‹ Histoire du règne de Ferdinand et d'IsabelleChapitre 55 sur 73 · RETRAITE DE G0N8ALVE DE CORDOUE · texte numérisé non relu

RETRAITE DE G0N8ALVE DE CORDOUE

corlès^or le rappel de son père, et, comme des délégués de celte assemblée insiataieat anprès d'elle sur ce point et sur d'autres, dans une audience qu'elle leur accorda avant SOD départ de Burgos, elle leur enjoignit brusquement < de retourner chez eux et de ne plus se mêler des affaires publiques, sans son ordre exprès. > Peu de temps après, le conseil royal prorogea pour quatre mois la session de la législature.

Le terme assigné an gouvernement provisoire expirait en décembre et ne fut pas renouvelé. La noblesse ne nomma pas une autre régence, et le royaume, privé même de cette ombre de protection qu'il recevait des cortès et n'ayant plus d'autre guide qn'une souveraine insensée, fut abandonné k la furenr des factions. Bientôt on vit se produire partout des désordres, avec l'aide des grands seigneurs, dont la licence, en cette occasion comme dans d'autres, prouvait trop clairement que le pays avait d& la tranquillité dont il jouissait auparavant, moins k l'autorité des lois qu'au caractère d'Isabelle '.

Pendant ce temps, les ennemis du roi d'Aragon étaient entrés en correspondance avec l'emperear Maximilien. qu'ils pressaient de venir immédiatement en Espagne. 'D'autres formaient le projet de marier la reine avec le jeune duc de Calabre, on tout antre prince, dont Us eussent pu mettre k

* Le duc ds Uedina Sidonû , &1b du Mineur qui joua on TÔle n ^orieox daoa la guerre de Grenade, leva de gnadea forces de terre et de met pour reprendre Gibraltar, son aocdeu patrimoine. L'intrépide amie d'Isabelle, h. marquise de Moja, se mît eUe-méme à la tête d'un corps de troupes et, pins faeurense que lui, se rétablit, pendant la maladie de son époux, dans la puissante forteresse de Ségovie, que Philippe avait donnéo à Uannel; > nul ne s'en plaignit, • dit Oviedo. La marquise moonit pea de temps après, âgée d'eu riron soixante ans; son épooi, quoique beaoconp pins âgé qu'elle, Ini snrrfcut.

K RÈGNE DE FERDINAND ET d'iSABBLLE.

profit la jeuDesae et rioexpéneace, pourjoDerlemêflierAle que sous Philippe. Pour ajonler aux maux causés par ce conflit d*intrigues et de factions, le pays qui avait Booffol de la lamine, dans les dernières années, Tut ravagé par b peste. Les provinces du midi surtout furent désolées; à Se- Ville seule, li'après Beraaldez auquel on a peine à croire, trente mille personnes suciombèreat & l'épidémie.

Mais, tandis que les nuages s'amoncelaient de tous cAtés, aucune explosion géoérale n'ébranla l'Ëtat jusque dans ses fondements, comme au temps de Henri iV. Des habitudes d'ordre, sinon des principes, s'étaient formées peu It peu soos le long règne d'Isabelle ; la grande masse du peuple araîl appris ^ respecter la loi et à goûter les douceurs de te paix; aussi , malgré l'atlitude menaçante des factions et leur turbulence passagère, tous refusèrent de détruire l'ordre de choses existant et de ramener l'ancienne anarchie, en se livrant à des actes de violence et en répandant le sang.

Sans doute, cet heureux résultat était dû, en graDde partie, aux conseils et à la conduite énergique de Ximenës', qui, avec le grand-connétable et le duc d'Albe, avait rei^ de Ferdinand des pleins pouvoirs pour agir en son nom; miis il était dû aussi k la conduite politique du roi d'Aragoo.

< Ximenèa équipa et entretint à set propres fiais on nombreux coqn de troupes, dana le bnt avoaé de protéger la personne de la reine, mais loot matant ponr maintenir l'ordre en re&ânant la turbolence des grands it rojanme j cette hautaine noblesse supporta avec peine cet acte d'autorité. Zurita, qui trouvait que l'archeTéque aimait beaucoup le pouvoir suprême l'accuw d'avoir etâ • an fond du cœur plus roi que moine; • d'nn utn 0bté, Goniec déclare que le patriotisme le pins pur inspira tous les acM IKilitiqnes du primat. Ximeuès eût probablement éU loi-méne embamasf de déterminer en chaque drconatance U part d'influenoe de ohamn da M deux mobiles d'action.

. UTRjUTB de COHUIVK DE COMMUE. . 83

Loin dfe se montrer impalient de ressaisir le sceptre, ceiai-ci avait affecté tout le temps une pradenie réserve; il avait écrit, dans lea termes les plus polis et les plus aimables, aox nobles et aox municipalités du royaume, exprimant une entière confiance dans leur patriotisme et dans leur attachement â la reine, sa fille. Par l'entremise de l'archevêque et d'autres persbnnages importants, il avait employé des moyens efficaces pour gagner les principaux chefs de l'opposition, de sorte qu'à la fin, non seulement des diplomates accommodants comme Garcilasso de ta Vega, mais des adversaires plus déterminés, tels que Villena, Benavente et Bejar, s'étaient rangés du côté de leur ancien maître. L'empereur avait, il est vrai, fait de magnifiques promesses, au nom de son petit-fils, Charles, qui avait déjà pris !e litre de roi de Castille ; mais les plus sages n'avaient pas été séduits par ces promesses; ils doutaient que Masimilien pAt les tenir et, d'un autre côté, voyaient leurs véritables intérêts liés à ceux d'un prince que ses talents supérieurs et ses relations personnelles appelaient à une position qu'il avait déjà occupée si glorieusement. Le peuple, dont Ferdinand s'était momentanément aliéné l'affection par sou récent mariage , se trouva amené par les maux qu'il avait souflerts et par la vague appréhension de calamités plus grandes , à partager ces sentiments, de sorte que, moins de huit mois après la mort de Philippe, la nation tout entière était, peut-on dire, rentrée dans l'obéissance. Les seuls personnages considérables qui fissent exception , étaient don Juan Uanuel et le duc de PJajara ; le premier était allé trop loin pour pouvoir reculer, et le second était trop chevaleresque ou trop obstiné pour le vouloir.

A la fin, le roi d'Aragon, ayant terminé ses arrangements

U - RÉfiNE DE FERDINAND ET D ISABELLE.

à Naples et attendu que les circoostances fusseot tout à fait favorables k son retour eu Castille, qaltta la grande cité itatienoe, te 4 juin 1507 ; il se proposait de toucher an port génois de Savoue, où il devait avoir une entrevue avec Louis XII. Pendant son séjour à Naples, il s'était assidûment occupé des affaires du royaume, évitant d'intervenir dans celles des États italiens et de conclure avec ceux-ci des traités ou des alliances , dans an but offensif ou défensif. Il avait également fait la sourde oreille aus sollicitations importunes et aux représentations de Maximilien , au sujet de la régence de Castille; il avait même refusé d'avoir une conférence personnelle avec l'empereur en Italie. Après s'être acquitté de la difficile tâche de restituer aux seigneurs angevins leurs propriétés conâsquées, i! avait complètement réorganisé l'administration intérieure du royaume, créant de nouvelles charges et de nouvelles fonctions. Il avait, en outre, introduit de grandes réformes dans les cours de jastice et inauguré le nouveau système réclamé par les relations du pays, comme dépendant de l'Espagne; enfio, avant son départ, il avait, à la demande des Napolitains, rétabli leur ancienne université.

Dans tontes ces sages mesures, Ferdinand avait été habilement secondé par son vice-roi, Gonsalve de Gordoae. Le roi , dans sa conduite envers celui-ci , avait soigneusement cherché, comme nous l'avons dît, à effacer de son esprit Imite impression lâcheuse. Il avait, il est vrai, h son arrivée, écouté les plaintes de certains officiers du trésor, au sujet des prodigalités et des dissipations de Gonsalve. Celui-ci demanda simplement la permission de produire ses comptes pour sa défense ; il lat alors à haute voix : < Deux cent mille sept cent trcDte^ix ducats, distribués en aumônes aux couvents

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et aux iodigenls , pour des prières eo faveur de l'entreprise du roi; • puis ■ sept ceot mille quatre ceul quatre-vingtquatorze ducats , pour. les espions employés au service du roi. > Il coDlinoa de lire, tandis que, dans l'assistance, les uns le regardaient avec surprise, les autres en souriant, jusqu'à ce qae le roi, comprenant le r6le ridicule qu'on lui faisait joner à lui-même, lui fermât la bouche, en tournant l'aA'aire en plaisanterie. Le mot de cuentas del Gran Capitan, passé en proverbe à cette époque, prouve au moins que l'aiiecdote fut souvent répétée dans le peuple.

Dès ce moment, le monarque continua à témoigner à Gonsalve nne confiance sans bornes; il le consultait dans toutes les affaires importantes et en fit le dispensateur des faveurs royales. Il renouvela de la maoière la plus solennelle sa promesse de lut céder la grande-maltrise de Saint-Jacques, à leur retour en Espagne, et demanda formellement au pape de confirmer cet acte. Outre les honneurs princiei^ qu'il lui avait déjà conférés, il lui accorda le magnifique duché de Sessa, par une pièce écrite où, apr^ avoir pompeusement récapitulé les titres acquis par le Grand Capitaine il la faveur royale et ses nombreux services, il déclare ceux-ci trop grands pour pouvoir être récompensés. Malheureusement pour le roi, comme pour son sujet, ces paroles ne devaient être que trop vraies ^

' Les reveniu de sas différeuta domuuee s'élevaient ft 40,000 ducats. Ziiril& parle d'une «utre pièoe, d'an manifeste par lequel le roi catboliqne proclamait qa'il appréciait les éminenta serrices de son général et son irrf' prochable fidélité. Cette espèce d'attestation pabliqae paraît, en général, ai improbable que nous devuns supposer qne l'historien aragonais l'a confondue aveo la concession de Sessa, qui porte précisément la même date, SS février, et renEerme aussi, quoique incidemment et comme eu passant, le plus ample tribut d'éloges pour ie Qrand Capitaine.

B6 REGHB de FERDINAND ET o'iSAWLLE.

