‹ Histoire du règne de Ferdinand et d'IsabelleChapitre 21 sur 73 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

tniTBlilE TOTAfiS PB GflaiSTOPHS GOLOIB.

Kogièsdes découvertes. — Exaction de l'opinioD pnUiqne. — Confiance de la reine d&ns Chmtophe Colomb. ~- Dêoonverte de la terre ferme. ^BeDToi des esclaves indiens par Isabelle. — Flaintea contre Colomb. — Son BDCcessent au gonvemeraent. — Réparation faite par les ■onvenùns. — Quatrième et dernier rojage de Colomb.

Le lecteur détoaruera volontiers ses r^ards de ce triste et sombre tableau, pour les porter sur les généreux efforts que les souverains espagnols faisaient, en ce temps, pour agrandir l'horizon de la science et étendre les limites de leurs États à l'ouest. < An milieu des orages et des troubles qui bouleversaient l'Italie, l'Espagne élai^issait chaque jour les frontières de son empire et portait la gloire de son nom jDsqn'anx antipodes. ■ C'est sur ce ton d'exaltation que l'entboosiaste Martyr signale les brillants progrès des découvertes entreprises par son illustre compatriote, Christophe Colfflnb. Ferdinand et Isabelle n'avaient jamais perdu de vue les nouveaux domaines qui leur avaient été inopinément révélés dans les profondeurs de l'océan. Les récils faits par

l jyGOOgIt

156 RËGHE DE FEROlItAHD ET d'iSABELLE.

le grand navigateur et ses compagnons, k leur second vo^^age , lorsqne leur imagioatiOQ était Irappée de la beaaté et de la aouveaaté du 8[)ectacle que le nouveau moade avait offert à leurs yeux, avaient entretenu l'enthousiasme que leurs succès inattendus avaient éveillé partout. Des vaisseaux étaient revenus avec des échantillons des différentes productions de ces régions inconnues , qae l'on se plaisait à regarder comme formant partie du grand continent asiatique qui avait si longtemps excité la convoitise des Européens. Les rojraux époux, partageant l'ardeur générale, s'étaient efforcés d'encourager l'esprit de découverte et de colonisation, en Tournissant les subsides nécessaires et en se conformant avec empressement aux recommandations les plus minutieuses de Colomb. Mais, moins de deux ans après que celui-ci eut commencé son second voyage, l'aspect d£s choees avait iristeoieat cbaogé. On avait appris que les signes les pUu alarmant* de mécontentement s'étaient manifestés dans la colonie, et les cargaisons reçues de ces pays tant vantés n'avaient guère assez de valeur pour couvrir les £rais de l'expédition.

Ce déplorable résultat était en grande partie la Tante des eolons eus-mémesu La plapart élaieut des aventuriers ijoi s'étaient embarqués «ans antre but que ceint de s'eoriehîr promplemeat dans ces Indes fortunées; nanqauit de dÎMi- (iJîne, de patience, d'industrie, ils n'avaient aucune de* qualités requises pour le suceès dans une pareilie entreprit^. A peine sortis de leur pays natal. Us parurent se croire £0«strailE à toute loi; ils TOTuient l'amiral, qui était éln»- ^r, avec des seitimenta de jalousie et de défiance. Les eanlien el les hidalgos, qui ne s'étaient engagea qu'en brop gnnd n<Hnbre dans l'expédition , m^ianîent le fiéous qii

QOATRIËIIE TOtAGE m CHRISTOPHE COLOMB. 107

était pour eux aa parveaa auqoel ils »e pouvaient obéir saos baioiliatioa. Dès les premiers jours de leur arrivée k H^a- ■iob, ils maltraitèrent de toutes Diçons les malfaeiirenx ■UtarelB du pays, qui, dans lair simplicité, avaient aecoeilli les bommes biaucs comme des envoyés du ciel. Ces violeaces cependant provoquèrent bientôt une résistance géniale, ^ui aboutit à une gnerre d'extermination telle que, moins de qoatre ans après le débarquement des Espagnols, le tiers de la popuIaUon de l'ile, plusieurs centaines de mille bommes {Nrobablemeat, avait été massacré ! C'est sous ces ûisèbres auspices que s'étaient ouvertes les relations entre les blancs civilisés et les ioofiensifs babitaQts du nouveau monde.

Ces excès, joints au manque d'agriculture, car nul n'eût Tonlu remuer la terre que pour y trouver de l'or, amenèrent à la fia une effroyaUe disette, d'autant plus que les Indiens avaient reaoacé anx travaux des champs, consentant à mourir de faim si leurs oppresseurs partageaient leur sort '. Alla de prévenir la famine qui menaçait la colonie naissante, Colomb dut recourir à des mesures de riguenr, réduire les rations et forcer tous les colons, sans distinction de rang, à travailler. Les orgueilleux bidalgos se plaigairent haulemeut de ToSense qu'oa leur £ùsait en les astreignant k ces vils Unnox, undie qoe le père Boil et iee moines s'indignaient d'être mis à la petite ration.

