‹ Histoire du règne de Ferdinand et d'IsabelleChapitre 37 sur 73 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

COMBATS SDR LE fii&lfiLUNO.

(im) ■

DësoUtian de l'IUlie. ■ — Grands prëpitTatib de Louis XII. — Échec de Ûonsalre de Cordone derant Qaëte. — Lea années belligérantes sur le GarigUaDD. — Sa&gknt passage d'un pont. — Attente et aniiétâ de lltalie. — Situa&n critique des Espagnob. — Bésolntion de Gon- ■alre, — Hitolime de Paredes et de Bajard.

Portons mainteDant aos regards sur l'Italie, où les foadres de la guerre, ii peioe assoupies, venaieot de se réveiller et d'éclater avec un brait plas horrible que jamaits. Jusqu'ici, trop occupé de suivre des manœuvres militaires, nous avons été presque indifférent à ta situation de ce malheureui pays; nous avons conduit le lecteur par une route funèbre, à travers des champs de bataille, et il a pu se croire transporté dans des temps de barbarie ou, au moins, dans cet âge de la féodalité où l'activité de l'homme ne s'exerçait que dans les combats.

Il n'en était guère ainsi; les armées belligérantes campaient an cœur des régions les plus riantes et les mieux cultivées du globe , au milieu d'un peuple qui avait porté les

«rC RÈGNE DE FERDINAND ET D ISABELLE.

différents arts de la vie politique et sociale à ud degré de perfeclioD , incuDon partout ailleurs , et avait joint aux ressources naturelles de son sol celles que procure on espnt ingénieoz et industrieux. Lit, s'élevaient des cités pleines de magnifiques et coûteux édifices; h, des ports regorgeaient des riches dépouilles de contrées loiolaines; là, mille collines étaient couvertes jusqu'au sommet des productions d'une savante agriculture. La supériorité intellectoelle de ce peuple sur les autres ne se manifestait pas seulement dans le domaine de la science où il les devançait de loin, mais dans les œuvres d'imagination et spécialement d'art, où il rappelait les plus beaux jours de l'antiquité. En effet, l'époque oA nous sommes arrivé, le commencement du xvi* siècle, est celte où l'Italie était dans tout son éclat, où son génie, se dégageant des ténèbres qui l'avaient voilé au début, respleO'' dissait au grand jour, car nous louchons au siècle de Machiavel, de l'Arîoste, de Micbel-Ânge, !t l'&ge d'or de Léon X.

Il est impossible, même après tant d'années, de contempler sans tristesse le sort de ce pays, converti en une ar^ ensanglantée par les luttes des gladiateurs de l'Europe ; de le voir foulé aux pieds par les nations mêmes qui en avaient reçu les lumières de la civilisation; de voir, des bords du Danube à ceux du Tage, accourir une soldatesque farouche, inondant ses plaines, traversant ses cités riantes et poussant des cris de guerre ou de victoire, à l'ombre de ces mooQments du génie qni ont fait l'admiration et le désespoir de la postérité. Les Golhs et les Vandales avaient reparu ; cette diplomatie raffinée sur laquelle les Italiens comptaient plus que sur le glaive, dans leurs différends, ne pouvait les défendre contre ces barbares envahisseurs, dont la rude

COmiTS SDK IS GARICLUm). ITT

BMin brisait sans peine le léger réseau qui embarrassait les moDTemeDts d'ennemis moins formidables. C'était ]« triomphe de ta force brutale sur la civilisation, une des leçons les plus humiliantes par lesquelles la Providence se pbti à rabattre l'orgueil de l'esprit humain.

