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lUgBDoe de Perdinand. — Frétentions de Pbilippe. — PerplextU* àt Perdiiuuid. — Tnitâ impotitiqne areo h France. — Baxmd iMrii|e do ni. — AniTée de Philippe et de Jeanne en Bcpagne. — Itnpcfalariti de Ferdinand. — Sou eatrevoe areo «a gendre, — Sa ■<*»'i™™ de la régence.
Li mort d'Isabelle donoe un caractère aouveau k cène histoire, dans laquelle nous nous sommes priDcipalemeat proposé et faire cooaaUre le r^ne de celte princesse. Duu la seconde partie dË cet ouvrage, nous nous sommes, il est vrai, surtout occupé des relations extérieures de TEspa^e, dans lesquelles elle intervist moins que daus les affaira «xtérieures du pays; mais alors encore nous Tarons ne présente, surveillant tout avec une vive sollicitude, maintenant t'onlre et développant la prospérité générale de la uatioa. Sa mort nous fera apprécier celte influence, car elle fut le signal de désordres que le génie et l'autorité de Ferdioud même ne purent supprimer.
AÉGENCB DE PBnMNAND. 33
La reine avait à peioe rendu le dernier soupir, que Ferdinand prit les mesures babitoelles pour proclamer son successeur. Il déposa la conronae de Casiille qu'il avait si glorieusement portée pendant trente ans. Du haat d'une estrade élerée sur la grand'place de Tolède , le héraut annonça, au son de la trompette, t'avénement de Philippe et de Jeanne au trdoe de Gastille, et le dac d'Albe déploya l'étendard royal, au nom des illustres époux. Le roi d'Aragoa prit alors publiquement le titre d'administrateur ou gouverneur de ta Casiille, conformément an testament de la reine, et reçut, en cette qualité, le serment de fidélité de tous les nobles présents. Cela se passa le soir même du jour où Isabelle éiait morte.
Une circulaire fut ensuite adressée aux principales villes do royaume, pour les inviter, après avoir Tait célébrer selon l'nsage les obsèques de leur défunte souveraine, à arborer les bannières royales au nom de Jeanne; on e:cpédia en même temps des lettres, au nom de celle-ci, sana mention de, celui de Philippe, pour la convocation des cortès qui devaient ratifier ces actes ^
La législature se réunit h Toro, le 11 janvier 4505. On y Int à haute voix le testament d'Isabelle ou dn moins les clauses relatives à la succession au tr6ne; tes communes j donnèrent teor entière approbation, puis, avec tes grands et les prélats présents, prêtèrent le serment ordinaire de fidélité à Jeanne, comme reine propriétaire, et it Philippe, comme son époux. On décida ensuite que te cas d'ineapa-
' On onit le nom de Philippe oomine étrenger, jnsqu'à co qu'il (fit piéM serment de reapecter les loù an rojuune et apécialemeat de œ nommer va emplois qae desCutilUns.
S4 RËGRE DE FERDINAND ET D'iSABBLLE.
cité de JeaDoe, prévn par la reine, existait réellement ', et OD rendit hommage à Ferdinand, comme gauTerneur légitime du royaume, au nom de sa lille. Celui-ci, à son (oor, jura solennellement de respebler les lois et les libertés de 11 Castille. Eafin les cortès eafoyèrenl une ambassade à leoTS nouveaux souverains, dans les Pays-Bas, avec un compte rendu de leurs délibérations.
Tout ce qui était requis pour donner une sanction eonsU- Intiooaelle !i l'autorité de Ferdinand, comme régent, avait été fait. En vertu de la loi écrite du pays, le souverain avait le droit d'instituer une régence, en cas de minorité ou d'incapacité de l'héritier présomptif du trône. Cest ce qu'Isabelle avait Tait, deux ans avant sa mort, sur tes pressantes sollicitations des corlès ; cet acte avait été approuvé vivement par cette assemblée, qui avait incontestablement pleine autorité pour prononcer sur de pareilles dispositions testamentaires. Ainsi, depuis le commencement jasqu'à ta fin, on avait ot)servé scrupuleusement les formes conslilulionnelies. Cependant l'autorité du nouveau régent était loin d'être soli* dément assise; Ferdinand le savait, et c'est pour ce motif qa'it avait agi avec tant de précîpitalîOD.
