‹ Histoire du règne de Ferdinand et d'IsabelleChapitre 38 sur 73 · COMBATS SUR LB GARICUAMO. SM · texte numérisé non relu

COMBATS SUR LB GARICUAMO. SM

condamné. Les Espagnols se (rouvaient placés dans des coodilioDs pins défavorables que leurs adversaires. Le Grand Capitaine, peu de temps après l'affaire dn pont, s'était retiré avjec ses troupes vers une baaieur, it un mille environ du Garigliaao, courounée par le petit hameau de Cintura et commandant la route de Naples. En avant de son camp il avait fait creuser une profonde tranchée qui, dans un sol aussi mouillé, ne tarda pas è se remplir d'eau , et qu'il garnit, à chaque extrémité, d'une forte redoute. Ensuite, à l'abri deirière ces retranchements, il résolut d'attendre de |Hed ferme l'ennemi.

Cependant la sitnation de l'armée était des plus déplorables; ceni des soldats qui campaient au pied de la colline étaient plongés dans l'eau et dans la boue jusqu'aux genoux, car des pluies torrentielles et l'inondation de la rivi^ avaient converti la campagne en un véritable marais; on était obligé de couvrir la terre autant que possible de fascines, et encore était<il douteux qu'on pAt arrêter longtemps de cette manière les progrès de l'élément envahisseur. Les Espagnols, placés plus haut, n'étaient guère plus favorisés; la pluie, la grêle, qui tombaient sans interruption depuis plusieurs semaines, pénétraient dans les tentes légères et dans les buttes couvertes de branches d'arbres, où les soldats étaient logés. En outre, ceux-ci étaient mat nourris , car il était difficile de se procurer des vivres dans ce pajn dévasté et dépeuplé * ; ils étaient plus mal payés encore par la négligence, peut-être la pénurie de Ferdinand, qui,

' Ce p&jB aride, inhabité, devait ètie pea étendu, car il ae trouve dans la Campauie heureuse, près dei ptunes oultiTées de Seesa, du mont Maa- ■iqne et dee champs de Faleme, noma qni évoquent des sonrenira impéris- Mblea tant que la bonne poésis et le bon via resteront en honnent.

«SS KËGNE DE FgRMNAKD BT d'ISABELLE.

eoToyant peu d'argent à son généra), l'expouit, entre anim difficultés, à méconlenter les Espagnols, et snrloat les met' cenaires étrangers, qu'il n'eât po retffliir dans le devoir, sani la condoite ta plus adroite et la pins sage '.

Dans ces moments critiques, Gonsalve consem tonte tt présence d'esprit et même la bonne humeur indispensable h un chef qui <)oil réveiller l'ardenr de ses compagnons. D s'associa à leurs souffrances et, loin de se croire swiitnit par son rang aux fatigues et aux privations, il se mit sur u pied d'^alilé avec te dernier de ses soldats; il monta mâne, dit-on, plusieurs fois la garde. Surtout il déploya c«tle inflexible constance qui rend l'homme capable de ranimor, à l'heure sombre du danger, le courage et la confiance de ceux qni t'entourent; il donna, vers ce temps, une prene remarquable de cette énergie.

La situation déplorable de l'armée et la pensée de la vo>ir se prolonger indéfiniment avaient fait naturellement craindre îi nn grand nombre d'officiers, sinon une rébellion ouverte, an moins dn découragement chez les soldats alTaiblig par des maladies. Plusieurs d'entre eux, y compris Mndoiaet les deux Colonna, se rendirent donc auprès du commandant en chef et, après lui avoir exposé franchement leurs craintes, le prièrent de transférer le camp à Capoue, où les Espagnols trouveraient des logements commodes et salutves, jasqu'à ce que le temps se fût adouci; il ne fallait pas, soolenaient-ils, s'attendre d'ici là à un mouvement agresàf de la part des Français. Gonsalve comprenait trop bteo ^impo^ tance d'en venir aux prises avec l'ennemi, avant qu'il (tkt ea

* La oonqnJte de Naples fut, on h le rappelle, eutrepriw exdnôraBNd pow te eompto de la oonraone d'Angou, dont ki rerau étwat Un iafèriean i eeuz de le CMille.