Le sort de l'Italie renfenne encore nn enseignement très précieux. Sons cette apparence extérieure de prospérité, les institutions politiques avaient perdu peu h peu le principe qui seul pouvait leur donner de la stabilité ou une valeur réelle. Même les formes de la llberlé avaient, dans la pla" parl des cas, été supprimées par des princes ambitieux et nsnrpateors. Partout le patriotisme avait fait place à l'égoïsme le plus honteux ; la morale était aussi peu respectée dans la Tie privée que dans la vie publique. Les mains qui distribuaient généreusement les faveurs au génie et k la science étaient trop souvent rouges de sang; trop souvent les cours, qui paraissaient la demeure favorite des Muses, étaient des autres oîi régnait une sensualité brutale. Le chef de l'Église lai-même, qui, élevé au dessus de tous les potentats de la terre, n'ebt pas dû s'abaisser au moins jusqu'à partager leurs vices les plus grossiers, s'adonnait aux excès les plus monstrueux qui dégradent la malhenreese espèce humaine. Ëtail-il dès lors surprenant que cet arbre, pourri intérieurement, malgré les fleurs dont ses braoches étaient chargées, ne résistât pas au vent forieux qui sonfilaît à travers les Alpes?

Si les populations italiennes avaient été animées d'un sentiment national, qui tes ent réunies contre Trânemi commun, si, en un mot, elfes ne s'étaient pas abandonné», elles sivaient dans leurs richesses, dans leur talent, dans leur science supérieure, assez de ressevces pour défendre l^r

378 RÉCaS DE FBHDIHAKD ET D'iSiWELLB.

sol contre riavasioD. Malheureusement, tandis qne les aoties États européens avaient incomparablement augmenté lear puissance, par leur centralisation , cenx de l'Italie, en l'absence d'un point de ralliement, étaient devenus de plus en plus désunis. Ainsi, séparés entre eux et manquant de rimpulsion vigoureuse du sentiment patriotique, les Italiens furent la proie et le jouet de ceox que, dans leur orgueil, ils méprisaient comme des barbares; exemple éclatant de l'impuissance du génie humaiu et de l'instabilité des institutions, si excellentes qu'elles soient, lorsque les vérins publiques et privées font défïint '.

Les grandes puissances qui venaient d'entrer en lice créèrent dans la péninsule des intérêts entièrement noaveaux, qui renversèrent les anciennes combinaisons politiques. La France, par la conquête du Milanais, exerça une influence décisive sur les affaires du pays; cependant son autorité avait été fort affaiblie par ses récents revers dans le royaume de Naples, bieu que Florence et d'autres États voisins lui fussent restés fidèles. Venise, avec sa politique habitaelle, se tenait prudemment ï l'écart, observant la neutralité entre les parties belligérantes, qui s'efforçaient cbacaoe de s'attacber nu allié aussi formidable; la république se méfiait toutefois, depuis longtemps, des Français, et, sans vouloir prendre des engagements publics, elle assura le ministre castillan de ses dispositions favorables envers son gouvernement *. Elle manifesta plus clairement encore cette

* Le philosophe Machiavel déeouTnit la véritable canse de cm nulteorB dans la comption de son pajs, qu'il a exposÊe avec une hardiesse et nue amertume extraonlinaires dans le YU* livre de son Art dt la ffttrrt.

* Lorenzo Soarez de la Yega ooeapa le poste d'ambassadeur prè* Ik république pendant tout« la dorée de la guerre ; son habileté est si "

COMBATS SDR LE G&RIGUANO. 179

bieuveillaDce , en permettaot aux Vénitiens de ravitailler Barlelta, dans la dernière campagne, et, dans celle-ci, en venaut indirecteoienl en aide de la même manière anx Espagnols; elle devait un jonr expier chèrement celte intervention.

La courpoutificale était moins bien disposée encore envers la France , et n'essaya pas de le cacher après les revers de celle^i k Naples. Peu après la bataille de Cérignole, elle entra en correspondance avec Gonsalve de Gordoue, et, si Alexandre VI ne voulut pas rompre ouvertement dès lors avec Louis XII, il promit de signer un traité avec les souverains espagnols, après la reddition de Gaëte. En même temps, il autorisa le Grand Capitaine à lever des troupes Jt Rome, sous les yeux mêmes de l'ambassadeur Trançais. Ainsi Louis Xlf n'avait pn, au pris des concessions les pins larges, en lui sacrifiant même principes et honneurs, s'assurer de la fidélité de ce perfide allié.