Chaque jonr, les souverains espagnols recevaient des plflimes ao sujet de la mauvaise administration de Colomb, •t ëe Bt sévérité injuste autant qu'impoiitiqoe à l'égard des

< Les Indien» nnucnt dea tùsoiu de croiie i l'efficMàté de ee mejeu, û, conn» Las Cuu l'slSrme gnTement, •nnlbpBgBolmM^eAitoaanHul joDlsaobiiftMCvdatï

118 RËCNB DB FERDINAND ET D'I&UELLE.

Castillans et des naturels dti pays. Ils n'accueillaient pas toui«rois aisément ces accusations vagues; ils appréciaient tontes les difficultés de la position de l'amiral, et, s'ils envoyèrent, au mois d'août 1495, un agent pour Taire une enquête sur les désordres qui menaçaient l'existence de la colonie, ils prirent soin de choisir pour cette mission on individu qu'ils croyaient devoir être agréable an grand navigateur. Lorsque celui-ci retourna en Esp^oe, l'année suivante, en 1496, ils le reçurent avec tonte espèce d'égards. • Venez auprès de nous, i lui écrivaient-ils, dans une lettre de félicitations qu'ils lui adressèrent, peu de temps après son arrivée, ■ venez auprès de nous, quand vous pourrez le faire sans inconvénient; vous n'avez déjà enduré que trop de tourments. >

L'amiral rapportait avec lui, comme auparavant, des écbanUllons des productions de l'hémisphère occidental, bien propres à frapper les yeux du public et à tenir la curiosité en éveil. Dans son voyage à travers l'Andalousie, il passa quelques jours sous le toit hospitalier du bon curé Bernaldez, qui se platt à décrire les chefs indiens qui accompagnaient Colomb et se faisaient remarquer par leurs colliers, leurs couronnes d'or, et par d'autres ornements barbares; il signale, entre autres, certains < pagnes et masques de coton et de bois , avec des figures du démon brodées et gravées dessus, quelquefois sous sa forme véritable, d'autres fois sous celle fTun chat ou d'un hibou. > c II y a de bonnes raisons de croire, > ajoute-t-il comme conclusion, « qu'il apparaît sous cette forme aux habitants de nie et que ce sont tons des idolâtres, adorant Satan pour leur dieu. >

Hais ni l'étrangeté de ce spectacle, ni les brillantes descriptions de l'amiral, qui s'imaginait avoir retrouvé à Hispa-

QUATHIËMB VOTACE DS CHRISTOPHE COLOVB. 189

niola les miDes d'or d'Ophir, doot le roi SalomoD se sertit pour orner le temple de Jérusalem, ne parent ranimer l'enthoasiasme de la nation. La nonveanté de la chose était passée; on avait d'ailleurs entendu de tout antres récils Taita par des voyagears dont la figure hâve et blême avait fôit dire ï des plaisanta qu'ils étaient revenus avec plus d'or sur leurs Jones que dans leur poche. En un mot, le public paraissait être devenu sceptique m proportion de son ancienne confiance, et l'on avait rapporté si peu de chose que, dit Bernaldez, < on croyait généralement qu'il o'y avait guère ou pas d'or dans llle. »

Isabelle éiait loin de partager cette déraisonnable incrédnlité. Elle avait adopté les propositions de Colomb, lorsque d'autres les voyaient avec Troideur ou dédain ', et croyait fermement, comme il le lui avait assuré à plusieurs reprises, qn'en poursuivant les découvertes ou arriverai! à d'autres régions plus importantes. D'ailleurs ce n'était ni l'or ni l'argent à trouver dans ces terres nouvelles, qui avaient le plus de valeur aux yeux de la reine, car, ainsi que ses lettres et ses instructions te prouvent surabondamment, elle caressait le généreux projet d'introduire la civilisation chrétienne au milieu des païens. Elle était profondément sensible au mérite de Colomb, dont le caractère sérieux et élevé ressemblait beaucoup au sien, quoique l'enlfaousiasme dont ils étaient tous tes deux animés fût tempéré chez elle par une douceur et une prudence plus grandes.

Hais, bien qu'Isabelle Tât disposée Ji seconder de tout son pouvoir les entreprises maritimes, celles-ci durent être

■ Colomb, dans m lettre de IGOO à ta nonmce du prince Jean, s'jtend longoeaint niT la proteotîou que la leine lui aocorda de bonne heure.

MO l£GNe DE reSDlNAND ET 0'lfiABBU.C.

ajovraées dans U situation du pays. De graodes dépenses éUieat Dalurdleraeat exigées pour le maialien de k colome ' ; le trésor avail été, eo outre, presque épuisé par ies gierres d'Italie et par ta laaffxiùceace avec laquelle ou célébrait, en ce moment même, les maria^ de membred de la ùmille royale. C'est pendant les fêtes auxquelles donna liea le mariage du priuce Jean, que l'amiral se présenta devant tes soaierains, à Bnrgos, après son secoad voyage. Pour tontes ces causes, il restait si peu d'argent dans les caisses de l'État, que lareioednt, ponr équiper une flotteqiii devait visiter la colonie, prendre une partie des fonds réservés fom l'union de sa fille Isabdle avec le roi de Portugal.

Ce tâdieus retard ne découragea pas Colomb, qui recevait chaque jour de nouvelles marques de la faveur royale ; différentes ordonnances furent rendues, confirmant et étendaDl si loin ses pouvoirs et ses privilèges, qne la modestie ou la prudence eût dû l'engager ï refuser ces honneurs *. Les termes dans lesquds ces faveurs lai étaient décernées les lut rendaient, sans doute, plus agréables; on signalait de la uaaière b plus emphatique ses * bons, Dombrenx, loyaux, excellents, constants services, > et les souveraitu témoignaient une entière confiance daM son intégrité et dans ta prsdeoce*.

' LcB uUim geolB pftj^ n—neHiwrn>t par la oowdum à^nindivîèoi léaidknt dans U colonie s'Élevaient à six millions de muavidii.

