‹ Histoire du règne de Ferdinand et d'IsabelleChapitre 51 sur 73 · RÉGENCE DE FERDINAND · texte numérisé non relu

RÉGENCE DE FERDINAND

le danger d'ooe entrevue *. On choisit à cet effet noe plains découverte près de Puebla de Senabria, sur les Trontières des provinces de Léon et de Galice; on fixa le 23 jnin. Mai» alors encore le Tavori prit des précautions vraiment ridicules, eu égard k la position misérable dn roi d'Aragon; tonte l'armée fat mise eu monvement, comme s'il eât Talla tenter la voie des armes. La marche était onrerte par les piqniers allemands, en ordre de bataille; puis venaient les brillants escadrons des chevaliers castillans, suivis de leurs vassaux bien armés; ensuite apparaissait l'archiduc, monté sur un cheval de guerre et entouré de ses gardes du corps. Les archers et les cbevaa-légers fermaient ta marche *.

Ferdinand, an contraire, n'était accompagné que d'environ deux cents nobles, principalement aragonaîs et italiens, montés sur des mules et portant simplement le court maoteau noir et le bonnet du pays, sans autre arme que l'épée. Le roi se' fiait, dit Zurila, ii son altitude majestueuse e.i à la réputation qu'il s'était acquise par sa longue et habile administration.

Les nobles castillans, mis en présence de Ferdinand, ne ponvaient se refuser à lui rendre leurs hommages. Il les reçnt avec sa courtoisie et son affabilité habituelles, faisant quelquefois des observations piquantes. En voyant l'orgueillenx duc de Ifajara arriver avec nne brillanle troupe

* Il 7 ■ plosieiiTB lettres de Philippe i ïeidiniuid. Écrites peu de temps ■{irèa le débuquemeiit de l'arohiduc ; celtù-d j ttfibcte un profond retprât pour Bon beau-pire etnnegmtdeîmpfttiBnaBd'aTmiaTeeluitmeentreTue, qa'il évitait avec tant de soin.

* Le seul prétexte potu tout oet appareit militûre £tut le bruit que le ni levut des forces coniidérables et que le due d'Albe nusemblslL ses vananx dans les provinces de Léon, bruits répandus sans doute i dessein, s'ils n'étaient simpleroeat inveutét par l'ennemi.

A RÉGNE DE PBHDINjUID ET d'iSUELLE.

d'hommes armés, il a'écria : c Yods n'oubliez jamais, duc, les devoirs d'un gnod eapilainel » Garcilasso de la Vega, SOB ancien ambassadeur à Rom«, se trouvait là; comme beaucoBp de grands de Castille, il portait sous ses léiemesb QM armere, afin de se préserrer en cas d'une atla^ inprévae. Le roi, en l'embrassant, s'en aperçât et, loi Trappant familièrement sur l'épaale, il Ini dit : c Je vous Cilh cite, Garcilasso ; voas avez bien engraissé depuis que je ne foas ai plas vn. > La désertion d'ua homme qui avait reçi de lui tant de faveurs le toucha tontefois plus que celle àt tons les autres.

Quand Philippe approcha, on remarqua qn'il avait l'air inquiet et soucieux, tandis qne son beau-père consCTvait son air c&lme et esjowé. Après s'être salués, les deux monarques descendirent de cheval et entrèrent dans ni petit hermilage voisia; ils n'étaient suivis que de MMnel et de l'archevéqaé Ximenès. Ils étaient i peine entrés, que ce dernier, s'adressaot an favori avec on air d'autorité anqMt il n'était pas Tacile de résister, Ini dit : < Il ne convient pas i|ae nous nous mêlions des aflïires privées de nos maîtres, > et, le prenant par le bras, il sorlii avec Ini de l'appartemeit, dont il ferma la porte, en ajoutant t qu'il ferait l'office de portier. » Cette eonCirenee resta sans résultat; Philippe était Iriea pr^aré à jouer son rdle et resta, dit Mari]T, aussi inflexible qu'un roc. Il } avait si peu de confiance entre les deux souverains, que te nom de Jeanne, que Ferdinand désirait tant voir, ne fnt même pus prononcé dans cetlc entrevue.

Mais, quelque répugnance que le roi d'Aragon eflt à céder, il n'était plus en état de débattre les conditions; non seulement il avait perdu toute influence en Caslille, mais il avait

RtClHCE DE PERBIHAM. M

nça de Nafdes des DcavelleE alarmantes, qai lai avaient fhU prendre la résolutioa de visiter immédiatemeat ce royaaoM. n décida donc de courber la tête devant l'orage, en atteaduit des jours meilliiurs ; témoia de la jalousie naisMots entre les nobles castillans et Ûsmaads, il prévoyait profa»* Uement des diaeentiments qai lai Toamiraient l'occasion do ressaisir, peatrélre avec le consentement de ]a nation , les rênes du gonverneawnt qs'on lai arradiait si bratalement des mains <. Dans tous les cas, s'il devait pins tard lairq «âge de la force, il pourrait j recourir plus sùreoieDt, avM faide de son allié, le roi de Fntœe, après avoir nis en onire les a&iras de Naples.