COKBATS SOS LB GARKLIAIM. 2»

rme campagne, ponr avoir coaGHce dans une affirmaiion aussi hypolhéliqae; il craignait, ea outre, de décourager encore plus l'année par cette retraite. It avait pris use déterminatioa , après y avoir mûrement réfléchi; aussi, après aToir patiemment écouté ses offiders jusqu'au bout, it leur fit cette courte et mémorable réponse : > Le salut de l'État exige que nous gardions notre position, et, soyez-en bien coDTaincns, je ferais plutôt deux pas eu avant, dussentils me conduire au tombeau, que d'ea faire nu seul en arrière, pour vivre encore cent ans. » Le ton décidé dont il prononça ces mots le délivra de nouvelles imporlunilés. ' il n'y a pas an acte de la vie du Grand Capitaine, qui montre plus complètement sa force de caractère. Yoyaot aatour de lui languir et mourir ses ûdèies compagnons, il savait qu'un seul mot de sa boucbe pouvait mettre fia !i tant de souffrances, et ce mot il refosa de le prononcer; esclave da devoir, il n'bésita pas ï assumer sur lui la plus lourde responsabililé, malgré les représentations des oGBciers dont les talents lui in^iraienl le plus de confiance.

Gonsalve espérait que les Espagnols, grâce !i leur prudence, à leur soltfiété, à leur excellente constitution, pourrairait résister aux influences malignes du climat; il comptait aussi sur leur discipline éprouvée, sur l'attachement qu'ils lai portaient, el les croyait prêts ï tous les sacrifices qu'il pourrait leur demander. L'expérience qu'il avait acquise au sié^ de Barletu lui laisut juger tout autrement le cariKlère de ses adversaires. L'événement justifia ses pré*

TÏSiOBS.

Les Français, nous l'avons déjk dit, occupaient uù terrain pbu élevé, plus salubre que leurs rivaux, au delà de la rivière. Ils avaient, en outre, trouvé un abri dans les restes

IH RÈGNE DE FBRMRAND ET O'iSiMLi^.

d'un vaste amphithé&tre et dans qnelqnes autres édifices qn coDTraient encore l'emplacement de l'aDcienne rille de Mintnrnes. Néanmoins, ils souffraient beaucoup plus que leurs ennemis des rigueurs de la saison ; chaque jour, un grand nombre tombaient malades et mouraient ; ils manquaient d'ailleurs de vivres, par la faute des commissaires qui avaient la garde des magasins de Rome et commettaient les codco»aioDS les pins scandaleuses. Dans cette situation, le st^dat français, toujours impatient et prompt à l'action, se lassa peu à peu d'une guerre où il n'avait à combattre que les éléments et où il se voyait mourir lentement, comme on esclave dans sa prison , sans pouvoir espérer même de trouver une mort honorable sur le champ de bataille.

Ce fflécoDlenteoient des Français avait encore grandi par snite du peu de succès qu'ils avaient obtenu, dans leurs récentes rencontres avec l'ennemi, et, à la fin, les soldats firent retomber leur ressentiment sur leur commandant eo cher, le marquis de Mantoue, qu'ils n'avaient jamais aimé. Ils ini reprocbèrent hautement son incapacité, l'accus^'^it de s'entendre secrètement avec les Espagnols et l'acc*blèrcnl de tous tes noms injnrieux qu'ils avaient l*babitDde de prodiguer aux Italiens. Ils étairat encouragées clandestinement par Ives d'Âi^e, Sandricourt et d'antres officiers français, qui avaient toujours vu avec déplaisir l'élévatioD du marquis; à la fin, celui-ci, s'apercevaot qu'il avait perdn toute influence et ne voulant pas garder le commandement, lorsqu'il n'avait plus l'autorité, profiu d'une légère maladie dont il était atteint, pour donner sa démission, et se relira brusquement dans ses terres,

