‹ Histoire du règne de Charlesquint en BelgiqueChapitre 26 sur 44 · VI · texte numérisé non relu

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n'enflammait plus l'enthousiasme national. Néanmoins, comme s'ils avaient voulu prévenir l'attaque par quelque coup d'audace, ou « répondre à l'adjournement de leur souverain, les capitaines des Pays-Bas comparurent sur leurs frontières avec des soldats et firent plusieurs braves exploite » Trois gros détachements, sortis de Béthune, Aire et Saint-Omer, se jetèrent sur le Boulonnais; le comte de Rœulx défit une Iroupe de gendarmes français qui revenaient de courir le Val de Cassel, et s'avança jusque sous les murs de Thérouanne 2. Mais bientôt il fallut renoncer a toute excursion, en présence des forces considérables de l'ennemi, qui venait d'être rejoint encore par sept mille lansquenets congédiés du service de Christiern III3. En même temps la Hollande et la Zélande étaient menacées d'une descente des flottes françaises * ; le duc de Gueldre reculait la ratification du traité de Grave et se montrait plus disposé à la guerre qu'à la paix ; le Danemark restait hostile ; le Luxembourg était exposé à une attaque des princes allemands alliés de la France, et la pénurie du trésor ne permettait pas de rappeler sous les drapeaux les troupes licenciées 5.

Marie de Hongrie avait ordonné aux nobles fieflés et

■ Lots Goi.i t t. 1632.

* Marti* Ul Beilav.

1 Compte de N. le Gouverneur, f" xx.

* • Ordre aux habitans de la Zélande de se |x>urvoir d'armes contre l'invasion des François, 30 mars 4537 » lurent, d'ordonnances, I. c. — o Défense aux patrons de vaisseaux et aux matelots de se louer a des étrangers, 6 mars 1537.» Ibid.

s Lettre du 25 mars 1537. Correspondent, IL 671-672. - « Lettres de la reine, du 9 avril 1537, aux officiers du pays et comté de Namur, les avertissant de rassemblée quy se faisoit par les ennemis et adhérensdes Allemagne*, lesquelz voloimt envahir le pays de Luxembourg. • Compte d'A. de Berghes, f» Ixiiij.

arrière-fieffés de se mettre en armes1; mais c'était une faible ressource, et avant tout il fallait de l'argent pour reconstituer l'armée. L'accueil fait aux précédentes propositions du gouvernement donnait si peu d'espoir de réussir près des états généraux, que la régente hésita à leur adresser un nouvel appel. Toutefois l'imminence du danger l'emporta, et elle les convoqua, pour le 23 mars, en les prévenant qu'il s'agissait « de voter une aide pour le bien et l'utilité du pays 3. » Comme l'avait prévu la princesse, ils se montrèrent d'abord « mal volontaires, et, craignant peu de fruit de cette convocation 3, » elle redoubla d'instances près de l'empereur, pour le presser de conclure la paix, d'obtenir la neutralité des Pays-Bas, ou de gagner du temps par des négociations4. Or, rette demande était à peine expédiée qu'arriva le seigneur de Horion porteur d'instructions diamétralement opposées à ces vues. Charles- Quint n'était point fâché de voir les Français tourner leurs premiers efforts contre les Pays-Bas, et lui laisser ainsi toute liberté d'agir en Italie. Du reste, il prévoyait que leur attaque serait peu sérieuse, qu'ils se borneraient à ravager les frontières, et que le roi aurait hâte de passer en Italie pour profiter des diversions projetées par les Turcs sur Naples et la Sicile. Il suffisait dès lors de repousser les excursions de l'ennemi pour déjouer son plan de campagne, et l'empereur complaît que la résistance de ses provinces belgiques serait d'autant plus opiniâtre, que du succès, disaitil, dépendait la paix. Le seigneur de Horton avait mission

' Ordonnances des 20 janvier et 5 février 1537. Invent d ordonnances. I. c.

* Lettres du 10 mars <537. Compte d*A. de Berghes, f* Ivj. — Reg. des états .le Hainaut, 1. c.

' Lettre du 25 mars, précitée.

* Ibid

d'engager l'évêque de Liège a seconder celte résistance, et une instruction secrète, provoquée sans doute par les plaintes de la reine, prescrivait a cet envoyé de représenter aux seigneurs des Pays-Bas la nécessité de rester unis et d'user de leur influence pour triompher de l'opposition des états. Enfin, de Horion était autorisé, « en cas d'évidente nécessité, à mettre à la disposition de la reine 200,000 ducats » Cette nécessité existait déjà : le 1 6 mars , « le roi de France avec toute sa puissance était entré en Artois 2. »

Les états généraux se réunirent le 24 dans la galerie neuve du palais de Bruxelles 3, en présence de la reine, du cardinal-évêque de Liège et des principaux personnages de l'état. Le docteur Louis Van Schore, alors conseiller d'état et maître aux requêtes du conseil privé et du grand conseil, exposa les eflbrls de l'empereur pour conserver la paix et pour écarter le fléau de la guerre de ses pays patrimoniaux, qui jusqu'alors, dit-il, n'en avaient reçu aucun dommage. Ce résultat n'avait été obtenu qu'au prix de grosses dépenses; il était donc étrange que, en présence des sacrifices faits par leur souverain, la plupart des états missent peu de zèle à le seconder. Tour subvenir aux charges publiques, pour défendre le pays, la régente avait dû recourir aux ventes et aux engagères du domaine, aux anticipations sur les aides ordinaires, aux emprunts de toute espèce; mais ces ressources étaient épuisées et elle s'était vue dans la nécessité de licencier une grande partie des troupes. « Si alors, ajouta l'orateur, on n'a pu subvenir a l'entretien des garnisons ordinaires, que ferat-on aujouid'hui que le roi de France a envahi le pays à la têie

1 Inslruclions du 49 mars 453*. Corresiiondiuz, 11,670. ' Lettre de Marie de Hongrie, du 25 mars, précitée. J Voir Histoire de Bruxelles. III, 325.