* Telle était, pu exemple, la oo^eesabn d'an immense tenitoiie à Hiipttniola, aveo le titre de comte «a de doc, ccmme l'strinl le yréftetnit.

' La piAee irigcAnt les bieni de Cotooili en u^oiat nofonu 1» dauM qne > les héritiers ne ngncront jamais qne >ramind,( 21 ^teîrasfa,qDeU qne puissent ttie leon titres et hmnean, ■ Ce nom d'amîial n4)palait lu déoDovertn 4e Cokanb, qui, bvm os UgftiKa ngneil, vttdùt peafitaw ainsi le sonTeait de Ms haâte bUi.

QtATRIÈn TOTAGB DB OmSTOVUt COUHB. m

Cotomb eut encore k snnnonter les obstacles qoe toi oppon Vérêqoe Foaseca, (pjî pcésiâait, k cette époque, le conseil des Iodes; eel bomne, d'n caractère irritable eC, pardt-il, Tiadkatif, était devenn reoneini mortel de l'amiral, avant le second voyage de cdni-ei; il chercha tous les mojeis de le toarmenter et de le contrarier, et inalbe«reasenwDt il n'enl que trop de Tacilités à cet égard, dans ta poBÏtioD ofBcidIe.

Ponr tontes ces raisons, la Botte ne fet pas prèle avant le (0aiDeDcenentcle.l4d8; alors même Boe nouvelle difficulté se présenta : il fallait reerater l'équipage et peu de gens se souciaient de s'engager dans une entreprise si mal vue dans le piblie. C'est ainsi qu'on rcconnit à un espédient désastrenx ; on enrôla des condamnés, d(»il la peine fut commuée en cdie de la transportation ï temps dans les Indes. On n'eût pu imaginer une mesure ptne propre à ruiner la colonie Missante; les germes de corruption qui, depuis longtemps, infectaient l'ancien moade, fuent bientôt implantés dans le Dooveau , et Colonb, qui avait donné le conseil , fnt le premier qni ent sujet de s'en repentir.

A la fin, tons les préparatifs étant terminés, l'amiral partit do port de San-Lucar, le 30 mai 1498, avec sa petite escadre composée de six vaisseaux, dont l'équipage, malgré tons ses efftvts, était encore incomplet. Il se dirigea plus Vf» le snd qae dans ses précédents voyages et, le 1" aoàt, réussit à atteindre la terrv ferme ; il eut donc l'honMur de ddurqner le premier sur le grand coBtinent mëridioaal, dont il avait auparavant découvert le chemin.

Nous ae suivrons pas rHIuslre voyageur dans sa carrière, qui forme l'épisode le plu& brillant de ce règne; ce récit a âé Sut récemment par an bîstorieo sur les traces duquel

Ht BÈGNE 1>B FBSWNARO BT d'iSABELLB.

pea d'écrivains voudront s'engager*. I) nous suffira d'exposer brièvenieDt ses relations avec le gouvernement espagnol et les principes sur lesquels la colonie fut administrée.

À son arrivée à Hispaniola, Colomb trouva les aflaires dans le désordre le plus déplorable. Par suite des menées de quelques factieux , une insurrection avait éclaté contre son frère Barthélémy, à qai il avait confié le gouvernement pendant son absence. Dans le cours de cette révolte sanglante, les intérêts de la colonie avaient été négligés ; on avait cessé de travailler aux mines, qui commençaient à produire beaneopp ; les malheureux Indiens gémissaient sous la plus cruelle oppression ; il h'; avait plus d'autre loi que celte dn plus fort. L'amiral s'efforça en vain de rétablir l'ordre; les nouveaux colons qu'il avait amenés, en les sauvant du gibet, grossirent les rangs des rebelles. Il ent recours à tout, aux négociations, aax prières, h la force, et ne réussit à acheter une tranquillité factice qu'au prix de concessions qui diminuaient son autorité ; c'est ainsi qu'il accorda aux révoltés de grandes étendues de terrain, qu'il leur permit de faire cultiver par un certain nombre de sauvages. Telle fut l'origine du célèbre système de repartimimtoê, qui engendra par la suite les plus effroyables abus dont l'humanité eut jamais à rougir.

Près d'une année s'écoula avant que ces dissensions intestines fussent calmées. Pendant ce temps, on avait reQu en Espagne des nouvelles des troubles de la colonie, accompagnées de plaintes incessantes contre Colomb et son frère,

* Presoott vent parler de son iUiutie oompktriote, Waihington Irring, ftnteur d'une hûtoiie de Christophe Colomb qui panùtrs proohainemeiit. — Fi* tt vojiagti tU Ciriilopi* Colomb, trad. par QuillMuoe Bawnt, 3 vol. in>e*. Bruxelka , A. Luroix , TerboecUioreii et C^. [N. su T.]

QCATRIËMB VOTtCE DE CBRISTOPHE COLOMB. 163

qoe l'oD accQsait banteineot d'opprimer h la fois les Espagnols et les [iidiens, et de sacrifier sans scrupule les iotéréis publics aux leurs. Ces accnsalions étaient portées devaut les souverains mêmes par des colons mécouteois qui étaient revenus en Espagne et entouraient le roi lorsqu'il sortait du palais, réclamant à grands cria le paiement des arriérés qui, prétendaient-ils, leur étaient dus et que l'amiral retenait injustement ^

Il ne manquait pas à la cour de personnages même de grande considération, qui accueillaient et répandaient ces calomnies. La découverte récente des pêcheries de perles de Paria et de veioes plus abondantes en or à Hispaniola, respoir de voir s'étendre à l'infini les régioos inexplorées découvertes par Colomb, avaient fait de la vice-royauté du nouveau monde une amorce séduisante pour la cupidité et l'ambition des grands du royaume; iiscberchèrent donc malignement h perdre l'amiral aux yeux des souverains, en jetant dans leur esprit des doutes sur sa fidélité; ils ne se bornaient pas à rapporter des bruits vagues, ils produisaient des lettres de colons, dans lesquelles on accusait l'amiral de s'approprier les revenus de l'ile et de vouloir se créer un royaume indépendant.