GonsaWe resta no od deax jours k Naples, après le datait do monarque, pour mettre ordre k ses propres »ttaim. Onlre les lourdes dettes qu'il avait cootractées par son genre de Tie, il avait pris à sa charge celles d'un grand nombre de ses anciens frères d'armes, que la fortune avait moins bien traités que lui; aussi était-il si endetté que, pour satisfaire complètement ses créanciers, it dut sacrifia' une partie its domaines qui lui avaient été récemment donnés. Ayant ainsi rempli les obligations d'un honnête homme, il se i^épan k quitter ce pays qu'il avait gouverné avec tant de magnificence et d'éclat, pendant près de quatre ans. Les Napoliiaias en corps l'accompagnèrent jusqu'au vaisseau; des nobles, des cavaliers et même des dames du plus haut rang se pressaient sur la c6te, pour lui faire leurs adieux ; tous pleuraiest, selon un historien, tant il avait ébloui les imaginations et captivé les cœurs par ses manières brillantes et populaires, par sa munificence, par son équité, qualités plus précieuses el, sans doute, plus rares que le talent militaire, dans ces temps agités. Goosalve fut remplacé dans la position de grand-connétable du rovanme par Prosper Coionna, et, dass celle de vice-roi, par le comte de Ribagorza, neveu de Fe^ dinand.

Le 28 juin, la Dette aragouaise entra dans le petit porl de Savone, où Louis XII l'allendait déjà depuis plusieurs jours. La flotte française avait reçu ordre de recevoir le roi catholique, et les navires des deux pays, gaiment ornés de drapeaux aux couleurs nationales, luttaient de beauté et de magnificence. Les galères espagnoles étaient tendues de drap jaune e( écarlate; les matelots étaient vêtus de drap pared, comme serviteurs de la maison d'Aragon. Louis XII vint, suivi d'une brillante troupe de nobles et de chevaliers, k la

JUnUTB DE COnSU-TE DE COBÛMUB. K

reacontre de ses iliuslres hâtes, et, pour montrer aa monarque, oaguère son ennemi mortel, autant de confiance que celui-ci lui en témoignait, il monta immédiatement sur le vaisseau qui portait Ferdinand. Des mules et des chevaux richement caparaçonnés attendaient les deus rois sur le rivage; Louis XII, se mettant en selle, plaça galamment la jeune reine d'Aragon derrière lai; ses cavaliers en firent autant avec les dames qui la suivaient, la plupart françaises, quoiqu'elles fussent habillées k la mode espagnole, comme s'en plaint assez amèrement un vieux chroniqueur. Tous ces seigneurs, portant ces dames en cronpe, prirent au galop le chemin de Savone.

Les quelques jours que les monarques passèrent dans cette belle cité ne furent qu'une longue et joyeuse fête. Des vivres avaient été réunis en abondance, par les ordres de Louis, comme le rapporte un chroniqueur qui assista aux festins *; les garde^mangers regorgeaient d'excellente venaison, et les caves étaient remplies des délicieux vins de Corse, de Languedoc et de Provence. Dans la suite du roi de France, on remarquait le marquis de Mantoae, le brave La Palice, le vieux d'Aubigny et un grand nombre d'autres guerriers renommés, qui, après s'être rencontrés récemment avec les

^ Four les combats, les fêtes et tous les généreux passe- temps de 1& che- Talerie, aucun des chroniqueuis français de ce temps n'égale d'Anton; il est le véritable Froissart du xti° siècle. Une partie de son ouvrage est encore manuscrite; celle qui a été imprimée a conservé, crojoos-nous, U même forme soos laqueUe elle kt mise au jour par Godefroj, au commencement du XVII' siècle, t-andia que plus d'un cbroniqneur de second ordre ■ été publié et republié avec tons les éolairoiasements que pouvait fournir la Hdence des éditeota *.

8S RËGRB DB FBRDIHAND ET D ISABELLE.

Espagnole, sar les champs de bataille, s'empressafent de leur rendre les devoirs, plus agréables et non moins hoDorables, de la chevalerie.

Le brave d'Aubigny étant retenu dans ses appanemeols par la goutte, Ferdinand, qui l'avait toujours beaucoup estimé, à cause de sa conduite et de son talent, l'honora d'une visite. Mais nul n'eicita autant l'intérêt et la cnriosîlé de tous que Gonsalve de Cordone, qui fnt véritablement le héros du jour, au témoignage de Gaichardio, qni ne peat être suspect de partialité. Pins d'un seigneur de la suite de Louis XII avait vu de près, dans d'autres circoQStaaces, ce général viclorieux, dont d'autres ne connaissaient les exploits que par les récits esagérés de leurs compatriotes ; tous avaient appris à le regarder avec une Trayeur mêlée de haine, et ils n'en purent croire leurs yenx, en voyant ce gueirier qne leur imagination leur représentait sous des traits effrayants, distingue entre tous < par son attitude majestueuse, l'élégante courtoisie de ses paroles et ses manières ï la fois gracieuses et pleines de dignité. »

Mais nul ne manifesta aussi ouvertement son admiration que Louis XII , qui l'invita à sa table avec son souverain. Pendant le diner, il prodigua à son hôte illastre les témoignages du plus profond intérêt et le questionna fréquemment sur ces mémorables campagnes dont l'issue avait été si funeste pour lui-même. Le Grand Capitaine répondit constamment, dit le chroniqueur, avec une gravité bienséante, et, en se séparant de lui, le monarque loi témoigna sa satisfaction, en détachant de son con pour la passer autour du sien une chaîne massive , d'un travail exquis. Les historiens qui rapportent ce fait paraissent émerveillés de l'insigne honneur fait au général espagnol , admis à table entre

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trois létes couroDoées, et Guicbardin n'hésite pas à déclarer que ce jour fut plus glorieux pour Gonsalve que celui même où il fit son entrée triomphale à Naples.

Pendant leur séjour k Savone, les deux monarques eurent de Fréquentes conférences, où n'assistèrent que l'envoyé du pape et d'Amboise, le ministre favori de Louis XII. On ne sait pas quel fut le sujet de leurs discussions; d'après ce qui se passa plus tard, on peut supposer qu'ils s'occupèrent de riialie; ce fut probablement au milieu de ces fêles que les deux princes, arbitres des destinées de ce pays, préparèrent la fameuse ligue de Cambray , si désastreuse pour Venise ^ si peu honorable pour eux-mêmes, au point de vue de la bouoe foi comme à celui d'une saine politique. Mais nous parlerons de celle ligue plus loin.

Enfin, ayant joui pendant quatre jours de la spleodide hospitalité du monarque français, le roi el la reine d'Aragon se rembarquèrent, et, après différents retards, arrivèrent à Valence, dans leurs États, te 20 juillet 1307. Ferdinand, s'étant arrêté quelque temps dans celte belle cité, partit pour la Casiille, où sa présence était impatiemment attendue. A ta frontière, il reoconlra les ducs d'Albuquerque et de Médina Cœli, son fidèle partisan, le comte de Gifuentes et un grand nombre de nobles et de cavaliers. Il fut, bientôt après, rejoint par les députés de plusieurs villes pontificales, du royaume, et, sous cette escorte, il entra en Castille, par la route de Monleagudo, le 21 août. Il y avait à peine une année qu'il avait quitté ce pays, presque seul et sans espoir d'y rentrer! Pour mieux faire ressortir ce changement dans sa situation , il affecta plus de pompe et d'autorité qu'auparavant; il était précédé des débris de l'ancienne armée d'Italie, que venait de ramener le célèbre Pedro Navarro,

M HÈCNE DE FERDINAND ET D'iSABBLLB.

comte d'Oliveto \ et était entooré d'alcades, d'algoazils et de hérauts d'armes, avec tous les insignes de la royauté.

A Tortoles, le roi d'Aragon fut rejoint par la r^ne, si fille, qn'accouipagaait l'archevéqae Ximenès ; il se montra plutôt triste que joyeux dans cette entrevue ; il fut donlonmi- ' sèment ému k la vue de Jeanne, dont l'air égaré, la figure amaigrie et les vêlements sordides ne lui rappelaient guère la fille bien-aimée dont il avait été si longtemps séparé. La princesse trahit, en cette occasion, pins de sensibilité qu'elle n'en avait laissé paraître, depuis la mort de son époui. A partir de ce moment, elle se résigna prestjue sans opposition à la volonté de son père ; bientôt après , sur les sollicitations de celui-ci, elle changea de résidence et vint s'établir à Tordesillas; elle pouvait voir des fenêtres de son palais le tombeau de Philippe, transféré dans le monastère voisin de Santa-Clara. Depuis lors, quoiqu'elle vécAt encore qoaranle-sepl ans, elle ne franchit jamais les murs de son habitation, et, bien que son nom figurât sur tous les actes publics, i côté de celui de son fils, Charles-Quint , on ne pat Jamais la décider à signer une pièce ou à s'occuper d'aucune affaire publique. Elle languit tristement durant un demi-siède, anssi complètement morte au monde que le jeune roi, son époux, qui reposait sous ses yeux dans le couvent de Sasta- Clara «.

' Le roi Perdioand lui avait aocordfi le titre et le territoire d'Olireto, iiaa le rojaame de Naples, en récompenae de sea émiuents services dîna Li gDBrre d'Italie.

* Lea restes de Philippe furent' ploa tard trauaféréa dans Yé^ix cttbidrale de Grenade; ila j furent déposés, avec oeui de leaiute, dus nu magnifique tombean, élevé par onlre de Ch&rles-QBint près de oàtâàt Ferdinand et d'Isabelle.

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Dès lors, Ferdinand exerça une autorité presqae aussi incontestée et bien moins limitée, définie que celle dont il jouissait du vivant d'Isabelle; il la sentait même si fennement assise, qu'il uégligea de demander la sanction constitutionnelle des corlès. Il avait beaucoup désiré celle-ci, à la dernière et irr^lière réuntoo de ce corps, mais >a session avait été close, sans que rien eût été fait. D'ailleurs, le mécontentement de Burgos et de quelques autres grandes villes, à cette époque, rendait le succès d'une pareille demande fort douteux; pourtant, en ce moment, le bon accueil fait partout h Ferdinand ne lui donnait pas lieu de craindre un échec.