d'une puissante armée, qu'il y a déjà conquis une place et se dispose a poursuivre ses succès? » — « Pour obvier à de grands désastres, la reine vous a convoqués afin d'être par vous conseillée, aidée et assistée ; elle vous prie, au nom de l'empereur, de considérer la nécessité de soutenir votre prince, de défendre vos personnes, vos femmes, vos enfans et vos biens; vous y êtes tenus par trois choses : la charité chrétienne; la fidélité due a votre prince; votre propre sûreté. • Après avoir développé ces trois considérations, Van Schore établit un parallèle entre les sujets de l'empereur, « que Sa Majesté tenoit et vouloit tenir en leurs libertés et franchises, » et ceux du roi de France. « Si l'ennemi triomphe, s'écria-t-il, il en sera de vos franchises et de vos libertés comme de celles des pays qu'il a usurpés sur la maison de Bourgogne! « Il rappela aux états la promesse qu'ils avaient faite d'obéir à la régente et de s'aider les uns les autres. « Il est plus que temps, dit-il, de songer à secourir votre prochain, qui est tué, pris, difTamé, dépouillé de ses biens, brûlé, mourant de faim, d'indigence, accablé d'autres innumérables maux, que vous peindront mieux encore les députés des provinces frontières. Il est heure de garder votre fidélité à votre prince; . d'éviter la ruine de vos biens; la perte de vos franchises et de vos libertés; de remplir vos promesses. Exposons le moins, pour avoir le plus : c'est une bonne maille qui saulve le denier.

» En affaires où la perle est si près du gain, comme git célérité et hâte, la reine a cru devoir déroger à l'usage et vous inviter à vous munir de pleins pouvoirs pour statuer sur ses propositions, qui sont dictées par votre propre intérêt. De la sorte, elle a couvert sa responsabilité; d'ailleurs, quand le péril est si imminent, il y a lieu de passer sur les céré-

monies accoutumées. Vous avez, il est vrai, accordé déjà de grosses aides; mais il s'agit de sauver le pays. Si l'ennemi n'est promptement repoussé, vous en éprouverez, outre la honte et la perte de votre renommée, un dommage beaucoup plus considérable que la dépense à supporter pour le prévenir. Monseigneur le révérendissime cardinal de Liège, ému de nos dangers, agissant en véritable ami et allié, nous a libéralement assistés; les chevaliers de la Toison d'or, les membres du gouvernement, les officiers de la cour, beaucoup d'autres bons personnages, ont offert, en fidèles et loyaux sujets, les uns de fournir des gendarmes, les autres de pourvoir à l'entretien d'un certain nombre de gens de guerre, en sus de leur service personnel et des contributions que leurs biens supportent avec les vôtres dans les aides et les tailles. L'empereur a chargé madame la régente de vous assurer que, si vous soutenez seulement le premier choc de l'ennemi, il n'épargnera ni sa personne, ni ses armées pour vous aider, vous secourir, vous défendre. La reine , de son côté, s'est mise à l'abri de tout reproche de négligence, et a déjà levé un certain nombre de piétons; mais il faut beaucoup de troupes pour résister aux forces nombreuses qui nous assaillent, et Sa Majesté a tout disposé pour lever une belle armée, dès que vous aurez consenti à contribuer à des dépenses, que le trésor est incapable de supporter. Assurée de votre appui, elle ne faillira pas à son devoir, et cette armée sera bientôt sur pied. Sa Majesté vous requiert donc de vouloir mûrement sur ce délibérer ensemble, vous accorder, luy donner bon conseil, ayde et assistance souffisantes pour défendre le pays et résister aux ennemis, surtout de prendre une prompte résolution sans avoir regard aux cérémonies accouslumées tendans à longheur. En la secondant, vous préviendrez de

TRÊVES DE BOMY, DE MONÇON ET DE NICE. lîrt

désastreux revers, vous hâterez la conclusion d'une bonne paix V »

Marie de Hongrie prit ensuite la parole. Elle constata d'abord qu'il ne s'agissait point pour elle d'un intérêt personnel, car elle n'avait accepté la régence que pour servir l'empereur. Puis elle rappela qu'à son arrivée au pouvoir elle avait trouvé I état accablé de dettes et les avait autant que possible amorties. l*assant au détail des dépenses occasionnées par les dernières guerres, elle démontra l'insuffisance des ressources du domaine, et conclut en réclamant une prompte assistance. Après cette allocution, l'évêque de Liège déclara à l'assemblée que, s'il ne pouvait servir l'empereur de sa personne, il était décidé du moins à consacrer tous ses biens à son service; après quoi les députés furent invités à se réunir le lendemain a l'hôtel de ville, pour délibérer sur la demande de la régente.

Dans cette seconde réunion, les états de Brabant annoncèrent l'intention de s'employer, corps et biens, au service de leur prince et à la défense des provinces attaquées, « car toutes, dirent-ils, ne forment qu'un corps dont l'empereur est le chef. » Oubliant leurs griefs, pour ne songer qu'à la patrie, les Brabançons se montraient ce qu'ils furent toujours, les solides et généreux défenseurs de notre nationalité. Ils pressèrent les représentants des autres provinces de suivre leur noble exemple, et les députés du Hainaut, de l'Artois, du comté de Namur, répondirent avec empressement à cet appel ; les Flamands gardèrent le silence ; les Hollandais demandèrent du temps. Le lendemain matin, chaque corps d'état délibéra séparément, et, dans une assemblée générale, qui eut lieu à six heures du soir, le seigneur de Sart, organe des étals de

' Appendice à la llclation des troubles de Gand, 179.

Brabant, proposa d'accorder une aide de 1,200,000 florins, payable en six mois et destinée à armer 30,000 hommes; ils offraient de plus de prendre à leur charge une partie de la quote-part des provinces frontières, à condition que la Flandre y participât. Les députés de ce comté, ainsi interpellés, repondirent qu'ils n'avaient d'autre mission que d'entendre la demande du gouvernement et de la rapporter à leurs commettants Quant à donner des conseils à la reine sur la meilleure manière de pourvoir a la sûreté du pays : « Nous ne saurions lui rien conseiller en cette affaire, dirent-ils; nous nous en rapportons à ce qu'elle arrêtera à ce sujet, avec ses ministres, les généraux et les chevaliers de l'ordre »

