CHAPITRE XXn
GDEBU D'ITALIE.
(lS08-tBlS)
Ligue do Cunbiaj. — Alarmea de ferdinand. — La suute ligne. — Bataille de Bavemie. — Mort de Gutoa de f oii. — Setnitt dci
Pnnçais. — Succès des Espagnols.
L'histoire ÎDlérieure de l'Espagne, après la restanratioD de Ferdioand, offre peu d'ëréDemeats remarqaables. L'histoire extérieure de ce pays est plus importante ; aoos nous sommes déjà occupé de l'Arrique, nous allons parler mainleuaDt de la Sicile et de la Navarre.
Son établissemenl à Naples attira naturellement le roi d'Aragon dans la sphère de la politique italienne; il se montra peu disposé toutefois ï profiter de cet avaDtage pour pousser ses conquêtes plus loin. Gonsalve de Cordone. pendant son séjour dans cette capitale, avait, il est vrai, confo différents projets pour ruiner la puissance de la France efl Italie, mais plutôt dans le bol de conserver que d'agrandir le territoire qu'il avait conquis. Ces projets mêmes tuivA abandonnés après le traité avec Louis XII, et Ferdinand ne
GUERRE D ITALIE. ItS
parut plus occupé que de régler les affaires intérieures de soa royaume et d'affermir sa domiDalioa nouvelle en Afrique.
D'un autre cûté, l'ambitieux roi de France, déçu dans ses espérances par la perte de Naples , cherchait à s'indemniser par de nouvelles acquisitions dans le nord de la péainsole. Dès 1504, il avait, dans un des traités infnictaeusement préparés à Blois pour le mariage de sa fille, introduit nue clause relative à un partage des possessions continentales de Venise avec l'empereur; il communiqua, dit-on, ce plan an roi d'Aragon , dans l'entrevue de Savone. Mais ce projet n'eut pas de suites pour te moment, et il parait probable que Ferdinand, avec sa circonspection habituelle, attendait, avant de prendre une décision, qu'il vit clairement les avantages à retirer pour lui-méuie de cette combinaison.
A la fin, le partage projeté Tut réglé, lelO décembre 1508, p^r le célèbre traité de Cambrai , entre Louis XII et l'empereur Maximilien ; le pape, le roi d'Aragon et tous les princes ayant des droits quelconques k spolier les Vénitiens, furent invités !i entrer dans la ligue. La part de butin assignée à Ferdinand se composait des cinq villes napolitaines de Trani, Brindes, Gallipoli, Pulignano et Otrante, engagées à Venise en garantie de sommes considérables, avancées par la république pendant la dernière guerre. Ferdinand, et peu de temps après Jules II ratifièrent le traité, bien qu'il fât en opposition manifeste avec le but, hautement proclamé par ce dernier, de chasser les barbares de l'Italie. Mais le pontife voulait d'abord se servir de ceux-ci pour agrandir le domaine de l'Église et les abattre ensuite, quand il serait plus fort et trouverait une occasion propice.
Jamais il n'y eut de projet moins excusable an point de
ne KËGNB DE FBMHNAND BT DISABELLE.
ne de l'honneur on même d'nne saine polÎLiqae. Il n'y iTait ancnne des parties contrHtaales qui ne fAt, dans ce moment même, étroitement alliée avec l'État dont elle tramait le démembrement; d'un antre côté, on allait détruire la barrière sur laquelle chacune de ces puissances pouvait compter pour contenir l'ambition eOrénée de ses voisins et maintenir l'équilibre de Tltalie. Les craintes de Venise furent calmées pour quelque temps , gr&ce anx assurances données par les cours de France et d'Espagne , que la ligne n'était dirigée que contre les Turcs; ces cours protestèrent de leurs intentions bienveillantes il l'égard de la république et firent i celle-ci les offres de services les plus amicales.