Va grand, nombre de nobles avaient été très méconteois da choix fait par la reine et connn avant sa mort pour 11 régence ; ils avaient même écrit à Philippe, avant cet événement, pour l'inviter à s'emparer du gouvernement, comme gardien naturel de Jeanne. S'ils ne refusèrent pas alors de reconnaître publiquement Ferdinand ï Toro, da moins ils
' La tendresBe mAtëmelle et la délicatesK arec lesq^ellGa la reiiie ne fit allntion qu'en termes Uè» généraux & l'inSnaiti de sa fille furent bûi remarquées par les cortèa.
RÉfiEHCE DE FERDINAND. 3S
ne dissimulèrent pas leur mécoDtenteoieDt. On remarquait surtout parmi eux le marquis de Viltena, nourri des le berceau, on peat le dire, de l'esprit des faclionH, et le duc de Najara; ces deux puissants seigneurs avaient perdu one grande partie de leurs domaines, qu'ils avaient du, sous le gouvernement précédent, restituer ii la couronne, et ils espéraient la recouvrer sous le règne d'an prince jeune, insouciant et inexpérimenté, tel que l'était Philippe'.
Mais, de tous les partisans de l'archiduc, le plus remuant était don Juan Manuel, l'ambassadeur d'Espagne à la cour de Haximilien. Ce seigneur, qni descendait d'une des plus illustres Tamilles de la Castille, était un homme de grand talent, brODillon, intrigant, adroit, hardi dans ses desseins, mais excessivement prudent et même rusé pour les exécuter. Il s'était insinué dans la confiance dePhilippe, lors du voyage de ce prince en Espagne, et, en apprenant la mort de la reine, il se hâta de le rejoindre dans les Pays-Bas.
■Par son entremise, une vaste correspondance fut aussitôt ouverte avec les seigneurs mécontents, et Philippe se laissa engager, non seulement k réclamer toute l'autorité en Castille, mais h écrire à son beau-père, pour l'inviter â résigner immédiatement ses fonctions de gouverneur, et ii se retirer eu Aragon. Ferdinand accueillit cette lettre avec un certain dédain; il déclara l'archiduc incapable de gouverner une Dation qu'il connaissait si peu, et le pressa en même temps de se rendre au plus tôt eu Ëspagoe avec Jeanne.
Le régent se trouvait dans une position difficile. Les émis-
* Isabelle , dans son testunent , enjoûit partioolièremeat à ses SDOces- MOIS de ne jsmBis aliéner on raadre les teirea de la couronne repiiaBs au maïqois de Tillena.
36 RÈGNE DE FERDrNAND ET ft'lSABELLE.
saires de Philippe, ou plui6t àe Hanuel, semaient partout des germes de désaffeclioD ; ils faisaieDt ressortir l'avaDt^ qoe l'on aurait à posséder on prioce insouciant et prodigue, qu'ils comparaient au vietu; Catalan, avare et sévère, qui avait si loDgtemps tenu la Dation sous le joug. Ferdinand, qui s'était toujours elîorcé de battre en brècbe la puissance trop grande de la noblesse el qui, en sa qualité d'étranger, n'avait pas les mêmes droits que la déTuoEe reine à l'obéissance de ces nobles hautains et jaloux de leurs privil^es, était fort haï de ceux-ci. Le nombre des partisans de Philippe augmentait chaque jour, et bientôt on y vit figurer les personnages les plus considérables du royaume.
Le roi, qui observait avec une proronde aniiété ces signes de mécoDleatement, parlait peu, dit Martyr, mais eKamioait froidement tous ceux qui l'entouraient, dissimulant lui-même autant que possible ses propres sentiments. H reçut, vers ce temps, une preuve nouvelle et claire des dispositions de toa gendre envers lui. Un gentilhomme aragonais, nommé Concbillos, qu'il avait placé auprès de sa (ille, obtint de celle-ci nue lettre dans laquelle elle approuvait pleinement sou père de conserver l'administration do royaume. La lettre fol livrée i Philippe; l'infortuné secrétaire fut arrêté et jeté en prison, tandis qu'on exerçait autour de Jeanne une rigoureuse snr> veillance qui aggrava beaucoup sa maladie.