Malgré des traités maintes fois renouvelés, le roi de France n'était guère en meilleurs termes avec l'empereur Maxîmilien. Celui-ci éuit uni à l'Espagne par des alliances de Tamille et était l'ennemi de la France, contre laquelle il avait une de ces antipathies qui, pour la plupart des hommes, sont plos puissantes que les raisons d'État. Il avait d'ailleurs considéré toujours la conquête du Milanais comme une infraction faite à ses droits impériaux. Le gouvernement castillan, profilant de celte circonstance, s'efibrça de le pousser, par l'entremise de l'ambassadeur, don Juan Manuel, à

ment pronvée par le f&it qu'il fut ai longtemps mamtena dans ces fono* tions, à un moment des plus critiques, par un monarque aussi vigilant que Fïrdiiuuid. Pierre Hartjr, tout en reconnaissant ses talents, objectait à sa lUHniiiatiaii qu'il manquait d'éiudition.

SM KÊGNK DE FSRDIIURD ET d'iSABELLE.

envabir la Lombardie; mais l'emperoDrayanl.Belan bod habitude, demandé un fort subside pour i'aider à<coaTrir les fnis de la guerre , Ferdluand , dont le irésor était rarement trop riche, préféra garder son argent pourees propres entreprises, plutôt que de le risquer au profit de son ayeutureux allié. Si les négociations n'aboulirent donc pas, Masimilien n'en montra pas moins ses sentinieots réels, en autorisant ses sujets & s'enrôler sous la bannière du Grand Capitain'e, qui leg compta , comme on l'a déjà vu . au nombre de ses meilleurs soldats.

Mais, si Louis XII trouvait peu d'assistance au dehors, l'ardeur avec laquelle son penpie le seconda dans ce moment critique le rendait presque indépendant de tout secours étranger; aussi, eu très peu de temps, fnt'il en état db reprendre les opérations avec plus de vigueur que jamais. Il attribuait, en grande partie, ses précédents échecs en Italie à une confiance exagérée dans la supériorité de ses troupes et à sa négligence à leur fournir les renforts et les provisions nécessaires; il envoya donc de fortes sommes d'argent à Rome, et établit dans cette ville, ponr le service de son armée, de vastes magasins de bté et des dépôts de munitioos. sous la surveillance de commissaires. Il fit équiper à Gènes, sans perdre de temps, une grande flotte, commandée par le marquis de Saluées et destinée k secourir Gaëte, bloqué pM* les Espagnols. Il obtint de ses alliés italiens un petit reoAm et prit à sa solde huit mille Suisses, qui firent la force de son infanterie; le reste de son armée, comprenant un magnifique corps de cavalerie et probablement la meilleure artillerie de l'Europe, avait été levé dans ses propres États. De tous cétés on vit afiluer des volontaires de la plus haute aaissance , brûlant de prendre part à nne expëditioa qui devait

COMBATS sua LE GARIGLBANO. 2«|

T«oger l'honneur national. Le maréchal de la Trémoaille, qui passait pour le meilleur général de la France, fat chargé du comiDandement de toutes ces Torces, qui s'éleraient de vingt il trente mille hommes, non compris les troupes qui devaient rester constamment à bord de la flotte.

