrées et des marchandises qui étaient payées en espèces ayant plus d'un tiers de hausse dans les villes opposantes. Maximilien maintint néanmoins son édit, et tort de ses récents succès sur les communes du Brabant et de la Flandre, il parvint à l'y faire recevoir. Pourtant les difficultés s'accrurent; la mesure éprouva une forte opposition et, au mois d'avril 1491, les états généraux adressèrent au souverain de sérieuses remontrances sur l'impossibilité de persévérer dans ce svstème. Cédant à l'évidence des faits, il consentit à une augmentation : le florin a la croix de saint André lut porté de 20 à 24 sous; et le taux des autres monnaies s'éleva dans la même proportion. Par la force des choses cette
•^'igneuries, quy est tel, que le denier quy fui forge pour vingt patlars. s'alloue
et est miz pour soixante pattars, et a I advenant tous aullres deniers »
Préambule de l edit du 14 décembre U89. Plac. de Flandre. 11. 443.
■ Beanlvcoording der prytvraag orer de munten en helgeen daartoe betrekkmg heeft, sederl 1800 lot den jare 1621 ingesloten, door I). Groehf.. Mémoire rouronnés par l'Académie. X.
332 RÈGNE DE CHAftLES-QUINT EN BELGIQUE.
disposition fut si fréquemment violée, qu'il fallut en rappeler l'observation (26 août 1495), et par une série dédits déterminer la valeur des monnaies, devenues l'objet d'un agiotage effréné. Ainsi, la valeur du ducat de Hongrie, fixée, par l'ordonnance du 26 août 1495, à 31 sous, monta à 36 sous, par suite d'une ordonnance du 12 novembre de la même année; réduite à 35 £ sous en janvier 1495, elle fut reportée a 36 sous le 1" mars 1497, et élevée à 39 sous le 14 septembre 1499. Au contraire, le florin, porté a 28 sous en 1493, se maintint à ce prix, et une ordonnance du 24 décembre 1499 lui conserva cette valeur
Cela dura jusqu'à l'avènement de Charles-Quint ; mais le gouvernement de ce prince comprit la faute commise par ses prédécesseurs, et toutes ses mesures tendirent h maintenir, aillant que possible, les monnaies au même taux. Les obstacles nés des événements politiques, les émeutes locales, ne firent pas dévier de ce but; durant tout ce règne, il n'y eut que de légères variations dans le cours des monnaies, et cette circonstance exerça sans doute une heureuse influence sur les transactions commerciales et privées. Mainte fois, Charles-Quint consulta les états généraux sur cette importante question; elle fut l'objet de nombreux travaux de la part des conseils du gouvernement, et pourtant aucune ordonnance ne se départit du principe fondamental. Un éditdu 2 janvier 1516, déterminant le taux des amendes et des impositions, maintint, à de légères modifications près, la valeur des monnaies telle qu'elle avait élé fixée en 1499 2. Deux ordonnances de 1519 (l'une défendant de recevoir ou de donner les douzains de France ù un plus haut prix que dix deniers tournois, l'autre ôtant le
' M. D. Groebe, I. c. — ' tbid.
coups légal aux florins et aux autres monnaies d'Utrecht et du pays de Gueldre ') contiennent des dispositions dans le même sens; reproduites dans une ordonnance du 4 février 1 520 2, elles furent consacrées par un édit du 22 novembre de la même année \ qui fixa la valeur du carolus a 20 sous ; celle du philippus à 25 ; celle des autres monnaies à l'avenant \ Mais, en 1521, au début de la guerre contre la France, il y eut une extrême disette de numéraire, et en conservant aux monnaies une valeur restée depuis 20 ans à peu prés invariable, le gouvernement souleva une formidable opposition. Des mouvements tumultueux éclatèrent dans la plupart des provinces; la bourgeoisie d'Anvers se signala surtout par l'énergie de son opposition, et deux commissaires du gouvernement, chargés de calmer l'agitation de celte ville, s'épuisèrent en vains efforts pour obtenir le serment d'observer ledit de 1520 \
Ces résistances n'avaient pas fait fléchir le gouvernement , lorsque, dans l'assemblée des états généraux de 1523, les députés du Brabant exposèrent la nécessité de mettre un terme au désordre des monnaies. Leurs observations avant été unanimement approuvées, de concert avec les députés de la Flandre et de la Hollande, appuyés par les autres états, ils demandèrent « que l'on donnât prix aux monnoies scion certain concept par eux advisé. » Bien que Marguerite a trouvât la proposition peu raisonnable, » la nécessité de leur complaire pour obtenir les aides pétitionnées, força la
' Compte de J. de Berghcs | n - 1 5203 ) , de 1519-1520. f° xij ' M. D. Groebe. I.c.
