‹ Histoire du règne de Ferdinand et d'IsabelleChapitre 57 sur 73 · GUERRE I» ITALIE · texte numérisé non relu

GUERRE I» ITALIE

Ferdioand était du même avis ; aassi fit-il , à plasienrs reprise», de vives représentations Ji Louis XII, sur ses actes d'hostilité coDtre le saint-siége; il le priait de ne pas troubler la paix de la chrétienté et, plus particulièrement, de ne pas Tentraver dans le pieux dessein que lui-même avait Tormé de porter les bannières de la croix dans toute l'Afrique païenne. Le Ion doucereux et amical de ces communications, dit Gnicbardin, remplit Louis Xll de défiance au sujet de son royal Trère, et on l'entendil dire, en parlant des grands préparatifô Taits sur terre et sur mer par celui-ci : < Je suis le Sarrasin contre lequel ils sont dirigés. »

Pour mieux gagner Ferdinand à ses intérêts, le pape lui accorda l'investiture, si longtemps différée, de Naples, aux mêmes conditions faciles qui avaient été faites auparavant ï la maison d'Aragon. Sa sainteté le releva, en outre, de l'obligation inscrite dans son contrat de mariage, en vertn * duquel la moitié de ce royaume devait faire retour à la couronne de France, au cas où Germaine mourrait sans enfant; ce pouvoir que s'arrogeaient les papes d'annuler tous les engagements, à la grande satisfaction des princes qui étaient dans lenrs bonnes grâces, est, sans contredit, le plus grossier outrage qui ait été tait à la raison humaine par la superstition *.

Le 4 octobre 1511, un traité fut conclu entre Jules II, Ferdinand et Venise, dans le but déclaré de protéger l'Église, c'est h dire, en d'antres termes, d'expulser les Français de

■ L'acte d'mveatitnre éhiit daté da 3 juillet 1510; an moia d'août sninnt, le pontife renonça au service féodal poux le tribut annael d'un cheval blanc et un seconrs de ^00 lances loreqne les domaines de l'Eglise aéraient coTiHs. Le pape avait jasqne-là refusé l'inveatitnre, excepté aux conditioua lea plua exorbitantes; ce qui mécontenta tellement Ferdinand qn'Q passa par Ostie à son retoor de Naples, sans daigner voir le pontife, qui s'était rendu dans cette ville pour avoir une entreruD avec lui.

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l'Italie; à raison de ce moiif pieux, la coalition prit le nom de sainte ligue. Le roi d'Aragon s'engagea à fournir donic cents hommes de grosse cavalerie et mille cberao-lëgns, dix mille hommes d'inranlerie et une escadre de onze gilèrei, qui devait agir de concert avec la flotte vénilirane. Lti forces combinées étaient placées sous le commandement de Hugaes de Cardona, vice-roi de Naples, diplomate poli d insinuant, qui n'avait ni la résolution ni l'expérience nécessaires à un général; le vieux pape l'appelait ironiqoMienl ■ madame Cardona. » Certainement la reine Isabelle n'eftt jamais fait un pareil choix ; aussi la Tavenr imméritée témoignée à ce seigneur, en cette occasion et dans d'autres, flt-elle soupçonner qu'il était plus proche parent de F»dinand qu'on ne le savait.

An commencement de ISlâ, la France, sans autre allié ' hors de l'Italie que le perfide et vacillant empereur d'Allemagne, avait, grâce à de puissants efTorts, mis en campagne une armée supérieure à celle de la ligue, par le nomBre et plus encore par le mérite de son commandant, Gaston de Foix, duc de Nemours, frère de la reine d'Aragon. Malgré .son extrême jeunesse, il n'avait que vingt-deux ans, Gaston de Foix était mûr d'esprit et possédait de rares talents militaires; il introduisit une discipline plus sévère parmi ses soldats et adopta une tactique tonte nouvelle; il poursuivait son bot, avec une indifférence complète poor les moyens qni devaient l'y conduire. Il ne tiot aucun compte de la difficulté des routes ou de l'inclémetice de la saison, qui auparavant amenaient une suspension des opérations militaires ; il s'avança avec nne rapidité inouïe à cette époque, è traven des marécages effrayants et malgré la neige. Moins de qoinie jours après son départ de Milan, il avait secouru, le S février,

