CHAPITRE Xli
BiTAILLI BE CÉRIGNOLE.
Haùstnoe de duvlcA-Qnint. — ToTiige de PhïHppe le Bean et de Jeaime ok £apagiie. — Tndté de Ljoiu — Refus de Gonsolve d'y uwéder. -^ Bon uiÎTée deviuit Céiignole. — Déioate de l'armée française. — Entrée triomphale de QodsiiItb à Naples.
AvaDl de suivre le Grand Capitaine dans ses opérations militaires, examinons rapidement ce qui se passait dans les cours d« France et d'Espagoe, oà dea négociations étaient ODYertes, en ce moment, pour mettre an t«-me ans hostilités.
Nous avons parte, dans un chapitre précédent, du mariage de finfante Jeanne, seeoBde filie des souverains catholiques, avec Taichiduc Philippe, fils de l'empereur Maiimilîen et maître des Pays-Bas, qu'il avait hérités de sa mère. Le premier fruit de cette union fut Gbarles-Quint, né à Gand, le S4 février 1500. La reine Isabelle» en apprenant la naissance de cet »ËULt, avait prédit qu'il porterait an jour la cou-
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roDned*EspagDe*;la mort prématuréede l'héritier présomptif, le prince Mignet, peu de temps après, ouvrît en effet le chemin du trAue à Charles, dont la mère devait recueillir la succession des royaux époux. Ceux-ci, dès ce moment, demandèrent instamment à l'archiduc et à Jeanne de visiter l'Espagne, afin de recevoir des cortès le serment ordinaire de fidélité; îb désiraient d'ailleurs que Philippe se familiarisât avec le caractère et les instilutions de ses futurs sujets. Cependant ce prince, jeune et écervelé, n'écouta pas aa milieu des plaisirs la voix de l'ambition ou du devoir, et laissa s'écouler plus d'une année avant de se rendre à l'invitaiion de ses parents.
Vers la un de 1501, Philippe et Jeanne se mirent en roule, avec une nombreuse suite de seigneurs flamands, se proposant de traverser la France. Ils furent reçus avec une hospitalité pleine de magnificence à la cour de Louis XII, qui, par ses attentions adroites, réussit non senlemeot à effacer le souvenir des anciens griefs de la maison de Bourgogne *, mais à produire l'impression la plus favorable sur l'esprit de l'archidnc '. Après quelques semaines passées au
' La reine s'exprima d&iu le langage de l'Éoritare : • Sort e«eidU n^r Malkiam, • disant &UuBioii à k uaissiuioe de Ctiarles, le joni de oe ■oint , jour qui, si noas derons en craire Oaribaj, fiit heureux pour œ priiioe dorant toute sa vie.
* Le prédécesseur de Lotiis XII, Charies VLll, arait époueé Anne ds Bretagne, quoiqu'elle fAt déjà mariée par procuration àl'emperenrUuiini* lim, père de Philippe, et cela an mépris de sea propres engagements envers la fille de l'emperenr, Marguerite, qui tout en&nt lui avait été fiancée. Cette double iniulte, que Uaxitnilïen ressentit Tivement, parait n'aroii &it aucune impresaiun sur l'esprit léger de son fils.
* Saint-Gclais décrit la réception cordiale &ite à Philippe et à Jeanne pu la cour de Prattce, à Blois, où il h trouvait probablement lui-même. En passant par Paris, Philippe alla ai^er dans le parlement oomme
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milieu de fêtes splendides et de divertissements de toute espèce à Blois, où Philippe confirma le traité de Trente , récemnient conclu entre l'empereur, son père, et le roi de France, et stipulant le mariage de la princesse Claude, fille aioée de Louis, avec Charles, fils de l'archiduc , les jeunes épooi continuèrent leur voyage et arrivèrent à Fontarabie, eo Espagne, le 39 janvier 150S.
. De magnifiques préparatifs avaient été faits pour la réception des augustes voyageurs. Le grand connétable de Castille, le duc de Naxara et une Toule de grands du royaume étaient allés à leur rencontre, snr les frontières du pays. Dans les principales villes du nord oii ils passèrent , des fêtes brillantes, des illuminations, des réjouissances publiques de toute sorte leur témoignèrent l'allégresse des populations. Une pragmatique, adoucissant la sévérité des lois somptuaires de l'époque, avait permis aux habitants de porter de la soie et des vêtements de couleurs variées; les souverains, on le voit, prenaient toutes les mesures, même les plus futiles, pour séduire l'imagination des jeunes princes en leur offrant un spectacle joyeux ',
Ferdinand et Isabelle, qui s'occupaient en ce moment des affaires de l'Andalousie, n'eurent pas plus tôt appris l'arrivée
pair de ïnmce, et il rendit plua tard l'hommaige â Louis XII, oomme à soQ sQEerais, ffoor sea possessions en Tlandie; acte d'infériorité qnï ne fut nnllement du goût des historiens espagnols, lesquels insistent areo une satisfaction visible sur le refus que St t'archiduohesse Jeanne de prendra part à la cérémonie.