* Citée dans lordonnancedu 10 décembre «526. Plac de Flandre. I. 474. Mettre de Marguerite, du «7 septembre 1520. Rey; Correspondance, 1 C, f° 33.
' M I> Groere. I f . - Chron. van Antwerpen.
princesse h l'adopter provisoirement '. Ce « concept » formule en ordonnance, par lettres patentes du 4 mars 1523, toléra momentanément la hausse des monnaies d'or2; mais loin d'atteindre le but que se proposaient ses auteurs, il accrut le désordre. La valeur de l'argent n'ayant pas été haussée, l'or, au mépris de l'ordonnance, monta à des prix excessifs. Les monnaies d'argent disparurent de la circulation; on ne vit plus que des monnaies de billon, de Gueldre, de Clèves, de Juliers, de Liège, d'autres contrées voisines, ayant cours à un prix plus élevé que l'or même 3. Quelques conseillers de Marguerite jugèrent alors opportun de hausser toutes les monnaies et lui déconseillèrent de renouveler l'ordonnance de 1523 *. Avant de se prononcer, la régente consulta les états, demanda des rapports au conseil privé, aux gouverneurs de province, à plusieurs marchands, et dans l'entre-temps elle ordonna (19 juin 1324) une nouvelle publication de la dernière ordonnance \ Cette publication ne la fit pas mieux observer; de. toutes parts on pressa la régente de hausser la valeur des monnaies
• Lettre do Marguerite, du 6 mars l623:Reg. Correspondance, fn 80.
• M. I). Grof.be, 1. c.
1 « Les mon noyés puis la dernière ordonnance sont venues en grand désordre. L'or se baille à hault voire excessif prix, comme le lyon a i> sols, le noble a la rose cij sols, l'escu a xlj. le ducat a xliij, le florin d'or à xxxj, et pour ce que nostre monnoye blanche par ladite ordonnance ne feust haussée a l'avenant de l'or, ceulx qui l'ont la gardent et ne court icy que monnoye de Gheldres, de Clèves, Juliers, Liège et aullres par ladite ordonnance deffendues, et a l'avenant à prix plus excessif que l'or. Plusieurs dient que haussier notre monnoye proufRteroit, mais sans les estatz je n'y vouldroye touchicr. Pourquoi plusieurs dyent que l'on ne pourra fors renouveller la dernière ordonnance. Le pis est que les ordonnances au fait desdiles monnoyes ni guères aultres ne s observant jjoint, el n'est possible y bien remédier ny a plusieurs faultes et abuz au temp*. qui court. » Lettre de Marguerite, du <9 juin <5H. Registre Correspondance, fo m.
• îbid.
