‹ Histoire du règne de Ferdinand et d'IsabelleChapitre 53 sur 73 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

lÈGSB DB PHILIPPE I-.

Philippe et Jeanne. — Leur roauTaise administnitJDD. — Dêfituoe ik FeHinuid aa sujet de Oonaalre de Cordonc. — Vojage de Ferdinud i Naptes. — Mort et caractère de Philippe. — GoaTernuDrait piOTÏaoire. — £tat de Jeanne. — Entrée de Ferdinand à Napls. — UJoantentement osmé dans ce royaonis par tes memueB.

A peioe le roi Ferdinand se fut-il retiré dans ses ÉUlt héréditaires, que Philippe et Jeaone s'avancèrent vers Valladolid, afln de. recevoir l'hommage des étals assemblés eo cette ville. Jeanne, accablée d'une m^ancolie continuelle et vètae de deuil , dans un temps de réjouissances , refosa le splendide cérémonial et les fêtes que les habilaots préparaient pour sa réception. Son volage époux, qui, depuit longtemps, avait cessé de lai témoigner, non seulement de l'affection, mais même le moindre respect, aurait vonluétie autorisé par les cortès & (aire enfermer sa femme, comme folle, et il s'emparer seul du gouvernement. L'archevêque de Tolède et quelques-uns des principaux nobles appujèreot cette demande, mais elle fut repoussée par les communes.

RteHE DE PHIUPPB 1". 6S

qoi De poavaieDt supporter cet affront fait i leur • sonveraine légitime , > et celles-ci Turent si Tigoureusement soa- (eones dans lenr opposition par un paissant seigneur , l'amiral Enriquez, allié à la Tamille royale, que Philippe fiait par renoncer ^ son prpjet et par se coalenler d'un acte de reconnaissance, semblable k celui qui avait été fait à Toro. Il ne fut plus question du roi catholique , ni du récent airangemenl par lequel il transTérait la régence à son gendre (12 juillet 1506). Le serment ordinaire de fidélité fut prèle ' Jt Jeanne, comme reine-propriélaire du royaume, à Philippe, comme époux de celle-ci, enfin à leur fils aîné, le prince Charles, comme héritier présomptif du trdae et successeur légitime de sa mère, k la mort de celle-ci *.

Aux termes de ces actes, Jeanne était investie de l'anlorité royale; cependant l'arcbiduc s'empara, dès ce moment, du gouvernement, et ce fut le signal d'une véritable révolution. Partout les anciens fonclionnaires forent déposés sans cérémonie, pour faire place aux nouveaux favoris; les Flamands surtout occupèrent toutes les hautes positions, et les principales forteresses du royaume furent confiées k tenr garde. L'aneieDoelé , l'importance des services rendus , tout ftat méconnu. Le marquis et la marquise de Moya, amis personnels de la défunte reine, qui tes avait particulièrement recommandés à sa fille , furenl expulsés par la force de S^ovie, dont la forte citadelle lut donnée à don Juan Manne); biens et honneurs étaient entassés sur ce rusé favori.

La cour vivait avec une prodigalité insoucianle, et les revenus publics, malgré les libéralités accordées par lesder-

' Jeume prit soin, en. cette oooasîoD, d'examiner elte-mime Us ponvoire des dipatéa , pour s'ustuer s'ils étaîeat toua régalien ; nngolièie oirctnqiection chez dilb folle I

6« BteNB DB FBHDIHAHl) ET d'iSABKLLK.

Dières cortès, ne saffirent pas pour &ire lace am dépeua. Afin de combler le déficit, on vendit les cbai^;es à Feiicu. Philippe assigna i on des trésoriers rojaox le produit de manafacturea de soie de Grenade, produit destiné à paya li pension du roi Ferdinand. Heureusement Ximenès s'empvi de la pièce et eut la hardiesse de la mettre en pièces; ilw rendit ensuite auprès du jeone prnice el lui représenta que ces actes imprudents ruineraient inrailliblement son autorité dans le peuple. L'archiduc céda en cette occasion, miis, bien qu'il trait&t l'archevêque avec une extrême àéténact, on ne voit pas que celui-ci ait exercé sur lui cette influoicc dont parlent des biographes flatteurs.

