CHAPITRE Vil
INSDRREGTiail DES JLPD J tlRit S.
Insntrection des Alpajarnis. — Eipédition dans la Sierra Termeja. — ALonso de Aguilar. — Son noble caractère et m mort. — Sanglante â6roDte des Espagnols. — Sonniasion des Mores. — Croanfé des Tainqneaia. — Ballades sur la déroute de la Sierra Yermeja. — Ëdit contre les Hores. — Uoti& d'intolëranee. — Suite de l'iiistoire du peuple Tainon sons le lègne de Ferdinand et d'Isabelle.
Tandis que tout se passait aassi tranquiilemeDt à Grenade» DD mécODlentement K^Déral se manifestait dans d'aatrea parties de ce royaume, sartoat dans les riions sauvages des Alpnjarras. Ces Alpes maritimes, qui s'étendent sur une loDgaenr de dix-sepi lieues au sud-est de Grenade, projetant çà et là des nerras, comme des bras gigantesques, vers la Méditerranée, étaient remplies de villages moresques, conronoaotdes pics élancés on émaillant les flancs et les vertes vallées des montagnes. Les grossiers habitants de ce district, reofennés dans leurs inaccessibles retraites et habitués à une vie de privations et de fatigues, ne connaissaient ni la cor-
ISi HËCNG DE FERDINAND ET DISABBLLE.
niption ni les raffiaeinents de U civUisatioa. Jadis ils foornissaient d'intrépides soldats aux rois de Grenade, et, à l'époque dout oous parlons, ils firent preave d'an déToaement inébranlable à lears inatitations et à leur relïgïoD, auxquelles les populations des grandes Tilles, vivant dans des relations plus intimes avec les Européens, étaient moins attachées.
Ces belliqueux montagnards voyaient, avec une iodigoation croissante, la conduite déloyale tenue par le gouvernement !) regard de leurs compatriotes; ils craignaient avec raisoD d'être bienldt victimes de la- même perfidie. L'aposlasie publique de Grenade porta lear Tareur au comble, et ils résolurent de prévenir des persécutions prochaines eo se révoltant; ils s'emparèrent donc des forteresses, des défilés des montagnes, et commencèrent comme d'babitnde S &îre des excnrsioDs sur le territoire chrétien.
Ces actes hardis répandirent la terreur dans la capitale, et le comte de Tendilla prit des mesures vigoureuses pour étouffer l'insarreelioD, dès le début. Gonsalve de Gordeue, qui avait appris sous ce commandant le métier des armes et pouvait être considéré, k celte époqoe, comme supéfietr k son anden maître, se trouvait en ee moment à Grenade ; h comte, avec son aide, réunit des troupes en toite bâte et marcha coatre l'euBeml.
Tandilla se dirigea d'abord vers Hoejar, ville forte, sitaée ttit. le versant oriental des AIpujarras ; c'est de h qa?étatt parti le signal de l'insurrection. L'entreprise fut troDTéephu (UfficUe qu'on ne s'y était attendu. Les ■ ennemis db Dies, ■ seloa la charitable expression des. cbiooiqneurs easliUaie, avaient labouré la terra aux adeotonrs, et,.commci le&dkwtnlégers e^ftgQols se (rayaient péiiblement ua cheaii* as
ItiSURnBCTION DES ALPUJARR/IS. 133
milieu des sillons creusés par la charrue, les Mores ouTrirent les canaux qui arrosaient la plaiue, et, en peu d'instants, les chevaux furent plongés jusqu'au poitrail dans l'eau et dans la boue. Les Espagnols, embarrassés dans leur marche, s'oAhiient aux coups des assaillaots, qui firent pleuvoir sur eux une gréie de traits meurtriers; ce ne fut qu'avec des efforts prodigieux et après avoir subi des pertes considérables qu'ils atteignirent la terre Terme ; arrivés là, sans se décourager, ils chargèrent si vivement l'ennemi, que celui-ci recula et se réfugia dans les défenses de ta place.
Nul obstacle ne pouvait plus désormais arrêter l'ardeur des assiégeants; ils mirent pied à terre et, prenant des échelles, les plantèrent contre les murs. Gonsalve arriva te jM^mier sur les remparts; an moment oti il était au haut de l'échelle, un More de haute taille s'efforça de le renverser dans le fossé, mais le vaillant chevalier, se cramponnant d'uoe main aux créneaux du mur, plongea de l'autre son épée dans le corps de son adversaire. Il s'élança ensuite dans la place, ob il fut suivi de près par ses soldats. Les insurgés firent une courte et vaine résistance; la plupart forent tués; le reste de la population, y compris les femmes et les enfants, fat réduit en esclavage, et les vainqueurs reçurent la permission de piller la ville.
La sévérité de cette exécution militaire' n'eut pas pour effet d'intimider tes rebelles, et la révolte prit un aspect si sérieux, qoe Ferdinand jugea nécessaire d'entrer lui-même en campagne, à la tête d'une troupe de chevaliers castillans, aussi nombreuse et aussi brillante qu'aucune de celles qui avaient été admirées dans la guerre de Grenade. Quittant Alfaendin, te lieu de rendez-vous, vers la Ûu de février 1500, le roi se dirigea vers Lanjarou , ville située au sud-est de
iU RËCNB DE FERDINARO ET d'iBAVELLE.
Grenade, sur un pie élevé, an milieu de haulears inaccessibles. '
Les babitanu de LanjarOn avaient pris une pan des plus actives à l'insurrection. Se fiant i la force naturelle d'une position qui avait aotrerois bravé les efforts de l'intrépide £] Zagal, ils ne prirent ancnoe précaution pour s'assurer de« défilés. Ferdinand, profitant de cette négligence, ne vonlnl pas suivre la route la plus directe; il conduisit son armée par un cbeuiin détourné, franchissant d'effrayantes ravines et de sombres précipices, au bord desquels le chasseor s'étut rarement aventuré; enfin, après d'incroyables fatigues et mille dangers, il réussit à gravir une hauteur qui dominait Lanjaron.