En même temps qu'il recevait cet affront, le r^ent ap[Hit avec une vive inquiétude que l'empereur Maximilieo et son fils Philippe chercbaient à corrompre le Grand Capitaioe, voulant, dans tous les cas, s'emparer da royaume de Naples, que l'archiduc réclamait comme une dépendance de la Castille, dont les armées avaient réellement fait cette conquête. Il y avait à la cour de Ferdinand un grand nombre de p«^
RËCBNCE DE FERDIKAKI). 3T
soDoages de haut rang qni travaillaient h éveiller dans sod esprit d'inJQstes soupçons à l'égard de Gonsalve, qui était castillan et devait son élévation i la reine.
Le roi voyait avec pins d'inquiétude encore les relations ÎDtimes établies entre son ancien ennemi, Louis XII, et Philippe; les enfants de ces deux princes avaient déj5 été fiancés. Le monarque Français se préparait, disait-on, à soutenir son allié qui voulait eavahir la Gastille pour faire rcconnultre ses droits, au moyen d'une diversion du côté dn Roussillon et de Naples.
Ferdinand, au milieu de tous ces embarras, se trouvait dans une cruelle perplexité. Depuis son entrée en (onctions, it avait cherché !i se rendre populaire, en assorant l'exécution stricte et impartiale des lois et en mainlenant l'ordre puMic. Le peuple s'était, il est vrai, attaché à un gouvernement qo! l'avait protégé contre une aristocratie oppressive, phis efficacement que ne l'avait jamais fait aucun autre, et il avait manifesté ses bonnes dispositions par l'empressement avec lequel il avait confirmé, k Tore, le testament d'Isabelle. Mais cela n'avait fait qu'augmenter le mécontentement des nobles. Certains conseillers du régent le pressaient de reconrir à des mesures énergiques ; ils l'invitaient it reprendre le litre de roi de Gastille , qu'il avait si longtemps porté en qualité d'époux de la défunte reine '. D'autres lui conseillaient même de réunir une armée, pour faire respecter son aulorité et reponsser une invasion; it pouvait k cet effet enrôler les soldais licenciés en Italie et rentrés depuis peu
' Le Tice-chancelier , Alonso de U Caballeria, pi^p&ra an uvutt mémoire à l'appui des ptétentions de Perdinand à l'autorité et an titre de roi, moins comme Ëpous de la feue reine que comme tuteur l^gal de s»
as RËGHE DE FERDINAND ET d'iSABELLE.
en Espagne, et appeler an corps considérable de troupes, qui avait été levé dans ses propres États et attendait ses ordres k la frontière. Mais ces projets violents répngnaient à sa politique babiluelle, modérée et prudente; il craignait d'engager une lutte, qui, même s'il en sortait vainqueur, entraînerait pour le pays mille calamités. Si jamais il nourrit ces idées, il les abandonna et, donnant une arttre destination à son armée, il l'envoya en Afrique, (^pendant sa position devenait de jour en jour plus critique. Alarmé des préparatifs militaires fails par Louis XIF, qui avait obteno des Étals- Généraux de forts subsides; tremblant pour le sort de ses possessions italiennes; délaissé, Irabi à t'îniérieiir par les grands seigneurs, il semblait n'avoir plus d'autre alternative que de se maintenir par ta force ou de résigner la régence, comme l'exigeait son gendre, et de se retirer en Aragon. 11 n'eut jamais, parail>il, l'iolention de prendre ce dernier parti, mais résolut à tout basard de résister, mù, en partie, sans doute, par la conviction de ses droits et parle sentiment du devoir, qui lui défendait de livrer l'autorité qu'il avait volontairement prise, dans des mains aussi incapables que celles de Philippe et de ses conseillers; en partie aussi probablement, par une répugnance naturelle à se dessaisir d'une puissance dont il avait joui pendant tant d'années. H ent donc recours à un expédient que ni amis ni ennemis n'auraient pu prévoir.
