‹ Histoire du règne de Charlesquint en BelgiqueChapitre 20 sur 44 · EXPÉDITION DE TUNIS · texte numérisé non relu

EXPÉDITION DE TUNIS

besoin de se concilier l'opinion, en formant contraste avec l'allié de Soliman et de Barberousse. Le 5 janvier 1535, il avait chargé son ambassadeur d'informer François Ier de la destination des armements auxquels il avait consacré une partie des trésors rapportés du Pérou par Pizarre '. Le roi se disant prêt à combattre les infidèles, le vicomte de Lomheke devait lui insinuer que c'était l'occasion de le prouver. « Nous servirons plus sûrement la chrétienté, ajoutait Charles- Quint, en attaquant les Barbaresques dans leur repaire, qu'en combattant les Turcs sur terre où du reste ils ne se montrent plus nulle part 2. » Cette proposition resta sans réponse, et le 10 mai, a la veille de s'embarquer, l'empereur écrivit au roi, ainsi qu'à Henri VIII, pour leur demander de maintenir la paix en Europe, pendant qu'il allait la venger de longs et cruels ravages3. En même temps, Marie de Hongrie ordonnait « oraisons et processions générales pour prier Dieu d'inspirer les princes chrestiens de faire et entretenir bonne paix et union ferme et pardurable par toute la chrestienté 4. »

Les historiens se sont lus sur la part prise par les Belges à cette glorieuse expédition ; pourtant là, comme partout, ils soutinrent noblement leur réputation de vaillance. A défaut d'autres indications, les œuvres imprimées et manuscrites, les correspondances, les chants de triomphe inspirés par ce grand fait d'armes, suffiraient pour montrer l'enthousiasme qu'il excita dans nos provinces \ Mais il est constant qu'une grande

! Robertson, Histoire d'Amérique.

' Lettre de Charles-yuint. du 5 janvier 453S. Papiers d'état de Granvettt, II. 264.

" Ibid., 354.

* Compte d'Antoine de Berghes, f» xxix.

s Ve»ir les titres de ces divers ouvrages, dont quelques-uns se trouvent aux Archives du royaume et a la Bibliothèque royale, section des Manuscrits, dans

m REGNE DE CHARLES-QUINT EN BELGIQUE.

partie de la flotte avait été fournie par les Pays-Bas. Elle comptait 25 ou 30 grosses bulques de Hollande \ et la seule ville d'Enkhuisen avait armé quatre vaisseaux, dont trois périrent avec leurs équipages 2. On avait ramassé tous les mendiants valides et les vagabonds pour les diriger sur Anvers, d'où ils furent « envoyés vers sa majesté, en son voyaige -de Thunis \ » Les 20,000 hommes 4 que cette flotte porta sur la plage africaine, avaient été pris « tant en Espagne, Portugal, qu'en Italie, ensemble ès Pays-Bas et Allemaigne 5. » Parmi les Belges qui entouraient l'empereur, on mentionne le seigneur de Boussu 8, qui, malgré une blessure reçue au furieux combat de la Goulette, porta, à la Imtaille livrée devant Tunis, le grand étendard du Christ, sou» lequel se tint Charles-Quint; Charles de Lannoy, fils du prince de Sulmone ; le comte Charles de Lalaing 7 ; le seigneur de

les Bulletins de la Commission royale d'histoire, VIII, 7-54. — I-e gouvernement fit exécuter à Bruxelles des tapisseries représentant la conquête de Tunis. Voir t. V, 295, note 2.

' Féry de (irroN, 54.

' YYjkGE.IAAR.

1 Compte d'Antoine de Berghes, f° xxix »°. — « En oultre, remonstre ledit sieur de Leyschote, escoutette, comme environ la Pasque xv « xxxv, estant sommé et ordonné, de la part de l'empereur, faire mener tous et quelconques les vagabonds que la loy pourroit recouvrer et appréhender, pour les envoyer vers sa magesté, en son service et voyaige de Thunis et oultre mer, il, obtempérant a ladicte ordonnance » Compte de S. de Halewin , précité (n° 43784).

f<> xxiij *°.

* Lettre du 9 décembre 1534, précitée.

s F*ry de GivoN, 50. — M. Ciioti*, Histoire des expéditions maritimes de Charles-Quint en barbarie. Tournai, 1849, in-8°, 84 , 93, 97. ■ Le Mayei r. 1. c. Notes.

7 M. ClOTiN, I. c, 96, 439. Cet auteur cite également le comte de Buren, q\ii ne quitta pas le pays, et Lamoral d'Egmont, que, d'après les Espagnols, il appelle A mu rat h ; mais ce dernier était trop jeune alors pour prendre pari a celte expédition.

EXPÊliITION DE Tl'NLS.

l'raet '; Charles de Trazegnies 2. Le Franc-Comtois; Joachim, seigneur de Rye-Balancon, qui passait pour un des meilleurs jouteurs de son temps3, fut armé chevalier, par l'empereur, devant Tunis même \ Avec ces guerriers, Charles-Quint avait amené toute sa chancellerie, des poètes et des artistes : Jean Second 5; le musicien Jean Fuisnier; le peintre Jean Vermeyen; Guillaume Van Maele et Van den Esse. Ces deux derniers ont laissé des relations de cette campagne, dont le plus heureux résultat fut la délivrance de 18,000 à 20,000 esclaves chrétiens 6 ; ramenés dans leur patrie, aux frais du grand empereur, ils allèrent répandre dans le monde chrétien sa victoire et ses louanges \

' de Hammkb, I. r.. II. l. xxviii. 30. • Leroy, Théâtre sacré du Brabant.

1 Le Blason des chevaliers de la Toison dor, 225.

» Dlxod, Sobiliaire du comte de Bourgogne, 83. — J. Chifflet, Traité de lu maison de Bye.

s II a laissé le fragment d'un poème sur la guerre de Tunis.

« Lettre de Charles-Quint à François 1-', du 23 juillet 1535. Papiers d'état d,- Granvelle, II, 364.

i Hobertm». — Voir les lettres de Charles-<Juint au sujet de cette expédition. Bulletins de la Commission royale d'histoire, VIII, H et suiv., 34, 37. — Pap. d'état de Granvelle, II, 362 et suiv. — Correspondent, 11, 493 et suiv — Voir aussi la relation de la conquête de Tunis, reproduite dans les Archives historiques et littéraires du nord de la France. Cette relation, qui se trouNeaux Archives du royaume, était destinée aux villes des Pays-Bas.

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