Les révoltés furent saisis de (erreur en voj^ui flotter an dessus même de leurs têtes les bannières chrétiennes ; ils persistèrent cependant obstinément dans leur refus de ae rendre ; mais leurs défenses étaient trop faibles pour résister Ji des hommes qui avaient vaincu les obstacles naturels les plus formidables. Après une lutte de courte durée, la place fut emportée d'assaut, le 8 mars 1500, et ses malheureux habitants subirent le même sort que ceux de Huejar.
Presqu'en même temps, le comte de Lerin prenait plu* sieurs autres villes fortes des Alpnjarras; dans l'une il fil sauter une mosquée pleine de femmes et d'enfants. Les hostilités furent poursuivies avec toute la férocité d'une gutfit civile ou plutôt d'uue guerre servile. Les Espagnols, se dépouillant des sentiments d'humanité et de générosité avec lesquels ils traitaient autrefois les Mores, ne regardaient plus maintenant ceux-ci que comme des sujets rebelles, en même des esclaves, qu'il fellait non pas châtier, mais alerminèr, dans riutéièl du salut public.
INSDRBECrUlN DBS ALPDJARRAS, 13K
Ces rigoeon, joioies à la coDTictioD de lear propre impnissiiDce, découragèreot eoÛn les insurgés, qui se sonmirent à tout, el le roi, c ne voulant pas, daos sa clémence, > dit Abarca, i souiller sod épée du sang de toutes ces bétes fauves des Alpajairas, > consentit à des conditions qae l'on peut déclarer raisonnable» eu égard à sa conduite antérieure: les Mores durent livrer leurs armes, leurs Torteresses, et payer ane' somme ronde de cinquante mille , ducats.
Aussitôt que la tranquillité fut rétablie, des mesures fbrent prises pour la rendre stable; il fallait introduire 1^ christianisme parmi les musulmans, sinon ils ne pouvaient guère s'attacher à leur nouveau gonveraernenl. On envoya donc dans les montagnes, comme missionnaires, de respectables prêtres chargés de détourner les Mores de leurs erreurs, doucement et sans violence, et de leur exposer les grandes vérités de la révélation. Pour les engager davantage h se convertir, on leur promit aussi certaines immunités, telles que l'exemption de la lourde amende dont on les avait frappés. L'effet de ces mesures sages et modérées fut bientôt visible ; non seulement les montagnards reçurent le baptême, mais presque toute la population des grandes villes de Baza, Gnadix, Almeria, consentit, avant la fin. de l'année, à abjurer ses anciennes croyances et à embrasser la religion du Yainqnenr.
Celle défection indigna toutefois les plus fanatiques d'entre les mosalmans, et, en décembre 1500, une nouvelle insurrecUoo éclata sur tes confins orientaax des Alpujarras; elle fot étouffée avec la même rigueur el une forte amende fut imposée aux vaincus; si l'argent a quelquefois désarmé les persécuteurs, il a servi plus souvent à stimuler leur zèle.
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Mais, Uodis que l'orage s'apaisait de ce côté, il grondait furieusement au loin, dans les montagues qui s'élèveat à l'ouest de Grenade. Ce district, comprenant la Sierra Vermeja et Villa Luenga, dans le voisinage de Ronda, était habité par uoe population guerrière et, entre autres, par une tribu africaine, les Gandules, qui avaient dans les veines le sang bouillant de leurs ancêtres. Depuis longtemps, ces Mores s'étaient montrés mécontents de ce qui se passait dans ta capitale; la duchesse d'Arcos, veuve de l'illustre marquis de Cadix, dont les terres étaient situées près de là ', avait fait tous ses efforts pour les calmer, et le gouvernemenl avait vivement protesté de son intention de respecter tous les engagements qu'il avait pris dans le traité de capitulation. Mais ces hommes avaient appris à placer peu de confiance dans les princes, et l'apostasie de plus en plus générale de leurs compatriotes finit par les exaspérer à un tel poiul, qu'ils commirent les actes de violence les plus atroces ; ils massacrèrent les missionnaires et, si l'on a dit vrai, volèrent des enfants chrétiens des deux sexes, pour les vendre en Afrique. On les accusa, avec bien plus de vraisemblance, d'avoir ouvert une correspondance secrète avec lenrs frères de la cdte barbaresque , pour s'assurer l'appui de ceux-ci dans la révolte qu'ils méditaient *.
' Le grand marquis de Ciidii ftait troiaième comte d'Arcm, titre serai lequel farent déaignts ses snccessean, lorsqae Cadix eut été repris par la cooronne apris sa mort.
* Les plaintes faites par les Mores d'Espagne et d'Afrique au soudau d'ï^pte on de Babjloue, comme on l'appelait généralemeot alon, araient engagé ce prince à faire de me» repréaent&tious aux souverains catholiques SUT là manière dont ils perafcutaient les mnsuinuuis ; il avait meoaci, en mSme temps , i'wtx de leprésullea stu les cUrétiens établis dans aes Ëtata. Four éviter une pareille calamité, Pierre Uarijr fut enrojé oomms
INSDRRECnON DES ALPtUAAIUS. 151
Le goDTeraemenl agit ea cette occasion avec sa promptitnde et son énergie habituelles. Lee principaux chefs et les grandes cités de l'Andalousie reçurent l'ordre de lever des troupes en tonte hâte et de les concentrer à Ronda ; cet ordre Tôt exécuté sans relard et, pea de semaines après, ou vit se presser dans les rues de cette ville une foule brillante de soldats, venus de tous les points de cette province; Séville avait envoyé trois cents hommes de cavalerie et deux mille d'infanterie. Les principaux chefs de l'expédition étaient le comte de Gifuentes, qui, en sa qualité d'assistant de Séville, commandait la milice de cette cité, le comte d'Urena et Alonso de Aguilar, frère aîné du Grand Capitaine et remarquable, comme celui-ci, par ses qualités physiques aussi bien qa'inlellectaelles.