Quelque foi que Ferdinand eût dans ces accusations absurdes, elles ne parent ébranler ]a confiance que la reine avait placée dans Colomb et la faire donter un instant de sa

* fernando Colomb npporte qne son frire et loi, alon.pages de la reine, ne pouToient «e moatrer dana la cour de l'AUiambra, uns être snina par une oinqiiaiitame de ces vagabonds, qui les insnltaient de la manière la pins grMBÎèie, ' oommc les fils de l'aTentnrier qui avait oonduit tant de braves hidalgos espagnols aa tombean dans le p^s de vanité et d'IUosioiis qu'il BTait déoonveitl ■

iM DËGNB îx rstatwKm Bi dYsabklle.

loyauté. Mais les troubles ipà agitaient sans êa la colonie hii fireDt natm-ettenieiit craindre qu'il ne fbt incapable de bien ta gouverner, soit qu'il excitât la jalousie âes colons, en' sa qualité d'étraager, soit qu'il manquât ote caractère; à «tt doutes se mêla, il est vrai, du méeoBtentemeHt coatie l'amiral, torsqn'oD vit, en ce moment nréme, arrirer ea Espagne plusieurs rebelles , avec les esclaves in^ieiHL qaH leur avait assignés.

C'était une opinion reçue parmi les bous catholiques dn temps, que les païens et ïes barbares étaieet placés, à rM80> de leur infidélité religieuse, en dehors de tous droits, s|Mntuets on civils. Leurs âmes étaient voeées a« feu étemel; leurs corps étaient la propriété des chrétiens qui oecapaient leur sol ^ Telle était la théorie appliquée par le? peopks européens les plas civilisés, au xv" siècle; telles étaient ks déplorables maximes qui réglaient les relations des navig»-

* Laa Caaas fût remonter les droits de k couronne d'Espagne sur sa possessions d'Amérique à la concession faite primitivemEnt par le sainf- Bii<ge, à condition de convertii les natorels an cbristiaotsme. Le pape, et sa qualité de vicaiie du Christ, possède pleine aatorité snitons leshommoi, ponr le salut de leurs £mea ; il pouvait donc conférer aux sonverains csçtkgaoh une tKprétuilie impériale sur toates les terres d^conTCrtes par eux, — non toutefois an préjudice des 8,ntorités qui j seraient d£jà âtablien at seulement sur les nations qni embrassaient volontairement le chrîstianisme. Tel est le fond des trente propositions qu'il soumit au conseil des Indes pour être examinées par Charles-Qnint. On pent voir dans ces resbictions arbitraires et capricieuses le d£sii dn b<« éTéqne de condUei las droits naturels de l'homme, tels que sa raison les lui enseignait, avec k prérogative que la foi l'obligeait de reconnaître au pape. Pen de catho- Uqaes de nos joors seront uses obstinés pow stntenir ces prétcntioa* exorbitantes , si prudennient limitées qn'^ea ament ; bien moins encms anuait-on tat lea oombattre an xn* siids. Nous ne fiisein tontefraaqm nndn JDstieeà Las Casas, esifisMit que, damr as maiù^de rusomuS-, M eette ocoaaton comme en d'antres, il »e montre, en ginJral, bien ta arntt de son siècle.

QDATBltNE yOTAGE DE CRBISTOniE COLOMB. 1GS

leurs «spagot^ et portagaîs avec les nalnrets dn nonrean monde *. Colomb, conforméoieiit !) ces idées, avait, peu de temps après l'occupation d'HispanîoIa, conseillé d'échanger réfnlîèremeiit des esclaves contre des objets nécessaires ti la cdoDÎe; de cette manière, tenr conversion serait plos aArement effectoée, et c'est un objet qu'il avait, paralt-ii, en teojonrs fort à coeur.

Isabelle avait cependant à ce sujet des vues plus généreuses qae ses contemporains; elle avait été très touchée d'apprendre par la bouche de l'amiral lui-même que ces natords étaient d'an caractère doux et looffeosif-, aussi se révolta-t-elle à la pensée de les condamner à un horrible esclavage, sans même faire une tentative ponr les convertir. Elle hésita k approuver la proposition de Colomb, et, lorsqn'elle apprit que l'on vendait des esclaves snr les marchés de l'Andalousie, elle ordonna de suspendre ces ventes, en attendant qu'une commission de théologiens et de docteurs, experts en cette mati^, eût prononcé définitivement sur la question. De plus, avec «a bonté ordinaire, elle fit apprendre antant que possible la langue des sauvages à des prêtres, qn'elle envoya comme missionnaires; parmi ceux-ci, quelqaes-uns, comme le père Boil et ses Trères, se soucièrent plus de leur bien-être que de leur troupeau, mais d'autres, animés d'nn meilleur esprit, s'emplo^fèrent avec zèle et, si noos les en croyons, avec quelque succès à leur bonne œuvre *.