Ces mesures arbitraires ne pouvaient manqser d'exciiff partoQl le mécontenlemeot; les signes de désordre les plos alarmants commencèrent à se montrer dans différentes pa^ ties do royaume. En Andalousie particulièrement, me ligK de la noblesse se forma, dans le but avoué de délivrer li reine de ta dore captivité dans laquelle, dîsait-on, elle était tenue. En même temps, Cordoue devenait le tbéilre des scènes les plus tumultueuses, provoquées par les violences de l'inquisition. Un grand nombre d'individus, des deni sexes , appartenant aux principales familles de la ville, avaient été arrêtés comme suspects d'hérésie. Il s'ensoirit une insurrection , encouragée par le marquis de Priego, dans laquelle on força les prisons ; l'inquisiteur Lncero , qui s'était rendu justement odieux par ses cruautés , lailltl tomber dans les mains de la populace furieuse ^ Le grand-

< Lacero(qaa l' bonne te Martjr appelle d'ordinaire ironiquement Tal^ braro ) reprit aw fonotions inqoisitonAles i U mort de Philippe ; une di k> nonvellea TÎatimea fut le Iwii ucheTéqve Tsltinn, dont il empoiaouM le deniienJDanpuseapen£ontioiu.3eaTiolenoe8iii3auéeeproroq<riraiUlt

KÈCSE DE PHILIPPE l*'. 65

inquisiteur Deza, qui Tut l'ami de Colomb, mais dont le nom esl uaHieureagemeat inscrit sar quelques-unes des pages les plus sanglantes des anoales du saiot-office, Tut si effrayé de ce mouvement, qu'il donna sa démission. Philippe qui, élevé dans les Flandres, n'avait pas appris à respecter cette ia^itotioo, soumit l'aDaire à son conseil royal, ce qui lui aliéna autant ses sujets les plus dévots que ses actes réellement mauvais.

Les sages ^ fidèles Castillans voyaient avec crainte ce mécontentement, encore sourd , qui meuaçalt de grossir et d'amener une terrible explosion; ils se reportaient avec regret an temps heureax où ils vivaient en paix sous le sceptre de Ferdinand et d'Isabelle.

Pendant ce temps, le roi catholique continuait son voyage vers Naples. Les Napolitains l'avaient vivement engagé k visiter ses nouveaux États, peu de temps après la conquête; il arrivait maintenant, moins pour satisraire à leur demande, qae pour tranquilliser son esprit, en s'assurant de la fidélité de son vice-roi. Goosalve de Cordoue. Cet homme illustre n'avait pas échappé & la loi commune ; ses briHaats succès loi avaient attiré cette envie, qui semble suivre le mérite comme son ombre. Même des hommes tels que Rojas, l'ambassadeur de Castille ^ Rome, et Prosper Colonoa, ruinent général italien, s'abaissèrent jusqu'à user de leur

fin l'interreiitioii dn gonTernemeot, qui le tradmait devapt nne comnuuion ap£ciale , ayant à ia tête Xîmen^. Il anccnniba cette fois ; on ouTiit les prisons qu'il arait remplies, on cwsa comme fondis but des bases inseiEuntes ou friTolea les jogcmenta qa'il arût rendus, mois, hilas ! qu'itait-co qiw Mta prts des oentaines de mardis qn'il avait fait bnUer et des milUcra de gens qall arait plongés dans lamisèieF II fut tatûa oondanué, non à être brûli yiT, mais i se retirer dans son bân^Boc «t à se bwaei à leB^lir les deroira d'un prélre ohrétien !

6e RÈCHE DE FERDIHAUD ET D'ISABBLLB.

inflaence k la cour, pour déprécier les services daCnnd Capitaiae et éveiller des sonpçoDS sur sa fidélité. Ses minières gracienses, ses libéralités sans bornes, sa magnificence , furent représentées comme des arlifices politiques pour séduire la soldatesque et le peuple. GonsaWe vendait ses services au plus haut enchérissenr; il avait reçu les offres les plus brillantes de la part do pape et do roi de France ; il était entré en correspondance avec Haximilien et avec Philippe, lequel voulait le gagner ï toai prix. Si jusqu'alors il ne s'était pas encore déclaré ouvertemeDi, c'est probablement qu'il attendait, avant de prendre no parti, l'issue de la lutte engagée entre le roi d'Aragon elsi» gendre '.