. On résolut en conseil de s'eofoncer immédiatement an cœur de la Sierra Vermeja ou sierra rouge, comme on rappelait à cause de la couleur des rochers ; cette montagne qui s'élève à l'est de Ronda était véritablement le théâtre de rinsorrectioD. Le 18 mars 1501, ta petite armée campa
ambusadeor en Egypte; il qnitU Grenade, an mois d'ao&t ISOl, et se icudit à Tenise , où il s'embarqua pour Alexandrie , qn'il atteignit en dfcembre. Bien qu'averti à son arrivée que ea mission, dans l'état d'ezaspfintioti de la conr égyptienne, ponrnùt loi coûter la rie, l'intrépide envoyé remonta le Nil josqn'an Caire, sous one escwte de nuunelucks ; loin cependant de subir ancoa outrage, il fat reçu coortoisement par le sondan, qnoiqn'il afit refusé de oomproioettre la dignité de la oour qu'il représett. tait, an K sonmettant à l'humiliation de se proatemei A terre, selon Fuaage , devant ee potentat : refus plein de dignité qn'enn^trent avec «neviTeaatis&otionleshistorieDsoastillaas. Mvtyr obtint trois andienoei, dans lesquelles il réussit d bien a eftusof les préventioDs dn soadan, que oelni-oi, non seulement le combla de présents i son départ, mus aoooida, enr sa demande , plusieurs privilégea importants aux obrétions qui réûdueut sur son territoire et aux pèlerins qui le travetsaient, se rendant ea Terre- Sainte,
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devant Monarda, an pied <}'nne haatenr sot laqnelle les Mores s'étaient réunis en très grand nombre. Les Castillans n'étaient pas arrêtés depois longtemps en cet endroit, lorsqu'ils virent une bande d'insnrgés parcourant les flancs de la colline, dont le camp espagnol était séparé par une étroite rivière , probablement ce Rio Verde si tristement célèbre dans les ballades. Les soldats d'Aguilar, qui rormaient Tavant-garde , devinrent si rurienx à la vne de rennemi, qu'un petit nombre d'entre eui, saisissant une bannière, traversèrent, sans en avoir reçu l'ordre, la rivière, ponr se mettre k la poursuite des masniraans; cette lutte, trop ÎDégale, eût cependant lonmé i leur désavantage, si leur commandant, tout en condamnant sévèrement leur témérité, ne fût venu promptement à leur secours, avec le reste de ses troupes. Le comte d'Urena le suivit avec le centre de l'armée, et le comte de Ciraeutes resta avec la milice sévillaue poor protéger le camp.
Les Mores reculèrent ï l'approche des chrétiens et, se retirant toujours plus loin, lesattirèrent au milieu d'efirayaats précipices, an fond des montagnes. A la fin. Ils arrivèrent k une vallée, enfermée de tous côtés entre des rochers; c'est là qu'ils avaient mis en lien de sûreté tous les objets de valeur qu'ils possédaient, avec leurs femmes et leurs enfants; ceux-ci, à la vue de l'ennemi, poussèrent des cris de terreur et s'enfiiirent dans tes profondeurs de la tierra.
Les Espagnols furent trop tentés par la vne du riche butin qui se trouvait ik leur portée, pour vouloir poursuivre les fuyards, et, avec l'imprudence de soldats peu disciplinés, ils se débandèrent pour se livrer au pillage. En vain Alonso de Âguilar leur représenu que leur rusé ennemi n'était pas encore vaincu ; en vain il s'efforça de reformer leurs rangs et
msimitecTioN im& uptuAKHAS. 139
4è rétablir Toràra partnl eux. Sa voix ne fut pas écoutée; on ne pensait qu'à l'instant présent, tons D'avaient plus qn'nne Mule idée, celle de s'enrichir par le pillage.
Sor ces entrelbiies, les Mores, ne se voyant plus pournnis, se doutèrent de ce que faisaient en ce moment tes dirétiens , qu'ils avaient peut-être attirés à dessein dans an piège. Ils revinrent donc sur leurs pas, pour surprendre leura imprudents adversaires. S'avançant sans bruit, à la faveuir des ombres de la nuit qui élait alors venne, Ils descendirent les défilés qui conduisaient dans ta vallée où se trouvaient les Castillans et assaillirent ceux-ci k llmproviste. Dans éâ moment critique, une étincelle tombée dans nu tonneau dd pondre le fit voler en éclats ; la scène fat éclairée et, h la Inenr de l'explosion, les combattants se virent en présence, les Espagnols en désordre, désarmés en grande partie et ]^iant sons te butin, tandis que leurs agiles ennemis, glis^ saut de tous cdtés, an milieu des ténèbres, comme ded démons, étaient prêts !i s'élancer sur leurs victimes condamnées à la mort. Cet effroyable spectacle, qni ne dura qu'un instant et fut suivi d'horribles cris de guerre, poussés par les assaillauts, répandit une panique parmi les chrétiens qni s'enfuirent, sans presque tenter aucune résistance. L'obscurité était tout aussi avantagense aux musulmans, qui connaissaient parfaitement ce terrain accidenté^ que funeste aux fuyards; ceux-ci, égarés et chancelant h chaque pas, tombèrent sous les coups de ceux qui les poursuivaient ou se jetèrent dans les ravines et les précipices dont ils étaient entourés.
Au milieu de cette effroyable confusion, le comte d'Ureua réassit à gagner une plaine, où il s'arrêta et s'efforça de rai-. lier ses soldats éperdas de terreur. Son noble compagnon ,
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IW RÈGNE DE FERDINAND ET d'iSABELLE.