* Un moiite ecpagnol, «ntra utnt ugumtnti, fonde le droit de mb etnBpabîotat i rédoin les Indiens en esel&TagB rar oe que eeoz-d fomeut da tabu rt ne parlent pas Imn btziMa i l'eapagnole; c'est, dn mofni, rintcTprMftikm qne dcMne HonteaqttieB. Les iodma d« Ilnqaisitloii Hsnind m peine à trevret de Meillsnrea nùions.

* >&ikeaiitoesGhousquelesrtTJMndipkNeMijN)rtïn»taTee«nx, ■ dit Bobles, • il j avait on petit oi^ «t plnàenn (deehes, qal ehi^

166 RËCNE DE FERDINAND ET O'iSABEUE.

Les lettres et les ordonnances royales prescrivaient, avec la même bienveillance, de donner aux naturels du pays nue instruction religieuse et de les traiter avec douceur et humanité. Aussi, lorsque la reine apprit qoe deux vaisseaux venaient de revenir des [odes, avec trois cents esclaves k bord, donnés aux rebelles par l'amiral, elle ne put retenir son indignation et s'écria avec vivacité : * De quel droit Colomb dispose-t-il ainsi de mes sujets? > Ceci se passait le 30 juin 1500. Elle fît immédiatement proclamer dans les provinces du sud que tons ceux qui avaient en leur possession des Indiens donnés par l'amiral, devaient leur rournir les moyens de rentrer dans lenr pays; le petit nombre d'esclaves appartenant à la couronne devaient être rendus de même à la liberté *.

Après avoir longtemps bésité, la reine consentit, avec une répugnance visible, à envoyer un commissaire pour faire une enquête sur la situation de la colonie. Elle confia cette mission délicate à an pauvre chevalier de Calatrava, nommé don Francisco de Bobadilla. Celui-ci était investi d'une juridiction civile et criminelle; îl devait faire arrêter et juger tons ceux qui avaient conspiré contre l'autorité de Colomb; il était autorisé à prendre possession des forteresses, des vaisseaux, des magasins publics, de tontes les propriétés publiques; pouvait disposer de toutes les places et renvoyer

mècent tant ces gêna sim[des qu'on en baptisùt de un à deux mille duqnt jour. > rem&ndo Colomb tsit obserrei avec une certaine naÏTeté ({iie • ka Indiens étaient si obéissants par peu de l'amital et, en même tempa, déànient tant l'obliger, nM'UsaatùaaientvolonlairemMi tàoétiBos'. *

' D'aprèa Las Casas, • la reine fut si indignée de la conduite de l'amind sons ce rapport, qae le souvenir seul de ses grands serrioes pitexn eelni-d d'one disgrâce immédiate, •

QDATRIËJIE VOTAGE DE CHRISTOPHE COLOMB. IST

en Espagne, pour s'y présenter devant les souverains, les individus de tout rang qu'il jagerait nécessaire d'éloigner, dans l'intérêt de la tranquillité de la colonie. Têts étaient, eu résumé, les pouvoirs extraordinaires dont était revêtu cet envoyé'.

Il est impossible aujourd'boi de déterminer les motifs qai firent choisir pour cette importante mission un homme aussi incapable. It parait que ce Bobadilla, d'un caractère faible et vaniteux, devint arrogant k l'excès, en se voyant investi de cette autorité temporaire qu'il méritait peu ; tout d'abord il regarda l'amiral comme un criminel qu'il avait le devoir de punir. Aussi, dès son arrivée dans l'ilc, après avoir vaniteusement étalé ses pouvoirs, il ordonna à Colomb de comparaître devant lui et, sans affecter les formes d'une procédure légale, le fit jeter en prison et charger de fers, le âS août 1500. Le grand homme se soumit sans faire aucune résistance, montrant, dans ce déplorable retour de la fortune, une grandeur d'àme qui eût touché le cœur d'un ennemi généreux. Bobadilla ne manifesta pas une pareille sensibilité ; après avoir ramassé toutes les absurdes ou vaines calomnies que pouvaient inspirer aux colons la haine ou le désir de lui plaire , il envoya le dossier en Espagne avec l'amiral , qu'il ordonna de garder rigoureusement enchaîné pendant la traversée, « craignant peut-être, s comme le fait remarquer Fernando Colomb , « qu'il ne lui échappât et regagnât l'ile & la nage, i

* La commission originale donnée à Sobodilla était datée du 31 mars et da 21 mai 1499 ; cependant on en remit l'eiication jusqu'en juillet 1600, dam l'espoir, sans doute, de recevoir d'HispanioU des nonvelles qui démoatienùent pleinement la nécessité d'une meaure aussi préjndiciaUe & Pamiral.

168 DÊGNE DE FERDINAND ET d'iSÀBBLLE.

Cet excès de malignité eut toutefois, comme il arrive souveot, an effet contraire k celui qu'on en avait attendu- Une pareille indignité offensa ceux mêmes qui étaient le plus mécontents de Colomb. Tous parurent considérer comme ud déshonoenr national l'afTroQt fait à un homme qui, quels que fussent ses torts, avait rendu de si grands services à l'Espagne et au inonde civilisé tout entier; Ji on homme qui, c s'il eût vécu, > selon les expressions d'un ancien écrivain, < dn temps de la Grèce antique ou de Rome , eût mérité des statues et auquel on eût élevé, comme à un dieu, des temples oii on lui eût rendu des honoeuis divins '. >

Nul ue partagea plus sincèrement l'indignalion générale que Ferdinand et Isabelle, qui, outre )e méconteotemoit que leur causait un acte aussi brutal, comprenaient bien quelle responsabilité allait retomber sur eux. Ils envoyèrent sur-le-champ à Cadix l'ordre de délivrer l'amiral, auquel ib écrivirent dans les termes les plus affectueux, pour exprimer le profond regret avec lequel ils avaient appris l'indigne traitement qu'on lui avait fait subir; ils l'invitaient à se rendre le plus tôt possible auprès d'eux à Grenade, oh h cour r^idait en ce moment. Ils lui envoyaient en même temps mille ducats pour couvrir les frais de son voyage et une brillante escorte pour l'accompagoer.