Ces insinuations, dans lesquelles une petite part de vérité se mêlait, comme toujours, aux plus grossiers mensonges, troublèrent peu h peu l'esprit, naturellement défiant A soupçonneux, dn monarque. Il voulut d'abord diminaer la puissance du Grand Capitaine eu rappelant, malgré l'étal de désordre dn royaume, ta moitié des troupes qu'il avait sons ses ordres. Prenant ensuite nne résolution pins décisive, il ordonna au général de revenir en Castille, sous prétexte de l'employer dans des affaires très importantes; pour mieux le tromper, il s'engagea par serment k lui translérer, à son arrivée en Espagne, la grande-maitrise de Saint-Jacques, avec ses dépendances et ses revenus princiers, le plus b^a présent que put faire la couronne. Voyant que ces moyens n'avaient pas réussi et que Gonsalve différait son retonr

1 Qonulre , duis one de ses lettres aa roi , signale ces ocduatioiu s injorieoaes pour lui ; il oonjore son mattre de ne pas prendra des mcmna priaipitées, par auite de ces calomnies, et Qnit en piotestant TÎTenuat d> M fidélité et de son dévouement.

KËGNE DE PBILIPPE I". ST

sons différents prétextes, il devint si inquiet qa'il résolut de partir an plus tAt pour Naples, afin de ramener Ini-méme, s'il n'était pas trop tard , son paissant vassal.

Le A septembre 1506, Ferdinand s'embarqua à Barcelone, à bord d'une flottille de galères catalanes, bien équipées; il était accompagoé de sa jeune et belle épouse et d'noe nombreuse escorte de nobles aragouais. Le 24, après tue traversée orageuse, il entra dans le port de Gènes, oil, à sa grande surprise, il fut rejoint par Gonsalve qui, instruit de son départ, était venu de Naples à sa rencontre, avec une petite flotte. Si cette démarche, pleine de Tranchise, ne détruisit pas les soupçons du roi , elle l'engagea du moins à les dissimnler, et il témoigna au vice-roi une déférence, une confiance apparentes, qui devaient tromper non seulement le public, mais l'homme qui avait excité sa défiance.

Les écrivains italiens du temps se montrent étonnés que le général espagnol se soit livré si aveuglément dans les mains d'un maître soupçonneux; mais il était fort, sans doule, de la conscience de son innocence. Il ne parait pas qu'il y eût de bonnes raisons pour mettre celle-ci en doute ; son acte le pins équivoque avait été sa lenteur à obéir aux ordres du roi, mais, comme il l'expliqua lui-même, il en fut empêché par l'étal de désordre où se trouvait le pays, par suite de la prochaine restitution aux seigneurs angevins de leurs propriétés conGsquées, et du licenciement précipité de l'armée qui^ sans l'autorité dont il jouissait, se Tùt ouvertement mutinée *. A ces motifs on peut vraisemblablement ajouter

' UjkpliuieiUBlettrN de Qonsitlre, datées de IIÎOS, daua lesquelles il uuHutcB son prooliun retour et explique ses retarda par l'état de désordre du rojauiDE, dont la déplorable siCuatton bit léelicment le s^jet de sa conespondance à cette époque.

M RËGNB DE FERDINAND BT d'iSUBLLB.

SB répugnance, bien naturelle quoiqu'il oe s'eo reodtt portêtre pas compte, h desceodre d'uoe haute position, peu n dessous de celle des rois, qu'il arait si longtemps et si ^orieusement occupée.

Gonftalve avait, il est vrai, gouveraé le royaume eu rentable souverain, mais il n'avait pas usurpé des droits quests services et sa position ne lui donnaieut pas. Dans ses opérations militaires en Italie, il avait toujours eu en vue l'intérêt de son pays , et , jusqu'au dernier traité conclu avec la France, il avait eu principalement pour but de ebasser l« Français au delà des Alpes. Depuis il s'était activement occupé des affaires intérieures du royaume, avait pris d'excelleMes mesures à ee sujet et avait réussi, à force d'habileté, i concilier les intérêts les plus opposés. Bien qu'il TAt l'idole du peuple et de l'armée, rien ne prouve qu'il ait tenté de se servir de sa popularité dans une intention coupable; ries oe prouve non plus qu'il ait été corrompu , ou même simplement ébloui par les offres brillantes que lui firent, à plusieurs reprises, les différents potentats de l'Europe. Au contraire, sa fière réponse au pape Jules I! respire un sentiment de Terme loyauté et atteste son désintéressement, son iotégriié. Les Ilaliena contemporains , qui affectent une certaine défiance au sujet du mobile qui le faisait agir, étaient peu habitués à de pareils exemples de dévouement ','mai3 l'historien, qui passe tous les tùts en revue, doit reconnaître que