4 M. I). G hof.be. Le.
COMMERCE — INDUSTRIE - AGRlCt LTTRE
( l'argent, dans la même proportion que les monnaies d'or '. En vain commina-t-on les peines les plus sévères contre les infractions aux ordonnances; elles restèrent sans force, et le pays se trouva « plein de méchantes mon noies. » La situation politique ne permettait pas les remèdes énergiques; du reste, dans les états comme dans les conseils du gouvernement , il y avait divergence d'opinions 2, et Marguerite dut enfin céder; une ordonnance du 25 novembre 1525 toléra momentanément la hausse dans les monnaies d'argent \
A peine le traité de Madrid fut-il conclu , que Marguerite revint a son système : pour prévenir l'agiotage et les spéculations de l'étranger, elle lit avertir, aussi secrètement que possible, les habitants du pays de sa résolution « de en brief
• « J'attens les députés de Brabant, Klandres, Artois, Haynaul, Hollande, /.ellande et Namur, pour pourveoir au fait des monnoies qui sont en grand de-ordre, car avec ce que le prix de l'or ne s'observe, il ne court monnoye blanche que deffendue et se baillent les snaphanesa xiiij gros, lesquels au prix de vostre monnoye blanche, n'en vaillent point dix Par advis de conseils des ^eneraulx et de plusieurs marchans, j'avoye fait raffraix hir la publication de la dernière ordonnance; elle ne s'est observée et, disent les generaulx et autres qui s'y cognoissent, que ladite ordonnance ne s'observera ne soit que vostre monnoye blanche soit apréciée a l'advenant de l'or. » Lettre de Marguerite, du 5 août 1324. Reg. Correspondance, f° 23t.
• - Nous sommes empesehiez et perplex du fait des monnoyes, les ordonnances, combien que je lesaye renouvellées soubz grosses paynes, ne s'obsi-rvent point et est le pays plaiu de meschantes monnoves. J en ay fait tenu diverses assemhlées et communications par les députez du pa\> avec noz generaulx; ils en sont en diverses opinions, et a ce que je leur ay propose d'y prendre une résolucion par l'advis de ceulx qui s'y cognoissent, ilz mont rrquiz. singulièrement ceulx de Flaudres et Hollande, que je ne veullearrester. mesmement faire publier le concept que je y pouvrois prendre, que premiers ils ne le voyent, et si je sceusse que la guerre ne deust guéres durer, en dissimuleroye, car le pays estant en paix, au dit de tous, se roi t facille y mettre ordre. - Lettre de Marguerite, du M septembre 1 52i. Ibid., f" 239.
' M D. Groehe;, I. r. —Compte de .Iran de Rerghes de l32i-l52C» n» 15204, f* xh iij.
3i« HÊGNE DE CHAHLES-QULNT EN BELGIQUE.
baisser les monnoies d'or et d'argent '. » Charles-Quint toutelois ne se montra pas très-convaincu de l'excellence de cette mesure; il vit, parait- il, dans cet acte une spéculation des familiers de sa tante, et lui écrivit que pour une affaire de cette importance, de nature à préjudicier à l'intérêt de ses sujets, il convenait de s'entourer de conseils de gens entendus et d'aviser à ne pas sacrifier le bien public a la cupidité de quelques-uns 2. D'un autre côté, les mesures de la régente n'arrêtèrent pas « l'excessive monte des monnoies qui resta en train comme durant la guerre. » « Après bien meure délibération , > Marguerite publia alors un mandement fixant la valeur du carolus a 22 sous ; celle du philippus à 27 ; celle des autres monnaies dans les mêmes proportions, « avec avertissement que, au lfr mars 1527, l'ordonnance du 22 novembre 1520 reprendroit cours, à moins qu'à grosse occasion, il n'en fût autrement ordonné 3. » Si ce mandement provisionnel n'eut pas tous les effets espérés par Marguerite, il produisit cependant une certaine baisse : le carolus descendit a 24 sous; le philippus a 50 *.
1 « D'avoir porte lettres aux maires et eschevins dïllecq et aucuns officiers dudit pa>s, afin d'adverlir les habitans de leurs offices le plus secrètement qu'ilz povroient qu'il* eussent regard touchant les monnoies qui avoient cours, car I on avoit déliliéré de en bref baisser les monnoies d'or et d'argent par tous les pays de par deçà. » Compte de J. de Berghes, précité, f° xliij.
» « J'ay entendu que avez renouvellé depuis le traicté de paix de Madrid l'évaluation desdites monnoies comme elle estoit avant la guerre: toutefois considérant la grande importance de ceste affaire et le dommage que mes sujets en peuvent rece\oir, si la chose n'est pourvue comme il appartient, je désire que l'on en communique avec gens entendus et autres personnes a qui telles choses doibvent être commun iquées, et que l'on advise tous bons moyens pour remédier ledit desordre de monnoie sans dommage du pauvre peuple, mais soit préfère le bien publique a celui de particuliers. » Lettre de Charles-Ouint a Marguerite, du 2o juillet 1526. Reg- Correspondance, f» 29
1 Lettre de Marguerite, du 17 septembre 1526. Ibid., f" 33.
* Lettre de Marguerite, du 27 février 1527. Wul., !<> 45.