An mois de juillet, l'armée se mit en marche â travers les vastes plaines de la Lombardie, mais, arrivée à Parme, lieu de rendez-vous fixé aux mercenaires suisses et italiens, elle s'arriia, ayant reçn la noavelle imprévue de la mort d'Alexandre VI. Ce pape mourut, le 18 aoflt 1fK)5, à l'^ge de soixantedouze ans, victime, comme on n'en peut guère douter, du poison qu'il avait préparé pour d'autres; couronnant ainsi nne vie inRkme par une mort également infôme. C'était un homme d'un talent ioeonteslable et d'une rare énei^e de caractère, mais il &i le plus détestable usage de ces dons naturels, et, si nous en croyons ses contemporains les plus respectables, ses vices ignobles n'étaient rachetés par aucune vertu. La papauté tomba avec lui au dernier degré de la d^radation ; cependant ses excès ne Tarent pas inutiles, car la Providence fait sortir le bien du mal, et le scandaleux spectacle offert par ce pontife Indigne à la chrétienté fut une des principales causes de ta glorieuse réformation *.

La courd'Espagne apprit sans regret la mort d'Alexandre vr, dont elle avait toujours flétri ouvertement l'immoralité ; plus d'une fois même, comme nous l'avons vu, elle lui avait fait à ce sujet de très vives remontrances. Elle avait été tout aussi peu satisfaite de sa carrière pnblique, car te pape, quoique Espagnol de naissance, étant natif de Valence,

' lie pende cérémonie avec lequel OD traita le OAdane d'Alexandte VT, à peine ^oid, est ta meilleure preiiTe de la bune générale dont m pontîtb

SSi RCGNB de PBnmNAND Kl D ISABUXB.

s'élait fait rinstrumenl docile de I^uis XII, en retour de l'appai donné par ce monarque aux projets ambitieax de son fils. César Borgîa.

L'éTéoemeot qui venait de se produire eut uae iaOumee importante sur les mouvements des Français. Le cardinal d'Amboise, ministre favori de Louis XH, attendait depuis longtemps ce jour, dans l'espoir d'hériter de la tiare pontiGcale; il s'empressa de se rendre en Italie, avec l'approbation de son maître, se proposant de profiter, pour réussir dans ses prétentions, de la présence de l'armée française, mise, comme il semble, à sa disposition.

Les troupes s'avancèrent donc vers Rome et s'arrêtèrent k quelques milles des portes de la capitale. Les cardinaux, réunis en conclave pour choisir un successeurit Alexandre VI, s'indignèrent contre la pression qu'on voulait leur faire subir, et les Romains virent avec terreur camper sons leurs murs cette armée formidable; ils craignaient qu'un monvement en sens contraire, de la part du Grand Capitaine, ne plongeât leur ville, déjà en proie à l'anarchie, dans les horreurs de la guerre. Gonsalve avait, en eflet, envoyé en avant Mendoza et Fabrizio Cotonna, qui s'étaient postés, avec deux ou trois mille hommes, dans le voisinage de Rome, afin de surveiller l'ennemi.

A la fin, le cardinal d'Amboise, cédant k ta force do sentiment public et aux représentations de prétendus amis, consentit à l'éloignemeot des troupes françaises et attendit son succès de son influence personnelle, qu'il s'exagérait. Nous n'avons pas à exposer ici en détail les actes du respectable collège des cardinaux ; ils sont rapportés tout au long par les écrivains italiens, et forment, on doit le reconnaître, un des chapitres les plus édifiants de l'histoire de l'Élise; il

CDWUTS SOR LE GABIGUANO. S83

soflBt de dire qu'après le départ des Français, les suffrages du conclave se portèrent, le 3â septembre, sur un Italien, qui prit le nom de Pie III, et rendit hommage & l'habileté de ceox qui l'aTaienl choisi, en mourant plus tôt encore que ses meilleurs amis ne l'avaient préru, moins d'un mois après sa nomination *.

Pie III fut immédiatement remplacé, le 31 octobre, par Jales II, le belliqueux pontire qui échangea la tiare contre an casque et la crosse contre une épée; fait remarquable, ce prélat qui, h cause de son caractère emporté, inexorable, n'avait guère d'amis, fut élevé à la chaire de Saint-Pierre par des factions rivales, par les partisans de la France, de FEspagne et surtout-de Venise, dont il ne chercha dans tonte sa carrière agitée qu'à ruiner la puissance.