Un grand nombre de partisans du roi déclaraient l'intervention de la législature inutile, puisqu'il exerçait la régence, comme tuteur naturel de sa fille, nommé d'ailleurs par le testament d'Isabelle e( confirmé par les eortès , h Toro. Ses droits, disaient-ils, n'avaient pas été infirmés par son acte de résignation, qui lui avait été arraché par la violence et n'avait jamais été sanctionné d'une manière expresse par la l^slature; dans tous les cas. si cet acte était valable, il ne l'avait été que pendant la vie de Philippe, en faveur duquel il avait été fait.

Hais, si plausibles que fussent ces arguments, l'irrégularité commise par Ferdinand fournit aux nobles mécontents uo prétexte pour lui refuser leur obéissance; ils déclarèrent qn'ils ne recoa naîtraient pas d'autre autorité suprême que celle de Jeanne, leur souveraine, avant que la législature eût prononcé sur cette question. Celle-ci fut enfin résolue, avec plus d'égard aux formes constitutionnelles, par les certes tenues à Madrid, le 6 octobre i510. Là, le roi d'Aragon prêta légulièrement serment, comme administrateur do

93 nEeNB DE FERDIMAND El d'iSABBLLB.

royaume an nom de sa fille et comme tntear de sod petil-

fils'. '

FerdinaDd, h son retour, fit preave d'une grande clémeoce, moins en récompensant trop généreusement les services rendus, qu'eu affeclanl prudemment d'oublier les injures qu'il avait souffertes. Si jamais il fit aucune allusion à celles-ci, ce fui en plaisantanl, de manière à montrer qu'il ne gardait point de rancune. ■ Qui aurait cm, > dit-il un jour à un courtisan, I que vous auriez pu si facilement abandonner votre vieux maître pour un prince si jeune et si inexpérimenté? > • Hais qui aurait cru, > répondit ce seigneur sur le même ton, ■ que ce vieux maître aurait survécu au jeune? *

Le roi ne négligea toutefois rien pour asseoir son antorilé sur une base solide, de manière k n'avoir plus à craindre les outrages qu'il avait subis précédemment. Il retint k son service ta plupart des vétérans de l'armée d'Italie, daus le but ostensible de faire une expédition en Afrique; il prit soin que les troupes des ordres militaires fussent constamment prèles !i marcher, ainsi que la milice du royaume. Il forma une garde du corps qui devait veiller sur sa personne; elle ne se Composa d'abord que de deux cents hommes.armés et habillés comme les Suisses, et placés sous le commandement du chroniqueur Ayora, officier expérimenté, qui s'était couvert d'un certaiu éclat à la défense de Salsas. L'idée de celle institution lui avait été probablement sn^érée i Savone, par les gardes du corps de Louis XII, qui, bien pitts

I Marina a tort de considérer k convocation ult&ieuie dca oortè) * cet eSét par Feidînand oomne une ooniMasion (ûtt aux demandes de la nation; ce fat le résultat dn traité de Blolt avec Uaiimilien, guanli pu Loaû yîT et ayant pour objet d'aHurer la anooeuiou à l'ucUdne Chules.

muira n corkaltb m muddob. m

««mbrenx , avaieiit eicîté son admiraliMi ptr loor magni- Aqne^ équipement et leor excellente discipline.

Malgré la popularité dont le roi Joniisatt géDéralement, il T avait OD petit nombre de personnages considérables qoî avaient m son retour avec déplaisir. Entre ceoj-ct, don hnu Msnnel avait Tiii i son approche et s'était r^rogié à ta ooiir de Maximilien , où les conseillers de l'empereur l'ei»péchèrent iH'ndeminent de prendre sur leur maître l'ascendant qu'il avait en sur Philippe. Le due de Najara ne suivit pas cet exemple; îl s'enrerma dans ses chlteanx forts et reflua d'obéir à Ferdinand. Celui-ci, sans hésiter, ordonna il Navarro de marcher avec tontes ses forces contre le rebelle. Les amis du due l'engagèrent k se soumettre, sans tenter aacnne résistance, et il livra ses forteresses an roi qai, après les avoir gardées quelque temps, les rendit an fils atné du ' due.

Ferdinand montra pins de sévérité envers don Pedro de Cordova, marquis de Priego, qui, tout adolescent, avak, ob se le rappelle, failli partager le sort de son père , Alonso de Agnilar, dans la sanglante déroute de la Sierra Vermeja. Ce seigneur, avec d'antres nobles andalons, était blessé du pea d'estime et de fUveur témoigné, selon eux, par le roi à la noblesse du midi, en comparaison de celle du nord, et sa témérité alla si loin, que non seulement il entrava dans se» foneti<ms un des officiers royaux envoyés à Cordooe pour ftire nue enquête snr les troubles récents de cette ville, mais qa'il Temprisonna dans son ch&teau de Moatilla.

Cet ontrage fait h l'un de ses serviteurs exaspéra le monarque au dernier point; il résolut sur-le-champ de faire an exempte qui frappftt de terreur tes nobles mëcontenu et prévint le renouvellement de faits pareils. Comme le mxt'

H tlimS m FEBMNAKD ET d'iSABUXR.

quia était par lui-Bràme et par ses allmoes de broille-o

des plus puissants seigneura da royaume, Ferdioiod fit des préparatifs de guerre formidables;, outre ses tiùvpo^if^alières.'il leva, tons \m bwoimas de vingt ii soixante ans. eo état de porter les armea. Les anis de Prîego, alarmés à U Tse de la (empâte qui se préparait, le conjurèrent de 4a détoaraer, s'il était possible, par des coocessioas imtnétbates; soo uDcle, le Grand Capilaioe, lesupplia aussi de faire sa soDmissiou, comme te seul moyeu de salut pour lui.

Le fougueux jeunebomme. voyaoi qu'il ae devait compter sur aucun secours daos celte litte inégale, Bcce|da eo conseil et accourut à Tolède pour se jeter aux pieds du roi. Mais celui-ci ne voulut pos le recevoir; il lui ordonna de livrer ses forieressas et de s'éloigner de cinq lieues de la cour. Gon&alve, peu de temps après, envoya au monarque la liste des châteaux et des biens de son neveu, en le priaat d'user de clémence envers un jeune homme saus' exp^irience.

Ferdinand, sansécouter celte prière, continua ses prép»ratifs et, ceni-ci achevés, s'avança rapidement vers le midL Arrivé à Cordoue, il fit arrêter le marquis, en septembre loOS> Priego» traduit devant le conseil royal, sous l'iuculpalioB de haute trahison, œ se défendit point, mais se remit ii la oierci de son souverain. l..a cour déclara qu'il avait encouru ta peine de mort, et demanda qu'en considération de sa sonmission, il plèt gracieusement £) Sa Uajcslé de coumoer cette peine en une amende de vingt millions de oiaravédis, le bannissement perpétuel de Cordoue et de son district, li remise des forteresses entre les mains du roi et la déraolitîoa du diàlcau de Montilla. .Celui-ci, fameux comme lieu de naissance du Grand Capitaine, était ane des plus solide»

RBtflAITB DB CORaAlVB DB «RDOOE. W

et des pins magnifiques cooEtractions de ce genre ea And»*lonaie. La semence de mort, pronoacée conlre pinsieors cavaliers et des individu» de moindre raDg> inpiîqnéfl dan» Tafiâire, fut îremédiaiement exiicvtée.

Les nobles castillans, alarmés et mécontenls de la sévérité d'un arrêt qui frappaiL un des membres les pins considé-^ râbles de (car ordre, firent ouverlemeni à ce snjet des représeotalions an roi, le priant, si nulle autre considération ne pouvail le flët-fair, de se rappeler les éminenis services dn père et de l'oncle de Priego-. GonsoWe et le grand-conné' table Velasco, qui jouissaient de la plus grande autorité i la coar, sollicitèrent également et avec une estiftme vivacité le. monarque, lequel resta inexorable. L'arrêt (ut exécuté,qnoique le connétable eAt parlé à Ferdinand sur va ton qn'un grand de Castille pouvait seal oser prendre, en' Eorope. Gonsalve dit froidement : ■ Don Pedro était assesconpable puisqu'il était mon parent. *

Ce grand homme s'était dcj^ auparavant aperça du déelin de son crédit auprès du roi. A sou retour en Espagne, ÎI avait été reçu par la nation avec an enthousiasme sans bornes, tlne indisposition l'avait empêché pendant quelques jonrs de suivre la cour, et son voyage ^ Burgos, où il la rejoignit, après sa guérison, Tut réellement une marche triomphale. La roule était eucombrée d'une foule immense de cnrieni, qui avaient peine k se loger dans les villes oà il passa, car on accourait des points les plus éloignés du pays pour voir ce héros, dont le nom et les exploits, célébrés par l'histoire et par tes ballades, étaient connus du dernier paysan castillan. Cest ainsi que Gonsalve fil son entrée il Burgos, anx acclamations joyenscs du peuple, avec une suite d'officiers qui étalaient orgueillcoseraenl sur letirs vêtements et

as RtCNK DB FBRBMlUa» ST d'iSABELLÏ.

MIT I* caparaçoo d« leurs cbevan les riches déponillei de kurd. victoires en Italie. Le visax comte d'Urena, son ani, ^i, avec toute ta cour, vint aur les ordres du roi à sa reoconlre, s'écria en soupirant, lorsqu'il vit ce splendide co^ tége : « Je crains qu'il ne faille h ce beau raisseia, poar voguer, plos d'eau qu'il n'en trouvera en Castille! »

Ferdinand reçut Gonsahe de la raaBÎère la plus graciewe, nais celui-ci ne tarda pas i s'apercevoir qu'il ne devait rien attendre de plus de son souverain. Aucune allusion ne fat faite à la grande-maîtrise; loRwjue le général rappela enfin an roi ses promesses à ce sujet, Ferdinand imagia» divers prétextes pour gagner du temps, et il devint enfin évident ((u'il n'avait pas l'intention de les tenir.

Comme le Grand Capitaine et ses amis voyaient cette perfidie avec une indignation qu'ils avaient peine k di&^lauler, nne circonstance vint augmenter ta froidettr du monarque envers son sujet ofTensé. Ce fui te mtariage projeté, nuis qui, pour l'un ou l'antre motif, n'eut jamais lieu ', entre la fille de Gonsalve, Elvire, et son ami, le connétable de Castille *. Ferdinand avait voulu faire entrer lea vastes

*QoaNlveM[i>ari»deux fois, Upremiireftvcailan& Blanc» denorra*.!* WOOiideavecdonaJuanadeÂngorii il futinliumé à côté d'elles dans l'tjlÎK de Sanla-Clarade Medïna del Pomar. Elvire dpousa le comte de Cabra.