Colomb, ranimé par ces preuves de la faveur des souverains , partit sans retard pour Grenade, où il entra le 17 décembre ISOO. Immédiatement après son arrivée, il fat

< Famutdo Colomb rapporte qno son père gvda les riia&ica dont il snlt Été ektigi pswluu dans uns otuunbra de sft Bwison, conunssni praufe impérUuble ds l'ingratituds de l'Espagne, et qa'en moynutfl donna l'ordre de les enterrei areo lui.

flUATRIËHB VOYAGE DE CHRISTOPHE COLOIB. 16»

reçu en audience. La reine ne pat retenir ses larmes, en voyant te grand homme dont elle avait si mal récompeusé les services. Elle chercha ii le consoler en l'assurant avec chaleur de ses sympathies pour lai et de la douleur que lui avaient causée ses infortunes. Colomb, dès le jour od il était tombé en disgrâce, avait compté fermement sur la loyauté et la bonté d'Isabelle, car, ainsi que le fait remarquer un aocien écrivain castillan, ■ elle l'avait toujours favorisé plus que le roi, son époux, protégeant ses intérêts et lui témoignant une affection, une bienveillance toutes particulières. * En voyant l'émotion de la reine, en entendant ses paroles de consolation, son cœur loyal et généreux Tut attendri; il toniha & genoux et, donnant un libre cours & son émotion, il se mit à sangloter. Les souverains s'efforcèrent cte le calmer, de le tranquilliser, et, après avoir vivement regretté les maux qn'il avait soufferts, lui promirent de faire justice de ses ennemis et de le rétablir dans ses fonctions et ses honneurs.

On a beaucoup reproché au gouvernement espagnol la part qu'il prit à cette déplorable affaire, d'abord en choisissant un agent aussi incapable que Bobadîlla, ensuite en déléguant à celui-ci des pouvoirs anssi vastes, aaisi illimités. Quant au premier point, il est trop tard aujourd'hui pour discerner les motifs qui avaient dicté ce choix; rien ne prouve qu'il fût dû à l'intrigue ou & nue influence ill^itime. Même, d'après le témoignage des contemporains, Bobadilla était réputé ■ un homme très honnête et pieux, > et le bon évéque Las Casls déclare expressément < qu'on ne l'acensa jamais de déloyauté ni de cupidité. » C'était une erreur de jugement, grave sansdoule et blâmable autant que la chose te mérite.

170 RÈGNE DE FERDINAND ET d'iSABBLLB.

Mais, quant au reproche (ait au gouvernement d'avoir confié des pouvoirs trop étendus à son agent, il faut se rappeler que l'on représentait la situation de la colonie comme étant des plus alarmantes et exigeant un remède prompt et énergique. Circonscrire, restreindre l'autorité de l'envoyé, l'obliger à consulter le gouvernement avant de prendre aucune décision, c'eût été nécessiter des retards désaslreai. Cette autorité devait d'ailleurs être supérieure à celle de Colomb, qui était une des parties mises en cause, et, quoique Bobadilla fût investi du droit de punir les oITenses faites à l'amiral, il ne pouvait frapper celui-ci et ses amis qu'en les suspendant temporairement de leurs chaires et en les renvoyant en Espagne, où les souverains eai-mémes se réservaient de statuer sur leur sort.

Cette opinion est parfaitement conforme à celle de Fernando Colomb, lequel se montra constamment soucieux de la réputation de son père, s'il lui répugne de blâmer la conduite de ses souverains, c Le seul reproche, > dit-il à la Sd de son récit, ■ que je puisse faire h leurs majestés, est d'avoir employé un agent incapable, aussi méchant qu'ignorant. L'amiral eût vu avec joie arriver un homme capable, car il dTvait lui-même demandé h plusieurs reprises qu'on nommât un individu ayant pleins-pouvoirs de juger un procès où il se faisait scrupule d'intervenir, son propre frère; étant impliqué. » Au sujet des vastes pouvoirs accordés i Bobadilla, il ajoute : c Ils n'avaient rien d'étonnant, vu les nombreuses plaintes adressées â leurs majestés contre l'amiral. *

Bien que le roi et ta reine eussent décidé, sans hésitation, de rétablir Colomb dans toutes ses dignités, ils jugèrent ï propos d'attendre pour lui rendre le gouvernement de IHe

QUATRIÈME VOTAGE DE CHRISTOPHE COLOHB. 171

que les troubles y eussent cessé et qu'il y pût retourner sans crainte et avec utilité. Ils résolurent d'envoyer auparavant dans la colonie un bonime capable, avec des forces suffisantes pour réduire les Factieux et rétablir la tranquillité d'une manière durable.