A peine la proie que le cardinal d'Amboise avait convoitée loi avait-elle été arrachée par l'adresse des prélats italiens, k peine l'élection de Pie III avait-elle été annoncée publiqaement, que les Français purent se remettre en marche, après avoir perdu, perte irréparable, plus d'un mois. Pendant ce temps, chose plus fôcheuse encore, le maréchal de la Trémonille était tombé malade et avait dâ laisser le commandement au marquis de Mantoue, seigneur italien, placé immédiatement au dessous de lui. Le marquis avait une certaine' expérience militaire; il avait combattu sous la ban- Dière de Venise et commandait, avec no talent douteux, il est vrai, les alliés en présence des troupes de Charles VIII à la bataille de Fornovo. Sa nomination fut mieux accueillie

■ L'élection de Pie III fut très agréable à la raine Isabelle, qoi fit câébrer des Te Demn et des actions de grâces dans les églises, h l'wxtf sion de la nomination ' d'un aussi digne pasteur pou garder le bercail cihrétîen. «

«H KbCm DE FBRDINAKB ET DISABKLLG.

de see compatrioleg que des Fraoçais, et, ea réalité, s'il auflUait dans des circonstances ordinaires, il était brat h fait incapable de lutter, comme il était appelé à le faire, contre le plus grand capitaine du siècle.

Pendant ce temps, Gonialve était retenu devant les murs de Gaéte, où Ivea d'Âlègre s'était jeté avec les fuyards de Cérignole, et oh \l avait été ensuite renforcé par quatre mille soldats que lui avait amenés le marquis de Salnces. Pour ce motif et à cause de la grande force de la place, Gonsalve rencontra nne résistance ^ laquelle il n'était plus habitué depuis longtemps. Campant dans la plaine, exposé au feu des assiégeants, il perdit nn grand nomlue de ses meilleora soldais, entre antres son ami, don Hugo de Cardona, nn des vainqueurs de Seminara, qui fut tué à ses côtés, tandis qu'il parlait avec lui. A la fin, après avoir fait, mais en vain, un effort désespéré pour sortir de celte position périlleuse, eu s'emparanl de la hauteur voisine du mont Orlando, il dut se retirer plus loin, jusqu'au village voisin de Castellooe, qui rappellera au lecteur de plus agréables souvenirs , comme l'emplacement de la Vilta Formiana de Cicéron <. Là , tandis qu'il continuait à bloquer Gaëte , il apprit qne les Français avaient passé le Tibre et marchaient contre Ini.

Devant Gaëte, le Grand Capitaine s'était efforcé de se procurer de tous c6tés des renforts. Les Napolitains, sous les ordres de Nararro, l'avaieut déjà rejoint, ainsi qne les légions victorieuses d'Andrada, venues des Calabres ; il avait

< La maiaon de campagne de Cioéron s'éleT&it h mi-chemin entre Gaëte et UoU, l'aiLcienae ïonaiw, ft deux railles et demi eaviron de on vïUm. Le toniJate claenqve et erôdnle peat retnaver encore, m boid de I'meieime voie Âppieane, les débris de U maiBon et du mausolÉe du oilèln orateni.