* Bernardino de ydasoo, grand connÉtable de Castille, comme on l'appelait par excelle n m. succéda en H92 à ofttedit;mt6, qui deviutliitéditaiie dans sa famillti il fut le Iroisicme comte de Haro et fut créé par les souverains catholiques , pour ses éminents servicea , duo de Frias. l! Krait de vastes domaines, principa^emeut dans la VieillB-Cas tille, STeeua n*CRU annuel de 60,OQO ducats, selan Mariues. Il possédait, panitil, beaucoup de nobles et bdllar.tes qualités, accompagnées toutefoia d'une hauteur qui le faisait craindre plus qu'il n'itait aimi. Il mourut en IcTiiff 1S13, après une maladie de quelques beons, eomme nous Fappread «m lettre ia FinraUattjr.

RBTILUTB SE GOItSU.TS H OttgieXX, 9t

àomaines d'Elvire dans ea ramille, en aaissant cette jeune iame k son pelU-fiig, iean -d'Aragon, Bk de l'archevêque da Saragosse. Sod méconteRteinent, en «e-voyant contrarié daos ce projet, fut encore augmenté par les paroles de ta iemie reine. Le CMoélable, alors veuf, avait épousé en preniéres noces une fille laturelle de Ferdinand. Geimaine, iastraitfl de son mariage projeté avec Elvire, lui demanda peu poliment • s'il ne croyait pas s'abaisser «i acccptoat la ■ain d'ane sujette, ayant été l'époux d'une fille de roi? * * Comment pourrais-jc a^-oir coue pensée, « répondil-H, en disant alIasioB an second mariage du rot d'Aragon, « lor»* qo'an aussi illustre exemple m'a été doDné! ■ Germaine, qui n'avait certainemeut pas la grandeor d'âme d'Isabelle, fat si blessée de cette réponse, que non seulement elle M pardonna jamais a« connétable, mais comprit dans son recsenliment te Grand Capitaine, qui vit dès ce moment tmisféré au duc d'Albe t'Iionnenr dont il jouissait seul aaparavanl, d'accompagner 4a jenne reine lorsqu'elle parais* sait en public.

Si indifférent que fût Gonsalve aux petites noilificaiioDB que pouvait lui faire éprouver an dépit de (êmiBe, il ne Tootut pas rester davantage dans une cour, où il avait perdu tonte sa coasidération an yeax du souverain el n'avait rencontré que la doplicilé et une honteuse ingratitude. Il obtint donc, sans dilTlcullé, la permission de se retirer dan* ses terres, ob, pen de temps après, le roi, comme pour rat* ebeler jusqu'à un certain point son grossier manque de foi , lui accorda la ville royale de Loja, à quelques lieues de Grenade; il la lui donnait k rie et cul l'impudence de lui proposer d'abandonner ses drMls !i la gnnde-maltrise de Saiut-lacqMs, en échange d'uae cession \ pa'péiniié. Mais

8S RfiWB DS PEHMNAflB ET i'iSABBLLB.

Gonealve répondit avec hauteur; : < i« oe renoncerai cala pas pour la plus belle ville que l'on puisse trcover eut tout le royaume, an droit de me plaindre de lloiastice qni m'est fslte. *

- Depuis ee temps, le Grand Capitaine résida dans sa .domaiiKs. du midi, principalemeni ii: Lojai quelquefois à Grenade, oii il jouissait de la société de son vieil' ami et maître daos l'art de la perre, le oomte de T«adilla. H trouva assez d'occupation dans ses projets pour i>mélioi<erle sort de ses vassaux et des paysaosdes environs. Il s'intéressa beaucoup, aux malbeureux Mores, nombreux de ce o6(é, qu'il prot^ea autant que possible contre les limiers de l'i»quisitiofl, taudis qu'ilemployaitdespfêlrefi on usait d'anlra moyens honnêtes pour les convertir ou les coofirraer dans leur foi nouvelle. Il déployait dans son genre de rie autant de magnificeuoe et se montrait aussi hospitalier qu'aupinvaot. Les voyageurs distingués. qui se rendaient en Espagne et des compatriotes du plus bant rang, surtout les jeuws nobles et cavaliers, venaient le voir, ces derniers pou étudier le tj{}e le plus parlait de ta politesse «t de la courtoisie chevaleresques. Il se montrait fort curieax d'a^ prendre ce qui se passait au dehors et eairotenait une c(u^ respondance suivie avec des agents qui lui envoyaient régulièrement des nouvelles des' différentes «ours eofopéennes. Lors de la ligue de Cambray, le roi de France et le pape voulurent lui donner le commandement des Aireet alliées, mais Ferdinand l'avait trop offensé, pocr ne pu craindre de le voir de nouveau k la tète d'nne armée en Italie ; il aimait tout aussi peu de l'employer dans des afiàirei publiques ï t'iotéricur, et le laissa passer le reste de ses jours dans la retraite , où Goosalve se plaisait aasex et oiw-

RETRAITE DE CON&U.VB DE CORDOUB. M

tÎDuait d'être utile aux autres ^ Od appelait cela une disgrâce , et le comte d'Urena s'écria : c Le bon vaisseau est enfin échoué, comme je l'avais prédit ! * f Non, > répondit GoDsalve, lorsqu'on lui rapporta ces mots, '■ il est encore en excellent état et n'attend quG la marée hante poar voguer aossi légèrement qu'auparavant. >

' L'inscriptioD marquée soi le tombeaa de Quichaidin eU pa l'être rar eàm de QoùalTe :

CHAPITEE XXI.

«lEHM D'UntlQDS.

(IBOS-IBIO)

Ardeur de Ximenïs. — Bet préparatifs de gaerre. — Son expédition en A/riqne. — Prise d'Onn. — Entrée triomphale de Ximenèa en eeUe Tille. — DâfianCD du roi. — Retour da cardiiul en Eepigne. — Conqnâtea de Navuro en Afrique. — MagniSoence de Ximeute. — Univeraité d'Âlcals. — Bible polyglotte.

La rî^eur déployée par le roi envers le marquis de Priego et certains autres nobles avait excité un méconleotement général dans la hautaine aristocratie castillane, mail elle avait été, paraît-il, approuvée par les commnnes, qni probablement se plaisaient à voir tiumiliée cette orgneilleuse noblesse, qui avait si souvent foulé aux pieds les droits des classes inférieures. Au point de vue politique, cette sévérité était habilement calculée, même pour intimider les grands seigneurs; elle leur prouva que le monarque, dont ils avaient toujours estimé le talent , était assez puissant pour se faire obéir et parfaitement décidé à briser (ouïe oppoûtioQ.

Il faut d'ailleurs reconnaître que, sauf dans on petit

tivutHE H'ânuon. Ki

nombre de caf, Ferdinand, k son retoar, montra beaucoup de douceur et de générosité, si l'on considère aurtottt let injnres dont il avait k Be [daindre et la manière dool iJ avait été abandonné par les hommes qu'il avait comblés de ms tivcurs. L'tiisloire offre peu d'exemples d'une raodéntioa pareille k la reslauratiou d'un prince ou d'un puni. •£■ réalité, des mesures violentes et tyranniques devaient réps* goer à un prince qni soumettait d'ordinaire ses passions, 6i fortes qu'elles Tussent naturel lement, k la voixnle la raison; aussi làut-il voir dans les actes d'excessive sévérité dont nous parions, moins le désir d« la vengeance, que les calculs d'une politique qui se proposait de Irapper de terreur des nobles lurbuleiits, accessibles seulement à la crainte.

Comme nous l'avons dit, Ferdinand suivit celle conduiseteer^que snr les conseils de Kimenès. Cet émioent prélat avait atteint au plus baut degré de la hiérarchie ecclésiastique après la papauté ; peu de temps après le retour du roi, il afalt reçu du pape Jules II le diapeau de cardinal ', puis il avait élé nommé inquisileur-général de Caslille, en reai- ^acemcnt de l'archevétine de Séville, Deza. Les importants devoirs qu'il avait désormais à remplir, joints à ceux de la prlmatic d'Espagne , auraient dfl , semble-t-il , salisralre cet esprit ambitieux, mais celte ambition grandissait à mesure que Ximenès s'élevait, et (e nouveau cardinal rêvait des projets grandioses, comme ceux d'un prince; il était animé d'on zèle plus ardent que jamais pour la propagation de la fei. S'il «ftt vécu du temps des croisades, il eût cerlaioemeat conduit en personne une de ces expéditions, car le cœur

■ H obtint cette dignité A b demande durai. Ion doTOfi^ de oeloi-ei à Naptes.

IM RÈGNB DE FniMUND KT d'iSABBLLB.

d'uD soldat balUit sons sa robe mooBSiiqnef mêoie à cette époque, it avait, comme Colomb, formé (tes plaos puor li délivrance de la Terre^Sainte ^ Hais il put mieux déplojer ami ardeur dans une guerre coaUe les mosulmaos d'Â&iqae, qai avaient vengé leurs frères de Grenade eo faisml de fréqdentes (IcEcenles sur les côles méridionales de la péni^SBle, dont les habîlants avaient en vain réclamé la .protection du gouvernement. Peu de temps après la mort d'Isabelle» i l'insiigation et avec l'aide de Ximenès, avait été orgaoisée une expédition qui avait abouti, le 13 septembre 150S» à ii prise de Mazarquivir, port important et redowtaUe, qid de pirates, sur la côte barbaresque, presqu'en face de CarUugène. Le cardinal méditait en ce m(Hnent one- entr^wrise .|dus difficile, la conquête d'Oraa.

Cette place, située à oœ liéue environ de la première, était l'une des plus considérables que les aueulmaus possédaient sur la Méditerranée; c'était le principal marché de leur commerce arec le Levant. Ellerenlbrmaitunevingluaedeiiùlle imes, était bien furtifiée et, grftce à l'opalence produiiA par un grand commerce, pouvait entretenir uo essaim de pintes qui infestaient la Méditerranée et se livraient ï d'affreoseï déprédations sut- les populeux rivages de celte mer.