Le 27, les états furent mandés au palais, et Marie de Hongrie leur fit notifier, par Louis Van Schore, l'opinion des généraux et des chevaliers de l'ordre, qu'elle avait réunis en conseil de guerre. Ils estimaient qu'il fallait lever 24,000 piétons et 8,000 chevaux; la dépense, « y compris l'artillerie, les munitions, les pionniers, les traitemens des capitaines, les gages des messagers, des espions, etc., » était évaluée à 200,000 florins carolus par mois. La reine demanda aux états de fournir à cette dépense pour un terme de six mois, à dater du 1 cr mars courant, et de lui accorder, en conséquence, l'aide de 1,200,000 florins proposée par le. Brabant. Comme les événements ne permettaient pas d'attendre le vote de l'assemblée pour lever des troupes, et qu'on en recrutait encore, il importait d'obtenir sur-le-champ de l'argent. Or, recourir aux moyens ordinaires, c'était perdre un temps précieux; anticiper sur des emprunts, ne pouvait se faire qu'à un

1 M. Gachard, Des anciennes Assemblées nationales.

* Acte d'acceptation delà reine, du 24 avril 1537. J. d'IK'LLa.nder, Mémoires sur la révolte des Canthois en 4539. La Haye, 1747, 19.

intérêt usuraire, et pour parer à ces inconvénients, la princesse proposa d'imposer, un florin carolus « sur chaque cheminée venant hors le toit, ou trou portant fumée. » Elle invita les états à nommer incontinent des délégués chargés, de concert avec des commissaires du gouvernement, de dénombrer les cheminées, de régulariser et de percevoir l'impôt, dont personne ne serait exempt. Quant aux habitants insolvables, « leur cote seroit prise sur les tables du Saint-Esprit et hospitaulx tenus de secourir lesdits povres. » Les états furent ensuite prorogés au 8 avril , avec instante recommandation « de rapporter bonne réponse, vu les progrès de l'ennemi, qui avoit pris une ville, en assiégeoit deux, commettait d'affreux ravages et se renforçoit continuellement '. »

Il n'y eut point de nouvelle assemblée générale; chaque députation adressa séparément sa réponse à la reine. Toutes, a l'exception de Gand, se montrèrent favorables à la demande du gouvernement; seulement elles mirent à leurs voles des conditions 2, que Charles-Quint autorisa Marie de Hongrie a admettre « puisqu'il falloit passer par cette nécessité \ * Le Brabant accorda 400,000 florins carolus, en stipulant que des commissaires, délégués par les états, en surveilleraient l'emploi \ Bruges, Ypres, le Franc votèrent, en ce qui les concernait, la même somme pour la Flandre, et les autres provinces furent imposées d'après ces proportions \ Par acte du 24 avril, publié le lendemain, Marie de

' J. d TTollamder, Mémoires sur la révolte des Ganthois. — Appendice a lu Relation dei troubles de Gand, <82.

* Lettre du mois d'avril. Correspondenz, II. 672-673.

' Instruction secrète donnée au seigneur de Herbais. Ibid , 674.

* Ils déléguèrent à cet effet l'abbé de Dielighem, Philippe Hinckaert et Gaspard Demol. M. Waitehs, Histoire des environs de Bruxelles, II, 7U.

* Acte d'acceptation, I. c. — La Hollande, qui était alors, relativement a

Hongrie accepta l'aide telle qu'elle était votée, avec une réserve particulière , concernant l'offre faite par les Gantois , « d'assister avec gens de guerre, suivant l'ancien transport et l'ancienne coutume '. » Le 21 mai, les états de Brabant répartirent la part de chaque quartier dans l'aide, et la décrétèrent payable dans les six mois 2. Cette mesure rencontra de l'opposition de la part de Bois-le-Duc \ qui finit toutefois par se ranger a l'avis des autres membres des états \ et dès le 23, la reine dépêcha des ordres pour presser le recouvrement de l'impôt 5.

Déjà cependant l'invasion, qui avait eu une si formidable apparence, se trouvait réduite à une excursion stérile en faits d'armes; les succès des assaillants allaient s'évanouir avec la fumée des incendies allumés sur leur passage. Le I G mars, les Français étaient entrés dans l'Artois, au nombre de 30,000 hommes. Le même jour, ils avaient attaqué Auxile-Château, sur l'Authie, et cette petite place, qui n'était pas tenable, s'était rendue par composition 6. Puis, tandis que François l" se portait sur Hesdin (17 mars), un corps de

l'étendue de son territoire, la province la plus peuplée, rejeta le mode d'impôt proposé par le gouvernement, et accorda 120,000 florins comptant et une aide de 140,000 florins pendant six ans. Beg. Aerl Van der Goes. ' Voir chapitre XXV. — * lioolboeck, f°cxviij.

1 Reg. 672, précité, f° lvij. — Comptes de Jean Moys et Nicolas Nicol.n (n* 45738) , et Reg. n° 579, aux Archives du royaume. * Cette aide fut réjyartie de la manière suivante :

Ouartier de Louvain. . . . 79,465 liv. 4 2 sols » deniers.

— de Bruxelles . . . 96,744 6 »

— d'Anvers .... 454,096 4 8

— de Bois-le-Duc . . 72,484 3

Registre n° 579, précité.

s Compte d'A. de Berghes ( n°45243), f° iiij " hj. 6 Lettre du 25 mars, précitée. — Martin Du Bsllav.

TRÊVES DE BOMY, DE MONÇON ET DE NICE. ttt

1 ,500 chevaux avait occupé Saint-Pol, resté jusqu'alors en jouissance d'une sorte de neutralité, sous la double protection de la France et de l'empire Hesdin avait pour commandant le capitaine Sanson, vieux chevalier namurois « estymé fort homme de guerre parmi les Impériaux 2 ; » sous ses ordres étaient les seigneurs de Boubaix et Van de Ville , dit d'Estrumel, commandant chacun une enseigne d'infanterie, l'un de Namurois, l'autre de Bas-Allemands. Les approches furent défendues avec vigueur et coûtèrent beaucoup de monde à l'ennemi. Malheureusement on avait négligé d'entretenir les fortifications de la place, et elle n'était plus en état de soutenir un siège. En peu de temps la brèche fut praticable, et, après avoir repoussé plusieurs assauts, les assiégés, jugeant impossible de prolonger la résistance, se retirèrent dans le château, où les suivirent un grand nombre d'habitants emportant leurs effets les plus précieux 3.