' Cette extrême simplicité de toilette, dans laquelle Zurita discerne • la modestie du temps, ■ était imposée par des lois, dont la sagesse, qaoi qu'on pense de leur caractère moral, peut bien être mise en donte à nn peint de vne éoonomiqne. Nona aurons l'occasion de parler pins loin de
de niilîppe et de JeaDoe, <p'ils partirent en tonte b&te ponr le Dord ; ils atteignirent Tolède, vers la fin d'avril, et, peu de jours après, ta r^ne qni, victime de sa grandeur, avait TU emmener ses ^bots, l'an après l'aatre, dans des contrées lointaines, eut la satisâicUon de serrer sa fille bien-aimée dans ses bras.
Le 22 mai, les cortès convoquées i Tolède prêtèrent le serment ordinaire de fidélité à l'arcliidnc et à son épouse. Peu de temps après, Ferdinand se rendit ea Aragon , où Isabelle souffrante ne put l'accompagner, afin de préparer une reconnaissance semblable par les Étals de ce royaume ; nous ne savons pas de qoels ai^ments le politique monarqne se servît pour écarter les scrupules inanirestés autrefois par ce corps indépendant, au sujet de sa défunte fille, la reine de Portugal ; il réussit complètement cette fois dans sa mission, et les jeunes époux, assurés des dispositions favorables des cortès, firent, an mois d'octobre, leur entrée en grande pompe dans l'antique cité de Saragosse . Le 27 de ce mois, après avoir juré devant le jtutixia, Jeanne, comme future reine propriélaire, et Philippe, comme Mm époux, de respecter les lois et les libolés du royaune, ils forent solennellement reconnus par les quatre ordres de la législatme aragonaise, comme successeurs à la couronne, à défai^t d'enfant mâle da roi Ferdinand. Le fait est mémorable ; c'est le premier exemple dans l'histoire d'Aragon de la reconnaissance d'une femme par les cortès, comme héritière du trône '.
* Pétronille, la tMilB fnome qui s'astdt jamais, en verta de son propre «boit, MU le trAne d'ÂnigMi, ne reçvt jamais l'homraege dee coitèe comiM ïéritiire prÉsoiaptiTe de la ooaianne, la coutume n'étukt pu enoore établie à cette époque, c'est à dire au milieo dn xji' sîËole,
SaTAIUS DK CfiUfiltOLK. M3
An Buliea des honneurs qa'oo lui jwodiguait, Philippe éim)nvait an Biécoateatemeot secret, augmeolé encore par les seigneurs de sa snite, qui le prenaient de retoomer daos tes Flandres, où les maDières libres et afi&bl«s des habitants coDvenaieQt bien mieux à ses goûts, que la réserve et le pompeux cérémouiat de )a cour d'E^agoe. H aimait ^'aiHears le plaisir et avait nne aversion instiaclÎTe pour tonte occupation sérieuse. Ferdinand et Isabelle voyaient avec regret le caractère fHvole de leur gendre qui, plongé dans une mollesse efféminée, aimait à se décharger sur les antres des devoirs difficiles dn gouvernement ; ils reinarqnaÏMit avec douleur son indifiéreoce envers leur filte, qui, douée de peu d'attraits personnels, s'aliénait l'affection de son éponx par des alternatives de passion anieale «t de jalousie ftirieuse ; cette jalousie n'était que trop justifiée, dn reste, par la conduite légère du jeune prince.
Pea de temps après sa reconnaissance k Saragosse, t'ar- «diidoc annonça l'iotentioD de retourner immédiatement dans les Pays-Sas, en repassant par la France. Les souverains, surpris de cette brusque détermination, s'efforcèrent par tons les moyens de l'y faire renoncer; ils lui représentèrent le mauvais effet que ce départ Terait sur la princesse J^noe, qui se trouvait dans un état de grossesse trop avancée, pour pouvoir faccompagu^; ils firent ressortir l'imprudeace et peut-être le dangt»* pour lui de se livrer au roi de France, avec qui ilsétai^at ea guerre ouverte; eufiu, ils lui dirent qu'il était d'une extrême importance pour lui de s'habituer aux mœurs du pays et de se concilier Taffection d'un peuple, sur lequel il serait un jour appelé à régner.
Tout fut inutile; Phili[q>e, sourd aux supplications de sa malheureuse épouse et aux repréeeotaiious des cortès arago-
au RÉGNE DE FERDINAND ET D ISABELLE.
naises, encore réuoies en session, partit de Madrid, au mois de décembre, avec toute sa suite flamande. Il laissa Ferdinand et Isabelle mécostenls de sa lég^té d'esprit, et la reine surtout pleine d'inquiétudes pour le bonfaenr de sa fille, dont le son élail uni à celui d'un époux volage.
