‹ Histoire du règne de Ferdinand et d'IsabelleChapitre 27 sur 73 · PARTAGE DD BOTAUME DE NAPLES · texte numérisé non relu

PARTAGE DD BOTAUME DE NAPLES

nn partage avec hd mal aussi dangereux et aussi rusé que Ferdinand.

Le malheureux roi de Naples, qui avail été averti au dernier moment des disposilions hostiles du gouvernement espagnol i son égard % ne savait où se réfugier pour échapper à l'orage qui te menaçait de tous côtés; il leva dea troupes en toute hâte et décida de livrer bataille à son plus proche ennemi. L'armée Trançaise s'était remise en marche, le 28 juin ; avïnt son départ de Rome, une querelle s'était engagée entre des soldais français et des Espagnols habitant celte capitale, au sujet des droits des deux souverains sur la couronne de Frédéric; des paroles on en était venu aux coups et bien du sang avait été versé avant que l'ordre fût rétabli, triste augure pour la durée d'une alliance conclue au prix d'une iniquité.

Le 8 juillet, les Français passèrent la frontière napolitaine. Frédéric, qui avait pris position II San-Germaoo, ne se voyant pas en forces pour leur résister, se retira vers la capitale. Les envahissenrs avancèrent, prenant coup sur coup toutes les forteresses, presque sans coup férir; ils furent quelque temps arrêtés devant Capoue. Pendant les pourparlers engagés pour la reddition de celte place, ils parvinrent à s'y introduire et, donnant un libre cours à des passions sauvages, massacrèrent sept mille habitants dans les mes et outragèrent odieusement les femmes et les filles

I An mois d'aTrîl, le roi de N^les reçut de sca eniojéa en Espagne des kttrea écrites pu ordre da roi f erdinand, poor l'infoimer qo'il n'avait rien a attendre de celui-d, en eu d'une in?aaioD fruifaise sur son territoire. 7i6d6iio se plaignit arec amertume que cet aTertiBsement lui e&t été doBné ai tard, ce qoi empéelu), ea effet, ud emngemeat qu'il ett pu fiùie antiamant avec Lonù XIL

itt Ktam m mvMàm m s isubllk.

des CapouaDs. Cest en cette occasion que le fils d'Alexandre VI, l'infime César Borgia, choisit quarante des plus belles prisonoières de bant rang, qu'il eDvoja à Rome pour garoir son sérail. L'horrible sort de Capoue déconr^ea la résistance, mais il fit exécrer partout les Français, et plus tard l'horreur qu'ils avaient inspirée leur Tut des {dus funestes, dans leur lutte contre les Espagnols.

Frédéric, aflligé d'avoir attiré sur ses sujets taDt de calamités, abandonna sa capitale, sans tenter de la défendre, a se retira dans l'ile d'isehia ; bientôt après, suivant le conseil de l'amiral Ravenstein, il accepta un sauf-condoit pour se rendre eo France et se confia, en octobre 1301, à la géoélosité de Louis XIL Celui-ci le reçut gracieusement et lai conféra le duché d'Anjou, avec une forte pension, qui, i l'honneur du monarque français, continua h être servie à œ prince, longtemps après qu'il avait perdu tout espoir de recouvrer jamais sa couronne. Toutefois, malgré cette coodaite magoaoiine, Louis surveillait son b6te avec inquiétude; sons prétexte de loi témoigner plus de respect, il loi donna des gardes et le retint ainsi dans une espèce de captivité jusqu'à sa mort, qui arriva peu de temps après, eni!î04.

La branche illégitime de la maison d'Aragon avait cessé de r^N' sur Naples ; Frédéric fut le dénier de ces rois qui, de quelque manière qu'on les juge k qq autre point de vue, protégèrent généreusement les lettres et répandirent ainsi ^ on vif éclat sur une époque de troubles et de violences. On aurait pu croire qu'un prince aussi bieBfaisuit, ausH acconpli, aurait contribué davantage ï ramélioration morale de son peuple, en calmant les passions qui avaient si longtemps fermenté au cœur de celui-ci; mais sa douceur ne coarauit

»ARTACE DU XOTADIIB DB IMPUS. Ml

pas an temps déNsb^sx où il vécut, et probabl«Deot Fréd^ rie fbt pins heureax dans la tranquille retraite où il passa la fio de sa vie, cnltivaiit les lettres et recevant les cousolations d'amis éprouvés par l'adversité ', qn'il ne l'avait été sur le trOue, objet d'admiration et d'envie pour tous.