Le château était eu bon état, et trois semaines de travaux de sape et de mine n'aboutirent qu'à l'écroulement d'un fragment de tour. Les assiégeants dressèrent alors de nouvelles batteries et criblèrent les remparts de boulets. Le feu des Impériaux ne fut pas moins vif et causa aux assaillants des pertes considérables; ainsi, deux commissaires de l'artillerie royale succombèrent coup sur coup. Les Français, impatients

• Lettre du 15 mars, précitée. — Simonde de Sismo.xdi, XI, 491 . — Le comte de Saint-Pol appartenait à la duchesse de Vendôme. Charles-Quint s'en considérait comme le suzerain en qualité de comte d'Artois, tandis que le roi de France soutenait que ce comté ressortissait au Boulonnais.

' Martin Di Bellay.

1 <• Et après avoir fait bresche a donné aulruns assaulx, dont il a este rebousté; mais pour ce que la ville n'estoit tenable, les gens de guerre se sont retirez dans le chasteau, délibérez de tenir jiisques au bout. » Lettre du 23 mars, précitée. — Marti.n Dl Bellay.

de se soustraire à ce feu meurtrier, virent à peine la brèche ouverte qu'ils coururent à l'assaut, et, animés par la présence de leur roi, ils arrivèrent jusque sur le rempart ; « mais ils n'y furent moins vigoureusement recueillis qu'ils assaillirent; les uns moururent sur la place, les autres s'en retournèrent fort blessez. » Ils y perdirent de vaillants capitaines, entre autres le jeune comte de Sancerre et deux frères de la maison d'Harcourt C'était la toutefois le suprême effort de la défense; les habitants, réfugiés dans le château s'effrayèrent des menaces de François l", et ils contraignirent le brave Sanson à capituler (13 avril) 2.

L'armée royale se dirigea ensuite vers la Flandre. Le château de Contes se rendit sans coup férir (16 avril)3; Pernes, incapable de résister, ouvrit ses portes, et, à l'approche du duc de Guise, la garnison et les habitants de Lilliers abandonnèrent cette ville, où les Français ne trouvèrent plus que les religieuses d'un monastère 4. Ils s'avancèrent ainsi, sans rencontrer de résistance, jusqu'aux forts de Saint-Venant et de Merville, en avant de la Lys. Les garnisons de ces forts avaient taillé en pièces plusieurs détachements de fourrageurs, et assaillies ensuite par la division du grand maitre Anne de Montmorency, elles lui tuèrent beaucoup de monde.

' Martin Do Bellay.

■ Ibid. — « Hesdin est rendu le 13 d'avril, par faillie de ceux des Artésiens qui estoient dedans. » Lettre de Marie de Hongrie, du 26 avril 1537. Correspondenz, II, 672. — I.e I'etit.— On prétendit aussi que la trahison n'avait pas été étrangère à cette reddition. * Hesdin, place-forte de la plus haute importancr sur cette frontière. Depuis que le roi de France en est possesseur par suite d'une trahison, il n'a jamais voulu y renoncer par traité de paix ni accords. - Extrait d une lettre du maître de poste de Trente, <5ît2. Archives de Çimancas. Annexe au Journal du siège de Metz, éd par M. Cuabert. Metz, MDCGCLYI.

1 Lettre du 26 avril, précitée.

« Martin Dt Bellay.

Le nombre finit cependant par l'emporter, et François Irr, irrité de ses pertes, fit passer les assiégés au lil de l'épée. La chute de ces forts entraîna celle de Saint-Venant. Tous les habitants de cette petite ville furent massacrés \ et ce fut sur ces tristes lauriers que s'endormit le monarque français. Le comte de Rœulx s'était posté a Merville avec 4,000 hommes tirés des garnisons de l'Artois2, et les égorgeurs de Saint- Venant, souffrant déjà de la difficulté des vivres et des fourrages \ n'osèrent tenter le passage de la Lys. La Flandre était sauvée de leurs brigandages, et les capitaines impériaux eurent le temps de se reconnaître et d'agir.

Les premiers succès de l'ennemi avaient jeté l'effroi dans le pays. La plupart des forteresses étaient mal avilaillées; les remparts de beaucoup de villes tombaient en ruine, et l'argent manquait pour les mettre en état de défense \ Les états généraux n'ayant pas encore été réunis, au moment de l'invasion de l'Artois, la reine n'était rien moins qu'assurée d'obtenir leur concours \ Le produit de quelques emprunts, un faible subside des abbayes étaient ses seules ressources, et la confiance était si ébranlée, que lorsque de Horion mit à la disposition de la régente la moitié des lettres de crédit envoyées par l'empereur, il fut impossible de les négocier 6. Aussi la princesse désespéra-t-elle un instant de la situation 7, aggravée encore par les intelligences que l'ennemi s'était ménagées dans plusieurs villes frontières. Ainsi, Gravelines et son chà-

• Martin Dt Bellay. — Simon nr: de Sishoxdi.

• Martin Dt Bellay. — M. Kervyn de Lkttekhove. ' Lettre du 26 avril, précitée.

* Lettre du mois d'avril, précitée 1 Lettré du 26 avril, précitée.

* Ibid. — Lettre du 9 juin 4537. Correspot.denz IL 67.',. ' Lettre du 26 avril, précitée.

teau faillirent lui être livrés \ et Ton acquit la conviction que « plusieurs espies, tant estrangiers que autres, parcouroient le pays, les uns sous ombre d'y faire négoce, d'autres feignant d'estre povres prêtres ou religieux; d'autres sous ombre de belitres 2. » Du reste, il y avait réciprocité en fait d'espionnage 1 et de corruption *. Si François Ier achetait des traîtres dans les villes de l'empereur, celui-ci n'en faisait pas moins en France, où un nommé Jean Bourlet fut « exécuté et privé de vie pour son service \ »

Cependant de Rœulx, en tenant l'ennemi en échec devant Merville, changea la situation. Sa petite armée se grossit des

1 ■ A Nicolas A ucquier, bourgeois, demeurant à Gravelines, 50 livres (lettres patentes du 8 août 4537), pour aucuns bons services qu'il a fait à l'empereur, mesmement que, sans son advertence, les ville et château de Gravelines eussent été livrés aux François. » Compte de la recelte générale.

' Mandement du 30 avril 4537. Plac. de Flandre, I, 16. — Ce mandement prescrivit d'établir aux portes des villes des guets pour interroger tous gens entrent et sortant, de quelque qualité et condition qu'ils fussent; de punir comme vagabonds tous gens de guerre non porteurs de congés ou de passeports; d'exiger que tous les habitants indiquassent journellement les étrangers qu'ils avaient logés, sous peine d'une amende de 20 carolus et de correction arbitraire.