Avant sou départ, l'archiduc, désiraut rétablir la paix entre la France et l'Espagne, avait offert ses services à son beau-père pour régler avec Louis XII, s'il était possible, le différend relatifau royaume de Naples. Ferdinand parut pea disposé <t confier une mission aussi délicate à un envoyé, dont la sagesse lui inspirait une grande méfiance, augmentée encore par la partialité bien connue du'jenne prince pour le monarque rrançais ^ Cependant, avant d'avoir franchi la frontière, Philippe fut rejoint par un prêtre espagnol, Bernaido Boyl, abbé de San Miguel de Cuxa, qui lui apportait de la part du roi des pleins pouvoirs pour conclure ud traité avec la France, mais, en même temps, des instructions secrètes, de la nature la pins précise et la plus limitée. Il lui était d'ailleurs prescrit de ne rien (aire, sans avoir pris l'avis de son révérend coadjuleur, et d'écrire immédiatement au gouvernement espagnol, si on lai soumettait des proposlions différentes de celles qui étaient prévues dans ses instructions.
L'archiduc arriva à Lyon, où résidait la cour et où Louis XII te reçut avec autant d'égards qu'auparavant. Aussi les négociations abootirent-elles bientôt à un traité définitif, rédigé i la satisfaction mutuelle des parties, mais contrairement aux ordres donnés secrètement k l'envoyé. Dans le
* Philippe et au conrtisuLS flamauda w montrèrent si enthouBiastcs de la oourde France, qne les Espagaolscnuentgénéi^raoent qnecesseisnean
aToient été achetés par Louis XII.
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Mars des diacaseioos, Ferdîaand, disent tes historieni mpkfaaif, fiit aveni par l'abbé Boyl qne Pbilippe excédait ses poDvoirs; il envoya MssltAt ua eiprès à celui-ci, pour lai «(joindre de se coorormer strictement k ses instructions; tnais )e traité était signé lorsque le courrier arriva k Lyon. Cest ainsi qoe les écnvaitis castillans rapportent cette affaire
Le traité signé b Lyon, le 5 avril 1503, stipulait le Mariage de Charles, fils de l'archiduc, avec la princesse Glande de France, mariage qui, réglé par trois traités difTérenls, ne devait jamais avoir lieu; les fiancés devaient prendre immédiatement les litres de roi et de reine de Naples, de duc et de duchesse de Calabre. En attendant qoe cette union fbl célébrée, la moitié française du royaume devait être gouvernée par un agent que nommerait Louis XTI, et la moitié espagnole, par l'archiduc Philippe ou tout autre délégué de Ferdinand. Les forteresses conquises illégitimement par les deux parties devaient être rendues; enfin, quant à la Capiianate, dont on se disputait la possession, la partie occupée par les Français devait être administrée par HB agent de Louis XII, et l'autre, par Pbilippe, au nom du roi d'Aragon.
Tel était, en substance, ce traité qui, favorable en appaftnce il Ferdinand, à la postérité duquel il assurait éventuetlement le trône de Naples, était, en réalité, bien plus avanlagenx ii Louis , puisqu'il donnait le gouvernement d'une
' Qoelqnea historient Etanfnls pirlnt de deux agenti txaphjia, tnitn TLilippc , diQs ces négocialîoM. Le pin Bojl est le senl pominA par ks taÏTains espagnols comme Tégalièrement commisaionné à wt efi^, quoiqa'il ne soit pas improbable que Oralla, le tmoistre résident i la cour de liOaia XII, ait pria part mz diaooMioat.
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moilié du pays à un prince sur leqad ce monarque exerçait uoe ioflueuce absolue. 11 est impossible qu'un homme d'Ëut aussi habile que le roi d'Aragon ait pu , par la seule coDsidéralîou d'avantages aussi éloignés pour lui-même et dépendant d'une éventualité aussi précaire que le mariage de deux enfants alors au berceau, souscrire sérieusement à un arrangement qui livrait en attendant toute la puissance à son rival; et qu'il l'ait fait surtout, au moment même où la puissante Oolte qu'il préparait depuis si longtemps venait d'arriver dans les Calabres, et où, d'an autre côté, le Grand Capitaine, venant de recevoir des renforts considérables, pouvait engager une lutte avec ses ennemis, an moins k conditions égales.
Quoi qa'il en soit, il ne parait pas qu'aucun doute fût entré dans l'esprit des signataires du traité, qui fut accueilli par la cour à Lyon avec toute espèce de marques de joie; il donna lien à des réjouissances publiques, à des tournois, !i des joutes de roseaax dans le genre moresque. En même temps, le roi de France contremanda le départ des tronpes fraîches qui allaient s'embarquer à bord de la flotte équipée dans le port de Gènes pour Naples, et donna l'ordre à ses généraux en Italie de cesser les bostilités. L'archiduc envoya des instructions dans le même sens il Gonsalve de Cordone, avec uoe copie de l'acte renfermant les pleins pouvoirs qui loi avaient été remis par Ferdinand ; mais, soit qu'il obéit, comme l'affirment des historiens espagnols, à des ordres antérieurs de son maître, soit que, par un sentiment naturel du devoir, il ait pris la chose sons sa responsabilité, le prudent général refusa de se rendre à l'invitation' de l'envoyé de l'archidac; il répondit t qu'il ne reconnaissait pas d'autre aatorité que celle de ses souverains et qu'il se conùd^t