An commeDcement de mars, Gonsalve de Cordoue avait reçu pour la première fois communication officielle du traité de partage et de sa nomination comme lieutenant-général dans les Calabres et la Poaille. Il regretta d'être forcé d'attaquer an prince qu'il estimait et avec lequel il avait entretenu antreTois des relations intimes. En loyal chevalin, il rendit à Frédéric, avant l'ouverture des hostilités, le duché de Saint-Angel et les autres domaines qui lui avaient été donnés en récompense de ses services dans la dernière guerre; il pria en même temps le monarque de le relever du serment de fidélité qu'il toi avait prêté autrefois. Le généreux prince s'empressa d'accéder i cette dernière demande, mais il voulnt que Gonsalve conservât ses terres, qui étaient d'ailleurs une faible récompense pour les services que celui-ci loi avait rendus.

L'armée réunie à Messine se composait de trois cents hommes de grosse cavalerie, de trois cents dtevan-légers et de trois mille huit cents fantassins, outre un petit corps de vétérans espagnols, que Garcilasso de la Vega avait recruté en Italie. C'était une petite armée, mais ceffsoldats étaient

< Le lecteur coimalt certainement le poète DftpoliUin Sannaenr, ;doiit k Sddité àton mjai tmltrs foime un m brillant oontrasto avee 1» ooiuinite de Fontauo et de tant de »es parùls, cliei qui ta gratitude oe s'échanfiè qu'au solul d'une cour ; ses dlKrents épancbementé poétiques rendent uz vertus de llnfintnné prince un noble témoignage, d'autant aKâna n^eet que celui-ci était alôn datu l'adversité.

in RÉGNE DE FERDINAND ET D ISABELLE.

bien disciplinés, ^miliarisés avec les fatigues et les dangns de la guerre. Le 5 juillet, le Grand Capitaine débarqua ï Tropsea et commença la conquête de la Calabre, ordonnant k la flotte de longer les côtes, afin de lui porter secours qnand il serait nécessaire. Il counaissait le terrain et, grâce aux anciennes relations qn'il avait nouées dans le pays et aux fortes positions que le gouvernement espagnol avait conservées pour s'indemniser des frais de la dernière guerre, il fil des progrès rapides; malgré l'opposition ou la froideur des grands seigneurs angevins qui résidaient dans les provinces, il s'empara en moins d'un mois des deai Calabres, à l'exception de Tareule.

Cette ville, célèbre dans l'auliquité par le siège qu'elle soutint contre Annibal, était de la plus haute importance. Frédéric 7 avait envoyé son file aîné, le duc de Calabre, &gé d'environ quatorze ans, avec une forte garnison, sous les ordres de Jean de Guevara, comte de Poienza ; il regardait cette place comme le lieu le plus sûr de tout son royaume. Indépendamment de la solidité de ses ouvrages de défense, Tarenle, par sa position naturelle, était presque inaccessible à l'ennemi ; elle ne communiquait avec le debors que par deux ponts placés aux deux extrémités de la ville et commandés par de fortes tours; d'un autre cdté, elle pouvait facilement recevoir des vivres par mer.

GoDsalve viPqu'il n'y avait d'autre moyen de réduire la place que le blocns ; si désagréable que fût tout retard, il se prépara à faire un siège en règle et ordonna à la flotte de doubler la pointe méridionale de la Calabre et de bloquer le port de Tarente. Eu même temps, il faisait coustniire des ouvrages qui commandaient les avenues de la ville et coopait à celle-ci toutes communications avec les environs;

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nais elle étsit bien rav ilaiKée, et U garnison était déctàée k se défendre jusqn'au bont.

Rien ne met ^ une plus rode épreuve la patience et la discipline dH soldat, qu'une fie oisive, sans aucune de cm escarmoaebes, de ces Jait3 d'armée qni entretiennent l'ar^ denr dn guerrier, eu satisfaisant sa cupidité ou son ambition. Les Castillans , renfermés dans lenrs retranchements et Tatignés de leur inaction , envièrent souvent le sort des aventariers que César Borgia enrôlait dans le centre de l'Italie, leur promettant une solde maguiâque et le pillage. Le fils d'Alexandre Yl recherchait surtout }fis vétérans espagnols, dont il connaissait la valeur, car ils avaient servi sous sa bannière, dans ses querelles avec les princes italiens. Gonsalve voyait chaque jour désoler des soldats, séduits par ses promesse^ et ceux qui restaient se montraient de plus en plus méconteDls de ne pas recevoirles forts arriérés qui leur étaient dns. Nous avons déjà dit que Ferdinand conduisait ses opérations avec nue parcimonie bien différente de la générosité de la reine, toujours prête à' faire les sacrifiées oéeesseires'.