A peine Ferdinand fut*)! rétabli au pouvoir que Xiotenès le pressa d'entreprendre celte nouvelle cooquéte.. Le qioitar

* Il résulte d'une lettre du rai Emmabuei de Portugal que Xïmenèi init eherclié à l'attirer, arec les rois d'Aragon et d'Angleterre, d&us 'ine croî- «•de en TerroSuatOi le pi^lat mêlait beaDooop de prudence i eetttffoln, à en juger par le soin arec lequel il avait ^t recounaltn ta cûlo et «tait combiné £oii plan d'opdtations. Le monarque portugais fit le plus gnnd jloge du lèle édifiant de Ximenès , mùi se borna sagement à ses propra oroisadea dans les Indes, qui dETaientTrusetnbttbIeiMnt lai étie pins poflUblea, an moins dau ce monde, qne oellea de la Falestine.

GUERRE a AMUtn.

que comprit t'iuaporlance 4e celle-ci, mais olyecta la d d'argent; le cardinal, qui s'alteadaità celte réponse, lui dit « qu'il était prêt & avancer les fonds nécessaires et à prendre toole la charge de l'espéditioQi qo'tl conduirait «n personne, s'il plaisait k Sa Majesté. * Le roi; qni ne pouvait repousser ce moyen, commode pour lai, d'agrindir ses États, touten donnant de l'occupation à des sojeta turbulents, consentit ùcilement i la proposition.

L'eoUeprise, trop frayense pour les ressonrces d'un simple partieolier, ne l'était pas trop pour te cardinal; celui-ci, depub quelque temps , avait soigoeBsemeot économisé ses • revenus dans ce but, bien, qu'il eût parFois louché à Boa trésor pour racbeter de maUieoreux ËspagooU,' réduits' en esclavage. Il avait fait dresser des cartes eiactcs des cAtas bariaresqoea par on iagéâlear italien, nommé Vianelll. 11 avait consulté aur le meilleur plan d'opérations à suivre soo ami GoBsalve de Cordoue, auquel il eût donné VoloBtiera le conmandeatâil de l'expédition,' si le roi Teât permis; sAr u demande, ce poste fut assigné an célèbre comie Pedro NaVarro.

On fît, sans perdre de temps, les (Héparatifs nécessaires. Outre les vétérans de l'armée d'Italie, des levées furent faites dans lont le royaume, et parliealièrement dans Id diocèse d« eardinal. Le chapitre de Tolède embrassa avec ardenr les projets de son archevêque, fournit de forts subsides et offrit d'accompagner les Iroapes. On réunit une nombronse artillerie, ainsi que des vivres et des munitions pour reolretieD d'ane armée pendant qDatrc'mois. Avant la fio du printemps de 1509 tout était prêt; une 0t)tte de dix galères et de quatre-vingts vaisseaux plus petits mouillait daiis le port de Gartliagèoe, ayant k bwd qaatre mille hommes de cavalerie

IM KÈGirE DB PBBOOr&IIO ET d'isABELLB.

et dix miRe dlnraotorie. Telles ^ient ractivité ei rénergie fuD horonie qui avait vécajusque dsDs ces deroières années, ai fond d'oQ cloître, remplissant les paisibles devoirs de la Tte religieuse, et qui , es ce moment, accablé d'ioûrniilés, avait dépassé sa soiiaale-dixième année.

Le cardioal avait, dans raccomplissemeol de sa tàche, rencontré des obstades qui ne proveuaient pas senlemeot de son grand âge et de ses infirmités; il avait été constammeat contrarié parles nobles, qui trouvaient plaisant de voir • no OBoine guerroyer pour l'Eepagae, tandis que le Grand Cap»taiae, retiré dans ses terres, égrenait paisiblement son chapelet, comme un ermite. > Les soldats, surlout ceux d'Italie, ainsi que leur commandant Navarre, formé à l'école de Gonsalve de Cordoae, se montraient peu disposés à aernr sous leur chef spirituel. Le roi lui-même témoignait de la froideur, depuis qu'il avait remarqué ces signes de mécwiteutement. Mais l'orage, qui abat le faible, ne fait qa^aSermirle fort dans sa résolution; Ximenès, dont l'ardeur grandissait au milieu des difficultés, finit par les vaincre toatei; il se concilia Ferdinand, déçut la noblesse et rétablit la d»cipline parmi les soldais.

Le 46 mai 4509, la flotte leva l'ancre; le lendemain eUe arrivait à Mazarquivir, en Arrique. On débarqua sans perdre de lem;'8, car des feus allunés sur les hautears voisines annonçaient que l'alarme avait déjà été donnée. On décida de diriger la principale altaqae contre une colline sitoéc eolre Macarqnivir et Oran, assez près de cette dernière plice pour la dominer entièrement. La flotte devait , en ta6M temps, s'erobosser devant la cité moresque et, en ouvrant oa feu violent, détourner l'atleMion des habitants.

AnsailAt qne l'année eapagacle «at débarqué et u fct

formée en ordre de bataille, Xintenès, rnooté aur ane innle, parcournt les rangs; il portait ses vêtements poDtificaox et avait une épée au côté. Devant lui, bq TraDciscaÎQ à cheval tenait levée en l'air la massive croix d'argent, qui était la bannière archiépiscopale de Tolède. Autour de lui étaient d'autres moines de cet ordre, en robe et l'épée h la ceinture. ËD avançant, les prêtres cbantaieal l'hymne lriom[Aale : Vexitla régis. Le cardinal, arrivé enfin sur une hauteur, lenr imposa silence et fit aox soldats une courte el chaleureuse harangue; il leur rappela tes injures qu'ils avaient souffertes des musulmans, la dévastation des côtes de lenr pays, lea malheurs de leurs frères réduits en esclavage. Lorsqu'il les eut suOisamment excités contre les ennemis de leur pays et de leur religion, il éveilla leur cupidité eu leur parlant du riche butin qu'ils trouveraient à Oran, et il finit en déclarant qu'il était venu risquer sa vie pour la cause sainte de la foi et les conduire au combat, selon l'exempte que lui avaient donné plusieurs de ses prédécesseurs.

L'air vénérable et l'éloquence entraînante du primat alluinèrenl une ardeur, mêlée de respect, au cœur de ces intrépides guerriers, qui l'écoutèrent dans un religieux silence. Cependant, k la fin de son discours, les officiers s'approchèrent de Ximenès et le prièrent de ne pas s'exposer aux dangers de la bataille; ils lui dirent que sa présence serait plulôt nuisible qu'utile, parce que l'aliention des soldais serait portée sur loi. ïl se rendit à celle dernière observation ei consentit, qooîqne avec une répugnance visible, It laisser l« commandement à Navarro. Ayant alors donné sa bénédittioo aux Espagnols agenouillés, il se relira dans la forteresse voisine de Hazarquivir.

Le jour était déjà presque passé, et des masses aombres

MB RËGNE »E TODINAini 'KT D^BBLLE.

d'eBoeraisks'anioDc^teitt sur les cines de la sierra fu laqaelle fattaque' devait commencer. Nannro, voyant eeue position si bien occupée, donia qne ses soldats fussent capa* bles de l'enlever avant la naît, si même ils l'enloratent, n'ayant pris ni reposai nourriture, aprèsnae journ^ ansa faliganle. Il retourna donc k Haurquivir , pour prei^ conseil de Ximenès; celni-ci, qu'il tronva en prières, l'adjort < de ne pas faillir à cette henre, mais d'avancer au nom du Seigneur, puisque le Sanvenr et le fôux prophète Mahomet conspiraient pour livrer l'ennemi dans ses mains. * Les scrupules du guerrier disparurent devant l'intrépidité do prélat, et, revenant à l'armée, Navarre donna l'ordre de marcher en avnot.

Les Espagnols oommencèreot h gravir leutemeat et silencieusement les flancs escarpés de la «ûrra -, i h faveur d'an épais brouillard qui, enveloppant la cime de la montagie, les déroba pendant quelque temps à la vue des musulmans; mais, dès queceus-ci les aperçurent, ils firent pleuvoirsor eux une grêle de balles , de flèches et d'autres projectiles meurtriers, tandis que s'élançant furieusement en avant, ils s'efforçaient de les repousser. Les assaiHania , protégés par lears longues piques, soutinrent le choc sans rompre les rangs. Cependant l'ennemi, épi en nombre aux chrétiens «t ayant sur eux l'avantage de la position , leur disputait te terrain avec acharnement. A la fin , Navarro fit pointer aoe. petite batterie de grosses pièces d'artillerie contre te flâne des Mores; ceux-ci, exposés à m feu terrible, dont ils ne ponvaient se garantir, furent mis en désordre, et les premiers rangs, serrés de près par l'avant-garde espagnole, qui leur présentait un mur de ter, coinmeocèroot k recula. La retraite se changea bientM en déronte. Les Castillans contî-

Qoèreal il avancer ; dd grand nombre d'entre eui, suriont les Douvelles recrues, se débandèrent et se mirent à ta poor* suite des fuyards, sans écoutw ni les ordres ni les menaces de leurs officiers, désobéissance qui eât pu avoir des suites fimestes, si les uinsulmaas avaient été assez disciplinés pour se rallier. Mais ceux-ci, eroyant leurs adversaires plus DombreQK en les voyant se disséminer, ne furent que plus eOrayés et plus prompts à fuir,

Pendant ce temps, la flotte s'était embossée devant la ville et avait onvert contre elle un fèu violent, auquel répondirent vigoureusement les soixante pièces d'arlillerie qni garnissaient les forli&calions. Néanmoins les Espagnols à Imm^ débarquèrent et bientôt rejoignirent leurs compatriotes viotorirax , qui descendaient la sierra. Tous ensemble se dirigèrent alors rapidement sur la place, qu'ils se proposaient d'emporter par escalade. Ils avaient peu d'écbctles, mais leur ard^u* letu" faisait mépriser tous les obstacles; plantant leurs longues piques contre les murs ou dans les crevasses, ils montèrent sur les remparts avec une incroyable agilité, quoiqu'ils fussent incapables le lendemain de refaire cette ascension. Le premier qui entra dans la place fat Sonza, le capitaine des gardes du cardinal, qui, poussant le cri ; «Saint Jacques et Ximenès, * planta sur les créneaux un étendard, portant d'un c6té les armes du primat et de l'autte la croix. Six autres bannières flotlèrenl bientôt sur les remparts, et tes soldats, pénétrant dans la ville, s'emparèrent des portes et las ouvrirent à leurs compatriotes; farmée entière s'y engouffra, comme un torrent, balayant tout sur son passage. Un très petit nombre de Mores s'cfTurcèreat de l'arrêter, mais la plupart se réfugièrent dans les maisons et dan» les mosquées. La résistance et la fuite

«M KËfiNB DB rmtniAifD cr b'babbllb.

ftirent également. innliles; les TabqDears oe montrèrent aucune pitié, ne respectèrent ni l'Sge ni le seie. La soldatesque s'abandonna à toute la licence brutale, à toute la férocité, qui distinguent entre toutes les antres les gnerres de religion. En vain Navarro rappela-t-11 seï soldais; ils retournèrent comme des bodle-di^ites » leur proie, sans sefàt^ner, jusqu'au moment ou, gorgés de sang et de vin, ils se couchèrent péle-méle dans les rues et sur les places.

