TROUBLES DE GRENADE. 1ST
îllimitée dans la bonue foi des masnlmaDS '. Ces mesures, soDteoaes par les conseils et l'autorilé de quelques-uns des principaux alfaquis, eurent ponr effet de rétablir la tranquillité, et les Mores, renonçant à leurs préparatifs hostiles, reprirent paisiblement leurs occupations.
Sur ces entrefaites, la nouvelle de l'insurrection, amplifiée avec l'exE^ératioa ordinaire, était arrivée !i Séville, où résidait alors la cour. On rejetait, et avec raison, tout le bl&me sur Ximenès, dont le zèle excessif avait provoqué le mouvement. L'archevêque, avec sa promptitude habituelle, avait, sans perdre de temps, remis ii un esclave nègre, excellent coureur, ane lettre pour la reine, à laquelle il expliquait ce qui s'était passé ; mais le messager avait été empoisonné en route, et la cour resta ptosieurs jours sans recevoir d'autres détails que ceux qui lui étaient fournis par les bruits populaires, î^ roi, qui avait vu avec déplaisir l'élévation de Ximenès au préjudice de son propre fils, ne put retenir sou indignation, et on l'enteDdit dire ironiquement à la reine : < Eh bien! l'archevêque va nous coûter cher; ses violences nous ont iàit perdre en quelques heures ce que nous n'avons pu acquérir qu'après bien des années. >
Isabelle, surprise de ce rude coup et ne pouvant comprendre le silence de Ximenès, lui écrivit dans les termes les plus sévères, lui demandant des explications complètes sur l'affaire. Le prélat reconnut qu'il avait eu grand tort de se reposer, dans des circonstances aussi graves, sur un tiers, et cette leçon, dit son biographe, lui profila pour le restant
> Qae cette confiance filt justifiée, on peut l'inférer de ce mot habituel de l'aicheréque Talarera, que • les ceuvres du More et la foi de l'Espagnol fiaient tont ce qu'il fallait pour foire un bon olirÉtiett. • Amer sarcaime à l'adresse de ses compatriotes !
Itt «ËGNE DE FERDINAND ET S ISABELLE.
de sa vie. Il s'empressa de réparer sa faute eb aceonrant i Séville, fiù il fut aussitftl reçu en andieoce par les souveraÎDS. Le prélat leur fit no récit détaillé de tout ce qui s'étafit passé; )) rappela les nombreux services qn'il avait reudas, les moyens de persuasion dont il s'était servi, les fortes sommes qa'il avait dépensées, enfin tout ce qn'il avait fait ponr convertir les Mores, avant de recourir à des mesures de rigueur. Il assnma hardiment tonte responsabilité, avonant qu'il avait it de^ein caché ses projets aux souverains, de peur qn'ils n'y fissent de l'opposition; si, dit-il, il avait péché, ce n'était que par trop de dévouement aux intérêts de la religion. II finit en déclarant aux royaux éponx qne jamais ils n'avaient en une meilleure occasion ponr réaliser leurs desseins, puisque tes Mores s'étant tous rendus coupables de rébellion et aj'ani eucoaru en masse la peine de haute trabison, ce serait faire acte de clémence que de lenr donner le choix eutre le baptême on l'exil!
L'archevêque, si nous en croyons son endiousîasle biographe, n'apaisa pas seulement par ce discours le ressentiment des souverains, mais ceux-ci approuvèrent cfaalenreasement sa conduite ; on ne dit pas cependant josqu'à quel point ils furent séduits par sa. péroraison. Dans tous les cas, ils ne suivirent pas son conseil à la lettre. Plus tard, des commissaires furent envoyés à Grenade, avec pleins-pouvoirs de faire une enquête sur les troubles dont cette ville avait été le théâtre et de punir les coapables. Un grand nombre de Mores, y compris quelques-uns des principaux habitants , furent arrêtés comme suspects ; la plupart obtinrent la liberté en se convertissant; beaucoup d'autres vendirent leurs biens pour se retirer en Afrique. Le reste de la population , soit crainte du ch&tjment on contagion de
TROUBLES DB GREIUDE. Itt
rexeiH[4e, abjura ses aoeieases croyances et coDseutit k vecevoir le baptême. Oa évalua le nombre total des e<tt- -wrtis à près de cioqoaDte mitte iodividos, parmi lesquels rmqnisitroD devait découvrir par la auile bieo des rdaps. Depats cette époque, le nom de Mères, qui s'était peu h peu substitué à celai d'Arabes d'Espagne, fit place au uom 4t Horeeques , sous lequel ce peuple infortuné continua à être désigné tout le temps qu'il végéta encore dans la péninsule.