Un incident vulgaire ât, eu ce moment, dégénérer ce nécoutentement sourd en une mntinerie ouverte. La flotte française, après la fHÎse de Naples, avait été envoyée dans le Levant pour assister les Vénitiens contre les Turcs. Bavensteio, jaloux d'éclipser la gloire du Grand Capitaine, tourna ses armes contre Mitylène qu'il voulait rendre It la

* L'uribaMadeiu d'Baptgnfc ft Yietme , don Juan Uuiael , MnnHÏUiiit bien toc mutre, pmtt-il,NDicenppart}il dit à l'empereur Majimùlien, qni av&it demandé à l'Espagne nn prêt de 300,000 ducats, qu'il ne fitn- Ânil pas plus d'argent à Ferdinand ponr bin la oonquéte de l'Italie et da r A£riq«e p» datas le mardij.

m BËCNE DE FERDINAND ET d'iSABELLE.

république; il échoua complètement daos cette attaque; pai de temps après, sa flotte fat dispersée par uoe tempête et le vaisseau qu'il montait sombra près de l'ile de Cérigo. Il réussit ensuite à gagner, avec plusieurs de ses principaux officiers, les cfiles de la Galabre, où il débarqua dans le dénuement le plus complet. Gonsalve, touché de son infortune, ne fut pas plus tôt informé de sa détresse, qu'il lui envoya des provisions en abondance, avec uo service d'ar^ genterie et des vêtements de prix pour l'amiral et ses compagnons; il avait plus consulté, en cette circonstance, sa générosité que le mai^vais état de ses finances.

Ces libéralités excessives étaient fort inopporlunes. Les Espagnols se plaignirent hautement que leur général se montrait prodigue envers les étrangers , tandis qu'euxmêmes n'étaient pas payés. Les Bîscaïens, qui faisaient dire au Grand Capitaine, < qu'il aimerait mieux garder des lions que d'entreprendre de les gouverner, > donnèrent le signal de la révolte. Ce fut bientôt une insurrection ouverte; les soldats, se formant en rangs , allèrent trouver leur général et réclamèrent te paiement de leurs arriérés. Un misérable, plus insolent que les autres, dirigea sa pique contre la poitrine de son chef, avec des regards fiirienx et menaçants. Gonsalve, conservant son sang-froid, écarta l'arme, en sonriant et s'écriant : < Plus haut, maladroit, plus haut; tods pourriez me blesser en Jouant. > Comme il prolestait de nouveau qu'il manquait d'argent, mais qu'il comptait ea recevoir bientôt, un capitaine biscaïen lui répondit: «Vendoi votre fille et vous aurez bientôt de l'argent ! > Cette fille, nommée Elvire, était tendrement aimée de son père qui l'amenait avec lui, dans ses campagnes. Quoique profondément blessé de cette insolence, le général ne répliqua pas

PARTAGE DU ROTAUKB DE MAPLES. US

et, toujours impassible, il coDtiaua à parlementer sur le même ton avec les mutins, qui consentirent enfin à se disperser et Ji rentrer dans leurs quartiers. Le lendemain matin, l'année aperçut l'officier biscaien pendu à une des fenêtres de la maison où il était logé ; ce bideux spectacle lui apprit qu'il y avail des bornes à la patience de son chef.

Un événement imprévu qui survint en ce moment cootrî- Iraa pins que cet eiemple de sévérité à calmer les soldats; ce fut la capture d'un galion génois, avec une riche cargaison, principalemeut du fer, en destination, disait-on, pour un port turc du Levant. Gonsalve, mû, sans doute, par son zèle pour l'Église, fit saisir ce vaisseau et vendre la cargaison an profit de ses troupes. Jove eicuse charitablement cet acte d'hostilité envers une puissance amie, en faisant observer que ■ le Grand Capitaine avait coutume de dire, lorsqu'il commettait une illégalité : « Un général doit s'assurer de la c victoire partons les moyens, bons ou mauvais; il peut c ensuite indemniser dis fois ceux qu'il a lésés. >

La durée inattendue du si^e de Tarente décida enfluGonsalve à prendre des mesures plus vigoureuses pour le mener promptemenl abonne ûa. La ville, dont nous avons déjà fait remarquer la situation isolée , était couverte au nord par un lac ou plutôt un bras de mer, formant un excellent port intérieur et ayant environ dis-huit milles de circonférence. Les habitants, croyant ce calé parfaitement défendu, avaient négligé de le fortifier , et des maisons même s'élevaient au bord de l'eau. Le général espagnol résolut de faire transporter dans ce lac ceux de ses vaisseaux qui pourraient passer par rislhme étroit qui rattachait celui-ci à la mer.