1^ soleil qui, lareille encore, éclairait une ville Qorissanle, Sère de son opulence, babttée par an peuplé libre et industrieux, se leva, le lendemain, sur une cité captive, dont les féroces conquérants dormaient snr des monceaux de cadavres. On prétend qu'il n'y eut pas moins de quatre mille musulmans tués dans la bataille et de cinq à huit mille Taita prisonniers. Les perles des chrétiens avaient été légères. Aussitôt que Naurro eut pris les mesures nécessaires pour effacer les traces du carnage, il lit inviter le cardinal Ji venir prendre possession de la ville. Celui-ci s'embarqua sur sa galère; lorsqu'en longeant le rivage, il vit les joyeux pavillons d'Oran et ses brillants minarets se refléter dans la mer, il s'enorgueillit de la glorieuse conquête qu'il avait faite pour l'Espagne chrétienne; il paraissait incroyable qu'une ville aussi forte et aussi bien défendue eût été emportée aussi facilement.

Lorsque Ximenès débarqua et franchit les portes de la ville, entouré des moines qui formaient son escorte, il fut salué des acclamations brayantes des soldats , qni le Tardaient comme le véritable vainqueur, en faveur duquel Die« avait daigné renouveler le miracle de Josué, en arrêtant le soleil. Le cardinal, confessant humblement son indignité, répéu à b«ute voix les sublimes paroles du psalmisle : • ffam

GUEItRE D'AFRIQUE. tOB

Robù, Domine, non no&tf, > tandis qu'il donnaiL sa bénédiction à l'armée. Oo le conduisit à l'alcazar, où on lui ofiirit les clefs de la forteresse. On lui apporta, pour le distribuer, le butin qui s'élevait, dit-on, à un demi-milttoa de ducats d'or, fruit du cummerce et de la piraterie; mais ce qui lui causa la plus vive joie fut la délivrance de irois cents chrétiens eaptifs, qui languissaient dans les cachots d'Oran. Peu d'heures après la prise de la ville , le mezuar de Tlemcea était arrivé avec des troupes considérables, mais il se retint sor-le-champ, ayant appris ce qui s'était passé. Il éluît heu- EâQX qne l'on n'eût pas remis le combat au lendemain; Ximenès s'était opposé à tout retard; la plupart des Espagnols crurent qu'il avait été divinement inspiré, tandis qu'ils Miraient pu trouver, avec plus de vraisemblance, dans U hardiesse et dans l'impétueuse ardeur du prélat l'explication de sa conduite en cette occasion.

La conquête d'Oran ouvrait une carrière sans bornes à fambilioo de Xin>enèa, qni voyait déjà la baBoière de la croix arborée triomphalement sur les murs de toutes les cités musulmanes, au bord de la Uéditerranée. L'arcbevéque rencontra cependant de sérieux obstacles sur sa roule; Navarre, habitué à un commandement indépendant, s'indignait d'être soumis à un chef spirituel, dont la science militaire lui inspirait, à juste litre, peu de confiance. Soldat bvntal et sans édneattoo, it s'expliqua ouvertement à ce sujet et dit au primat ■ q«e ta prise d'Orau avait mis fin it sa ■HBsiou; qne c'était trop de deux généraux dans une année; fw le cardinal devait être satisfait des lauriers qu'il avait cueillis, et, qu'an lieu de jouer au roi, il devait retourner aopcès de son troupeau et laisser se batlie ceux qui faisaient de la guerre leur métier. >

lia RËGNB DE FERDINAND ET d'iSABELLE.

Mais ce qui émat l'arcbevèqae plas que l'iosol^ce de son général, ce fut ta décoaverte d'une lettre adressée par Fer> dinand ii Navarre, pour engager celui-ci à retenir, sous l'ua on l'antre prétexte, le curdinal en Arrique, aussi longtemps que sa présence pourrait y être utile. Ximenès avait déjà pu s'apercevoir que l'intérêt, moins que l'afiection, dictait la conduite du monarque envers lui. Celui-ci avait toujours convoité l'archevêché de Tolède pour sou tils naturel et favori, Alphonse d'Aragon; après son retour de Naples, il avait pi'essé le primat de renoncer à ce siège et de l'ccbanger contre celui de Saragosse, occupé par Alphonse. A la fin, l'archevêque indigué lui dit < qu'il ne consentirait jamais 1 Iratiquer des dignités de l'Église; que, si Sa Majesté l'im* portunait davantage, il abdiquerait la primatie, mais que ce serait pour s'enterrer dans la cellule d'où la reine l'avait tiré. > Le roi, qui n'eût pas voulu se souiller d'une aussi odieuse ingratitude, ni se séparer d'un ministre aussi habile, connaissait trop bien le caractère infiesible de celui-ci, pour revenir sur ce sujet '.

Aussi, ayant déjà lieu de se méfier de Ferdioaod, Ximenès donna à la lettre royale l'interprétation la plus défavorable; il vit qu'il n'était pour le roi qu'un instrument, doot celui-ci voulait se servir tant qu'il ne serait pas usé, sans se soucier ni des intérêts ni des désirs de son sujet. Ces soupçons humiliants, joints à l'arrogance de son général, le dé* goAt^Dl de poursuivre plus loin son entreprise et leçon* armèrent dans son projet de revenir en Espagne; il Lroun nue excuse sulfisante dans le mauvais état de sa santé, qiî

' > Le digne frère, * dit Sandoval du prélat, ■ ptéférût uui anhnédi aux bonnes grâces d'un vieux roi avare. • .

GUERRE DAFIUQUE. lll

ae loi permettait pas d'affronter les chaleurs brûlantes dd l'été en Afrique.

Avant son départ, Ximeoès réunit antour de lai Navarro et ses officiers et, après leur avoir donné de bons conseils relativement au gouvernement et à la défense des récentes conquêtes, il mit k leur disposition de l'argent et des munitions pour l'entretien de l'armée, pendant plnsieurs mois. Il s'embarqua ensuite, le 22 mai, non avec le pompeus appareil d'un héros victorieni, mais avec quelques serviteurs, sar une galère non armée; attestant ainsi même les bons résultats de son expédition, qui avait débarrassé de tout danger la navigation sur la Méditerranée.

On avait fait en Espagne de magnifiques préparatifs pour la réception do prélat; il fut invité à visiter la cour à Valladolid, ponr y recevoir les hommages et les témoignages de gratitude publique dus à ses éminents services. Mais son ambition n'était pas de celles que satisfait l'éclat trompeur d'une popularité éphémère; il avait d'ailleurs l'âme trop hante pour être accessible à une mesquine vanité. Il refusa tons ces honneurs et se dirigea, sans perdre de temps, sur Alcala; là aussi cependant, les habitants, désireux de lui faire un bon accueil, prirent les armes pour le recevoir et pratiquèrent une brèche dans leurs murs, afin qu'il entrât en triomphateur dans leur ville ; mais il voulut y entrer par la porte ordinaire, suivi seulement de quelques chameaux, conduits par des esclaves africains et portant des objets d'or et d'argent pris dans les mosquées d'Oran, ainsi qu'une précieuse eollectioD de manuscrits arabes, destinés à la bibliothèque de son université naissante d'Alcala.

Ximeoès montra autant de modestie et de simplicité dans ses manières et dans sa conversation. Il ne ût aucune alln-

lU RÈGNE DB PBRDINAND BT v'iSABELLE.

sioD aux scèoes émouvaDies auxquelles il avait assisté; lorsqu'on lui eu parlait, il détouroait la cooveisatiou sur aa autre sujet, sur son collège, sur la disci^diae et les progrès de cet établissement, qui , avec son grand projet «le poblicallon de la fameuse Bible polyglotte, paraissait absorber en ce moment toute sou attealion.

L'archevêque commença toutefois par visiter son diocèse, cottsolaul et secourant, de la manière la plus affectueuse, les familles qui pleuraient la mort ou l'absence d'un de leurs membres, engagé dans l'expédition. Dans sa retraite, il ne perdait pas d'ailleurs de vue le grand but, si ardematent poursuivi par lui. la soumission de toute l'Afrique; de temps en temps, il envoyait des subsides pour la garnison d'Ona, et il ne perdit aucune occasion pour presser Ferdiuaud de pousser ses conquêtes plus loin.

Le roi d'Aragon comprenait trop bien l'importance de ses nouvelles possessions , pour avoir besoin d'être slimBlé. D fourait toute espèce de ressources au comte Pedro Navarro, auquel il envoya les vétérans formés sous les yeui de Gonsalve de Cordoue. Dès lors, ayant la liberté de ses monvemeals, ce général poui-suivit ses succès avec aclivité; îl commença par attaquer, le 15 janvier 1510, Bugia, défit, ea deux batailles rangées, le roi de Bugia, qui avait levé une puissaole armée, et s'empara, le 31 janvier, de sa Oorisaaate capitale. Il vit ensuite lomber coup sur coup devant lui Alger, Tunis, TIemcen et d'autres villes sur la cdie barbaresque; les habitants, reçus comme vassaux du roi catholique, s'engagèrent & lui payer le tribut que prélevaient leurs princes musulmans et à le servir eu temps de gnerre, avec la bizarre stipulation, si souvent ioscrite dans les traités avec Grenade, de l'accooipagaer aux corièa. Ib pn-

GUERRE DAnUQO!. 113

meltaient, en oulre, rie mettre en liberté tons les chrétiens captifs sur leur territoire. Les Algà'iens, poor s'indemDiser, flreat payer la rançon des prisonniers aux juifs qui résidaieut parmi eus; peu importait anx malheureux Israélites qui, du chrétien ou du musulman, remportait la victoire; il était sflr dans tous les cas d'être la victime de la rapacité da vainqueur.