' Crtte muùèra de flâtrir une répaUtion par le Kopfou est &iniliin âm éorivaiiu itAliens de oe temps, qui reconreat oonstamineiit anx molib Us plus eninindi pour expliquer tant ute mystériBox en ineonprttanble; Un'utÏTait pu, p«i exemple, de mort eafaite, saju ai maiBa m iuprtlo de p<âmB veni par l'une cm l'autre man. Quelle eflhfiMte itufletion des mœnn de ce paji !

KÈCi>E m PHILIPPE I". W

rtea ne justifiait des soupçdos, et que les seuls actes qu'on puisse reprocher à Gonsalve D'élaieat pas dans son intérêt , mais dans celui de son maître, et strictement conrormes aux ordres de celui-ci. Si quelqu'un donc pouvait s'en plaindre, ce n'était pas, à coup sftr, Ferdinand.

Après soD départ, l'escadre royale fut poussée par des vents contraires dans le port roisio de Portofino, oti le roi d'Aragon reçnt une nonvelle qui devait l'empêcher de peurssivre son Toyage; c'était la laort du jeune roi de Castille, son gendre.

Cet événement, si peu attendu et effi'ayant, tant il était imprévu , avait été occaûonné par une fièvre eogendrée par UQ eiercice trop violent an jeu de balle, dans une léte donnée à Philippe par Manuel, son Tavori, à Bui^os. oii la cour résidait en ce moment. Par l'inhabileté des médecins, dit-on, qui obligèrent de recourir à la saignée, le mal fit de rapides progrès *, et, le sixième jonr après l'accès, le 25 septembre 1906, te prince rendit le dernier soupir *. Il n'avait que vingt-hnit ans et avait porté le sceptre un peu plus de deux mois, depuis sa reconnaissance par les certes. Son corps embaumé fnt exposé publiquement pendant deux jours avec

t La maladie de Fliilippe fat d'abord jogée comme étaot sans gravité par *ea midediis fluuands, dont le traitement et lea pronostics foreot ^alaneat oondtunnis p»i leur eoa^Dteat, Ladario llarlùmo, mëdeùa italien, célébré par Martyr comme ■ inter philosophas et roedicos lucida t&mpas. • Marliano fat aa moîas le meilleur prophète en cette occosiou.

* Heareosement pour U r^patation de Ferdinand , la mort de Philippe fiât «ntonrâe de ciroonstanoet trop pea mystérieiues et rapportée par tropde témoins ocalaires, pour donner prise à aucun sonp^n d'empoisonnemeot. Il parait qne l'aiohidnc avait ba de l'ean froide en abondance, quand Û avût trèi ohand ; il fut onportj par one Si?i« épïdtaiique qui djsola ta te tempe la Castille.

•» tÈBIKK DE FERDIHIMD ET D ISABBU.B.

les iasigoes de la royauté, puis déposé dans le couvent de HiraflOTes, près de Bdi^s, eo attendant qu'il fïkt défiailivement trausréré k Grenade, conrormémenl aux deraiëra Toloulés du mouraut.

Philippe était de taille moyenne, avait le teint animé, des traits réguliers, de longs cheveux Ootiants, le corps bien Tiit et bien proportionné; il avait même une si grande réputation de beauté que, sur la liste des souverains espagnols, il est désigné sous le nom de Felip« £1 Hermoso ou Philippe le Beau. Il n'était pas aussi heureusement doué sous le rappoit de l'intelligence; le père de Cbarles-Qnint possédait k peine une seule des qualités qui distinguèrent son fils. Il était vif, impétueux, franc et insoaciant; appelé par sa naissance à de hautes destinées et habitué de bonne heure à commander, il se faisait remarquer par une ambilioo immodérée et ne se laissait ni dominer ni conseiller. Il ne manquait pas de générosité et même d'une certaine grandeur d'àme, mais il s'abandonnait k l'impulsion du moment, bonne oa mauvaise, et, comme il était naturellemeut indolent et ami du plaisir, il se reposait volontiers des soins du gouvernement sur d'autres, plus soucieux, comme toujours, de leurs intérêts que de ceux du public. Grftce à sa première éducation , il était exempt du fanatisme caractéristique de l'Espagnol, et, sll avait vécu, il aurait fait beaucoup pour corriger tes moDStrnenx abus de l'inquisition ; sa mort prématurée l'empéchi de compenser, par ce seul bien, les fautes nombreuses de son administration.