Avec des peines incroyables, on chargea vingt petits bâtiments sur des chars immenses, qui les portèrent jusqu'au

tu ttSn BB FBIUmAlID ET d'iSÀBBLLE.

yort intéri^u, où on les fit doBceqdre an brait dn eaiwa et ao son de U mnaïque, as milien des aeclamalions de Tvinéc aesiégeante. Les Tarentins virent arec consternatioa s'avancer par terre vers lenr Tille , dn calé oit elle était le nioiai bien défendoe, cette flotte qae oagaère encore ils Iwanient dn liant de leurs remparts imprenables ^

Le commandant napolitain vît ija'il était inpossible de tenir pins longtemps, sans exposer les jovrs da jeune priiKC confié à ses soins; il entra donc en négociations avec fen- Demi , et, pendant l'armistice, signa nne capilnlatioa , aax termes de laquelle le due de Calabre et ses eompagDftss pouvaient sortir de la ville et se retirer partent oè iis le Tondraient. Le général espagnol, pour donner piq» 4* solennité à ses engagements, jura sur l'hostie sainte de tes observer.

Le 1" mars 150â, l'armée eastillaoe entra, k lareote, comme il avait été convenu, et le duc de Gabbre partit arec sasnite, dans l'intention d'allerrejoindre son père eoFiaoce. Sur ces entreraites, GonsaWe reçut du roi Ferdinand l'ordre de ne laisser k aucun prix échapper le jeune prtnee , otage trop précieux pour que le gouvernement espagnol coasentlt à le perdre. Le général fit donc poursuivre le duc, qoi était arrivé avec son compagnon, le comte de Potensa* anx bords du Bitonto, et se dirigeait vers le nord; il fol airété et ramené k Tareate. Peu de teotps a|wès, GoDsatVQ le fil embarquer à bord d'un des vaisseaux de guerre qui steliw>

* Gonulve u sonvint, suis dovto, eu cette oodasioB, d'un espMicBt lembUble imaginé par Annibal. César nipporte qu'il k senit.du même nit^en dam ses guerres en Espagne, mais les vaisseaux qu'il St tnasporter par terre, i la distance de vingt milles, étaient bien moins grands que œnx de Oonsalve.

MRT&GS DD ROTACIB DE ItAPLES. 2lt

mieBt éa.o% le port et, au mépris de sa parole si solenoellemeDl doDoée, l'envoya comme prisoDoier «q Espagoe.

Les -écrÎTajns castillans ont tenté plasîeurs Tois, mais sans sBCcès, de colorer cet acte odieux de perfidie, commis par leur béros fevori. Zarit* cberc4te 4 reicusear, ea prétemlaM que le ûls de Frédéric avait écril k Goosalve, lui demaudaM de le traiter de cette manière, parce qu'il aimait mieux vivre en Espagne qu'en France, mais qu'il ne pouvait décemment agir contrairement aui désirs de son père; si une pareille lettre fut réellement écrite, l'eitrème jeunesse du prince y donnait peu d'importance et rien n'eicuse la conduite du général espagnol. Paul Jove s'explique autrement; d'après lui, le Grand Capitaine, ne sachant quel parti prendre, consulta certains juristes éclairés, qui Turent d'avis < que Gonsalve n'était pas lié par son serment, puisque celui-ci était contraire k ses obligations supérieures envers son maître, et que le roi n'était pas non plus lié par des engagements pris k son insu! > L'homme qui confie son honneur à l'arbitrage des casuistes l'a déjà trahi ^

On ne peut trouver d'excuse à cet acte que dans l'immoralité et la corruption de cette époque, riche en exemples de violation flagrante de la Toi publique et privée. Cette perfidie

1 Dans la corresponilaiice de Qonsalie il ; a une lettre qu'il écrivit aox souverains, peu de temps après l'occupation de Tareote, et dans laquelle il parle des efforts qu'il avait faits pour gagner le duc de CaUbre aux intérêts de l'Espagne ; il se montre confiant dans sou ascendant sur ce jeune prince et affirme cjub celoi'ci sera content de rester auprès de lui, jusqu'à ce que lui-même ait reçu d'Eapsgae des instructions sur la conduite suivre 1 son £gard. En même temps, le Grand Capitaine prenait soin d'eiercer une surveillance sur le duo, au moyen des serviteurs attachés à sa peisonne ; nous ne trouvons aucune allusion à des promesses qu'il auiait futee à oelni-oi sons serment.

«8 BtaNB DE FERDINAND ET D ISABELLE.

n'eût pas étonné chez an Slbrza ou un Boi^ia, mais, commise par un homme tel que Gonsalve. d'un caractère noble et magnanime, d'une vie exemplaire, d'une réputation intacte, elle excita partout, même dans ce temps, ^étOllIl^ meut et la réprobation; elle a imprimé à son nom une tache que l'histoire ne peut cacher.

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