Il fut remplacé par le marquis de Saluées, qui était aussi UD Italien, étant né dans le Piémont, mais avait longtemps

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servi sods les drapeaax français et avait été chai^ par Louis X)l de commaodemeDts très importaots. Ce géaéral ne manquait ni d'énergie ni de talent, mais ii eût Tallo un cbef bien plus capable poar rétablir la subordination dans l'armée et ranimer une confiance qui avait entièrement disparu. Les Italiens, indignés de l'affront fait h leur ancien commandant, désertèrent en grand nombre. Les chevaliers français, refusant de rester dans des lieux insalubres, se disséminèrent dans les villes voisines de Fondi, d'Itri et de Gaëte, laissant la tour du Garigliano et les eaviroas à la garde de l'infanterie suisse et allemande. Ainsi, undis que toute l'armée -espagnole campait à un mille de la rivière, sous les yeux de son général, prête à combattre, les Français s'éparpillèrent dans une contrée qui avait plus de dix milles d'étendue et, sans respect pour la discipline militaire, ils cherchèrent il oublier leur vie monotone et triste du camp, au milieu de tous les plaisirs qu'ils pouvaient se procurer dans leurs nouveaux quartiers.

On ne doit pas croire que le repos des deux armées ne fut jamais troublé par le bruit des armes; on vil, au contraire, plus d'une rencontre avec des succès divers, et, comme au siège de Barletla, les chevaliers des deux nations rivalisèrent souvent de bravoure. Les Espagnols Grent deux tentatives infructueuses pour brûler le pont de l'ennemi; mais ils réussirent à s'emparer de l'imposante forteresse de , la Rocca Guglielma. Entre autres traits d'intrépidité, les écrivains castillans citent surtout avec complaisance un des exploits de leur héros favori, Diego de Paredes, qui s'avança seul sur le pont contre une troupe de chevaliers français, armés de toutes pièces; c'était là une hardiesse digne de don Quichotte, et Paredes eût probablement partagé le sort

tm KËGRB De reUHlUilB ET s'iSiBKLLK.

habïUiel de ce persoDDage (aineiu, dans de pareines oeonoDS, si ses compatrioles oe rnssent tcdos i son secows. Eb reraachet les Français parlent dn preoi cbeTalierBajaid, qui, avec an seul bras, dérendît le pont contre les Castilhas, pendant plus d'une heure.

Ces faits d'armes, sang doute, sont i^as bcilemeat acconi|ilis par la plume qne par l'épée, mais ce aérait bot injure au coascieocieox chroDiqueur de ce temps , qae de supposer qu'il ne croyait pas lui-même aux merveilleux exploits qu'il célébrait. Tous ressentaient finOnence d'une époque romantique, oit la ehefalerie mourait, mais sans avoir rien perdu de l'enlhoosiasme, de l'ardeur qu'elle manifestait à l'origine. Un crépuscule incertain voilait tous les objets; chaque jour voyait se produire de telles extravagances, non pas imaginaires, mais réelles, qa'il deveaut difficile de fixer les limites de la fiction. Le chroniqueur pouvait quelquefois s'aventurer ionoconment dans le champ du poète, et celui-ci puisait souvent le sujet de ses vtrs dans les pages de rbistorien. La muse romantique de l'Italie, alors dans l'éclat de sa gloire, ne faisait que donner une teinte plus brillante aux chim»^ de la vie réelle; des héros vivants, les Bayard, les Paredes, les La Palice, lui fournissaient les éléments de ces créations idéales, dans lesquelles elle a si bien incarné les perfections de la chevalerie. '

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