COMBATS SUR LE GAJUGUAHO. tSB

encore été fortifié par l'arrÏTée <le deux ou trois mille mereenairei, espagnols, atlemands et italiens, que t'ambassa' denr casiillan, François de Roxas, avaii levés i Rome, et il atteodait cbaqne jour de cette ville uu corps de troupes plus coDsidérable, qui devait lai être fourni par l'eairemise de renvoyé vénitien. Eulin, il avait obtenu quelques nouvelles recrues et une forte somme d'argent, qui se trouvaient à bord de vaisseaux catalans, récemment arrivés d'EIspagne; il devait néanmoins de forts arriérés à ses troupes. Sous le rapport du nombre, il était bien inférieur à sou ennemi; il n'avait, en prenant l'estimatioD la plus 'élevée, que neuf mille bomines d'infanterie, trois mille de cavalerie et deux mille chevau-légers. La force de son armée résidait surtout dans l'inianterie qui, parrailement disciplinée, aguerrie et dévouée, loi inspirait une entière confiance. En cavalerie, plus' encore en artillerie, il était loin d'égaler son adversaire, ce qui, joint à sa grande infériorité numérique, l'empêchait de tenir la campagne; il n'avait donc d'autre ressource que de s'emparer d'un passage ou d'une forte position sur la route des Français, afin de les tenir en échec jusqu'au moment où, ayant reçu des renforts suffisants, il pourrait lutter contre eux dans des conditions plus égales. La profonde rivière du Garigliano lui offrait la ligne de défense qu'il chercbait '. Le 6 octobre, Gonsalve leva son camp de Casiellooe, et, abandonnant à l'ennemi toute la région au nord du Garigliano, s'enfonça dans l'intérieur du pays; il se posta à San- Germano, forte place située en deçà de la rivière et couverte

■ Les éori?uiii witillaf* ne donnent pas le ohiA« tol*l du tnopes oftkgaolcB; nous JiB ponvom qoe le oonjeotnter à'tipii» àta BStùnstiona jjMursM, fùtM à la lâ^re et comme tonjonn oontndictoiret, des dîflirents d^tschemenU qui nrjoigniient cette armJe,

SBS HËGNE DE FraDlNAND BT d'isABELLG.

par les deui forteresses de HoDle Casino * et de Rocca Secca. Il jeia dans celte derniàiv une troupe d'homnes détennioés, sous les ordres de Villalba, et attendit de pied ferme ses adversaires.

Bientôt ou aperçât les colonnes françaises marchant sur Pontecorvo, situé à quelques milles de lï, sor le bord opposé du Garigliano. Après une courte halle, les envahisseurs traversèrent le pont en avant de cette ville et s'avancèrent avec assurance, ne s'attendant guère ï rencontrer une vive ré^stance chez un ennemi qui leur était si inférieur en nombre. Ils se trompaient ^ cet égard ; la garnison de Rocca Secca, contre laquelle ils dirigèrent d'abord leurs armes, les reçut si rudement, qu'après deux assauts furieux livrés vainement à cette place, le marquis de Mantoue, renonçant à faire une nouvelle tentative, repassa la rivière et chercha plus bas va passage plus facile.

Longeant donc le Garigliano à droite, au sud-est des montagnes de Fondi, les Français descendirent jusqu'auprès de l'embouchure de la rivière. L'endroit où ils s'arrêtèrent et où, comme on le suppose généralement, s'élevait autrefois Miuturnes *, était couvert par une forteresse appelée la tour do Garigliano; la petite garnison espagnole qui l'occupait, après une courte résistance, capitula avec les hoonears de la guerre. Lorsque ces soldats rejoignirent leurs compatriotes,

' Les Espagnols emportèreat 'Monte Casino d'assaut, et, avec une violence sacrilège, pillèrent la riche argenterie du coavent des bénédictins; on leur ordonna toutefois de respecter \ea ossements des martjn et d'autres saintes reliques, partage du butin qui ne salisSt probablement pas entièrement les religieux.

* Les débris de cette ville, qui s'élevait s qnalic milles environ su desans de l'embouobnre du liris, se voient encore à droite de !a route j dans l'utiquité elle était assez grande pour couvrii les deoi bords de la ririère.

COMBATS SUR LB GiLBlGLUHO. 98

sons la banoière du Graod Capitaine, ceox-ci, saisis de fnrear en apprenant qa'ils avaient abandonné leur poste, si honorablement que ce lîQt, au liea de mourir en te défendant, tombèrent sur eux ^ coups de piques et les massacrèrent jusqu'au dernier. Gonsalve ne jugea pas prudent de punir ce crime qu'il réprouvait, mais qui annonçait cliez les Castillans une inflexible résolution de résister jusqu'au bout; il comprenait quecetteénergiedésespéréeallailélfebienlôtmiseà l'épreuve.