Cette mort, trop soudaine pour être entrée dans les calculs des politiques les plus clairvoyants, répandit la consle^ nation dans tout le royaume. Les anciens partisans du roi d'Aragon, Ximenès à leur tête, s'attendaient avec confiance

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à le voir reprendre la régence; un grand nombre d'autres personnages, tels que Garcilasso de la Vega, dont la fidélité à lear maître n'avait pas résisté à l'épreuve du temps, prévoyaient son retour avec une certaine inqniélnde. D'autres encore qui, dès te premier moment, avaient ouvertement épousé la cause de son rival , comme le duc de Najara , le marqnis de Villena et surtout don Juan Manuel , se virent perdus et touroèroot leurs regards vers Maximilien, le roi de Portugal ou tout antre monarque, auquel son alliance avec ta famille royale pouvait donner uu prétexte plausible pour intervenir. La nouvelle de la mort de Pbilippe Fut nu coup de fondre pour les Flamands de sa suite; à voir leur épouvante, on les eût pris pour des vautours afTaméa. rôdant eucore autour de la proie à demi dévorée qu'on leur avait brulatement- arrachée.

Au point de vue du talent et de la coDsidéralion publique, la balance penchait évidemment du côté du roi. Son plus formidable adversaire, Manuel, avait beaucoup perdu de son crédit, pendant sa courte et désastreuse adminislTalion; tandis que l'arcfaevéque de Tolède, que l'on pouvait considérer comme le chef du parti de Ferdinand, possédait des talents, une énergie et une réputation de sainlelé, qui, joints à l'autorité de son rang, lui donnaient une influence illimitée sar toutes les classes de ta nation. Il était heureux pour le pays que la primatie, dans ces circonstances critiques, se trouvJkt4ans des mains aussi habiles; ainsi était justifiée la sagesse du choix fait par Isabelle, contrairement aux désirs de Ferdinand , qui devait en tirer le plus grand profit pour lui-même.

Ximenès, prévoyant l'anarohie dont la mort de Philippe allait donner le signal, réunit dans son palais, la veille de cet

7t HËCNE DB PKMtNUiD ET b'iSABELLB.

évéDement, les nobles préscDts à la cour; od décida daas oetle réunion la nomiQalioo d'un goBvernemeut provisoire on d'une régence, chaînée d'admiaislrer les aOàires publiques el de maintenir l'ordre dans le royanme. Ce conseil se composait de sept membres, ayant l'archevêque de Tolède h \tm tète : le duc de l'Inrântado, le grand-connétable el l'amiral de CastiUe, tous deux alliés k la famille royale; le doc de Najara, un des principaux cbek de la Taetion opposée, et denx seigneurs Bamands. On ne prwoaça pas le booi de Uanuel.

Les nobles, assemblés une seconde Tois, le l^oetoluï, rftlifièrent ce qui avait été fait et s'engagèrent k ne point ae faire la guerre, à ne point tenter de s'«nparer de la personne de la reine, et à soutenir de toute lenr antorité le gouvernement provisoire, dont les Tonctions devaient expirer à la Si de décembre.

Une réunion des corlés était nécessaire pour valider ces actes, ainsi que pour exprimer les vœux de l'opinion publique, relativement b la constitution permanente dn gouvernemenL Cependant, même parmi les amis dn roi, on contestiit la sagesse d'une pareille mesure, dans ce moment critiqoe, mais le plus grand obstacle à surmonter était le rerus fait par la reine de sîgoer les lettres de convocatioa.