Alonso de Aguilar, cootinna k se maiDlenit snr les hantenr» et, malgré les prières de ses amis, refusa de se retirer, c Quand donc, > dit-il fièrement, < U baonière d'un Aguilar a-l-elle fui un cbamp de bataille? > Son fils aîné, héritier de son nom et de ses biens, don Pedro de Cordova, jeuae homme de grand avenir, combattait à ses côtés; il avait été grièvement blessé à la tète d'un coup de pierre et avait en la jambe traversée par une javeline. Un genon en terre, il coDtïnuait de se défendre vigoureusement avec sod épée. Cette vue était trop cruelle pour le père et il pria son fils de se laisser porter en lieu de sûreté, f Qne tout l'espoir de notre maisoD ne soit pas anéanti d'un seul coup, > dit-il; < pars, mon fils, vis en chevalier chrétien, vis pour consoler ta mère désolée. > Toutes ses snpplicaUons forent vaines et l'intrépide jeune homme refusa de se séparer de son père, juKqa'ao moment ob il fut enlevé de vive force par des soldats, qui réussirent k le porter auprès du comte d'Urena '.
Pendant ce temps, les intrépides cavaliers qui combattaient en petit nombre aux côtés d'Aguilar, .étaient tombés l'un après l'autre; le commandant, resté presque seul, recala et, s'adossani ii un énorme rocher qui s'élevait au milieu de la plaine, continua, quoique affaibli par la perte de sod sang, à tenir tête & ses ennemis, comme un lion acculé dans sa tanière. En ce moment, serré de près par un Hore d'une taille et d'une force extraordinaires, il dut en venir aux prises avec ce nouvel adversaire. Ce fut une lutte longue et acharnée; enfin, don Alonso, dont la cuirasse s'était délacée dans le combat précédent, ayant été blessé grièvement à la
■ Don Fedro de Cordara fut créé plus Uid marquis de ^i^o pu les BonTeroina oatholiqoea. — Solasar de Ueudoxa, Dignidain, lîb, H , C^>.XIII.
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JNSURRBCnOH DES ALPDJAttRAS. lil
poitrine, puis à la télé, étreigsit daos ses bras l'assaillant, et tons àejfi. roalèrent à terre. I.e musulman garda le dessus, mais le chevalier espagnol n'avait pas perdu le courage avec ses forces, et il s'ëcria âèrement comme pour intimider sod ennemi : « Je suis don AIodso de Agnilar. « < Et moi, > répondit l'autre, ■ je sois Feri de Ben Estepar, > nom redouté des chrétiens. Ces mots rendirent au héros mourant sa vigneur et, dans les convulsions de l'agonie, il étreîgoit son adversaire et voulut leTrapper; mais il était trop tard, il lâcha prise et Feri l'eut bientôt achevé d'un coup de dague, le 18 mars 1501.
Ainsi mourut Alonso Hemandez de Cordova ou Alonso de Aguilar, comme on l'appelle plus souvent du nom de l'endroit où étaient situées les terres de sa famille *. « II jouissait de la plus grande autorité parmi les paissants seigneurs de son temps, > dit le père Abarca, f à cause de sa naissance, de son caractère, de ses vastes domaines et des hantes positions, civiles et militaires, qu'il occupa. Il combattit pendant plus de quarante ans l'infidèle, d'abord sous la bannière de sa maison dans sa jeunesse, puis comme chef même de sa maison ou comme vice-roi d'Andalousie et commandant des armées da roi. Il fut le cinquième membre de cette famille pieuse et guerrière, qui tomba en combattant pour son pays et sa religion contre la secte maudite de Hafaomet. On peut croire avec raison, ■ ajoute l'orUiodoxe
* Saint Feidîiuuid de Castille, en conaidéradon des servioea reudos par cette iUnsbe &iiiille i U prise de Cordoue, en 1836, l'uitoiùa à porter le imn de cette ville. Cette branche continDa toutefois à m distinguer pur Mm nom territorial d'AgnJlar, qndqne le frère d'Âlonio, le Qr&nd Ct^i- UÎB», fat, oomme nous l'avenu vn, ploa ginérdement oonna sons oehii de Cordove.
lu nftcin DE niiDMAirD m d'isuelle.
écrinin, < qne soa ftme a reçu k gloriense récompeDse da si^at chrétien, poisqu'il s'était confessé et aTait (jpmmuoié, )e malin même Aa j<Hir où il fut taé \ »
PendaDt toat ce temps, les Mores victorieDX avaient chassé les Espagnols épouvanlés an milien des sombres précipices de la Mterra. Le comte d'Urena, qui avait vu son fils tomber i ses cdtés et avait été lui-même Uessé grièvement, fit les efforts les plus désespérés pour rallier les fuyards, mais il Alt à la fia entraîné par le torrent. Se fiant à on ûdèle adaHd, qui connaissait les passes de la montagne, il réussit avec beaucoup de peine à atteindre le pied de la «terra, avec im petit nombre de soldats. Heureusement il trouva là le comte de Cifnentes, qui avait passé la rivière avec l'arrièregarde et campait sur une hauteur voisine. Grâce à la force de cette position, celui<ci, avec ses braves Sévillans qui n'avaient pas donné de toute la jouniée, pat défendre les faibles débris de l'armée castillane et repousser les musnlmans jusqu'au lendemain matin, oil ceux-ci disparurent, comme des oiseaux de nuit , dans les profondeurs des mon* tagnes.
Le jour naissant, qui mit tio au combat, révéla aux Espagnols l'effrayante étendue de leurs perles. De cette brillante armée qoi, la veille, s'enfonçait hardiment dans les Alpajarras, pea. d'bommes restaient. Sur ta liste sanglante des morts, parmi bien des noms obscurs, ou remarquait ceux
' Le corps du hfroa, resté snr le champ àe bstnille, fiit traité 'ateo nspoct par lu Mores, qui le rendirent sa roi Ferdinand, et Ie> BOarenini ie firent enterrer en gnade pompe duu l'égliN de Saint- Hippol^, i CordoDo. riuiean anniea ^trte, la marquise de Priego, qui desoendaitds ce brara guerrier, fit ouvrir sa tomlw, et, en examinant ses restes dteomposée, on trouva flohé dan« les m le £er d'une lonoe, doat Alomo avait M percé dans sa latte suprâme.
imtiitiificnoit DES iLniuKus. m
des plus braves cbevaHerB et, entre antres, celui de FVan* dsco Ramirez de Madrid , l'habile ingénieur qoi avait tant ewitribaé au saccès de ta gnerre de Cb^oade.