Les souverains fixèrent leur choix sur don Nicolas de Ovando, commandeur de Lares, de l'ordre militaire d'Alcantara. Ce personnage, d'une prudence et d'une sagacité éprouvées, d'une grande modération, habile et insinuant, avait longtemps vécu à la cour; il avait été, dans sa jeunesse, un des dix compagnons d'études dn prince des Asturies. On lui donna une flotte de trente-deux vaisseaux, portant deux mille cinq cents hommes, dont plusieurs appartenaient aux meilleures familles du royaume, avec des vivres en grande quantité et tout ce qui pouvait contribuer à la prospérité de la colonie. C'était la première fois qu'on voyait partir pour l'ouest une flotte équipée avec autant de magnificence et de frais.

Le nouveau gouverneur devait, aussitôt arrivé, renvoyer Bobaditta en Espagne ponr y être jugé; cet ordre lui fut donné en septembre 1501. Sous la faible administration de Bobadilla, les abus de toute sorte s'étaient multipUés d'une manière alarmante; les naturels du pays surtout mouraient en grand nombre, victimes de Tiobumain système Aerepar- Umitnios, nouvellement établi. Isabelle déclara les Indiens libres et enjoignit instamment aux autorités d'Hispaniola de les respecter comme de vrais et fidèles vassaux de la couronne. Ovando devaitparticulièremenl s'informer de l'étendue des pertes subies par Colomb et ses frères, indemniser complètement cenx-ci et leur assurer à l'avenir la paisible jouissance de leurs droits et de leurs biens.

172 AËGHE DE FBRDINAKD ET aiUBBLLB.

Muni des iostruciioDS les plus détaillées sar ces poiols et sur d'autres, le gouverneur s'embarqua et fraoebit la barre de Saa-Lucar, le IS février 1502. La Ûotte n'était pas partie depuis une semaine . qu'elle fut assaillie par une farieuse tempête qui la dispersa, et le bruit courut en Espagne qu'elle avait entièrement péri. Les souverains, accablés de douleur en apprenant ce nouveau désastre, qui leur faisait perdre tant de bons et braves soldats, se tinrent pendant plusieurs jours renfermés dans le palais. Heureusement la nouvelle se trouva être fausse; la flotte avait échappé à l'orage et un seul vaisseau avait sombré; le reste de l'équipage aborda sain et sauf ^ Hispaniola.

On a taxé le gouvernement espagnol d'injustice et d'ingratitude envÉrs Colomb, pour avoir lardé à rétablir celui-ci dans son autorité ; des historiens généralement estimés pour leur impartialité se sont tuéme faits l'écho de ces accusations. Ce reproche, que nous sachions, n'a été adressé aux souverains par aucun auteur contemporain, et il parait tout à fait immérité. Outre le danger évident de renvoyer immédiatement l'amiral au milieu de ses ennemis, avant que les passions eussent eu le temps de se refroidir, il y avait des motifs de douter qu'il convînt bien dans des circonstances, qui réclamaient chez un gouverneur beaucoup de sang-froid, nue habileté consommée et une grande autorité personnelle. Ge généreux enthousiasme , qui le faisait triompher de tom les obstacles, lui suscitait aussi de nombreuses difficultés, auxquelles des gens plus froids eussent échappé ; il crut trop facilement les autres animés du même esprit et s'abusa singulièrement. Il dépeignit ses projets sous des couleors si hrillanles qu'il dut causer des déceptions à ceux qui l'avaient suivi, rêvant un pays féerique qu'ils ne devaient junais

QUATRItM TOTAIiB DE CHRfSTOPBE COLOMB. tTZ

décooTTir < ; de ta on profond mécoDlentemeat chez ses compagnons. Brûlant d'accomplir ses vastes entreprisea, il fut moins scrupuleux ei moins politique que ne l'eût été dq esprit plus calme, dans l'emploi des moyens qui pouvaient lui faire atteindre son but ; on en a la preuve dans l'opiulfttretë avec laquelle il s'attacha au projet de réduire les Indiens eD esclavage et dans ses règlemeats relatifs au travail des faidalgos *. Il était, en outre, un étranger, n'ayant dÎ rang, D) fortune, ni amis paissants, et sa prompte élévation lui avait naturellement attiré des milliers d'ennemis chez un peuple ûer, hautain et poussant à l'excès l'amour-propre national. £n voyant Colomb an milieu de tant de difficultés, dues soit à son caractère, soit à sa position, les souverains

* La ferrenr religieuse de Colomb le porta à relerei' dans les ÉcrihiTBS dn illDsiona xax oirconstanou et aux scènes de sa vie aventureuse ; o'eat ainsi qu'il orojait qnc sa grande dJoonverte avait Été prédite par VApoca- Ifpu et par Isue. Les mines d'Hispaniola étaient pour lui, comme nous l'aiaoi déjà dit, celles qni (bumirent à Salomon des matériaux pour la ooDstraetion da temple de Jénualem, et il s'imaginait avoir retronvé l'emplacement do patadis terrestre dans ta ré^on noaTclle de Paria. Uaia 8» plus grande extravagance fut son projet de croisade pour la délivrance Al saint- sépulcre ; il caressa œ projet dès l'heure où il eut découvert lo noorean monde, le proposa de la manière la plus pressante aux souverains eta'enoccapadanssonteetameiit. C'était là une idée Me qni nes'accordiùt mËme pas avec l'esprit de ce temps romantii)ue, et elle ne fut probablement pas prise au sérieux par la reine , ni par son époux plus froid et plus positif.