3 - Au comte de Rœulx (lettre du 47 mai 4538), 500 livres, en à compte des dépenses qu'il avoit faites en espions et messagers. » Compte de la recette générale.

4 « A certain personnage que Sa Majesté ne veut icy eslre nommé, la somm«' de deux cent vingt livres, pour don et en récompense d'aucuns bous services qu'il avoit fait audit seigneur, en la dernière guerre contre la France. — Cinquante livres payés comptant à certain personnage, par don de ladite roine régente, pour estre venu de France adverlir Sa Majesté d'aucune chose de grande importance. — A certain personnage, la somme de neuf vingt six (486] livres, pour avoir esté en France pour illerq scavoir et entendre la délibération et volonté des François. — A Jehan Dorchame, gentilhomme de la roine de France, la somme de cinquante livres, pour estre venu vers Sa Majesté l'ad- \ertir d'auculnes choses secrètes. » Ibid.

'' Une pension viagère de 400 livres fut accordée à sa veuve « damoiselle Barbe des Plancques. • Ibid. - Voir t. III. p. 283, note 2.

milices du quartier d'Ypres qui, rassemblées au son du tocsin, coururent « sur les frontières de Flandre à rencontre des Franehois1; * 5,000 Bas-Allemands, qui occupaient Valenriennes, furent dirigés sur Béthune 2, et bientôt Ton n'eut plus à craindre pour ce comté. Les autres provinces frontières n'avaient pas attendu l'attaque pour se mettre en état de défense. Les états du Luxembourg avaient établi un impôt de deux florins carolus sur chaque feu, pour réparer les fortifications des villes et mettre le duché sur le pied de guerre3; ceux du comté de Namur votèrent, au même effet, une aide de 12,000 livres 4, et la régente, rassurée de ces côtés, n'attendit pas la résolution définitive des états généraux, pour diriger sur le Hainaut et l'Artois, les troupes qui, dès la fin d'avril, « se commencèrent assembler et camper en gros nombre. * Un mandement du 30 de ce mois enjoignit à « tous marchans, hôteliers, cabaretiers et aultres, d'envoyer toute espèce de vivres et provisions, tant par gens que par chevaux, » aux frontières de ces provinces et dans les villes de Valenciennes et de Douai, désignées comme étapes principales. On les exempta à cet effet des droits de tonlieu et autres impôts,

* Compte de Nicolas Van Rooden, poort-bailli d'Ypres, f° vj et vij (n* UG<3; . aux Archives du royaume.

* Comptes de la recette générale. — Ces troupes, commandées par le capitaine Eyck Van Reysback, furent remplacées à Valenciennes par une partie des piétons du comte d'Oldenbourg, tirés de l'Overyssel {Ibid.}. où l'on envoya trois enseignes de Bas- Allemands de nouvelle levée, pris dans les garnisons du pays de Namur (Compte d'A. de Berghes, f° Ixx*0.). Ces dernières troupes appartenaient sans doute au corps de 2,000 hommes, formé en cinq enseignes, que venait de lever Philippe de Bréderode. {Archives de l'Audience, liasse t259.)

'Compte de Jean François, receveur d'Arlon (□» 15906), aux Archives du royaume.

* Compte de Henri de l'Espinée (n« t6665). 1. c.

et l'exportation des blés fut interdite sous peine de confiscation, d'amende et de correction arbitraire \

Or, en ce moment déjà se réalisaient les prévisions de Charles-Quint. Frauçois Ier renonçait à des projets de conquête dans les Pays-Bas et portait ses vues sur l'Italie, où il comptait, avec la coopération des Turcs, obtenir de plus faciles succès 2. Si son invasion avait un but sérieux, il se trompa étrangement dans ses conjectures : cette stérile campagne ne servit qu'à attirer sur son royaume de terribles représailles. Après avoir ordonné de brûler Liliiers et les petites places dont il s'était emparé3, il commença sa retraite dans les derniers jours d'avril4, laissant de fortes garnisons à Hesdin et à Saint-Pol, où il faisait exécuter d'importants travaux de fortifications5. L'armée royale fut inquiétée dans sa marche par les garnisons des frontières, et celle de Béthune s'empara (1er mai) d'un immense convoi de farines; mais les Impériaux, attaqués à {'improviste dans l'ivresse du pillage,

' Plac. de Flandre, I. 742.

' L'envoyé français Laforét avait conclu avec Soliman un traité d'alliance pour la conquête de l'Italie. Déjà le baron de Saint-Blancart s'était joint, avec douze galères, à la flotte turque et l'avait aidée a ravager les côtes de la Pouille et de la Sicile. (Lettre privée responsive d'ami à autre, 40 décembre 1 536 Papiers d élai de Granvelle, II, 500. — Dans cette lettre « confutant l imputation controuvée et publyée calumpnieusement et sinistremenl du cousté du roy de France et par ses ministres, contre l'empereur et aucuns princes se> serviteurs, sur la mort du feu Dauphin, » et attribuée à Granvelle, il est dit qu'on offrit à Charles-Quint d'empoisonner Barberousse, et qu'il n'y voulut jamais condescendre.) Bientôt après, Barberousse débarqua dans la terre d'Otrante, emporta le port de Castro, dont les habitants furent réduits en esclavage, et il eût étendu ses ravages, s'il n'avait été rappelé par Soliman, qui assiégeait Corfou. (Lettre de Charles-Quint à Paul III, du lOaoûl <537 Ibid., 520.)

1 Martin Dt Bellay.

» Ibid. - Lettre du mois d'avril précitée. i Ibid. — iMartim Di Bkllay.

furent à leur tour mis en déroute. D'un autre côté, grâce à la prudence et h l'énergie du seigneur d'Ysselsteyn , fils du comte de Buren, les Français échouèrent dans une tentative sur Arras1. A peine le roi fut-il rentré en France qu'il licencia son armée; il ne conserva que ses lansquenets et sa gendarmerie, qui furent cantonnés dans les principales villes de lii Picardie 2.