La triste nouvelle de cette défaite se répandit bientAt dans le pays, oji elle cansa une consternation dont on n'avait plus en d'exemple depuis la déroute de l'Àxarquia ; on ponnit difficilement croire qn'an si grand désastre fftt l'œuvre d'DD peuple qui, s'il avait autrefois para redoutable, n'avait plus été regardé depuis qu'avec indifférence ou mépris. Chaenn semblait se considérer comme atteint par cette calamité et fit les plus vigoureux efforts pour la réparer. Â.11 commencement d'avril, le roi Ferdinand se tronvait à Ronda, k la tête d'nne nombreuse armée, qu'il voulut conduire en personne, malgré les représentations des courtisans ; il avait résolu de pénétrer dans Tiotérienr des Alpojarras et de tirer une vengeance exemplaire des rebelles.
Cependant les Mores, an lieu d'être encouragés par leur succès, en avaient été effrayés, et, entendant parler des préparatifs menaçants faits contre eux, ils se repentirent de la témérité avec laquelle ils avaient attiré sur eux toutes les forces de l'Espagne. Ils abandouDèrent donc toute idée de foire une plus longue résistance et, sans perdre de temps, envoyèrent des dépntés au roi , pour calmer sa colère et implorer leur pardon dans les termes les plus humbles.
Ferdinand, quoiqu'il ne fût pas vindicatif, était moins accessible à la pitié qu'Isabelle, et, dans cette occasion , il donna un libre cours h rindigoalion avec laquelle les souverains, s'identiflant avec l'État, regardent d'ordinaire tonte rébellion, qui leur parait une offense personnelle. Cependant, après quelque temps d'hésitation, la prudence I'mD' porta sur la passion ; il réfléchit qu'il était en position d«
lU RÈGNE DE FERDINAND ET d'iSABELLB.
dicter les cooditioos de la Tictoire, sans qne celle-ci lai e&t rien coûté. L'eipérience dn passé semblait l'avoir coavaiQcn de l'impossibilité poar un masulman de s'attacher k qd prince chrétien ; aussi, tout en publiant nne amnistie générale en raveur de ceux qui avaient pris part à l'insurrection, il ; mil pour condition qu'ils choisiraient entre le baptême ou l'exil; il s'engageait en même temps k fournir, aa prix de dix doUas d'or par tête, des moyens de transport à ceux qai préféreraient de quitter le pays.
Ces engagements furent loyalement tenus. Les émigrants furent transportés d'Estepona en Afrique, sur des galères dn gouvernement; ils étaient probablement peu nombreux, la plupart des Mores ayant dû, faute d'aigent, rester en Espagne et recevoir le baptême. ■ Ils ne seraient pas restés, > dit Bleda, < s'ils avaient pu réunir les dix dobbu d'or, ce qui prouve, > ajoote ce charitable écrivain, ■ avec quelle légèreté ils se convertirent et pour quelles misérables considérations ils purent se rendre coupables de cette sacrilège hypocrisie ' ! »
Mais, bien que la révolte eût été complètement étouffée, il fallut du temps et beaucoup de temps aux Espagnols pour se remettre de ce coup et pour oublier le désastre de ta Sierra Vermeja. La chronique et la poésie s'emparèrent de ce thème ; plus d'une romance plaintive entretint ces souvenirs douloureux , et les noms d'Aguilar et de ses infortunés frères d'armes furent conservés dans des vers, presque ansù durables et plus émouvants que la grave et froide prose de l'histoire. Le sentiment populaire prit une tout antre direc-
* Le aaii Ae Loa Palacios en finit d'un oonp avec lea Mona ; * La ohrétieni, • dit'il, • lea d^ponillèraiit, lenr donnèrent le passage libie et 1» eavo^ïnat Midiable I ■
INSUBRECTION DES ALPUJARIIAS. fW
tioD à regard du contle d'Urena et de ses compagnooB , accQsés d'avoir déserté leur poste ï l'heure du danger, et plas d'une ballade du temps leur demauda iDJuriensemeat compte des braves guerriers qu'ils avaieut abandoiiDës dans la Jterra.
Les reproches faits à cet intrépide seigneur paraissent tont k Tait immérités, car il ne devait certes pas sacrifier sans nul espoir sa vie et celle de ses soldats, pour un chimérique point d'honnenr. Aussi, loin de s'être aliéné les bonnes gr&ces des sonverains par sa conduite en cette occasion , il Alt maintenu par eux dans les hautes positions qu'il occupait auparavant et continua k occuper dignement jusqu'il un àgo très avancé '.
Environ soiiante-dix ans après cet évéoement, en 1570, ie duc d'Arcos, descradant de rillusire marquis de Cadix et de ce même comte d'Urena, conduisit une expédition dans la Sierra Vermeja, pour étoaOer une nouvelle insurrection des Mores. 11 y avait dans l'année on grand nombre de descendants et de parents de ceux qui avaient combattu sous Aguilar. Ce sol n'avait plus été foulé depuis ce temps par le pied d'un guerrier chrétien, mais les traditions de leur enfance avaient rendu ces lieux familiers aux soldats. Ils reconnurent l'endroit où s'était arrêté le comte d'Urena, et aperçurent, ou peu plus loin, enfermée entre de noirs
■ L'ambusadeni Tfnitien, N»agiero, vit le comte d'Urena à OsBona, en 1SS6 ; <f âtait alon on Tieillaid enixve Ytai ou, comme s'oxprime Navagiera, > molto Tccchio e gentil cort^p&uo per6. > > Les maladies , > disait plwumment le vieux oomte, • me Tisîtent quelquefois, miia ajournent larement loiigtempa, oai mon corps est comme une vieille snbergs en inines, oil les Tojagsun trouTeiit si maî^ cbèie qu'ils ne font qa's toucher et passent pins loin. •
U8 RËGHE Mt FEBDIIUND ET d'iSABELLE.