Le roi ne vit qu'un moyen de se maintenir, c'était de détacher la France des intérêts de l'archiduc, pour se l'attacher; il y avait un obstacle à ce rapprochement, les prétentions rivales des deux monarques sur le royaume de Naples. Il se proposa de Técarter, en s'alliant h une princesse française, i qui Louis XII céderait ses droits. Il envoya donc secrètement
RÉGENGB DE FERDINARD. X9
CD France dd agent confidentiel, avec d'amples instractions poar régler les préliminaires de ce mariage ; il confia cette missioD ï Juaa de Enguera, moiae catalan très ioslmitet membre du t^nseil royal.
Louis XII avait vu avec une grande satisfaction la méainlelligence née entre Philippe et son beau-père, et avait adroitement usé de son influence sur le jeune prince pour l'augmenter; il s'alarmait à la perspective de l'immense héritage que celui-ci devait un jour recueillir : la Bourgogne, les Flandres, t'Autricbe et probablement l'empire, avec les royaumes nuis d'Espagne et leurs riches dépendances. Par le mariage proposé, un démembrement de l'Eiipagne devenait au moins possible ; dès lors , les royaumes d'Aragon et de Caslille, passant sous des sceptres diOërenls, pouvaient, comme auparavant , se neutraliser l'un l'aulre. Celait, il est vrai, rompre ouvertement avec t'archiduc, au fils duquel il avait fiancé sa fille ; mais celte alliance, impopulaire parmi ses sujets, avait fiai par n'être plus désirée du roi, qui la considérait comme préjudiciable à ses intérêts.
Des préliminaires furent donc réglés sans retard avec Enguera, et immédiatement après, au mois d'août 1505, le comte de Cifuenles et Tbomas Malferril, régent de la chancellerie royale, furent envoyés publiquement comme plénipotentiaires, au nom du roi Ferdinand, pour conclure et exécuter le traité.
11 fut convenu , comme base de l'alliance entre les deni royaumes, que Ferdinand épouserait C^ermaine, fille de Jean de Fois, vicomte de Narbonne, et d'une des sœurs de Louis XII. Cette princesse était la petiie-fiUe de Léonore, reine de Navarre, cette sœur criminelle de Ferdinand dont il a été question dans la première partie de cette histoire ;
W RÈGNE DE FERIHKAND ET d'iSABELLB.
elle était donc proche parente ries denx monarques. Ge^ maine, âgée alors de dii-h»il ans, était très belle; élevée dans le palais de son oncle, elle avait pris les maaières libres et Trivoles de cette cour adonnée au luxe V an plaisir. Louis XII consentit !i lui céder ses droits sur Naples, les donnant, comme donaire, h elle et à ses héritiers mâles oi remdies, à perpéinilé. Si la princesse mourait sans postérité, la moitié du royaame attribuée à la France dans le traité de partage avec l'Espagne, devait revenir i Louis XIL II était stipulé, en outre, qne Ferdinand rembourserait k celui-ci les frais de la guerre de Naples, en lui payant, en dii annnités, on millioQ de dncats d'or, et enfin qu'il amnistierait complètement les nobles napolitains, du parti de la maison d'Anjou, auxquels il restituerait tous leurs honneurs et leon biens. La France et l'Espagne devaient être unies désormais par un traité mutuel d'alliance el de commerce. Les deux monarques, « comme deni âmes dans un même corps, > — ainsi s'exprime ce document, — juraient solennellement de maintenir et de défendre réciproquement leais droits et leurs États contre toute puissance, quelle qu'elle fibt. Ce traité fut signé par Louis XII, à Bloîs, le 12 octobre iK05, et ratifié par Ferdinand le Catholique, k Ségovie, le 16 du même mois.