Pour se conformer aux ordres de son neveu, la princesse consulta à diverses reprises les magistrats des principales villes, « plusieurs marchands et personnages compétens en la matière , » et leurs rapports furent l'objet du plus sérieux examen, de la part du conseil privé et du collège des finances1. Puis, forte d'avis décisifs à opposer à l'opinion contraire, elle publia, le 10 décembre 1526, un édit ramenant les monnaies au cours fixé par l'ordonnance de 1520. Comme la brusque exécution de cette mesure eût jeté la perturbation dans le pays, deux termes furent fixés pour amener successivement la réduction : le premier finissant le 31 décembre 1520; le second, le dernier jour de février 1527. Maintenus, jusqu'à la fin de l'année, au taux où ils étaient lors de la promulgation de cet édit, les carolus devaient descendre, du rr janvier 1527 au dernier jour de février, de 24 à 22 sous G deniers; les philippus, de 30 sous à 28 sous 0 deniers. La valeur du patard simple, de nouvelle fabrication, fut portée a 13 deniers; toutes les autres monnaies d'or et d'argent reçurent des évaluations proportionnelles. Puis, à dater du 1er mars 1527, le cours légal des monnaies reconnues, était baissé de la manière suivante :
mon>aies d'or.
Le réal de fin or de 68 à 60 patards ; le demi-réal de 34à 30; le florin carolus 2 de 22 £ à 20; la toison d'or de 57 n 50 }; le grand réal d'Autriche de 10 florins à 8 florins
• Lettre du 27 février, précitée .
• Cette monnaie fut frappée vers 1513. « A ladite trompette, quant I on fist aucunes publications touchant les florins d or nouvellement forgiez. » Compte «Je J. Van der Aa, de 4513 ( n» 45666), f» rj *°.
m H E<. I DE CHARLES-QUINT EN BELGIQUE.
1 1 patards ( le demi à l'avenant ) ; le noble à la rose de 4 florins 17 £ patards, à 4 florins carolus 5 £ patards (le demi et le quart à l'avenant); le noble Henricus de 4 florins 6 patards à 3 florins carolus 15 £ patards (le demi et le quart ;i l'avenant); le noble de Flandre de 4 florins 2 patards à 3 florins carolus 12 £ patards; l'angelot d'Angleterre de 65 pauirds a 57 (le demi-angelot à l'avenant); le lion d'or de 50 patards à 44 (les deux tiers et le tiers à l'avenant); les ridders, les crusades de Portugal , les ducats d'Espagne, les ducats de Hongrie de 44 patards à 39; le castillan de lin or de 58 patards à 51 ; les ducats d'Italie et saluts de 43 patards à 38 ; les florins à la croix de Saint-André et les guillelmus de 33 patards à 29 ; les sehutkins de 40 patards à 55 £ ; les Joannes de 28 patards à 25; le florin philippus 1 de 28 J patards à 25 (le demi -philippus à l'avenant); le philippus clinckart de 22 J- patards à 21 ; les pielers de Louvain de 29 patards à 26; le Frédéric et le florin de Bavière de 23 patards a 20 J ; le florin Arnoldus de 16 patards à 14 | ; te postulat de Bourbon et au chat de 18 J patards à 16 £; le postulat de Hornes de 13 £ patards à ...2; le florin d'or d'Allemagne de 32 patards à 28 ; les vieux écus de France à la couronne de 39 patards a 35; les écus au soleil, porcépic, Louis, François et autres semblables, de 40 patards à 36, les florins d'Utrecht, David, de 27 patards du prix de 2 gros de Flandre le patard, a 24.
' Celte monnaie datait de U97. loir <et édit.
■ L'article relatif a la réduction omet cette monnaie.