‹ Histoire du règne de Ferdinand et d'IsabelleChapitre 3 sur 73 · EXPÉDITION DE CHARLES VIII EN ITALIE · texte numérisé non relu

EXPÉDITION DE CHARLES VIII EN ITALIE

française, de se retirer, sons peioe de haute trahison. Les cowiistns, irrités de cette audace, auraient arrêté les ambassadeurs, et, setou tonte probabilité, se seraient livrés à des actes de violence, « Charles, gardant plus de sangfroid, ne les avait fait emmener et reconduire sous bonne escorte Si Rome. Tels sont les détails donnés sur cette mémorable entrevue par les historiens français et italiens, iesqnels ne se doutaient pas qoe les ambassadeurs avaient, avant de quitter l'Espagne, étudié leurs rôles pour les jouM en cette drconstance.

Le roi de France continua sa marche sans rencontrer d'obstacle. Alphonse H, perdant, au moment criUque ot die» étaient le plos nécessaires, les seules qualités dout il fut doué, l'assurance et le courage, avait précipitamment quitté son royaume, pendant que les Français étaient k Borne, et s'était réfugié en Sicile, ofi il abdiqua la couronne en Taveor de son fils, Ferdinand II. Ce prince, itgé de vingtcinq ans, se distinguait par des manières aimables, rendues plus séduisantes encore par leur constraste avec la férocité de son père, et par des talents, par une énergie qui auraient ilé h la hauteur des circonstances, s'il avait été secoq,dé par ses suj^ ; mais ceux-ci, saisis de la panique qui avait parais toute l'italie, étaient trop peu attachés au gouvernement ponr vouloir courir de grands dangers en le défendant. Un changement de dynastie n'était qu'an changeotent de niattres ; ils avaient peu à y gagner ou & y perdre, et quoique Avoiabies à Ferdinand , ils refasèrent de le soutenir dans cette extrémité. Ils reculèrent partout à l'approche des envahisseurs, rendant inutile toute tentative de leur jeune loi pour les rallier, jusqu'à ce que celui-ci découragé tùt brcé d'abandonner son royaume à l'enoem), sans coup férir;

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il se retira dans l'Ile voisine d'Ischia et passa bientôt après en Sicile, où il s'occupa de réunir les débris de son parti, en attendant le moment d'agir vigoureusement.

Charles VIII fit son entrée à Naples, Ji la tète de ses légions, le ââ février 1495, ayant traversé nn territoire ennemi en moins de temps qu'il n'en faudrait aujourdlmi à un touriste. Il avait atteint au but de son espéditioo, il paraissait avoir réalisé tons ses vœux, et, bien qu'il prit le titre de roi de Sicile et de Jérusalem, bien qu'il déployât la pompe et l'autorité d'un empereur, il ne prit pas de mesures pour poursuivre son entreprise chimériqoe; sans se soucier un instant du gouvernement de ses nouveaux domaines, il s'adonna !( ces plaisirs efféminés et licencieux, qui s'accordaient si bien avec la voluptueuse douceur du climat et avec son propre caractère.

Tandis que le roi de France perdait son temps et consumait ses forces dans de frivoles amusements, de sombres nuages s'amoncelaient au nord. II n'y avait pas un État où il avait passé, même favorable à sa cause, qui n'eût à se plaindre de son insolence, de ses euciions exorbitantes, d'un manque de parole, d'une atteinte à des droits qu'il eût dû respecter. Sa conduite impolitique envers Sforza lui avait depuis longtemps aliéné ce turbulent et rusé politique, qui le soupçonnait de convoiter son propre duché de Hilan, L'empereur Haximilien, que Charles croyait s'être attaché par le traité de Senlis, prit ombrage en le voyant s'arroger letitreet la dignité d'empereur. Les ambassadeurs espagnols, Garcilasso de la Vega et Lor^izo Suarez, frère de celui-ci, résidant à Venise, s'employèrent avec une ardeur infatigable à fomenter cet esprit de mécontentement; Suarez, en particulier, n'épargna rien pour s'assurer l'appui de Venise; il

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représenta an gouvernement de cette république , dans les termes les plus pressants, la nécessité pour les grandes puissances italiennes de s'entendre et d'agir sans délai, si elles voulaient rester libres.