Tels étaient les termes hnmitiants et impolitiqnes de cette convention, par laquelle Ferdinand, pour s'assurer laconrle possession d'une vaine autorité et peut-être ponr satisfaire quelque honteux désir de vengeance, renonçait librenienl aux avantages réels qui avaient été procwés par la réunion des royaumes espagnols, et avairat été le bal coastanl d grandiose de sa politique, comme de celle d'Isabelle. EndTet, s'il lui naissait un Gis, chose nullement improbable, puis-
R6G8NCE DE FEBOIM JUtD. 41
qu'il n'avait pas encore cinquante-quatre ans, TAragon, avec ses dépendances, était séparé de la Caatille. Dans le cas coutraire, il devait partager avec un rival vaincu ces magnifiques possessions italiennes, dont la conquête lui avait coâté tant de peines et d'ai^ent. Dans tous les cas, il avait promis de restituer aux seigneurs angevins leurs biens confisqués, ce qui devait enlralner des difficallés inextricables et laécooteater vivement ses fidèles partisans qui s'élaieol emparés de ces biens. Ënfia , et ce n'est pas la considératioa la moias importante, il insoltait, par ce mariage mal assorti et précipité, à la mémoire delà défunte reine, doBt le souvenir, s'il s'était un peu effacé de son esprit, était resté vivant au fond du cœur de ses sujets qui devaient regarder l'aeion aonvelle comme un désbounenr national. C'est ainsi qu'ils la considérèrent, en effet, quoique les Aragonaîs, cbez qui les derniers évéoemenls avaient réveillé une ancienne jalousie contre les Castillans, fussent moins opposes il un mariage qui, dans leur opinion, devait leur rendre nue importance politique diminuée par leur union avec un puissant voisin.
Les nations européennes ne pouvaient comprendre un arrangement aussi inconciliable avec la sage politique de Ferdinand. Les petits États italiens qui, depuis l'immixtion de la France et de l'Espagne dans les affaires de la péninsule, étaient plos oa moins dépendants de ces deux puissances, les voyaient avec terreur s'unir et craignaient pour leurs intérêts, comme pour leur liberté. Quant àl'arcbiduc Pbilippe, il ne pouvait croire ï la possibilité de cet acte désespéré, qui lui enlevait d'un trait de plume une portion aussi considérable de son bérilage; le doute cependant ne ' lui fut'pas longtemps permis, car Lovis XU loi défendit de
a RÈGNE DE PERDINAND ET D'ISABSLLE.
iraverser la France, pour se rendre en Espagne, avant de ^étre réconcilié ave<^ son bean-père *.
Pbilippe, on pluldt Uanael, qui exerçait sur le jenoc prince une inSuence sans bornes, comprit la nécessiléde temporiser. On renoua les relations avec le r^nt et , ï ta fin, le 24 novembre 150S, on conclut un arrangement conoQ 80US le nom de conveation de Salamanque. Celui-ci ponait en substance que la Castille sérail gouvernée aux noms réunis de Ferdinand, de Philippe et de Jeanne , mais que le premier aurait droit, pour sa part, à la moitié des revenus publies. Le roi était de bonne fol, mais le prince ne cherchait qu'à endormir les soupçons de son beau-père, jusqu'à son arrivée en Espagne , où sa présence seole, il en avait li Terme confiance, lui assurerait le succès; pour comble de perfidie, il envoya au régent une lettre des plus flatteuses. Ces artifices ne trompèrent pas seulement Louis XII, mais même le rusé et soupçonneux Ferdinand.