* Cest ainsi encore que , pour punition , il imagina peu sagement de lédnire les rations , mesure si pernicieuse qu'elle provoqua l'intervention dMBOnvcnûtts, qui l'interdirent absolument. Herreraqni, il faut l'avouer, n'Atait nullement insensible au mérit« de Colomb, aprb avoir siguali les dirersea aocnaationa portées contre l'amiral et ses frèm, oonclut en obser- Tant qne , • en taisant la part de la calomiùe , on doit reoomiaEtre qu'ils n'ont pas gouTenii les Castillana avec la modération qn'ils auraient dû

174 RËGNE DE FERDINAND ET D'ISABBUB.

pouvaient bien, dans un moment aussi critique, avoir raison de ne pas lui confier la difficile t&che de rétablir Kordre dans une colonie agitée par les intrigues des factions.

Nous espérons qu'on ne nous accusera pas ici de méconnaitre le mérite et les services de Colomb. ■ Un monde est son monument, > pour emprunter les expressions d'un historien grec, dans une autre circonstance. Ses grandes qualités brillent d'un trop grand éclat, pour qu'elles puissent être ternies par quelques défauts; mais il fallait sigiîaleT ceux-ci, pour laver le gouvernement espagnol du reproche de perfidie et d'ingratitude, qu'on lui a trop souvent adressé, sans aucune justice, à ce qu'il paratt.

Il est plus difficile d'excuser la mesquinerie des préparatifs faits pour le quatrième et dernier voyage de Colomb; celui-ci se proposait de découvrir on passage vers le grand océan Indien , entre l'ile de Cuba et la c6te de Paria ; c'était une supposition fort ingénieuse, mais qui, malheureusement pour le commerce, ne devait passe réaliser. On ne lui fournit à cet effet que quatre caravelles, dont la plus grande n'était pas de plus de soixante-dix tonneaux. Cette escadrille ne ressemblait guère à la magnifique flotte partie avec Ovando et ne suffisait nullement aux besoins de l'entreprise.

L'amiral, accablé d'infirmités croissantes et voyant peutêtre décliner sa popularité , manifesta avant son départ un découragement inusité; il parla même de confier à son frère Barthélémy le soin de conduire l'expédition. ■ J'ai atteint, ■ dit-il , € le but que je m'étais proposé ; j'ai constaté l'existence de terres à l'ouest. J'ai ouvert la porte ; d'autres pourront y passer à leur gré, et c'est ce qu'ils font déjii, eux qaî prétendent à la gloire d'avoir fait des découvertes , tandis qu'ils ont simplement suivi mes traces. > Il ne prévoyait

UrATRIÈME yOYACE DE CBRISTOPHB COLOMB. ITS

guère alors que riugratitnde des hommes, accneillaat les prétentions d'an Je ses rivaui, donnerait un jour le nom de celui-ci au monde que son génie avait révélé.

Cependant, dit Fernando Colomb, le zèle de l'amiral pour servir les souverains et surtout la meilleure des reines, le décidèrent à surmonter ses répugnances et à braver les dangers ainsi que les fatigues d'un nouveau voyage. Quelques semaines avant son départ, il reçut de Ferdinand et d'Isal>elle une lettre gracieuse, la dernière qui lui fut adressée par celle-ci, dans laquelle ils l'assuraient de leur ferme résolution de tenir fidèlement tous les engagements pris envers lui et de perpétuer ses dignités dans sa famille ^ Encouragé et ranimé par ces promesses, l'illastre vieillard, quittant, le 9 mars 1503, le port de Cadix, se dirigea de nouveau vers ees régions d'or , dont il avait été si près et qn'il ne devait jamais atteindre.

Nous ne suivrons pas le grand homme dans cette expédition; nous nous bornerons !i mentionner un incident très extraordinaire. L'amiral avait reçu l'ordre de ne pas toucher à Hispaniola ; mais le mauvais état d'un de ses vaisseaux et les signes précurseurs d'un orage l'engagèrent à s'y réfugier momentanément. En même temps, il conseilla à Ovando de retarder de quelques jours le départ de la flotte qui devait ramener en Espagne Bobadilla et les rebelles, avec leurs trésors mal acquis. Le gouverneur refusa brutalement de recevoir Colomb et voulut que la flotte parlH immédiate-

* Entre Kotrea nempleB de l'intérSt port^ à Colomb par la reine, notia n^tpellerons qu'elle prit tes deux fils, Diego et ïemuido, comme ses pages, après la mort da prince Jean, aa sernce daquel ils étaient aapanvant. Tar nne ordonnance de 1E03, Diego fat nommé cmïmo de la maison nijale, areo nn traitement annnel de S0,000 maraTédis.

17Q RfiCNB DR PEMUNiMD ET d'isABBLLE.

ment. Les inquiétudes da vieux mariD n'étaient que trop fondées. On avait à peine levé l'ancre qu'on vit éclater an de ces terribles ouragans qui désolent si souvent ces régions tropicales et auxquels rien ne résiste ; de dix-huit vaisseaux, trois OD quatre seulement échappèrent; tous les autres périrent, y compris ceux qui portaient Bobadilla et les eaoemis de Colomb; deux cent mille caiteUanos d'or, dont la moitié appartenait au gonvemement, furent également engloutis dans les vagues. La seule caravelle qui revint en Europe portait la fortune de l'amiral, quatre mille onces d'or. Pour compléter ce curieux contraste, Colomb, avec sa petite escadre, se mit à l'abri de la tempête, en côtoyant l'île dont le port lui avait été fermé. Cet acte extraordinaire de justice, si rare dans les affaires humaines, fut considéré par bien des gens comme le signe d'une intervention providentielle; d'autres, moins cbrétieus, l'attribuèrent à la magie et regardèrent Colomb comme un sorcier.

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