Bologne, assiégée par les alli^, fait use cootre-marcbe sur foescia, dér^U eu roate an dëtachemeDl ennemi, battu toate l'année Ténitienoe sous les murs de celle jdace, et, le même jour où il remportait cette dernière victoire , pris Brescia d'assaut. Après avoir perdu quflqoes semaines dans les fêtes du carnaval, il repartit et, descendant sur Ravenne, réassit à décider l'armée alliée ^ lui livrer bataille, près de cette Tille. Ferdinand, qui comprenait parfaitement la différence de caractère des soldats français et espagnols, avait recommandé k son général de temporiser comme Gonsalve de Cordooe et d'éviter le plus longtemps possible une rencontre avec l'ennemi.

Cette Inlte, engagée entre des forces très nombreuses, le il avril 1513, fut une des plus meurtrières qui eussent, depuis un siècle, ensanglanté les plaines riantes de l'Italie. D'après des rapports authentiques, il n'y eut pas moins de dii-buit i vingt mille hommes tués, y compris des membres de la première noblesse de France et d'Italie. Le vice-roi Cardona battil en retraite un peu trop tôt pour sa gloire; mais l'infanterie espagnole, commandée par le comte Pedro ](Iavarro, soutint dignement la réputation qu'elle avait acquise sous le Grand Capitaine ; au commencement de la journée, elle occupait une position oii elle était k couvert du feu terrible de l'artillerie d'Esté, alors la tnieux montée et la mieux servie de toute l'Europe; lorsqu 'enfin elle se mit en mouvement, ^avarro la conduisit contre une épaisse colonne de lansquenets, qui, armés de la longue pique allemande, faisaient tout plier devant eux. Les Espagnols reçurent les coups qu'on leur portait sur l'armare de fer dont ils étaient couverts, puis, se glissant adroitement dans les rangs ennemis, ils firent avec leur épée courte de

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tels ravages parmi leurs adversaires, qui n'avaient qoe le devant du corps protégé par leur cuirasse et ne ponvaieat faire usage de leur loogue pique, que ceux-ci fareot mis es désordre, puis en déroute complète. Cétait la répétition de l'expérieace faite plus d'une fois dans ces guerres, mais jamais aussi en grand ; la sapérrorité des armes espagnoles était ainsi pleinement établie *.

L'infanterie italienne, qui avait reculé devant les lansquenets, se rallia, grâce & cette diversion ; mais, à la fin, la gendarmerie française, conduite par Ives d'Alègre, qui perdit sa vie dans ta mêlée, donna en masse et força les alliés de lâcher pied. Cependant la retraite des Espagnols se fit dans . un ordre admirable, et ils ne rompirent pas les rangs, loat en se relournani à chaque instant pour repousser ceux qui les poursuivaient. Dans ce moment critique, Gaston de Foix, enflé de son succès et furieux de voir ces braves soldats se retirer avec tant de sang-froid, les chai^ea furieusement à la tête de ses chevaliers, dans l'espoir de les mettre en désordre; malheureusement, son cheval blessé tomba sous lui. En vain ceox qui le suivaient crièrent : t C'est notre vice-roi, le frère de votre reine! > Ces mots n'eurent aucun pouvoir sur les Espagnols, qui se jetèrent sur le jeune général et te tuèrent ; il avait reçu quatorze on quinze blessures au vis;^e, bonne preuve, dit le loyal serviteur, < que le gentil prince n'avait jamais tourné le dos. »

Il y a peu d'exemples dans l'histoire, si même il y en a, d'une carrière aussi courte et, en même temps, aussi bril-

' MaohiaTel rend jnstice i U bravoure de cette ÏD&iiiteriB, dont li conduite en cette janméB lui fournit one excellente ocoasio le méiite relatif des armes espagnoles ou plntât tomùnes et d mondes.