I^ 8 janvier 1S06, Philippe et Jeanne s'embarquèrent, en Zélande, à bord d'une nombreuse et magnifique flotte, qui, à peine sortie du port, fut assaillie et dispersée par nue furieuse (empéte. Le vaisseau que l'archiduc montait prit fen et faillit sombrer; ce ue fut qu'avec peine qu'on réassit i
• H fut averti d'une Ttianièro bien pins dure dans une lettre de Ferdi- QBiid , curieuse comme U preuve que celui-d sentait bien U nature et U grandeor dei saoriQces qu'il faisait. ■ En Toai prêtant à être la facile dupe de la France, • écriTut-il à Philippe, • vous m'avcE poussé à cootnictcr ou second mariage, vous m'aves dépouillé des fruits mnguiSqaes de met oonquêles napolitaines, • eto. Il Aniisaït en lui faisant cet appel : • Eit latis, SU, perragstum ; redi in te, si filius, non hoslis accesseris ; his nm obstantibus, mi filiua, ampleiabere. Magna est patema via natune. ' Philippe put penser que les dentiers actes de son beau-père étaient m» ■înguliËre dimonstratioa de cette > patem» vis natune. ■ *
RËfiBNCB DE FBnDINAMD. 43
remmener tout désemparé i Weymoathj en Aogleterre'. Le roi Henri VII, informé de cet accident, s'empressa de prodiguer toutes les marques de respect et de coDsidération aux illustres époui; ceux-ci Tureat conduits en grande pompe à Windsor, où ils jouirent pendant près de trois mois d'nne bospitaltlé intéressée. En effet, Henri VII proflla de la posi- ' tion el de l'inespérience de son jeune lidic, pour lui arracher deux traités, peu excusables au point de vue d'une saine politique et môme, pour le dernier, de l'honneur*. Le respect que Henri professait pour Ferdinand, auquel il était d'ailleurs nui par des tiens de famille, l'engagea k s'offrir comme médiateur entre te beau-père et te gendre; il codseilla k ce dernier, dit tord Bacon, « de se laisser guider par un prince aussi prudent, aussi expérimenlé, aussi tieurenx que Ferdinand, > mais l'arctii doc répondit : > Qu'il megouverne, pourvu que je gouverne moi-même la Casiille ! i
A la fin , ayant réuni sa flolle à Weymonlli , Philippe se rembarqua avec Jeanne et sa nombreuse suite de courtisans et de soldats. Après une traversée paisible, il entra, le 38 ari'it, dans te port de La Corogne, k l'extrémilé nordouest de ta Galice.
Peu de temps auparavant, le comte de Cifuentcs avait été envoyé en France pour conduire en Espagne la fiancée de Ferdinand, accompagnée d'une troupe brillante de seigneurs
< D'aprb Sandoval, Jeanne montra bcanconp de sang-fioid daiu cett«
ntanLion effrajrantBi lorsqu'elle eut été instruite par Philippe du danger qu'elle eourait, elle ae couvrit de ses plus beaux babillemeols et porta sur elle une forte somme d'ai^ent, aSn que son corps, s'il était retrouvé, ffU reconDU et qu'elle fîlt ensevelie areo tous tes honneun dus à son rang.
* L'un était un traité de commerce avec les Flandres, si désastreux qu'il fut connu dans ce pays tous le nom de ■ tialtu i»Ureurt%t; • l'autre • stipulait la remise de l'iôfortuné doo de SuffoUc an monarque anglaia.
4à HKGNB de FERDINAND ET fi ISABBI.I.e.
OraDçais et Dapolitaios. Elle fut reçue i FunUrabie, sur la fronlières du pays, p^r l'archevêque de Saragosse, fils uaurel du roi calholique, avec une suite nombreuse compoiée principalemeut de nobles aragonais et catalans, qui l'escorta en grande pom|ie jusqu'à Dueoas, où die fut rejointe p» son époux. Cest dans cette ville, où, treole-six ans auparavant, il s'était uni h Isabelle, que Ferdinand, comme pour augmenter encore l'amertume de ses souvenirs, coadaîsitai pied des autels , le 18 mars 1506, sa jeune et belle liaaeée.
< il semblait cruel, > dit Martyr, avec son flegme ordinaire,
< que ces noces eussent lien si tôt, dans cette Castille oi Isabelle avait vécu sans rivale et où sa Diémoire était eucort vénérée autant que cette reine l'était elle-même de soa vivant. >
Moins (le six semaines après cet événement, Philippe tf Jeanne arrivaient à La Corogoe. Ferdinand , qui s'altendait à les voir débarquer dans un port plus voisin , au nord, se prépara sans perdre de temps à partir pour aller à leur reacoolre; il dépécha un exprès pour convenir d'une ealreToe avec son gendre et s'avança Ini -même jusqu'à Léon. Mais le prince n'avait pas l'intetitton de voir son beau-p«« pour le monicul; il avait débarqué tout exprès à une extrémité reculée du pays, aliu dt: donner k ses partisans le temps de le rejoiiidreetde se déclarer en sa Taveur. Des lettres avaieat été envoyées aux principaux nobles et cavaliers du royaume, et on vit ceux-ci accourir en Toole, empresses de faire lear CDurà leur jeune monarque. Quelques-uns d'entre euxappvtenaient aux familles tes plus considérables de la Castille, et plusieurs, tels que Villena, Najara, vinreat accompagnés d'une troupe nombreuse et bien armée de soldats. L'arebiduc ,avait ameué avec lui trois mille booan»s d'ialaotene'
lÉCBEtcB K rraniiAin. m
illemande, parbîtentc»! éqni^, et cette petite année ae grossit bientâi de six tnil]eE8pagaol8,-i)oa compris les vAtévaliers qui se pretsiisat autoar de fui. II poanit désormais dicter la loi à sod beaH-pdre; aotti proclama-t-il ouveriftment qu'il ne se croyait pas lié par la coDTeatioB de Salamaeqne et qu'il ne oonseatirait jamais à on arrangement portant atteiote eu anenoe manière à ses droits, ainsi qifk ceax de sa femme sur la couronne de Casiille.
