‹ Histoire du règne de Ferdinand et d'IsabelleChapitre 4 sur 73 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

EXPULSiei! DBS FRiHC&IS DE NAPLES.

Conduite impditique de CharlBs 7ÏII. — i^llage des ottjets d'art. — . GonsalvQ de Cordone. — Ses bnUantea qualités. — Son élfration au oommandentent ta Italie. — Batitilla de Seminara. — Sncc^ de GoumItb. — AJhibliasBnent des Français. — GonsalTs lurnommé la Grand Capitaine. — Ezpnlsion des Franfais de l'Italie.

Cbaries VIII n'arait pas trop de temps, pendant son coart s^^r k Naplee, pour mettre te royaame dans un bon état de défrase et se concilier l'affection des habitants, sans laquelle il ne ponvait guère espérer de conserver ses conquêtes; mais il manifesta la pins grande aversion pour le travail, et , ainsi que nous l'avons déjï dit, consuma ses jours .dans les plus frivoles amusements. Il n^ligea de s'atiacber la grande aristocratie féodale da pays, se laissa difHctlement approcher et distribua à ses propres sujets les d^ités et les chaînes lucratives, avec autant de partialité que de prodigalité. Ses soldats mécontentèrent encore davantage la nation par leur insolence et leur libertinage

SS HËGNE DE FERDINAND ET d'iSABEIXE.

effréné. Le peuple se rappela naturellement les vertus de son roi exilé, dont il comparait la modération avec la bratalité et la rapacité de ses nouveaux maîtres. L'esprit de mécontentement se répandit d'autant plus que les Français étaient trop disséminés pour pouvoir rétoaffer; on entra m correspondance avec Ferdinand, retiré en Sicile, et bientôt plusieurs des villes les plus considérables du royaume se déclarèrent ouvertement en faveur de la maison d'Aragon.

Sur ces entrefaites, Charles el ses nobles, fatigués d'mw vie d'inaction et de plaisirs, pensèrent qu'ils avaient att^t an but de leur expédition et commencèrent à désirer de rentrer dans leur pays. Leur impatience ât place à l'anxiété, lorsqu'ils Ûirent informés de la coalition qui s'était formée contre eux dans le nord. Le roi prit cependant soin de garder les fruits de la victoire , d'après le même procédé que nous avons vu, de nos jours, appliqué sur une pins grande échelle par ses compatriotes; il réunit les nombreux objets d'art dont Naples était orné, antiquités précieuses, marbre et albâtre sculptés, portes de bronze curiensemeot travaillées, enfin tout ce qu'il éuit possible de transpOTler, et fit mettre ces objets à bord de sa flotte qui devait gagner le midi de la France ; « il voulait, • dit le curé de Los Palacios, 1 bâtir sa renommée sur les ruines des rois de Nafries, de glorieuse mémoire. > Mais ces vaisseaux n'arrivèrent pas à leur destination; ils furent capturés k la hauteur de Pise par une flotte biscaïenne et génoise.

Charles n'avait nullement réussi à obtenir du pape Alexandre Yl la reconnaissance de ses droits sur Naples par un acte formel d'investiture ; il décida toutefois quç la cérémonie dn couronnement aurait lieu, et, le 12 mai, il fit son entrée publique dans la ville, revêtu d'un magnifique manteau

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d'écarlate et d'iiermine, le diadème impérial sur la tête, le sceptre dans une maio et te globe, symbole de ta souveraineté Quiverselle , dans l'antre, tandis que ta populace adulatrice le saluait du nom auguste d'empereur. Celte comédie jouée, il se prépara à quitter immédiatement Naples et, le 20 mai, il partit avec la moitié de son armée, qui ne comprenait pas en tout plus de neuf mille combattants ; il laissa l'antre moitié pour défendre sa nouvelle conquête. C'était là nn arrangement très impolitiqne, car it ne prenait pas assez d'hommes avec lui pour couvrir sa retraite et n'en laissait pas assez ponr protéger le royaume conquis.

Noas ne snivrons pas les Français dans leur marche à tra- 1&S l'Italie; il suffit de dire que cette retraite ne se fit pas avec assez de célérité pour prévenir la jonction des forces alliées, qni se réunirent , pour barrer le passage aux envahisseurs, sur les bords du Tare, près de Fomovo; là se livra Doe bataille, dans laquelle Charles, à ta tète de sa chevalerie, accomplit d'héroïques faits d'armes qui jetèrent de féctat sur son entreprise mal conçue, et qui, s'ils ne Ini assurèrent pas une victoire bien décisive, lui en firent au moins recneillir les fruits, puisqu'il pot continuer sa marche, sans être inquiété. K Turin il entra en négociations avec le politique duc de Milan, et, par le traité de Verceil, le 10 octobre 149â, il détacha ce rusé prince de la coalition, sans obtenir aucun autre avantage. Les Vénitiens, tout en refusant d'entrer dans ce traité, ne s'opposèrent pas à du arrangement qui devait hâter le retour de leur formidable ennemi en France ; leurs vœux forent bientôt accomplis. Charles, cédant à son impaUence et li celle de ses courtisans, repassa ces montagnes que la nature a élevées, comme une barrière d'ailleurs inutile, anx portes de l'Italie, et attei-

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40 RËGNE DB FBRDnfAirD ET D'iSABELt^.

gnit Grenoble avec ses tronpes, le 27 an même mois. Rentré daos ses Élats, lejenae roi se Ihrra sans réserve anx plaisirs liceneieax qa'il aimait passionnément, oubliant en même temps ses rêves ambitieux et les braves compagnons d'armes qu'il avait abandonnés eu Italie. Ainsi ânit cette mémorable expédition qui, couronnée d'an succès complet, n'eut cependant, pour ceux qui l'avaient entreprise, d'antre résultat darable que d'enfanter ces guerres désastreuses qui consumèrent les forces de leur pays, pendant une grande partie du xv]° siècle.

Charles VIII avait laissé comme vice-roi il Naples Gilbert de Bourbon, duc de Uontpensier, prince du sang, guerrier brave et fidèle, mais possédant peu de capacités militaires et aimant son lit au point, dit Comines, d'en sortir rarement avant midi. Le commandement des forces dans la Calabre avait été confié à d'Aubigny, cavalier écossais de la famille des Stuart, élevé par Gbarles à la dignité de connétable de France; ce seigneur était si estimé à cause de ses -nobles et chevaleresques qualités, qu'il fut appelé par les annalistes de ce temps, au rapport de Brantôme, < grand chevalier sans reproche. « Il avait une grande expérience de la guerre et passait pour un des meilleurs capitaines de la France. Outre ces deux commandants principaux, il y en avait d'autres d'un rang inférieur, établis, k la tète de petits détachements, sur différents points et particulièrement dans les villes fortes, le long des cdtes.

Le roi avait à peine quitté Naples, lorsque son rival, Ferdinand, qui avait déjà terminé ses préparatifs en Sicile, fit une descente à l'extrémité méridionale de la Calabre, avec l'aide des Espagnols commandés par l'amiral Requesens, et de Goosalve de Oirdoae, qui avait atteint la Sicile au mois

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