Dans te préambule du traité, les alliés déclarèrent qn'a^ot l'intention de soutenir le pape dans une croisade contre les infidèles, ils se proposaient d'abord de reprendre à Venise le territoire dont elle avait dépouillé l'Ëglise et d'autres puissances, iwur metu% évidemment obstacle it l'accompli^ sèment de ce piens dessein. Dans ce siècle corrompu, plus uae entreprise était criminelle, mieux ou la c<Hivrait du voile de l'hypocrisie. On trouvera les véritables motifs qui faisaient agir les confédérés dans un discours prononcé, quelque temps après, devant la diète germanique, par Tambassadeur de France, Uéliaa. Après avoir éouméré maints griefs contre ta république, il ajoute : « Nous ne portons pas la pourpre, nous ne mangeons pas dans des plais d'argent, nos coffres ne débordent pas d'or. Nous sommes des barbares. Certainement, > dit-il plus loin, « s'il ne convient pas à des princes de se faire marchands, il ne convient pas non plus k des marchands de vivre en princes. > Voîli donc le secret de la conspiration coalre Venise : Taivie 4vdllée par ses richesses et sa mag^iCceoce, la haioe excitée
GUEBRE D rrXUE. 1»
^r son arrc^Dce et l'inimitié natarelle h des rois contre «■e républiqae active et ambitieuse.
Pour s'asBorer la coopération de Florence, Louis XII et- FerdioaDd convinrent de retirer lenr protection à Pise, BMyennaat une certaîae somme d'argent. Jamais les princes marchands de Venise ne s'avilirent au point de vendre pour de l'or la libwté d'un petit État, qui avait combattu si noblement, pendant plus de quatorze ans, pour son indépendance. ' ,
Au commencement d'avril 1509, le roi de France passa les Alpes, à la tête d'une armée trop forte pour rencontrer ancune résistance; villes. Forteresses tombèrent coup sur coup devant lui. Il se conduisit envers les vaincus, sur les* ^nels il n'avait d'autres droits que oeux de la goerre, comme ■o maître irrité qui se venge de sujets rebelles ; il fit pendre sur' les murs de Pescbiera le gouverneur vénitien de celte place et son fils, qui avaient tenté de lai résister. C'était là nne infraction aux lois de la chevalerie, qui, sans pitié pour les manants, protégeaient les gens de haut rang; Louis, par sa position et, paraft-il, par son cœur, était malheureusement inaccessible à tout sentiment d'humanité.
Le M mai 1509, fut livrée la sanglante bataille d'Agnadel, qni brisa la puissance de Venise et décida du sort de la guerre. Ferdinand n'avait conlribné en rien k ce succès, excepté par la diversion qu'il avait faite dn c6té de Naples, . ok il s'était emparé sans difficnlté des villes qui lui avaient été assignées pour sa part ; ce furent les moindres conquêtes faites dans cette campagne, et, sinon les pins précieuses, du moins les plus durables, ces villes ayant été réincorporéea dans le royaume de Naples.
Alors vint le fameux décret par lequel la républiqae rendit
iS8 RËGNB DB FBfIDINAND ET D'iSABELLE.
fiadépeadance à ses provinces continentales, les autorisaol ï pourvoir comme elles le pourraieDt à leur sâreté, meso» qui, dictée ou par la teirenr ou par ta politique, était f<»l habile. Les alliés, qui étaient restés unis jusque-là, se disputèrent bientôt les dépouilles de la victoire; les aociennes jalousies se réveillèrent, et la république profita de ce changement, avec une diplomatie prudente et consommée.
Jules II, qui avait obtenu tout cf qu'il désirait et trouvait Venise suffisamment humiliée, sentit se ranimer, avec sei défiances, son antipathie contre les Français; les adroits - émissaires de la république attisèrent le feu avec soin, et, ï la fin, réussirent à opérer une réconciliation entre leur gouvernement et l'orgueilleux pontife. Celui-ci s'engagea avec son impétuosité ordinaire dans cette nouvelle voie; il trama une coalition pour l'expulsion des Français et invita les autres alliés à y entrer. Louis XII, de son côté, convoqua un concile pour examiner la conduite du pape et donna l'ordre àscMi armée d'occuper les Étals-Romains.
L'arrivée des Français, qui s'emparèrent, te ii mai 1511, de Bologne, alarma Ferdinand ; il avait atteint le but qu'il s'était proposé, en prenant part à la guerre, et regrettait d'être troublé dans des entreprises qui le concernaient de plus près. • Je ne sais pas, > écrivait Pierre Martyr, à cette époque, < il quoi le roi se résoudra; il désire poursuivre le cours de ses conquétesen Afrique et éprouve une répugnance naturelle à rompre avec son allié, le roi de France. Mais je ne sais comment il pourrait refuser de soutenir le pape et l'Église, de défendre non seulement la cause de la religion, mais celle de la liberté; car, si les Français s'emparent de Borne, la liberté de toute l'Italie et de toute l'Europe est en danger. *