Venise, située à l'écart, paraissait offrir le meilleur point de vue pour contempler froidement les intérêts généraux de l'Italie; des envoyés des différents États européens se réunirent, comme d'un commun accord, dans cette ville, dans le but de concerterun plan d'opérations pourl eur bien mutuel. Les conférences avaient lieti la nuit, si secrètement qu'elles échappèrent pendant quelque temps à l'œil vigilant de l'habile ambassadeur français, Comines, qui résidait dans cette capitale; elles eurent pour résultat la fameuse ligue de Venise, conclue, le dernier jour de mars, 14-95, entre l'Espagne, l'Autricbe, Rome, Milau et la république véoitienoe. Cette ligue, qui devait durer vingt-cinq ans, était destinée ouvertement à protéger le territoire et les droits des confédérés, et particulièrement du saint-siége; une forte armée, composée en tout de trente-quatre mille hommes de cavalerie et de vingt mille d'infanterie, devait être fournie, dans des proportions fixées, par les parties contractantes. Mais les articles secrets du traité, plus explicites, renfermaient un formidable plan d'attaque ; ils poruient que le roi F»ijiaand emploierait la Qotte espagnole, qui venait d'arriver en Sicile, k rétablir son parent sur le trône de Naples ; qu'une flotte vénitienne, de quarante galères, attaquerait les positions des Français sur les côtes napolitaines ; que le duc de Milan expulserait les Français d'Asti et garderait le passage des Alpes, de manière à empêcher ceux-ci de recevoir des renforts ; enfin, que l'empereur et le roi d'Espagne envahiraient la France, et que les frais de cette expédition seraient

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couverts par tes alliés. Telles étaient les stipulatioDS de œ traité, qui, peut-on dire, forme époque dans l'histoire politique moderne, car c'est le premier eiemple de ces vastes combinaisons, plus fard si fréquentes, imaginées par I«8 princes européens pour leur défense mutuelle. 11 ea fut de cette coalition comme de bien d'autres, dans lesqudles te nom et l'autorité de tous ne servirent qu'aux intérêts de l'une des parties, plus puissante ou plus rusée que les autres. La nouvelle de la conclusion de ce traité fut reçue avec une joie générale dans toute la péninsule. A. Venise, en particulier, elle fut célébrée par des fêtes, des illumioations, des réjouissances publiques de toute nature, aus yeux mêmes de l'ambassadeur français, qui ne put se faire illusion sur la haioe vouée à ses compatriotes. La nouvelle frappa doaloireusemeot les Français à Naples; elle dissipa les rêves d(Hit ils se berçaient, au milieu de leurs plaisirs eSemioés. Ils s'inquiétaient peu des Italiens, que leurs faciles victoires leur avaient appris à mépriser insolemment, comme les paladins de roman méprisaient les manants qu'un seul coup de leur lance faisait fuir; mais ils s'alarmaient envoyant l'orage qoi les menaçait du côté de l'Espagne et de l'Allemagne, en dépit des concessions faites à ces puissances poor s'assurer leur appui. Charlescomprit la nécessité d'agir immédiatement; deux partis se présentaient à lui, ou se fortifier dans le pays qu'il venait de conquérir et y résister josqn'i l'arrivée de renforts, on l'abandonner et repasser les Alpes, avant que les alliés eussent des forces suffisantes pour lui barrer le chemin. Avec celte imprévoyance qui signala toute soD entreprise, il adopta un moyen terme et perdit les avantages que lui aurait douons l'une ou l'autre de ces résolutions.

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