Cette malheurense princesse se troRvait dans aoe silnatiMi vraiment déplorable; pendant la maladie de son épenx, elle s'était tenue constamment auprès de lui, mais oi alors, ai après sa mort, ou ne l'avait vu verser une larme. Elle s'était enfermée dans une cbambre obscure et ; restait dans un éUi d'immobilité complète , la tête dans sa main et la boucka fermée, silencieuse et roide comme une slatae. Lorsqu'on la priait de signer les lettres de convocation pour les certes oa

BÈGNE DE PHILlPt>C I". 1S

aoe QomrDatioii , un ordre, quelque urgente que fùi l'aFfaire, elle répoBdait : c Mon père s'occupera de cela !i son retour, il connaît mieux les aE&ires que moi; je n'ai pas d'autre devoir maintenaot que de prier pour l'âme de mon déruQt époux. » Le seul ordre qu'elle donna fut de payer ses musictens flamandB, car, as milieu de son abattement, eUe trouvait de faibles consolations dans ta musique, qu'elle aimait passionnément depuis l'enfance. Les quelques observations qu'elle fit, sensées et judicieuses, contrastaient singulièrement avec l'extravagance générale de sa conduite. Son obstination à refnser absolument sa signature fut autant un bien qu'un mal, car on ne put ainsi abuser de son nom, comme on l'eût feiit, sans donle, en ce moment, dans no but mauvais et dans un intérêt de parti.

Reconnaissant enfin l'impossibilité d'obtenir la coopéntion de la reine, te conseil résolut d'adresser, eo son propre nom, les lettres de convocation ; celte mesure était justifiée par la nécessité. Les certes devaient se réunir à Burgos, le mois de novembre suivant. On recommanda soigneusement aux différentes villes de faire connaître fidèlement par leurs députés leurs désirs relativement à la constitution du. gouvernement.

Longtemps auparavant, aussitôt même après la mort de Philippe, Ferdinand avait reçu à Portofino des lettres de Ximenès et de ses amis, qui l'instruisaient de l'état des choses et le pressaient de revenir sur-le-champ. Il résolut cependant, étant déjà si loin, de poursuivre son voyage vers Naples. Le rusé monarque pensa peut-être que les Castillans, peu attachés à sa personne, comme il avait des motifs de le croire, apprécieraient mieux son administration, après avoir éprouvé les maux de l'anarchie ; aussi , dans sa réponse, après

M RECNE de FERDINAND ET d'iSABELLB.

avoir exprimé ea pea de mots sod regret de la mort prénutarée de son gendre et son entière confiance dans la fidélité des CastiltaDs à leur reine, sa fille, il déclara prudemment qu'il n'avait conservé que de bons souvenirs de ses anciens sujets et promit de Taire tout son possible pour régler an plos tôt tes affaires de Naples, afin de retourner auprès d'eux.

Le roi se remit ensuite en route et. après s'être arrêté dans plusieurs villes du littoral, où il fut reçu avec un grand enthousiasme, il arriva, vers la fin d'octobre, devant la capitale de ses nouveaux États. Tous étaient impatients, dit l'illustre historien florentin du temps, de voir le prince qni avait acquis une si haute réputation dans toute l'Europe par ses victoires sur les infidèles, comme sur les chrétiens, et qui avait Tait révérer en tous lieux son nom, par la sagesse et l'éqnilé, avec lesquelles il avait gouverné son peuple. Oo regardait donc son arrivée comme un événement des plue importants, non seulement pour Naples, mais pour toale lllalie, où sa présence et son autorité devaient conlribner efficacement !i calmer les dissensions et à rétablir une tranquillité durable. Les Napolitains surtout s'abandonnaient i la joie; ils firent les plus magnifiques préparatirs jiODrbt réception de leur souverain. Une flotte de vingt vaisseaux de guerre vint à sa rencontre et l'escorta jusqu'au port; ao moment où il descendit sur le rivage, l'air fut ébranlé par les acclamations de la lonle, ainsi qne par les détonations de l'artillerie des forts qui dominaient la ville et de l'escadre en rade.

Le curé de Los Palacios, chroniqaear exact qui fait d'wdinaire l'office de grand-maltrc des cérémonies, en cesooeasions, s'étend avec complaisance sur tons les détails de cette fête; il décrit même minutieusemeat le costume porté par le

RfiGNE DE PHILIPPE I". 78

roi et les seigneors de sa suite. D'après lui, Ferdinand était raveloppé dans ua long manteau flottant de velours cramoisi, bordé de salin de la même couleur; il portait un bonnet de veloars noir, garni d'un rubis étincelant et d'une perle d'une valeur inestimable; il était monté sur un superbe cbeval blanc, dont l'armure éblouissait l'œil par son éclat. Â ses cdtés était la jeune reine, moolée sur un cheval blanc et velue d'une jupe de riche brocart et d'une robe Trançaise, simplement attachée avec des agrafes d'or ciselé.