A qoelqneB considératioDsqa'aîl obéi le pmdent monarqno, il autorisa l'archevêque de Tolède, qoi avait accès anpris da rarchidne, à consentir à un arrangement sur ks bases mêmes proposées par cdai-ci. Le ST juin , il signa et Jura solennellement d'observer une convenlion , par laqnellQ il abandonnait la souveraineté entière de la Castille à Philippe et à Jeanne, ne se réservant que les grandes-maitrises des ordres militaires et les revenus qw lui assignait le testament dlsabelle.

Le leodemain, il dressa une antre pièce des pins singilières, dans laquelle, après avoir proelané ODvertement l'incapacité de sa flile, il promettait d'aider Philippe ï empt> eber (oate intervention en &veaj de celle-ci , et s'engageait

* liOrd Bacon ^t en parlant de b mort piématuiéa do Pbitippe : ■ Citait V^ixikn Au plus sages do oett« oooi q*e, l'il anit tjcu, bv beau-père l'aurait dominé de mvuère à ^areruei ses oonaeils et aw projets, sinon ses affections. • Cette prédictic^ devait se fonder sur la oodnaisssnoe géntole da cuaottre de ces deux prinoes, ear Ib ne se leTiieut phu aprte que Ferdinand m &it utiré et Aiagos.

M ifiGItE DK FEUnUSD ET D ISABELLE.

i lui assnrer, ponr antant que la chose senil eo son povvoir, loole l'autorilé.

Araot de signer ces pièces, FerdiBaod protesta secrèlenWDl, en présence de plusieurs lémoias, qu'il ne prenait pas ces engagemeais de sua plein gré, mais par nécessité, pour sortir d'uoe position dangereuse et préserver le pajs des maux imminents de ta guerre ciTÏIe. I) finit en décblant que. loin d'abandonner ses droits à la r^ence, il se proposait de les revendiquer et de tirer sa fille de sa captivité, dès qu'il en aurait les moyens. Enfin, pour compléter celle suite d'inconséquences, il envoya, le <** joiltel, dans tout le royaume, une circulaire par laquelle il annonçait qu'il avait résigné le pouvoir entre les mains de Philippe et de Jeanne ; il ajoutait que, malgré ses droits à le coas»ver, il avait depuis longtemps pris cette résolulion, se proposant de l'exécuter aussitôt que ses enfants auraient mis le pied dans le pays.

' Il n'est pas facile de justifier ce monstrueux tissu de voniradictioos et de ruses, au point de vue de la nécessité. Poorqooi Ferdinand, après avoir voula soulever le royaume en faveur de sa fille, proclama-t-il ouTertement l'incapacité de celle-ci et confia-t-il toute l'autorité à Philippe? Était-ce pour rendre l'archiduc odieux, en l'encourageant à une mesure qui devait, il le savait, mécontenter au plus haut point les Castillans? Hais il partageait toute la responsabilité avec lui. Espérait-il que ce jeune prince, insouciant et imprévoyant, ferait touroer & sa perte son autorité absolue? Quant à sa protestation secrète, il voulait évidemment se ménager un prétexte pour pouvoir no jour revendiquer ses droits, les concessions qu'il avait faites lui ayant été arrachées par la -force. Mais alors pourquoi neutraliser Teflet de

RÉGENCE DE FERDiKARD. 'SI

cette protestatioQ, en déclarant spontanément dans son manifeste an peuple que son abdication n'élait pas seulement Tolonlaire, mais un acte réQèchi et prémédité? Ce qui le conduisit probablement ï faire cette déclaration, ce Tut te désir de cacher la honle de sa déraite, mais il ne pouvait tromper personne. Tous ces actes, par leur caractère équivoque, Tout nécessairement supposer qu'ils provenaient d*babitudes de dissimulation, trop Tories pour pouvoir être surmontées, lors même qu'elles étaient inutiles. On voit parfois dans la vie privée des exemples d'uu pareil amour d'une duplicité superflue.

Après cela, une nouvelle entrevue eut Heu, le 5 juillet, entre Ferdinand et Philippe; le beau père obligea son gendre, en cette occasion, à lui témoigner une dérérence affectueuse, qui, si elle n'en imposa pas an public, peu disposé à croire ii une réconciliation sincère, jetait an moins nu voile sur leur séparation prochaine. Héme dans cette dernière entrevue, la méfiance et les craintes qu'il inspirait ne disparurent pas, et le malheureux père fut empêché de voir et d'embrasser sa fille avant son départ.

An milieu de toutes ces épreuves, Ferdinand, dit son biographe, avait conservé cet empire sur lui-même qui convenait à la dignité de son rang et de son caractère, et qni offrait un contraste frapjiant avec la conduite de ses ennemis. Si aCDigé qu*il fût d'élre délaissé par nu peuple qui avait joui, pendant plus de trente ans, sous son gouvernement, des bienlaiis de la paix et de la sécurité, il ne laissa paraître aocnn mécontentement. An contraire, lors de ses adienx aux grands du roj'aume assemblés, il leur parla amicalement, rappela les serviqps qu'ils lui avaient rendus et s'attacha à produire sur leur esprit une impression qui en effaç&t

n RÉGNE BB rmoamaa a o'uublu.

W soBTenir de Iwr réeeatic nésiatelligeDoe. Le pra<t«t ■oaarquA pr^vojait, hok doute, le jour de »■ reliwr. et «rec asseï de raitoD ; il y arait d'autre& eeprita pâBélnut». (|Di voyiient dana les Bifites da temps de nombreu» préuiew d'une révolation ppcx^io*.

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