‹ Histoire du règne de Ferdinand et d'IsabelleChapitre 54 sur 73 · RETRAITE DE GONSALVE DE CORDOEE · texte numérisé non relu

RETRAITE DE GONSALVE DE CORDOEE

J150«-isa9)

Démence de Jeanne. — Changement de ministère. — Troubles en Caatilte. — Conduite habile de Ferdinand. — Son départ de Napln. SéoeptJon brillante que Ini fait Louis XII. — Honnema reodua à Gonsalve de Coidoua. -~ iUtgur de fcrdinond en OastiUe. — Su esceasiTe sév^ritA. — Son ingratitude envers Qonsalve. — Gloiirau retraite du Grand Capitaine.

Pendant le séjour de Ferdinand à Naples , les députés <te la plupart des villes castillanes, convoqués par le gouveroement provisoire, s'élaienl réunis à Burgos, en novembre 1506. Avant de poser aucun acte, ils voulurent obtenir la sanction de la reine; une commission fut envoyée à cet effet anprès d'elle, mais elle refusa obstinément de la recevoir.

Cette malheureuse princesse restait plongée dans noe morne tristesse, donnant quelquefois des signes évidents de folie. Vers la ûu de décembre, elle résolut de quitter Burgos et d'accompagner les restes de son époux jusqu'à leur dernier lieu de repos, à Grenade; elle insista pour les voir avant son départ. Les représentations que lui firent ses

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cooseUIers et les religieox da couvent de Hiraflores furent également inutiles; l'opposition qu'elle rencontrait ne fit que la jeter dans des accès de rrénésie. et l'on dut se rendre k ses ordres. On oavrit le caveau ainsi que les deux cercueils de plomb et de bois qui renfermaient le cadavre , et l'on put voir an grand jour celui-ci tont défiguré, malgré l'embaumement. La reine ne fat pas satisfaite avant qu'elle ne l'eût touché, ce qu'elle fil sans répandre une larme et sans manifester la moindre émotion; on ne l'avait plus TU pleurer, dit-on, depuis le jour où elle avait découvert les relntions de son mari avec nue dame flamande de sa cour.

Ce corps inanimé (ut placé sur un char magnifique, traîné par quatre chevaux et suivi d'une longue file de prêtres et de nobles, qui sortirent de la ville avec la reine, dans la nuit du 20 décembre. Jeanne ne voyageait que de nuit, disant ( qu'une veuve, qui avait perdu le soleil de son Âme, ne devait jamais se montrer k la Itimière du jour, i A chaque balte, le cadavre était déposé dans une église ou dans un couvent, et l'on célébrait un service funèbre, comme si le jeune roi venait seulement de mourir. Une troupe d'hommes armés veillait constamment, afin d'empêcher les curi^ix, sartontles femmes, de profaner ce lieu par leur présence; car l'infortunée princesse avait conservé cette jalousie qui l'avait tant fait souffrir, du vivant de Philippe.

Un jour, à peu de distance de Torquemada, Jeanne fit porter le cercueil dans ia cour d'un monastère, habité, croyait-elle, par des moines; saisie d'horreur en reconnaissant que c'était un couvent de religieuses, elle fit enlever immédiatement le cadavre, qui fut déposé au milieu des champs. Elle s'arrêta là avec toute sa suite, à la tombée de. la Duit, et fit ouvrir le cercueil, pour s'assurer qu'on n'avait

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pas toucbé aux restes de sod époax; na vent violeut* agitait h lumière des torches au milieu des épaisses téaèbres qni cachaient les assistants '.

■ Tout en donnanl ces signes d'une démence complète, la reine, en certains momenU, avait des lueurs de raison qsi étonnaient. Elle s'était depuis longtemps montrée mécoatente des vieux conseillers de son père et surtout de Ximenès, qui, à son avis, se mêlait trop de ses afTaires privées ; cependant, avant son départ de Burgos, elle terrifia les anciens partisans de son époux, en révoquant toutes les donations faites par la couronne, depuis la mort d'Isabelle. Cet acte, presque le seul qu'elle signa jamais, fut un coup de foudre pour cette fouie d'adulateurs, sur qui avaient pin toute espèce de faveurs, sous le règne de l'archiduc. En même temps, elle réforma son conseil privé, renvoja les membres nouveaux et rappela ceux qui avaient été nommés par sa mère, en disant ironiquement it un des conseillers démissionnes < qu'il pouvait aller compléter ses éludes i Salamanque. > Sarcasme amer, car le digne juriste passait pour avoir peu d'instruction.

. On crut, sous ces actes sensés, reconnaître l'influence secrète de Ferdinand. La reine cependant refusa avec obslinalion de sanctionner ancune des mesures prises par les

* Un chartreux simple d'eaprit berça Jeanne de J'espoir absurde Atiàt aon époux revenir à la vie, comme il ëtùt arriTé, il assurait l'^^mi n, * lin certain prince mort depuis quatorze ans ; Philippe, ajtmt éti embunné, n'était guère eu état de ressusciter. La reine parait toutefois avcûr ai frappée de cette idée. Martyr parle avec colère des inventiont de ce « blaotero cucdlatius, < comme il l'appelle dans sou ^raminaUe Utin, ainsi que des folles prières de Jeanne et de la figure ridicule q^ue lui et 1» a^itres^nves persoim^ea de la cour devsient &ire en oette ocoasioii;oa ne peut lire sans sourire Ses jérémiades snr ce sujet.

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