Le 26 juillet 4510, l'antique cité de Tripoli, après une défense achaniée et meurtvère, se rendit au général victorient, dont le nom était redouté dans tout le nord de TAfrique. Mais, le 28 août snivaut, celui-ci éprouva ud6 sérieuse défaite dans Vile de Getves; quatre mille chrétiens Ibrent tués sur place ou faits prisonniers. Cet échec dans la brillante carrière du comte Navarro mit un terme aux progrès des annes castillaues en AAnque, sons le règne de Ferdinand *,

Cependant les résultats acquis déjà étaient d'une grande

■ On est peut-être onrieux de «aToii ce que denat le comte Fedio NaraiTo. Il se rendit pen de tempe après en Italie, où il exerça un oom- Dundemeot supériear, et il soutint sa réputalion dans les guerree de ce pays, josqu'à ce qu'il fUt pris par les français, à U grande bataille da BftTenne. Far la nj^igoioe on l'indifinaoe de Ferdinand, il lanpiit si longtemps dans la saptifité qu'il finit par prendre du service dans Vannés française pour se venger; toutefois il renonça aupararaiit à ses domaines dans le royaume de Naples et à t'obf issance au roi catholique , dont U n'était pas né le sujet, Mant Nararrûs de naissaaoe. Malhearensemeat, dans tm oombat livré en Italie, il tomba aux mains de ses compatriotes et fiit enfermé à Naples, dans le Castel Nuoro qu'il avait autrefois pris anx Français. 11 y mourut bientôt après , assassiné secrèlement par ordre da OharleB-Qnint, si nous en croyons Brantôme ; selon d'autres écrirains, il *e toa Ini-même. Ses restes, déposés d'abord dans un coin obsonr de l'églisa da Santa-Maria, furent transférés plus tard dans la chapelle ia grand Oonsalve, et nn superbe maosolée fnt érigé an dessus par le prinoe de Sessa, pctit-lls dn héros.

fl4 RtGNE DE FERDINAND ET d'iSABEL[£.

importance, soil au point de vue de la valeur des p nouvelles, comprenant quelques-uns des marchés les plus fré(|neD(és de la cale b^baresqne, soit au point de vue de la sécurité du commerce, débarrassé de la crainle de ces essaims de pirates qui avaient si longtemps infesté la Médi- . terranée. La plupart des villes conquises échappèrent plus tard à l'Espagne par la-Taiblesse ou l'indolence des successeurs de Ferdinand ; celles qui avaient été prises par Ximeoès furent, au contraire, mises dans un si bon état de défense, qu'elles bravèrent tous les efforts de l'ennemi pour les reprendre et continuèrent k faire parlie de la monarchie

Pendant ce temps, l'archevêque de Tolède, relire à Alcali de Henarès, travaillait avec ardeur i la prospérité de l'université qu'il venait de fonder en cette ville. Comme cet établissement, d'une grande importance, exerça une influence considérable sur le développement intellectuel du pays, il convient de lui consacrer quelques p^es dans celle histoire.

Dès 1497, Ximenès avait conçn le projet d'établir dm université dans l'antique ville d'Alcala, située sur les bords riants du Henarès; la salubrité de l'air, la paix et la tranquillité qui régnaient dans ce lieu , en faisaient un séjour propre à l'étude et k la méditation. Le prélat demanda même, à cette époque, le plan du bâtiment k un cél^re architecte. D'autres occupations cependant retardèrent l'e^ culion de ce dessein jusqu'en 1500, année oit le cardinal posa lui-même la première pierre du collège principal, en invoquant solennellement la bénédiction du ciel sur son entreprise. Depuis ce jour, malgré les soucis croissants qw lui donnaient les affaires de l'Église et de l'État, il ne perdit

GCERBE D AFRIQUE, 913

jamais de vue ce grand objet; h Alcala, on put le voir souvent eu plein air, une règle k la main, prenant des mesures et slimutanl le zèle des ouvriers par des récompenses.

Cependant les plans étaient trop vastes pour pouvoir être exécutés promptement. Outre le collège principal de Saint- Ildefonse, ainsi nommé en l'bonaeur du saint, patron de Tolède, il y en avait neuf autres, ainsi qu'un hôpital pour les malades. Ces différentes constructions étaient très solides, et il y avait de l'élégance, même du luxe, dans certaines parties qui le permettaient, comme les bibliotbëqnes, les rérectoires et les chapelles. Pour rendre la ville plus digne d'être le siège d'une grande et florissante université, on y fit plusieurs changements importants et coûteux; on dessécha des terrains où croupissait une eau stagnante, on pava les rues, on démolit de vieux bilimeuts et on perça de Doavelles et laides rues *.

Au bout de huit ans, Ximenès eut la satisfaction de voir ses vastes projets accomplis et tontes les chambres du spacieux édifice prêtes à recevoir les étudiants. C'était cerlainement une noble entreprise, surtout si l'on considère qu'elle avait été accomplie par un seul individu. Aussi François I" fiit-il saisi d'une profonde admiration, lorsqu'il visita ces lieux, peu d'années après la mort du cardinal : • Votre Ximenès, * s'écria-t-il. < a fait plus que je n'aurais osé rêver; il a fait Si lui seul ce qui en France a été l'œuvre' d'une suite de rois. ■

Le bâtiment achevé, le cardinal n'était pas arrivé au terme de ses travaux; il s'occupa alors de former nn plan

' Lea bonnes gens reprodiaient aa cardinal sa passion de bâtir et disaient en pbusantftDt : • L'élise de Tolède n'a jamais ea nn éTËque plas ddi/oMt que Ximenès. •

lU RËCNE DE FBRBINAHD ET D'iBABELLB.

â'éUides et de discipliae poar l'uniTersité naissaote. D cb«rcha i s'éclairer auprès des geos de science el empinou plus d'une ulile di^wsîtioD ï la vénérable université de Paris. Il se proposait de développer toutes les facaltés de l'élève, et ne voulait pas qu'il f&t, dans les mains des professeurs, uu instrument passif. Indépendamment des exercices de mémoire et desleçoos, l'élève devait subir des examens et prendre pari à des discussions publiques, où il pouvail faire preuve de talent el de connaissances; Ximenès s'ioléressaît vivement k ces luttes iotellectuelles et sonveot il voulut ; assister ea personne pour stimuler l'étndiaot par sa pré* seiïce.

Deux articles du règlement caractérisent bien l'homme : pur l'un, le traitement du professeur était ré^é d'après le nombre de ses élèves; par l'autre, tout professeur étaK rééligible au bout de quatre ans. Un serviteur do cardtual ne pouvait pas s'endormir h son poste.

De nombreuses fondations furent faites en faveur des &»• diants pauvres, spécialement en théologie. Le but déclaré de Ximenès était, en effet, d'encourager les études théologiques ou plutAt de former des prêtres instruits, car le clei^ espagnol, comme nous avons déjà eu l'occasion de le dire, ne manquait que trop souvent des connaissances les plus élémentaires. Mais, dans ce cours de préparatioa, le prélat fit entrer presque toutes les sciences enseignées daas d'autres universités. Sur quarante-deux chaires, il n'y et avait que douze pour la théologie et le droit canon, taudis qu'il y en avait quatorze pour la grammaire, la rhétoriqK et les classiques anciens, études probablement vues avec faveur par le primat, comme ouvrant seules la voie & une critique et k une ioterprétation exactes des Écritnras.

GOEUK Vàrmgx. m

Ces arrai^menls tennia^, le canfinl rechercha les tneiltetin auxiliaires posr mettre ses projets à exécution; ii les cfaoîtit iDdifféremment dans le pajs et » dehors ; ii aTait l'esprit trop éleré pour Dourrir des préjugés nationanx, et l'arbre de la science , il le savait, porte des (raits sous tons les climats. 11 promît ies traitetnents assez considérablet pour séduire les hommes -ie talent , les engager à sortir 4t leur obscurité et k venir dus pays les plas éloignés offWr leurs serriees. Soos ce rapport, il fnt très heureux et qo«s voyons figurer, ea ce temps, sar la liste des professeurs, des savants de tont genre, dont plnsieurs ont laissé des ouvrages qui nous permettent d'apprécier aujonrd'hui encore leur mérite.

En jaillet 1âû6, le cardinal re^at avec joie la nouvdie de foaverture de l'université, et, le mois suivant, fut donnée pabliqaem«)l la première leçon, qui roulait sur l'Éthique (TArislote. Les étudiants affluèrent bientM dans rétablissement, attirés par la répolation de ses professeurs, sa vaste oi^nisation , son excellent système d'enseignemeut et surlont par le puissant patronage sons lequel il était placé. Nods manquons de rraseignemeots sur leur nombre, du vivant de Ximeaés; mais il devait être très considérable, pnisqn'ils vinrent i sept mille recevoir François l*', lorsqu'il visita l'université, vingt ans après qu'elle était ouverte.

Cinq ans après cette époque, en ISIS, Ferdinand, voya» géant pour cause de sanlé, s'arréu à Alcaia. Depuis son retour d'Afrique, le cardinal, dégoûté de la vie publique, n'était sorti que très rarement de son diocèse, oà il s'appliqaail exclusivement à remplir, avec ses propres devoirs de religion, ceux que lui imposait sa professioa. Ce fnt avec une orgneilleuse satisfaction qu'il reçut ion sonvorain et lui

Ht RfiGNE DE mtDIMÀRD ET d'iSABELLB.

montra le magnifique bàiimeat qn'il tvait élevé, dans u retraite. Le roi, dont la maladie ne pouTait abattre l'esprit nalurellement curieux, visita toutes les parties de l'édifice, assista aux examens et écoula avec intérêt les discussions publiques des étudiants; peu instruit lui-même, il avait trop souvent apprécié la valeur de l'instructioD, pour ne pas l'estimer chez tes autres. Avec son coup d'œil pénétrant, il prévit la gloire que feraient rejaillir sur son règne les travanx de son ancien minislre et l'immense utilité qu'ils aoraieot pour te royaume; aussi rendit -il pleinement justice i Ximenès, en lui adressant de chaleureuses félicitations.