Le terrain occupé par les deux armées était bas et marécageux, tel qu'il était déjà dans l'antiquité; c'éuil, croi(-on, dans les marais, au sud, que Marins proscrit s'était caché autrefois '. Ce sol, naturellement hnmide, avait encore été détrempé par des pluies excessives, qui étaient tombées plus tét et en plus grande abondance celte année que les précédentes. Les Français campaient dans une plaine moins basse et moins humide que celle où se trouvaient leurs adversaires ; ils avaient encore sur ceux-ci l'avantage de s'appuyer sur des populations nombreuses et amicales. Ils avaient derrière eux les grandes villes de Fondi, d'Itri et de Gaëte, tandis que leur flotte, sous les ordres de l'amiral Préjan, mouillait à l'emboucbure du Garigtiano et pouvait leur faciliter considérablement le passage de la rivière.

Le marquis de Mantoue se prépara donc à jeter un pool sur le Garigliano, à peu de distance de Trajello; il réussit au bout de quelques jours dans celte tentative, quoique les eaux lussent hautes et troublées; il était protégé par son artillerie qui, placée au bwd de la rivière, sur une hauteur, commandait entièrement la rive opposée.

■ Les manùs de Miutiinies sont ntnéi entre In fille et remboaohaio duLiiù.

388 RËGNE DB FIRMNAND ET d'iSUBLLE.

C'ëlail UD pool de barqaes de la flotte, fortemrat attachées l'uue à l'autre et couvertes de plaocbes ; dès qu'il fat achevé, le 6 novembre, les Français s'y eogagèreot, tandis que leurs batteries, ouvrant un feu teiribie, rendaieot iaatile toute résistance de la part de rennemi- Telle futTimpétuosité des assaillants, que ra\anl-^rde espagnole recula &i désordre sur le gros de l'armée. Avant que la confosîOD eût alimenté, Gonsalve, monté à la gineia, comme les chevao- I^ers, parcourut les rangs et, ralliaot les fuyards, rétablît promptement l'ordre parmi enx. En même temps, Navarro et Audrada arrivaient avec l'infanterie espagnole; chargeant farieusement les Français, il les arrêtèrent dans leur élan et enfin les forcèrent de reculer sur le pout.

Alors s'engagea une lutte désespérée; oQiciers et soldats, cavaliers et fantassins, confondus péle-mèle, combattaient avec cette férocité qu'éveille le combat corps k corps. Quelques-uns furent foulés aux pieds des cbevaux. un plos grand nombre roulèrent en bas do pont; te Garigliano était couvert d'hommes et d'animaux, qui, entraînés par le courant, s'efforçaient eu vain de regagner la rive, La force corporelle et le courage étaient tout; l'habileté, la tactique ne servaient de rien. Parmi ceux qui se distinguèrent le plaa, on mentionne particulièrement l'italien Fabrizio Colonna. Un guerrier d'un rang inférieur, un alferez ou porte-étendard espagnol, du nom de Illescas, s'illustra aussi par un trait d'héroïsme. Un boulet de canon ayant emporté la maia droite de l'enseigne, un soldat releva l'étendard qui était tombé, mais aussitôt l'intrépide aiferat le lui enleva, eu s'écriant c qu'il lui restait encore une main; ■ en même temps, roulant une écbarpe autour de son moignon sanglant, il reprit sa place dans les rangs. Cet acte de courage

GOIfUTS Stnt LB GARIGLIAIIO. MB

ne resta pas sans récompenee; i la demande de Gonsatve, IÇescas reçut une forte peasiou.