rochers, la fatale plaine où la lotte avait été le plus acharnée. Des troQçODsd'épées, des débris d'armures joDcbaieat encore le sol, couvert d'ossemeots blaDchis au soatDe de l'air, peadant plus d'an demi-siècle. Célai^ h que l'iotrépide fib d'Agnilar avait comballu si opiniâtrement aux cdtés de son père; là se dressait , couvrant de sou ombre les restes des nobles guerriers dont il avait vu la mort, le gigantesque rocher an pied duquel était tombé le vaillant cbef. Les divers accidents de terrain rappelaient aux Castillans les faits qoe la tradition leur avait appris; ils sentaient leurs cœurs battre avec violence, tandis qu'ils se redisaient l'un ï l'antre cette triste histoire , et des larmes, dit l'éloquent historien qui nous fait ce récit, coulaient abondamment sur les jones bronzées de ces soldats, tandis qu'ils contemplaient ce donloureux spectacle et priaient pour les itmes héroïques qnî avaient autr^ois animé ces tristes dépouilles ^.
La tranquillité était donc de nouveau rétablie dans tonte l'étendue de l'empire de Grenade; la bannière de la croix flottait triomphalement partout dans les sauvages nerra$, dans les larges vallées, dans les populeuses cités de ce pa^. Tous les Mores, en apparence du moins, étaient devenus chrétiens; toutes les mosquées avaient été converties en ^ises. Cependant le royaume n'était pas encore complètement purifié de la sonillore de l'islamisme, car un grand
I L'ioBnirection des Moies en 1S70 sot au njoiiu on bon résultat, celnî de proToqner la ortatôon d'au ehef-d'navre historique, dû à Diego Hurt«do de Mendo», également dûtingné oomme homiDe d'État, goenier et historien; la Gattra de Qranada de Mendoia, fragment ùolâ de l'hùtoôe dea Uorei, levèle des aentimenta libénox, si libéraux mSme que l'on?nige ne put étie publia que lorigtemps après la mort de l'auteur ; il k distingoe par dea léflezions prafondes, par nne élégance clasûque de f^le, qsi Oit vala à cet éonvaiiL le nom de Salinité eapagnol.
IMSDfiltBCnON DBS ALMUiBUS. «4T
nombre de mnaDlmaDs, professaoi leur aDcienne ret^ioo, vivaient dispersés sur différents points de la Gastille, qu'ils étalait venus habiter longtemps avant la conquête de Grenade; les événements qai venaient de s'accomplir paraia* Btirat n'avoir fait que les affermir dans leurs croyances , et le gouvernement espagnol voyait avec inquiétude que leur «xemple et leurs discours ébranlaient les nouveaux convertis dans des convictions peu fermes encore.
Pour remédier à ce mal , une ordonnance publiée dans Tété de 1501 , défendit k ces Mores tontes relations avec le royanme orthodoxe de Grenade. A la. fin, convaincus qu'il Allait absolument extirper l'ivraie poor l'empécber de se mêler aB bon grain, les souverains prirent la résolution extraordinaire d'offrir & ces infidèles endurcis le choix entre le baptême et l'exil ; c'est ce qu'ils firent par une pn^ma* tique, datée de Séville, 13 février 150S. Dans le préambule de cet acte, ils se déclaraient obligés envers Dieu de chasser de leurs États les ennemis que le ciel avait livrés entre leurs mains et rappelaient les nombreuses apostasies dont les nouveaux convertis avaient donné l'exemple, par suite de leur» relations avec leurs frères musulmans ; la pragmatique ordonnait d<M>c, presque dans les mêmes termes que la fiimeose ordonnance rendue contre les juifs, à tous les Mores non baptisés, habitant les royaumes de Gastille et de Léon, de quitter le pays à la fin d'avril suivant; on n'exceptait que les enfants mates an dessous de quatorze ans et les filles au dessous de douze. Ils pouvaient vendre leurs biens avant celte époque et emporter ce qui leur appartenait, sauf l'or, l'argent et les marchandises prohibées. Elnfia ils pouvaient se retirer ob ils voulaient, excepté en Turquie et dans les Ëtats barbaresquea alors en guerre avec l'Espagne. Ces dis-
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positions rigoureuses étaient obligatoires sous peine de mort et de confiscation des biens.
Cet édit sévère, calqué sur celui qui avait frappé les joils, devait même élre plus désastreux dans son exécution , ctr ceux-ci avaient, pour ainsi dire, des compatriotes partout, tandis que tes autres , ne pouvant se retirer en Afrique , au milieu de leurs coreligionnaires , étaient envoyés chez des étrangers ou des ennemis. En outre, les juifs, adroits commerçants, pouvaient se défaire bien plus avantageusement de leurs biens que les Mores, simples et inexpérimentés, qui ne connaissaient guère que l'agriculture ou de grossiers aris mécaniques. Nous n'avons trouvé nulle part une estimalion du nombre des émigrants; les historiens castillans ne disent que peu de mots de cette affaire, non qu'ils désapprouvassent la mesure, mais, sans doute, parce que l'émigration était insignifiante an point de vue politique. Lear silence donne lieu de supposer que celle-ci se fit dans de très petites proportions, fait qui ne doit pas nous surprendre, car presque tous ces malheureux préférèrent probablement, comme leurs frères de Grenade, se convertir extérieurement au catholicisme, plutôt que de se condamner à l'exil, avec toutes les misères qui l'aggravaient.
Pour la première fois depuis hait siècles, la Gasiille poih vait se vanter de ne plus porter la souillure de l'hérésie, mais à quel prix l'avait-elle effacée? Par les moyens les plus odieux que la perfidie pût imaginer et la tyrannie employer, et cela sous un gouvernement éclairé qui prétendait n'obéir qu'à la voix du devoir. Pour mieux comprendre ce phénomène étrange il faut se rendre compte de l'élat de l'opinion publique en matière de religion, à cette époque.