C'est en cette occasion que le recteur du collège Saint* Ildefonse, placé à la tète de l'université, vint, précédé de ses massiers, recevoir le monarque. Les gardes crièrent aoi massiers de déposer ces insignes, qui ne convenaient pas ï un sujet devant son souverain. • Non, non, > s'écria Ferdinand , qui eut le bon esprit de comprendre qu'il ne s'humiliait pas en rendant hommage aux lettres ; < c'est ici le séjour des Muses et ceux qu'elles ont initiés à leurs secrets sont ceux qui ont le plus de droits d'y régner. ■

Au milieu de tontes ses occupations , Ximenèa trouvait encore du temps à consacrer à une autre œnvre, qui seuh eût suOt pour immortaliser son nom dans la république des lettres; c'était sa fameuse Bible polyglotte, destinée, selon le plan conçu primitivement par Origène, k offrir eo regard du texte des Saintes-Écritures leur traduction dans les différentes langues anciennes. Pour faire un ouvrage aussi extraordlnairement difficile, il (allait connaître parfaitement les manuscrits les plus anciens et, par conséquent, les plus rares. Le cardinal, sous ce rapport, avait de grandes facilités, k cause de son rang et de son caractère ; la bibliothèque

GUBRRB d'aFAIODG. 419

da Vatican, renfennaat uae collectioa précieuse, lui fut généreusemeot ouverte, surtout sous Léon X, qui, avec son «sprit éclairé, voyait faTorablement cette eulreprise. Le primat obtint de même des copies de tous les manuscrits de quelque valeur, déposés dans les autres bibliothèques de l'Italie et même, eu général , de l'Europe. Il se procura en Espagne des éditions très anciennes du Vieux-Testament, recueillies par les jaifs exilés. On peut se faire une idée des frais énormes qu'il dut supporter, par ce fait qu'il donna quatre mille couronnes d'or pour sept manuscrits étrangers, qui vinrent toutefois trop tard pour qu'on put en faire nsage.

La direction du travail flit confiée ii neuf savants, versés dans les laugues anciennes, comme la plupart l'avaient prouvé par des livres qui témoignaient d'une sagacité et d'une érudition remarquables. Après leurs travaux du jour, ces hommes se réunissaient pour s'éclairer mutuellement sur les difficultés qui les avaient arrêtés dans le cours de leurs recherches, en un mot, pour comparer le résultat de leurs observations. Ximenès, qui se coUDaissail peu en littérature générale, mais était un excellent critique biblique, présidait souvent h ces réunions et prenait une grande part aux délibérations. < Ne perdez pas de temps, mes amis, » disait-il, ■ pour poursuivre notre glorieuse œuvre, car il peut arriver on que je meure ou que j'aie i pleurer la mort de geus dont les services ont plus de prix à mes yeux que les biens et les honneurs du monde*. >

< Les savants emplojéaàoetnvailftiTeiit le vénérable Lebrija, le savut Nunez on Hnciaiio, dont nous avons dit quelques mots an lecteur, Lopex do Zunîga, qui ^souta avec Ënsme, Barthéleni; de Castro, le fameux Qreo, DJmétrma da Crète, et Juan de Ve^ara, tous ezwlleiLts lingniates, snr-

IH nfcGNE DE FBRMIUnD BT D ISABELLE.

Les difficultés de reotrepriae tureot «aeore Bagmeatéa par celles de l'impression. L'art ée l'impriiDerie était stlon dans snn eofance, et il n'y avait pas en Espagne, pent-Atte même dans tonte l'Earope, des caractdres orientaai. Le cardinal, qui voulait que tout s'eiécaiât soos ses yenx, fit venir des ouvriers d'Allemagne et fondre des lettres de diSËrent moule dans ses ronderies d'Alcala.

L'onvrage complet prit six volnmes io-fotîo ' : les qnatra premiers consacrés Ji l'Ancieù Testament , le cinquième an Nouveau, et le dernier renfermant im vocabalaire hébraïque et chatdéen, avec d'autres traités élémentaires, qni avaient demandé beaucoup de travail et d'érudition. Il ne fut achevé qu'au bout de qninze ans, en 4517, quelques mois seulement avant la mort du cardinal. Alvaro Gomez rapporte, et il l'avait souvent entendu dire à Jean Broccario, fils 4e l'imprimeur, que, la dernière feuille tirée, eelni-ci, alors enfant, avait, revêtu de ses plus beanx babits, été envoyé avec un exemplaire auprès de Ximenès. Celoi-cî, en le foi prenant des mains , leva les yeux an ciel et le remercia de l'avoir laissé vivre assez longtemps pour voir cette œuvre sainte achevée; puis, se tournant vers ses amis présents, il leur dit que, < de tons les actes qni avaient signalé son administration, il n'y en avait aucun, quelques peines

tout en greo et en latin. A ces lettrés a'adjoîgQireiit Pâul Conind, na mideoiii da nom d'Alfonso et AlFonso ZMnon, joift converti*, eoimiûwant bien les luigaes orientales. Zamora fiit chargé dn travail philologiiiiu relatif i t'hébi«u et an chaldéen, dans le dernier Tolnme.

* L'onvTAge u rendit d'abord ta prix eitrimement bat de nx daetta et demi l'eiemplaiie, mais, cdmina on n'ca tira que AOO exemidures, ilalu par devenir très rare et oltei; d'içrèa &uiet, il s'cat vends jasqnl l,B7e franoi.

GDKItltE BJiPMWIl. m

qu'il eût coûté, doDt tb dussent le féliciter plas que dft celw-GÎ '. >

Ce n'est pu ici le liea, si même bous étions un juge compétent, de discnler le mérite de ce grand ouvrage, dont la répatatiOQ est Taniilière ii tous les savajits. Des critiques ont contesté l'aneleaneté des Bunaserits employés, ainsi que l'exactitttde et la valeur des corrections; malheureusemeat la dotnictioo de» mauuat^its origioanx, accomplie de la manière la plus étrange, ne permet pas de décider la ques- UoD K Sans doute, il y a des imperfections, cotnme cela devait ttécessairemeiit arriver dans un temps où l'art de la critique était peu compris et oil, si les matériaux n'étaient pas plos rares qu'aujounThni, il était an moins plus difficile d'y avoir aceèa. Cependant, à part ces défauts, la Bible de Ximeuès a le mérite d'avoir été le premier essai heureux d'une iraduclion polyglotte des Écritures, et, par couséquenl, d'avoir facilité la tâche de ceux qui, par la suite, réussirent plus compiétemeat dans cette voie. On doit d'ail-

< La partie oonsacrée s l'Anciett Testament renferme l'hébreu original, ama b Tolgal» latine, b venioa des SqttautA, b paraphrase ohaldaïqu, ûnii que des traductions blines par les saTimts espagnols; le Nonveau Testament fut imprimé dans le grec original, avec b Tulgate da Jérôme. Après l'achèvement de «et ouvrage, b cardinal se proposa de publier «ne éditiai d'Aiistote sui b mâme pbn, maisb mort l'eiaptoha msJluarausttment de réaliser ec projet.

* Le professeur albmaad, UoldenhAoer, Tiaita Âlosb en 17S4, pour examiner les manuscrits dont on se servit pour b Bible polyglotte ; il y apprit qu'ils avaient tons 6té vandos, comme de mauvais papier {auwiiriuuu in^iifi), par le bibliothécaire de ce temps, à on négociant qui en eut bientôt bit nsage. Le professeur déclara qu'il n'janouu motif de mettre en donte l'eiactitade de oette anecdote. Le nom de ce bibliothécaire n'est pas maibnnreoaemeut parvep» jusqu'à non»; ile&t dAétre impjtiieahbcMame celui d'Omar.

m RÈGNE DE FERDINAND Kt d'iSABBLLE.

leurs, en égard au temps el à l'homme sous le palronage duquel elle Ait publiée, la coDsidérer comme un magnifiqne moDument de piété, de scieace et de mnniûceDce, qoi doDoe k son auteur des droits à la reconoaissaoce de la chrétienté entière.

Tels étaient les vastes projets qui charmaient les loisirs de l'illustre prélat. Tout gigantesques qu'ils fassent, ils n'étaient ni au dessus de ses Torces, ai déplacés dans soa temps el dans son pays. Ces œuvres n'étaient pas de celles qui, nées du caprice ou d'un élan passager, périssent avec ie souffle qui les anime ; c'étaient des plantes profondémeol enracinées, qui, protégées et réchauffées par le sentiment national, étaient destinées à porter des fruits à l'avenir. Il en toi surtout ainsi de l'université d'Alcala, qui bientôt s'enrichit des libéralités royales et privées. Son fondateur lui légua, à sa mort, un revenu net de quatorze mille ducats; au milieu du xvii' siècle, celui-ci avait été porté k quarante^enx mille, et les collèges s'étaient multipliés de dix à trentecinq *.

La réputation naissante de la nouvelle université, oà affluaient des étudiants venus de toutes tes parties de la péninsule, menaça d'éclipser la gloire de l'ancienne école de Salamanque, qui devint jalouse de sa rivale. Le champ laissé à chacuqe de ces académies était cependant asseï vaste, puisque l'une avait principalement pour objet la préparation à la prêtrise, à l'exclusion de la jurisprudence dont l'antre s'occupait particulièrement. Cette rivalité, loin d'être funeste, pouvait donc sembler bonne, puisqu'elle stimulait

• Ferdinand et Isabelle accordïtent, en plu i'iii et de» immanîtés importantes à AloaU.

GUERSE DAFRIQDE. W

QD zèle trop prompt ii s'assonpir, lorsqu'il est privé de raiguîlloD de l'ëmiilation. Les deux écoles vécureat côte à côte, se partageant l'estime et la faveur du public. Tant que cette ère littéraire dura en Espagoe , ruaiversité de Ximenès, grâce à son admirable discipline, jouit d'une réputation non surpassée dans la péninsule; elle vit les élèves qu'elle avait formés occuper les plus hautes positions dans l'Ëglise et dans l'État; et elle continua à répandre sur ce siècle, ainsi que sur les saivants, les lumières du génie et de la science.

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