En arrivant sur le môle , les royaux ëpoox furent reçus par le Grand Capitaine, qui, entouré de ses hatlebardiers et de ses pages vêtus de soie anx armes de sa maison, déployait toute la pompe, toute la magnificence qa'il aimait. Après avoir passé sons un arc de triomphe, où Ferdinand jura de respecter les libertés et les privilèges de Naples, les souverains s'avancèrent sons an dais splendtde, porté par les membres de la municipalilé; quelques-uns des principaux aobles conduisaient lenrs chevanx par la bride. Derrière Triaient les antres seigneurs et cavaliers du royaume, avec le clei^ et les ambassadeurs des différents princes d'Italie et de l'Europe, chaînés de féliciter les illustres époux et de leur offrir des présents. A chaque halte faite par cette procession, dans les différentes parties de la ville, une musique joyeuse se faisait entendre, et une troupe brillante de chevaliers et de dames, à genoux, baisaient, en signe d'hoiAmage, l^main de leurs nouveaux souverains. A la lin, après avoir traversé les rues et les places principales, ceux-ci arrivèrent à la grande cathédrale, où l'on ânit pieusement la jonmée par des prières et de solennelles actions de grftces.

Ferdinand était trop économe de son temps pour le perdre volontairement dans de vaines cérémonies; cepai'

76 rEgnb db perdikand et d'isabelle.

âant il sentail son cœur déborder de joie en voyant la popolalion de cette magnifîqDe capitale prosternée & ses piedsel protestant brnyammenl de sa fidélité, dont it avait donlé dans CCS derniers temps. Anssi, qoelque impatient qn'il fîkt, il ne voulait pas refroidir cet eotbousiasme, en mettant bo t^me anx réjouissaoces; mais, après les avoir laissé darer flufiîsaminent, il se dévoua assidAment aux grands objets de son voyage.

Le roi convoqua un parlement général du royaame, àtas lequel, après s'être fait reconnailre lui-même, il fit prêter le serment de fidélité il sa fille Jeanne et aux descendants de celle-ci, sans faire aucune allusion ans droits de Germaine. C'était évidemment éluder !e traité conclo avec la France, mais Ferdinand comprenait, quoiqu'on pentard, la faute qu'il avait commise en signant un arrangement qui assurait la couronne de Naples à une princesse rivale, et il ne vwi> lait pas qu'il lût sanctionné par les Napolitains.

Il se conforma avec pins de bonne foi à one antre stipulition du traité, !i peine moins désastreuse. 11 s'agissait de la restitution aux seigneurs angevins de leurs biens confisqnés, dont la plupart, comme nous l'avons déjà dit, avaient été partagés entre ses propres partisans, italiens on espagnols. C'était une entreprise pleine de difficultés. Ferdinand ne restitua rien aux anciens propriétaires dont il pouvait cootester les droits; à d'autres, il accorda des terres on de l'argent, comme indemnité; le plus souvent, iUles fotfi d'accepter une compensation , qui n'était probablement pis suffisante, dans la plupart des cas. Il dut à cet effet rédaire considérablement ses propres domaines à Naples et di^toser des terres ainsi que des revenus de ses États bérédiiaires; ces moyens étant eacore insafflsants, il dnt remplir sod

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trésor en imposaDt des contributions à ses noaTeaax sujets.

Le résultat, quoique obtenu sans violence et sans désordre, ne satisfit personne. Les Angevins reçurent rarement ce qn'ils demandaient et les fidèles partisans de la maison d'Aragon se virent arracher les Truits de plus d'nne victoire, pour indemniser leurs ennemis \ Enfin, tes mathenrenx Napolitains, au lieu de jouir des faveurs et des immunités qui signalent le début d'un règne , furent accablés de nouveaux impAts, trop lourds dans l'état de détresse du pays. Ainsi l'espoir Turmé à l'arrivée de Ferdinand Tut cruellement déçu. Telles étaient déjà les suites funestes de l'impolitique traité conclu avec Louis XIL

' * Tel fut, par exemple, le sort du TulLml petit cAvalier, Fedro de la Paz, du brave Lejra, qui s'illiutn dans les ferres de Chailw-Qoiut, de l'ambasBadear Bojos, du don-qniobottesque Poredes et d'autres. Le dernier de ces aventuriera, d'apte Mariana, ohercha à rétablir sa fortune ébiéoh£e en faisant le métier de oorsaire dans le Levant.

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