Cette prompte retraite était un fait si extraordinaire qu'elle parut d'abord une ruse masquant d'autres projets \ et l'on redoubla de précautions. Un mandement du 30 avril prescrivit aux gouverneurs des provinces les plus exposé&s de murer les portes de ville, dont l'issue ne serait pas indispensable; de doubler les gardes de celles qui resteraient ouvertes4. On fortifia les places frontières5, et l'on pressa les levées ordonnées par la reine. Bientôt pourtant, le doute ne fut plus permis, et aussitôt Marie de Hongrie enjoignit ( 1" mai 1537) « de célébrer des processions générales et solempnelles, en incitant et exortant le peuple à faire oraisons, aulmosnes et œuvres pieuses, afin que Notre Seigneur, par son infinie bonté, voulût octroier telle victoire contre les ennemys franchois, que une bonne paix en pût en suivre, Il l'honneur et exaltation de son sainct nom6. »

Tout en engageant l'empereur à se prêter à un arrange-

' M au i in Du Bellay.

» Instructions données au soigneur de Herbais, H juillet i537. Appendire a la Relation des troubles de Gand, 185.

' I-ettre du mois d'avril, précitée.

• Compte d'A. de Berghes. f* Ixv. - Archives de Beaumonl, cil. de M. Ga- « lin. Bull, de la Comm. royale d "hist., XI, 2<0.

1 Les états de Flandre, entre autres, de concert avec le gouvernement, firent exécuter de grands travaux à Bourbourg Reg. aux dép. et mand. des finances (o* 20734).

• Compte d'Antoine de Berghes, f« Ixv.

ment et l'assurant que dans ce cas « il trouvèrent le roi de France aultre que aulcuns le baptisoient, » l'énergique princesse n'avait pas même attendu la retraite de l'ennemi, pour concevoir le projet de reprendre Saint-Pol; pour aviser aux moyens « de venir à paix par la force '. » Une nouvelle activité fut imprimée aux armements; tous les chevaux de Irait, dans les provinces limitrophes de la France, furent mis en réquisition, pour le service de l'artillerie 2; bientôt 4,000 cavaliers, 8,000 Bas-Allemands, 6,000 Wallons, furent réunis sur la frontière, et des ordres furent donnés pour lever en Allemagne 3,000 reitres et 10,000 lansquenets 3. Mais l'insuffisance des ressources financières obligea bientôt à renoncer au service de ces troupes étrangères *, et contre-ordre fut donné aux officiers recruteurs 3. En même temps que la régente se préparait à prendre l'offensive, elle se précautionnait contre les tentatives de diversion ; les milices occupaient les passages par où les Français auraient pu faire quelque trouée, et, sur l'avis que le duc de Gueldre avait réuni, vers les frontières du pays de Liège, un corps de 3,000 hommes, de vigou-

• Lettre du mois d'avril, précitée.

• Ordres des 9 et 20 mai 1337. Compte d'A. de Berghes ;n» 15213), f« iiij » et Ixv

' Lettre du 25 mai «537, précitée. — Martin Du Bellay rapporte qu'après la prise de Saint-roi, le comte de Buren passa en revue son armée, qui comptait *2,000 a 24,000 Allemands, 5,000 à 6,000 Wallons, et 8,000 chevaux, Clévois. Hauts Allemands et ordonnances des Pays-Bas. — L'inexactitude de ces renseignements est établie par les lettres de Marie de Hongrie, par l'ordre mentionne a la note 5, et par l'état de situation de l'armée de de Buren, qui se trouve aux Archives de l'Audience, liasse 1259.

• Lettre du 25 mai, précitée.

4 Ordre donné à Josse Van Zols (Compte de la recette générale, iv* 2342)- — C'était, du reste, se conformer aux îulentions de Charles-Ouint, qui prescrivit a sa sœur, dans le cas où le roi se retirerait, « de ne point lever gens, pour éviter despense. • Correspondenz, II, 674.

reuses mesures furent prises pour les empêcher de passer en France

Dès la fin de mai, 1 armée se concentra dans l'Artois, et le comte de Buren, devenu disponible par la paix de Grave, choisit son quartier général à Lens. Son fils, Maximilien d'Egmont seigneur d'Ysselstein , Philippe de Bréderode 2 et Philippe d'Orley, bailli du Brabant wallon, commandaient les Bas-Allemands1, et le duc d'Aerschot les Wallons. L'artillerie était sous les ordres du seigneur de Molembais, Philippe de Lannoy \ qui avait pour chef du train et des pionniers Jean de Lattre. Le seigneur de Gaesbeek, Maximilien de Homes, conduisait les chevau-légers ; le comte de Fauquemberghe Jacques de Ligne 5, le seigneur de Glajon, Philippe de Stavele, François de Melun, vicomte de Gand, étaienl à la tête des gens d'armes. Le comte de Rœulx remplissait les fonctions de lieutenant du capitaine général, comme il l'avait fait dans la précédente campagne 6, et, a l'exception d'un corps de lansquenets sous les ordres du colonel Conrad de Bemmelberg, dit Hesse, et d'une petite troupe de reitres, l'armée, comme dans la prérédente campagne, était formée aussi de troupes nationales. Quelle que fût l'amitié de de Buren pour Nassau, on ne peut douter que, par cet esprit d'émulation si naturel a l'homme

• Compte de N. le Gouverneur, f* • lxxj et lxxvij »°.

« Il était 01s aîné de Henaud, seigneur de Bréderode, de Vianen, vicomte d'L- Irecht, grand forestier et grand veneurde Hollande ; et dePhilippottede la Marrk.

J Philippe d'Orley était lieutenant du seigneur dYsselstein , chef de sept enseignes {Archives de l'Audience, liasse 1259). On a vu que de Bréderode en avait levé cinq (page 178, note 2).

* II était fils de Baudouin de Lannoy.

1 II était-fils d'Antoine de Ligne, le Grand Diable, et de Philippotle de Luxembourg (fille cadette de Jacques Ier, seigneur de Fiennes). Ce fut en sa faveur que Charles-'Juint érigea (1545) la seigneurie de Ligne en comté.