Il est singulier que le christianisme, prêchant une charité
IHStRRBCnotr DES AtniTARIUS. 1«
sans bornes , se soit bit si souvent persécaienr, tandis qse le mahométisme, intolérant de sa Datore, s'est montré, sa nsîns jnsqtM dans des temps plus rapprochés de nous, Mitné d'un esprit de tcrférance vraiment philosophique ^ Les premiers disciples mêmes dn prophète, brûlant de Fardenr do prosélytisme, se conteetèrent d'exiger nn Iribnt tfes peuples qu'ils avaient Taincns , ne trailaot avec plus de doreté qœ les idol&tres qui, comme eux, comme les juifs et lesehrétiens, ne croyaient pas en nn Dreu oni^e. Ils avaient des sympathies pour des gens dont les croyances formaient la base des leurs. En Espagne, oèr le caractère fougueux de TArabe s'adoncit pen h peu sons rinfluence d'un climxt tempéré et d'nne civilisation avancée, cette tolérance enven fes juifs et les chrétiens était des pins remarquables, comme Mws avons en occasimi de le faire obsorer; quelques anoées après la conquête, sons voyons ceox-ci non $ea)e>nent protégés dans l'exercice de lenr liberté civile et reH- {pense, mais vivant presque sur an pied d'égalité avec les eonqnérantâ.
Il n'est pas nécessaire de faire ressortir ici combien la politiqne différente des chrétiens se ressentit de la constitution partieurrère da clergé catholique, qui, formant une milice spn-itoelTe recrutée dans toutes les parties de l'Europe, était, par sa position, retranché pour ainsi dire de l*buma* nité, n'ayant d'autres intérêts que les siens mêmes. Ce elei^ se servait de ma instruction sapérieuve et de sa prétendne sainteté, qui lui révélaiem, disait-^v, les mystères effrayanEs de la vie f\ifure, non pour éclairer, mais pour asservir des
1 l/ttprii de toUranee professé par les Motes Ait ou des ai^nmeats piincipaiix dont l'archevêque de Talence k leetit «outre eux, dans son mémoire milqppeUI. Lm mondniaiu étaiot nMUlenisdlBAiiDkqtrece prêltt.
4S0 RËGKE DE FERDINAND ET D'ISABELLC.
esprits crédules ; faisant de ses doctrines l'aaique principe de vérité, de ses rites et de son cérémonial la seule condition de la vertu, il dénatura les grandes lois morales, écrites de la main de Dien dans toute conscience, et graduellennent érigea un système d'exclusivisme et d'intolérance, en opposition complète avec la donce et charitable religion du Christ.
Avant la fin du xv* siècle, plusieurs circonstances concoarurent à exciter l'intolérance , principalemenl envers les Arabes. Les Turcs qui, par leur importance politique, étaient devenus vers ce temps les représentants et les champions du mahométisme, avaient traité les chrétiens avec une férocité, qui avait rendu odieux tous leurs coreligionnaires et natorellement, bien qu'à tort, les musulmans d'Espagne. D'an autre côté, les doctrines hétérodoxes qui apparurent çk et \k dans différentes parties de l'Europe, au xv* siècle, comme de faibles lueurs annonçant l'aurore glorieuse de la réforme, avaient fait naître des alarmes parmi les défenseurs de l'Église. Plus d'une fois, la persécution avait dressé ses bûchers, et l'inquisition avait été introduite dans la péninsule, avant la fin de cette époque.
Depuis cette heure fatale, la religion prit un aspect nouveau dans ce malheureux pays. L'esprit d'intolérance, caché jusqu'alors !i l'ombre des cloîtres, se manifesta au grand jour dans toute son horreur; le zèle exalté se transforma en fanatisme, et l'ardeur du prosélytisme provoqua une impitoyable persécution. Il ne sufBt plus au chrétien, comme auparavant, de se conformer passivement aux doctrines de l'Église, il devait faire la guerre à tous ceux qui refusaient de les accepter; si, en accomplissant ce triste devoir, il éprouvait un sentiment naturel de pitié, il commettait un crime; si, & la vue des souffrances de ses semblables, il versait des
INSURRECTION DES ALPUJARRA3. ISl
larmes, il se reDdait coupable d'one offense envers Dieu et devait l'eipier par noe pénileuce humiliante. Les plus effroyables maximes avaient été inscrites de sang-froid dans ce nouveau code; tout homme, dit-on, pouvait impunément tuer un apostat, partout où il le rencontrait. Il y avait certains doutes sur la question de savoir si l'on pouvait tuer soq propre père, hérétique ou infidèle, mais il n'était pas doutenx qu'on ne pût, dans an pareil cas , 6ter la vie à son fils on à son frère '. Ces maximes ne restaient pas à l'élat de lettre morte, elles n'étaient que trop fidèlement respectées, comme le prouvent les annales du hideui tribunal. Le caractère de la nation subit une déplorable transformation ; tonte charité, tout sentiment d'humanité même fureol bannis des cœurs. L'ancienne magnanimité dn chevalier espagnol fit place au fanatisme farouche du moine. L'odeur du carnage parut enivrer un peuple qui, excité par un clergé impitoyable, se mil à rechercha avec ardeur des victimes à offrir en holocauste à l'inquisition.