Les circonstances au milieu desquelles, cette impc^tante révolution religieuse s'accomplit daus toute la population de cette grande cité, ne peuveot être considérées aujourd'hui qu'avec une profonde horreur,, mêlée de pitié pour les mafbeurem qui s'eiposé^ent aussi imprudemment aux dangera qui devaient résulter pour eux de cette conversion. Les Esp^nuls, sans doute, comprenaient Tutilité politique d'une mesure qui dépouillait les Ifor^ des avantages qui leur avaient été garantis par le traité de capitulation et les soamettaît tous indtstioctement à la loi du pays; il est toutefois paiement certain qu'au podnt de vue spirituel ils attachaient ■ne grande importance k une ombre seule de conversien, voyant fermement à fiaflueuce toute-puissaole des eaux du baptême, à quelques individus et dans qu^ques circonstances qu'elles fussent administrées. Le philosophe Martyr loi-méme, Thomme le moins fanatique de son temps, sabie avec joie cet évéoenient^ par le motif que si la grâce ne pouvait pénétrer le ecew endurci des vieux musulmans, dit devait opérer efficacement chez leurs descendants, soumis dès l'enfance à l'action bienfaisante de l'enseignement chrétien.
Quant à Ximenès, l'auteur réel de cette transformation, tous les doutes que l'on avait pu concevoir, au commence-
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méat, sur son habileté, fureot coroplélemeDt dissipés par 1> gaite. Tons s'accordèrent à admirer riodomptable éaergie de cet homme qui, malgré de si puissants obstacles, avait en peu de temps accompli cette prodigieuse révolution dans la foi d'un peuple qni avait sucé avec le lait la haioe du christianisme. On entendit le bon archevêque Talavera s'écrier, dans UD transport de joie, que ■ Ximenès avait obtenu un plus beau triomphe que Ferdinand et Isabelle; ils avaient conquis le sol de Grenade, il avait conquis des âmes '. >
' Talavera, comme noua l'aToiu déjà dît, avait fait traduire en anbe, à l'usage des eonvertiB, les offices, catéchiamea et antres livres religieux; il H profKwaitde faire traduire nnjour toutes les Écritures. Le moment Était venu alors, mua XimeDès s'oppoas virement à cette mesure ; • Ce serut jeter de» perles devant les poureeanx, • dit-il, • qne d'ouvrir les ËcritarM à dee gens aussi ignorants , qui ne pourraient manquer, comme dit sunt Paul, de les taiie tourner à leur propre perte. La parole de Dieu devait Ëtie entourée d'un prudent mjatère ponr le vulgaire , qui éprouve peu de icspeot pour oe qui est simple et clair ; c'est pour cette raison que le Sauvenr lui-même enfennût aes doctrines daua des paraboles, lorsqu'il s'adreesût au peuple. Les Êcritnres devaient être réserrées à trois langues anciennes, que Dieu, dans on but mjstjrieux, permit d'inscrire au dessus de la t£te de son 61a cmci&é , et la langue maternelle devait simplement servir pour oes traités de dévotion et de morale , que de saints bommca composent dùis le dessein d'éreiUer l'âme et de la ramener de la pouranite des vanitéa mondaines à la contemplation de la vie céleste 1 • L'opinion la plus étroite l'emporta, comme toujours, et Talavera abandonna son sagB et bienveillant projet. Lea judicieux ai^uments du primat firent conclure pat son biograplie Gomez qu'il avait le pressentiment prophétique de la future hérésie do Luther, qui dut une si grande partie de ton snccis i la traduction de la Bihie en allemand. Cette opinion plausible wt fidèlement reproduite, comme toujours, par te bon évéque de Nimes.