' Archives de l'Audience. 1 c. - Voir t III, p. 179, n. 3.

de cœur, il n aspirât à opposer d'éclatants succès à l'échec de Péronne. Malheureusement cette fois encore, l'entrée en campagne fut retardée par la pénurie du trésor : les armements avaient absorbé toutes les ressources. Marie de Hongrie eu fut si affectée que, dans son désespoir, elle écrivit son frère : « Fault ayde d'argent et de paix, autrement le pays est perdu 1 ! » Elle s'adressa de nouveau aux états , en s'appuyant sur des propositions de paix faites à la France ; mais le pays, qui, depuis un an, avait fourni plus de 2,500,000 florins, était dans un état de « pauvreté si grande qu'il n'y savoit plus fournir 2. »

Enfin pourtant, la rentrée de quelques aides permit de commencer les opérations. Le 8 juin, de Rœulx vint reconnaître Saint-Pol , avec 1 ,000 à 1 ,200 chevaux , pendant que de Buren se portait à Aubigny et que sa cavalerie légère culbutait un corps ennemi, chargé d'inquiéter 'sa marche3. L'intention du capitaine général était d'écraser d'abord le comte Guillaume de Furstenberg, qui était campé avec 8,000 lansquenets près de Dourlens; le succès eût entraîné la chute de cette ville et facilité la conquête de Saint-Pol. Une circonstance fortuite changea ces dispositions. Le seigneur de Licques, lieutenant du duc d'Aerschot, arrêta un messager porteur d'une lettre de l'ingénieur italien chargé de la direction des fortifications de Saint-Pol \ qui exposait l'état des travaux, en ajoutant que dans une vingtaine de jours la place serait en état de soutenir un long siège. De Buren modifia sur-le-champ son plan d'opérations, et se porta directement sur Saint-Pol. Dans la matinée du 9 juin, de Rœulx reparut

1 Lettres du Î5 mai, précitée, et du 9 juin. Correspondent. II, 675.

• Lettredu 9 juin, précitée. — 1 Compte d'A de Berghes (n»t52«i),f»\\.\j

* Loys Cîollut l'appelle Baptiste Castel.

TRÊVES DE BOMY, DE MONÇON ET DE NICE. lift

devaul cette ville, y refoula la garnison et emporta le château de Saint-Martin. De Buren arriva ensuite, et le lendemain l'investissement fut complet.

François 1er avait laissé à Saint-Pol le seigneur de Villebon, avec Martin Du Bellay et d'autres vaillants capitaines, 3,000 piétons, 2,000 pionniers, 100 hommes d'armes, 200 chevau-légers \ et quoique inachevées, les fortifications élevées par ses ordres présentaient déjà un front considérable. D'Aerschot, avec ses Wallons et la cavalerie, fut chargé de contenir les lansquenets de Furstenberg, et malgré de fréquentes sorties, la tranchée s'ouvrit, sans grandes pertes, entre les portes de Mouchy et de Hesdin, que défendait un petit bastion. Dès le 12, au matin, les travaux furent assez avancés pour permettre rétablissement de batteries, et tandis que l'artillerie se préparait à foudroyer les murailles, les mineurs s'en approchaient par des chemins souterrains. Le 1 4, elles furent sapées. Le lendemain, de Buren somma de Villebon qui, dit-on, fit pendre le messager 2. L'artillerie ouvrit sur-lechamp ses feux, et en même temps 500 à 600 enfants perdus reconnurent le point de l'attaque. « La basterie dura depuis les quatre heures du matin jusques à cinq heures du soir 3 ; » alors de Buren ordonna de brûler les élançons soutenant la voûte des galeries établies sous le rempart, et son éboulemenl fut le signal de l'assaut. Les bandes des seigneurs d'Ysselstein et de Bréderode, conduites par ces intrépides capitaines, s'élancent sur la brèche4. Rien ne résiste à leur impétuosité;

■ Lettre du 25 mai précitée. — Martin Dv Bellay.

• Le Petit, VII, M 4.

1 Lettre du comte de Buren, du duc d'Aerschot et du seigneur de Molembais. a Marte de Hongrie, 45 juin 4537. M. Gacuard, Anal, kist., 1. c, V, 243.

* • L'assault s'est donné des bendes de messieurs d'Iselstain et de Bréderodt», et leurs personnes, qui ont triumpbé et monstré gens de bien. • tbid.

la place est emportée « le plus gentement et furieusement que jamais place fust \ » et tous les capitaines ennemis sont pris ou tués2. Irrités des « cruautés que les lansquenets français avaient exercées sur les habitants de Saint -Venant3, » ivres de carnage, les vainqueurs égorgent tout ce qu'ils rencontrent4. Le glaive fait 4,500 cadavres5, dont « plus de 3,000 hommes de guerre, fleur de la gendarmerie de Franche, et la plupart gentilshommes 6. » Martin Du Bellay vit toute sa compagnie taillée en pièces, et ne dut la vie qu'a la générosité du seigneur d'Ysselstein ; pour le défendre, celui-ci dut, à diverses reprises, tirer l'épée contre ses propres soldats7. La ville fut mise à sac, et les Impériaux y trouvèrent un butin immense, surtout en vivres et en munitions de guerre *. Ce brillant succès leur avait coûté des pertes insignifiantes: parmi les tués il n'y eut aucun personnage de marque, et l'on ne cite parmi les blessés que le seigneur de Gomiecourt 9 ,

• Lettre du 45 juin, précitée.

■ ibid. — Martin Di Bellay.

' Gaillard, III. 25.

• Excrcitus belgicus, Floro Burensi ductore, Sanpaulum oppidum et arcem in Atrebatibus, junio mense, vi capit, prœsidiariis omnibus necatis. Sleidam

' Martin Du Bellay.

6 Motion des troubles de Gand, 6. — « Je tiens que estes assez advertys de la prinze de Saint-Paul, laquelle ville a esté prinze dassault, et y sont morts trois cens gentilzhommes et bien vingt-deux ou vingt-trois cens aultres gens de gherres. » Lettre de Philippe d'Orley, bailli du Brabant wallon, aux bourgmestres de Nivelles, du 23 juin 4537. M. Gachard, Analectes hist. Bulletins de la Commission royale d'histoire, VU, 437.

" Martin Ou Bellay.

• Ibid. — Belation précitée, 7. — Lettre de Marie de Hongrie, de juin 1537. Correspondenz. IL 676.