C'est au moment même où le monstre, goi^é mais non , rassasié de sang , réclamait ii grands cris de nouveaux sacrifices, que Grenade ouvrit ses portes aux Espagnols, à la condition de conserver pleinement sa liberté civile et religieuse. Le traité de capitulation accordait trop on trop peu, trop peu pour un État indépendant, trop pour un peuple qui devait être absorbé dans one nation plus grande; il garantissait anx Mores des privilèges supérieurs à certains égards et même préjudiciables ï ceax des Castillans. Ainsi, par
' Les Mores et les jaïb n'étaient DataieUement pas protégés par oe code; le rérétend père déclare, et Bleda se rallie arec empressement à sou opinion, qne le gouTemement eAt été en drcùt de Sûre périr tons les Horea du rojranme, en punition de leur tcandaleose infidélité.
iSt RËCME DB FEROrNAKIt ET D ISABELLE.
exemple, les vaiocus poaTaieot faire k connuerce avec l'Afrique et en différentes villes de la Casiille ei de l'Andalousie, sans payer les droits eiig^ des Espagnols; aiosi encore, les esclaves musulmans des antFes parties du royauine recouvraient leur liberté et «e poevaient être rendus à lenn maîtres, s'ils parvenaient à s'enfuir à Grniade; la première de ces dispositions nuisait au commerce des chréUens, l'aoïre les atteignait dans leurs biais.
Un pareil traité, dont l'exécution, dépendait de la bonne foi et de la tolérance de la partie la plus paissante, ne seratt guère respecté pendant un an, même de nos jours, dans aucun pays de la chrétienté, quand on peut l'éluder sons tant de prétextes. Il n'était donc pas probable qu'il le Tût dam ce temps, par des vainqueurs aigrw par des haines héréditaires et des passons religieuses.
La conversion des vaincus, espérée, sans doute, par (es Espagnols, se montra entourée de {dns de difficultés qne ceux-ci ne l'avaient prévu; ils reconnurent que, tant q«e les Mores conserveraient leurs anciennes croyance, ils seraient plus attachés à leurs compatriotes d'Afrique qu'à la natioi dans laquelle ils avaient été incorporés. En un mot, l'Espagne avait encore des ennemis A»ai son sein ; on rapportait <|ae les musulmans entretenaient secrètement des relations arec leurs frères de ta c6te barbaresque at Tobiient des cbrétieu pour les vendre eomme esclaves aux corsaires algériens. Ces bruits, mis ea circulation et fantement acceptés, répandinat bientôt l'alarme partout, et, «■ génératr on est pesscripnleax sur l'emploi des mesures que l'on juge nécessaires à sa sûreté personnelle.
Les tentatives faites pour convertir les infidèles au moyen de la prédicatitm et des a>D8eil8, étaicat hdtmétes et hw»-
usnBtEcncn des u^ujabras. tt»
Mes; les promesses, les aâdoctioQS aniqnelles od recoanit plus lard, si elles étaient contraires k l'esprit du traité, n'en violaient pas du moins la lettre. L'emploi de la Torce à T'égard d'ua petit nombre de rnssulmans opiniâtres qui, *par leur aveugle obstîoation, prinknl toot sa peuple des bienbits de la rédemption , devait être justifié par d'aatres motifs, et ceax-ci ne man^iaie&l pas à de msés théologiens, qoi considéraient qne la sainteté du bat légitimait des moyens extraordinaires ti que ni promesses ni traités n'avaient de la ralenr, l<»rsque les intérêts étemels de l^me étaient en jeu.
Hais le cheM'cenvre de la casuistique monacale était Fargament imaginé, dit-on, par Ximenès ponr priver les Uores des bénéfices dn traité, comaie la juste punition d'une révolte à laquelle il les avait poussés lui-même par sa conduite arbitraire. CetLe propoution, loin d'outrager les sentiments de la nation , bien versée dans la métaphysique du cloître, fut, k cette époque, mais en vain, chaudement appuyée auprès des souverains.
Tels sont les tristes résultais oâ peut aboutir le meilleur esprit , lorsqu'il discute son devoir avec une logique trop sid}tî1e et que, se proposant le bien, soit en politique, soit en religion, il arrive à croire que l'importance du but l'autorise Il enfreindre les principes moraax qni règlent les affaires ordinaires de 1a vie; lorsque, confondant ces intérêts supérieurs avec d'autres d'une oaUire personnelle, il devient incapable de les distinguer et se trouve inseosiblemrat amené à agir dans des vues intéressées, tandis qu'il s'imagine avenglément n'obéir qu'à la voix du devoir \
diB l'Hoheviqiic de Talenoe i> Philippe IH offre na
tM RËGNE DE FEEtDINAND BT d'isaBELLE.
Ici se termiae, pent-on dire, l'histoire des Mores soos ce règDe. Huit siècles s'éUieat écoulés depuis le jour où ib avaient mis le pied sur le territoire espagnol; pendant ce laps de temps, ils avaient passé par tous les degrés de la civilisation. Dix années avaient soffi pour renverser les magnifiques débris de ce puissant empire, et dix années encore pour convertir en apparence ces infidèles au catholicisme. Après un long siècle de persécutions, de souffrances cruelles et imméritées, celte race infortunée devait être définitivement expulsée de la péninsule. L'histoire des Mores, dans ces derniers temps , fournit un des exemples les plus mémorables de l'impuissance de la persécution, mise même au service d'une bonne cause contre une mauvaise. C'est ï\ une leçon qui ne pourra être trop méditée à l'avenir; les feux de l'inquisitioD sont, sans doute, éteints partout et probablement ils ne se rallumeront plus jamais; mais quelle est la nation qui peut se vanter de n'être plus iurectée de cet esprit d'intolérance qui engendre les persécutions?
exemple de cette morale oblique, dont noua pouvons rîie ou pleurer aelon notre Immear. Le prélat dit duia œ pricienx docoment : • Votre majeaU peut, sans ouonn scrupule de consdence, réduire tous tes Mores en ttdk- Tage, les condamner aux mines et aux galères ou les Tendre àdeaétrangns. QuEint aux enfants, on pourrait les vendre tous à bon prix en Espagne, ce qui, bien loin d'être un cMtiment, sera pour eux une gr&ce, puisqu'un» ils deviendront tous chrétiens; ils ne l'auraient jamais été s'ils étaient restés auprès de Leure parents. Far le saint accomplissement de cet acte de justice, une grande HMXie â^argent entrera dont le Irétor de vofr$