En vain Ferdinand s'efforça de gagner h ses intérêts don Jaan Manuel, en Ini faisant les pins belles promesses; fl ne poonit rien lai offt-ir qui valAt l'ascendant absoln que le fïivori possédait sur te jeoae roi. En vain il envoya Martyr, et pins lard Xlmenès, auprès de l'archiduc, pour convenir d'an arrangement od, do moins, d'oneenlrevue avec celui-ci. Philippe accneittit poliment ces envoyés, mais ne voulut rien rabattre de ses prétenlions; Manuel ne se souciait gnère de laisser son matlre esposé, dans un léte-à-téie , il TiAflnence que devait exercer snr loi nn habile et sage politique tel qae le r^ent.
Martyr nous trace an portrait assez flatteur de Philippe, i cette époque. Ce prince était bien fait, avait un caractère généreux, des manières libres et Franchee, avec une certaine noblesse d'esprit, malgré une ardente ambition ; mais s& complète Ignorance des affaires le rendit la dape de gens artificieux, qui le firent servir d'isstniment pour leurs pro> près projets.
FenJioand, apprenant enfla q«e l'archiduc, qui venait de quitter La Corogne, s'avançait par des chemins de dÔtoW vers l'intérieur du pays, afin de l'éviter, et ne voulait pas qa'il vit sa fille, ne put réprimer davantage wa indignatiett; il prépara une circulaire, qo'il se proposait d'envoyé dus
M RËGN& DE FBRDINAHD ET d'iSABELLE.
tout le pays, poor l'engager à se soulever et i l'aider i tirer Jeanne, sa souveraine, de sa honteuse captivité. Celte lettre, paraît-il, ne Tut pas expédiée; le régent se dit, sans doute, qu'on ne répondrait pas h son appel, car son réceat mariage lui avait Tait perdre même l'allacbement que lai avaient témoigné les communes. Ainsi le moyen aoqoel il avait recouru pour consolider son antCNrité en Castitle, fut h principale cause de sa raine.
Le régent devait subir des affronts plus bumilianls encore; le marquis d'Astorga et te comte de Benevenle lui fermèreDl les portes de ces deux villes, tandis qu'ils publiaient, pour comble d'insolence, une proclamation dérenilant ï leurs vassaux d'assister ou de loger la suite du roi. < Triste spectacle, en vérité, > s'écrie Martyr, < que celui d'un monanfoe, tout-puissant la veille, errant le lendemain comme on vagabond dans son propre royaume, sans pouvoir même voir sa fille! »
De tonte ta brillante troupe de courtisans qui l'entouraient, aux jours de sa prospérité, les seuls Castillans it baut rang qui lui fussent restés fidèles étaient le duc d'Albe et le comte de Ciruentes, car son gendre même, le connétable de Caslllle, l'avait abandonné. Il y avait toutefois, i quelque distance de U, de fidèles sujets, tels que te bon Talavera, par exemple, et le comte de Tendîila, qui craignaient de voir les rênes du gouvernement passer des maint fermes et habiles qui les avaient tenues pendant plus de trente ans, dans celtes du capricieox Philippe et de ses favoris.
Un terme fnt ienfin mis à ce scandale, et Manuel, soit qull eût plus de confiance dans aa force, soit qu'il craignit de se rendre odieux, consentit à laisser courir il son jeune mailie