Dans le fort de ta mêlée, l'artillerie française s'était lae; eHe oe pouvait tirer sur tes Castillans sans tirer sur les Français, tous étant confondus. Mais, lorsque ceux-ci recnlèrent derant l'ennemi, des troupes fratcties, qui s'élançaient canlre enz, se tronvèrent exposées an feu de Varlillerie, qui oarrit afors ane canonnade furieuse. Les Espagnols, < quoiqu'ils ae jetassent devant ta bouclie des canons, » comme le dit le marquis de Maniooe, ■ avec autant d'indifférence que s'ils eussent été faits d'air, au lieu de l'être de cbair et d'os, > fbrent si craellement maltraités, qu'ils durent lâcher pied; favant-garde, cessant dès lors d'élre soutenue, Sait par se retirer à son ttnr et par abandonner le pout k renoemi.

Ce fut nû des engagemeats les plus terribles livrés dans ces gnerres. Don Hugo de Honcada, vieux guerrier qui avait assisté ^ tant de iwmbats sur terre et sur mer, dit i Paal Jove < qu'il ne s'était jamais vu dans un danger aussi imminent. > Les Français, bien qu'ils lussent restés maîtres du pont, avaient rencontré une résistance qui les avait beaucoup découragés; aussi, au lieu d'essajer de pousser plus loin leur succès, ils se retirèrent te soir même dans leurs quartiers, de l'autre côté de ta rivière. Le temps orageux qui coBtiuoait, sans s'adoucir, avait gâté tes roules, et le lerFMB marécageux, presque impraticable à la cavalerie, l'était tout à fait à l'artillerie, sur laquelle les Français comptaient beaucoup; d'un autre ciïté, il présentait de (aibles obstacles, en comparaison, aux manceuvres de l'rnlànlerie, qai ceosti^ tuait la grande force de l'ennemi. Pour ces motifs, le marqua de Hantoue résolut d'attradre, pour continuer ses opérations, que le temps eût changé et que les chemins se

MO BEcNB de FERDINAND ET D'ISABELLE.

fuBsenI améliorés. Il coostrnisit ane redoole à l'extrémité b plas éloignée du pont et y jeta na (télachemeot, afin de garder le passage pour le momeai où il en aurait besoio.

Pendant que les deux armées en présence s'obserraient malaellement, toute l'Italie avait les yeux fixés sur elles, dans l'atleDle inquiète d'une bataille qui décidât déânitivement du son de Naples. Chaque jour, des courriers partai^it du camp français pour Rome, d'où les ambassadeurs des différentes puissances européennes transmettaient des non- Telles ^ leurs gouvernements respectifs. Machiavel représentait, à cette époque, la république de Florence auprès do saiot-siége, et sa correspondance reproduit, comme une gazelle de notre temps, toutes tes rumeurs, toutes les opinions qui se faisaient jour. Il connaissait personnellement nn grand nombre de Français qui résidaient dans cette capitale; il rapporte fréquemment ce qu'ils lui disaient au sujet de la guerre, au spectacle de laquelle ils assistaient avec une entière cootiance, ne doutant pas qu'elle ne ûnil par le triomphe de leurs compatriotes, dès que ceux-ci en viendraient aux prises avec l'ennemi. Le Florentiu , plus froid et plus pénétrant, distingue dans la situation des deux armées des signes qui présagent une tout autre issue '.

Il semblait évident que ta victoire s/é déclarerait pour ceux qui pourraient supporter le mieux les fatigues et les privations de tout genre , auxquelles on était de part et d'autre

* Lea Français moatrèrent U même ooofiuice d^ le dâhut de la gnorce. Ua d'entre eax aj&nt iupportÊ k Snarez, l'umbasBadeuT cutill&n à VenÏM, que le nutréchAl de ta TrémoaîUe tv&it dit • qn'il donnerait 30,000 dools pool renoontrer Qonsolve de Cordooe dana lea pUiuea de Titctbe, • l'Espagnol répondit virement : • Nemoon en aurait donné le double pa«T ne l'avoir pas lenoontré à Céngnole. t

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