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liiDte qne celle de Gaston de Foix; ce jenne prince méritait bien d'éire appelé par ses compatriotes < la foudre de l'Italie. * Il n'avait pas seolemeat donné des promesses extraordinaires, il avait, en quelques mois, accompli des faits d'armes qni ponvaient faire craindre aux plus grandes puissances de la péninsule la perte de leurs possessions. Ses talents précoces, l'âge auquel il prit le commandement des armées, et, sons certains rapports, sa tactique fonmissent des points de comparaison avec la jeunesse de Napoléon.

Malheureusement, celte glorieuse renommée est souillée par une indifférence pour le sang versé, d'auunt pins odieuse que ce général était trop jeune pour s'élre endurci le cœur par une longue habitude du métier des armes. Cependant c'était peut-être la faute, moins de l'homme, que du siècle où il vécut; car il n'y en eut certainement jamais un où les guerres furent signalées par une brutalité plus grande, par nue plus implacable férocité ' ; tant les progrès de la civilisation avaient peu fait pour l'humanité! Ce n'est qu'à une époque plus récente que des sentiments plus généreux se sont fait jour; que l'on a reconnu qu'un homme ne cesse pas d'être notre semblable parce qu'il est notre ennemi; que des lois conventionnelles ont été établies pour adoucir les

■ Un foit anÏTé pendiuit la gaem de la ligoe, en 1610, pent suffire oomme exemple. A la priae de Viceoce par lea impérialistes, mille on, d'aprËs certains récits, six mille habitants se réfogièrent dans tme ^tta Toisine arec leurs femmes et leurs en&nts, j compris plosiean des piincipales familles de la ville. Un oËciei français, ajant découvert leur retraite, fit entasser à rouvertare de la caverne des &gots auxquels on mit le fen; de toute cette foule de faptrds un seul échappa, et oea cadavres noircis, défigurés, ne témoignaient qne trop clairement des cruelles souffrances infligées à ces malheureus. Ba;ard 6t exécater sur place deux des auteurs de ce crime diabolique ; mais le • chevalier sans reproohe • était une exception dans ce siècle de violence lanvage.

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maux d'an élat qui, malgré toat, est fécond en iBàieflUci misères ; eofia, qne les arbitres des destinées des eatioDi ont compris qu'il y a bieo plus de gloire el de profil à prévenir une guerre qa'à la soutenir.

La défaite de Ravenne jeta )a terrenr parmi )e» confédérés; l'audacieux Jules II s'émut et, sans les ambassadesn d'Espagne et de Venise qni Teacou ragèrent, il eût fléchi daw sa résolution. Ferdinand donna l'ordre au &raQd Ca(HtaiiK de se tenir prêt à prendre te commandement de Tarmée qu'il allait envoyer ii Naples; riea ne pouvait mieux prooTCr combien il était effrayé.

Cependant la victoire de Ravenae fat plus funeste an vainqueurs qu'aux vaincus. Une suite ÏDinterrompue de succès, par l'éclat trompeur dont ils couvrent te nom di général, dispose les soldats à compter meïns sur eux-ménes que sur un seul bomme, jusqu'alors invincible, de manière que leur sort est fatalement lié à celui de lenr commandant La mort de Gaston de Foix parut rompre les liens qd avaient uni les Français; les officiers se qaercllèrent, les soldais se laissèrent aller au découragement et cesser»! de s'attacher i leurs devoirs. Les alliés, instruits de cet eut de cboses, reprirent confiance et redoublèrent d'efforts. Ferdinand avait usé de son influence sur son gendre, Henri VIII d'Angleterre, pour le faire entrer publiquement' dans la ligue, au commencement de cette anoée ' ; il avait eu aossi l'adresse de détacher Tempereur de la France, avant la