• Adrien Ier, seigneur de Gomiecourt, mourut des suites de ses blessures en 1542. Nobiliaire des Pays-Bas. il avait épousé Anne de Poix, dame de Lignereullc et de Cunchy.

guidon du comte de Rœulx , le colonel Conrad de Bemmelberg1 et un « jeune compaignon, Nicolas Vanderheyden 2. »

A peine entrés dans la place, de Buren, d'Aerschot et Philippe de Lannoy informèrent la régente de leur « bonne victoire. » Leur lettre portait en vedette : « a la reyne, comtesse de Sainct-Pol 3. » La prise de cette ville, qui vengeait l'échec de Péronne et les derniers ravages de l'armée royale, fut célébrée par des fêtes publiques et par des cérémonies religieuses, auxquelles se mêlèrent, par ordre de la reine, des prières pour les morts 4. En France, au contraire, la terreur fut d'autant plus grande, qu'on vit le dauphin et Anne de Montmorency, accourus trop tard pour prévenir ce revers, rester impuissants à le réparer 5. Marie de Hongrie pressa ses généraux de profiter de l'effet produit par ce coup vigoureux pour en frapper d'autres; elle leur envoya en toute hâte une partie des garnisons du Luxembourg et du comté de N'amur, et ordonna de nouvelles levées de piétons et de pionniers 6.

De Buren resta campé plusieurs jours devant Saint-Pol et, dans l'entre-temps, la ville fut brûlée, par ses ordres, disent les écrivains français 7 ; par ses soldats, disent nos historiens8. Il y fut rejoint par le fils de Henri de Nassau, René (devenu prince d'Orange), George Schenck, Pierre de Werchin, le seigneur de Montfort, d'autres gentilshommes des Pays-Bas 9,

' Marti > Di Bellay.

• « Assavoir les vingt livres a Claes Vanderheyden.. jeune compaignon, aiant perdu une main à la prise de Saint-Pol. » Compte de la recette générale, de 1339 (n» 234»).

' Lettre du 45 juin, précitée.

» Compte d'A. de Berghes, f« Ixvj.

• Martin Du Bellay.

4 Compte d'A. de Berghes. f°* iiij »«, iiij »* »• et iiij »* ij. ' Marti* Dt Bellay.

• Ll Petit. - » Ibid.

des piétons et des pionniers nainurois1. Le 11», il passa la revue de son armée, qui présentait « la plus belle gendarmerie tant de gens de pied que de chevaux, tous gens de guerre expérimentés 2, » et, le lendemain, il passa la Ternois. Le corps principal se portant sur Blangy, etl'avant-garde poussant jusqu'à Auxi les Moines, l'ennemi supposa aux Impériaux le projet d'attaquer Hesdin; mais ils changèrent tout à coup de direction, et, le 22, investirent Montreuil. Cette place, défendue par le seigneur de Canaples, 100 hommes d'armes et 2,000 piétons \ se rendit dès le lendemain, après une canonnade « d'une bonne demi-heure4. » Ainsi se trouvaient compensés déjà les éphémères succès de François Ier; ainsi « tout le sang versé à Saint-Pol et à Saint- Venant fut perdu \ »

Deux jours après la prise de Montreuil , qu'il avait résolu de brûler et raser6, de Buren parut devant Thérouanne \ et poussa les travaux d'attaque avec une telle activité, que, douze jours après l'investissement, son artillerie avait abattu les tours des églises, le sommet des édifices dépassant le rem-

• Compte d'A. de Berghes, f° iiij u Ij. — Lettre du 23 juin, précitée.

• ibid.

1 « Ce xxiij* jour de ce mois, commenchasmes à faire la batterye à la ville <!e Monstroux, laquelle dura environ une bonne demye heure, et cela fait, ceuli de la ville demandèrent à parlementer, de sorte que ladicte ville se rendit; et sont les chevaulcheurs wydiez avec leurs chevaulx et harnas. et les piétons à leurs picques sur leurs colx, avecque leurs enseignes ployez, et poiul de tamburins songnant. » Lettre de Philippe d'Orley, précitée. — «A Jehan Du Trieul, archer de la bende du sieur de Molembais, pour avoir apporté a la reyne les bonnes nouvelles de la prinse et réduction de la ville de Montretùl. xl livres; — et à Jehan Tambourin, pour avoir apporté la capitulation du traité fait avec ceulx dudit Montreuil, x livres. » Compte de la recette générale — Martin Dr Bellay. %

» Gaillard, III, 25.

' Lettre de Ph. d'Orley, précitée.

• Lettre du 26 juin, précitée.

part et ouvert une brèche de 200 pas de largeur2. Mais les Français avaient eu le temps de jeter des renforts considérables dans la place, de réunir leurs forces éparses dans la Picardie, et la profondeur des fossés, remplis d eau, ne permettait pas de brusquer l'assaut 3. Un échec, en effet, eût été désastreux alors qu'il fallait déjà se couvrir contre les attaques d'une armée de secours. Le dauphin se trouvait à la tête de 1,500 à 1,600 lances, 2,000 chevau-légers, 10,000 à 12,000 lansquenets, 12,000 à 14,000 Français, et ses capitaines venaient fréquemment insulter les postes de l'armée assiégeante. Dans une de ces escarmouches, le sénéchal de Hainaut, Pierre de Werchin, fut pris4, capture qu'un important succès compensa bientôt.

Le dauphin, qui attendait la jonction de quelques autres troupes, pour obliger de Buren a lever le siège ou à accepter la bataille dans une position désavantageuse5, fut prévenu que la garnison de Thérouanne allait manquer de munitions. 11 ordonna aussitôt à Hennebault, commandant des chevaulégers de France, de ravitailler la place, et celui-ci tenta l'entreprise avec un corps nombreux de cavalerie 6; mais il trouva

• Ll Petit. VII, 445.

• Martix Du Bellay.

1 Ibitl.

• Lettre de Marie de Hongrie, du 9 juillet 1537. Correspondenz, II, 670. s M.\rti> Di Bellay .

" Martin Du Bellay dit 100 hommes d'armes, 800 chevau-légers et quelques enseignes d'infanterie.

Une lettre de Charles<>uint, du * 8 août, dit qu'il avait S.000 chevaux [Correspondettz, II, 679), et un autre document ne mentionne que de la cavalerie. • A messire François Kusticy. secrétaire au comte de Bueren, la somme de soixante-deux livres dix sols, pour avoir apporté les nouvelles de la deflaite de certain nombre de gens à cheval françois, qui estoient venuz pour donoei secours a ceulx de Thérouanne. » Compte de la recette générale.

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