* n y ftnit tàhéré d^ le 17 novembre de l'unie prfoédente ; il dJSM ccpendanl de publier le tniU jusqu'à ce qu'il eQt leçn tout le subûde qnt Looia XII B'^t engagé à loi pajer poor obserrer la neutralîU. Le ^evaletesque Henri VUI Ini-mâme ne poimit éobftpper à Ttcprit de bs" berie qui oanctérisait son tempi.

eDEKRE D rrauB. las

bataille, en oëgociant une trêve entre Venise et MaxîmilieD. Les Français, menacés, harcelés de toos cdtés, commencèrent alors leur retraite soa^ le brave La Paliee, rédaits i mx tel degré de faiblesse, qne, moins de trois mois après leur fatale victoire, le 38 juin, ils étaient an pied des Alpes, ayant évacué non seulement le pays qu'ils venaient de conquérir, mais tout celui qu'ils occupaient au nord de l'Italie.

On vit alors se renouveler ce qui s'était passé, lors de la dernière guerre contre Venise. Les alliés ne s'entendireet pas sur le partage du butin. La république, qui avait le plus de droits, obtint le moins ; elle se vit condamnée h descendre ao second rang parmi les nations. Ferdinand s'éleva vivemeot auprès du pape et, plus tard, auprès de Maxirailien, par l'entremise de l'ambassadeur vénitien, contre cette maladroite politique; il échoua dans ses efforts conb« l'indifférence de l'un et ta cupidité de l'autre. Ce qne le prudent monarque avait prévu arriva; Venise fut poussée dans les bras de son ancien et perfide allié, et, le 23 mars 1513, nn traité définitif fut conclu entre ces deux États pour leur défense mutuelle. Ainsi l'auxiliaire le plus important se détacha de la ligne, tous les avantages que l'on venait de gagner furent compromis, de nouvelles combinaisons se formèrent et une nouvelle perspective de luttes interminables fut ouverte.

Ferdinand, délivré pour le moment de toutes ses craintes du côté des Français, prit comparativement peu d'intérêt à la politique italienne ; il était trop occupé de consolider ses conquêtes dans la Navarre. Son armée, sous les ordres de Cardona, tenait encore la campagne dans le nord de l'Italie. Le vice-roi, après avoir rétabli les Médicis à Florence, s'endormit dans l'inaction. Pendant ce temps , les Français

s'étaieat de nouveau réunis en forées et, passant les moDtagnes, avaient livré aux Suisses, le 6 jain ISiS, one saDglante bataille à Novare, oA ils Turent mis en dérontc complète. Cardona, sortant alors de sa iéthai^e , traverst le Milanais sans obstacle, dévastant l'ancien territoire de Venise, brûlant les palais et les villas de ses riches habitaoïi sur les bords magnifiques de la Brenla, et approchant si près de la superbe < reine de l'Adriatique, > qn'il jeta quelques boulets perdus dans le convent de San-Secondo.

L'indignation des Vénitiens et d'Alviano, le même général qui avait combattu si bravement sous les ordres de Gonsalve, aax bords du Garîgliano, les poussa k un engagement avecles alliés, le 7 octobre, près de La Motla, àdeux mille de Vicenze. Cardona, charge de butin et embarrassé dans les défilés des montagnes, se trouvait dans une position désavantageuse; ses auxiliaires allemands se débandèrent devant l'attaque impétueuse d'Alviano, mais l'infanterie espagnole ne recula pas et réussit, par sa discipline et sa valeur extraordinaires, à changer la fortune de la journée. Plus de quatre mille 'Vénitiens restèrent sur le champ de bataille, et nn grand nombre de prisonniers, dont plusieurs de haut rang, avec tous les bagages et l'artillerie, tombèrent aux mains des vainqueurs.

Ainsi finit la campagne de 1S15. Les Français avaient été de nouveau chassés au delà des Alpes; Venise, abritée derrière ses forts entourés par la mer, avait été forcée d'enrôler pour sa défense ses artisans et ses laboureurs, mais elle était encore féconde en ressources et forte surtout par le patriotisme, par l'indomptable énei^ie de ses habitants.

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