‹ Histoire du règne de Ferdinand et d'IsabelleChapitre 58 sur 73 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

CINQtlTK DE Li HiTARIE.

Les BoamAÙiE de Narure. — Demande de passage par Feidïnand. — Inraaion et conquête de U Nftvarre. — Tnité d'Orthès. — AnnezioD du pa^s ooDqoia à lllapagne. — Examen de la conduite de Ferdinand. •~ Flagrant abua de la victoire.

Pendaot que les Espagnols cueillaient de stériles lauriers sur les champs de bataille de l'Italie, le roi d'Aragon anoexait & ses États an territoire voisio. Le lecteur a déjà vu comment le sceptre de la Navarre avait passé, en 1479, des mains eosanglantées d'Éléonore, sœurde Ferdinand, laquelle régna quelques jours, dans celles de Phébus, petit-fils de cette princesse. Une fatale destinée pesait sur la maison de Foix; Phébus mourut au bout de quatre "ans et laissa sa couronne à sa sœur Catherine, en i'tëS.

Ferdinand et Isabelle, si désireux d'agrandir leurs États en leur donnant les limites géographiques que la nature paraissait leur avoir assignées, ne devaient pas, on le comprend , laisser échapper roccasion qui s'oflrait d'annexer à

us RËfiNB DE FERDINAND ET d'iSABELLE.

leur rojanme la Navarre jusqu'alors iadépeodaote, par le mariage de leur fils, héritier présomplif du Irôae, avrcb princesse Catherine. Hais tous leurs efforts furent déjoua par la reine-mère, Madeleine, sœur de Loais XI, qui, saeri> fiant les intérêts de la nation i ses préjugés, éluda sons dif^ féreots prétextes les propositions qui lui étaient faites, et finit par unir sa fille avec un seigneur français, Jean d'Albrct, qui devait hériter de vastes domaines dans le voisinage de la Navaire. C'était lit une funeste erreur ; la Navaire avait maintenu jusque-là son indépendance, moins par ses propres forces, que par la faiblesse de ses voisins ; mais, mainlenaot que les petits États dont die était entourée avaient été absorbés dans deux grands et puissants royaumes , on ne devait pas attendre qu'une barrière aussi faible fîi^t loi^ temps respectée ou qu'elle résistât au pronier choc de os forces formidables. Cependant si les princes navarrais pédalent leur royaume , ils pouvaient au moins conserver tenr rang en s'uoissant avec les familles régnantes de France od d'Espagne ; ils perdaient l'un et l'autre par un mariage awc un simple seignenr.

Les relations les pins amicales ne subsistèrent pas moine eatie Ferdinand et sa nièce, du vivant d'Isabelle ; les souverains catholiques aidèrent Catherine à rentrer en possession de son pays soulevé et à étouffer les faciions ennenies des Beaumont et des Agramont, qui le désolaient depais longtemps ; ils la secournfent dans sa lutte contre son «ade Jean, vicomte de Narbonne, qui réclamait ta couronne sons le faux prétexte qu'elle oe pouvait revenir qu'aux héritiers nkles. L'alliance avec l'Espagne devint plus étroite encore, par suite de J'intention manifestée par Louis Xtl de ao■t^ nir son aevea , (^ston de Foix, dans les préteotitHiB d^

OONQlIftrE Iffi Li NAVAUB. iX»

exprimées par le p^e de celui-ci ; mais la morl da jeune héros à Ravenne amena un changement complet dans tes relations des deux pays. La Navane n'avait plus rieo à craindre de la France, pour le moment, et elle avait bien des sojets de se défier de l'Espagne , surtout à cause de la protection accordée aux Beanmoat exilés, k la télé desquels se trouvait le jeune comte de Lerin, neveu de Ferdinand.

Louis Xn, seul et obligé de tenir tête au reste de l'Europe, regardait nue alliance avec la Navarre comme très importante pour lui, surtout dans un moment où le projet d'une expédition contre la Guienne , par les armées combinées d'Espagne et d'Angleterre, lui faisait naturellement désirer l'appui d'un prince, qui portait à sa ceinture les clefs des Pyrénées, comme le roi de Sardaigne, celles des Alpes. Le roi et la reine de Navarre envoyèrent donc leurs plénipotentiaires à Blois, au commencement de mai, peu de temps après la bataille de Ravenue, avec des pleins pouvoirs pour conclure un traité d'alliance et de confédération avec le roi ée France.

Sur ces entrefaites, le S juin, une escadre anglaise, ayant à bord dix mille bommes, sons les ordres de Thomas Grey, marquis de Dorset, était arrivée en Guipuscoa, dans le butde coopérer à une attaque contre (a Guienne, avec l'armée espagnole. Celle-ci, composée de deux mille cinq cents hommes de cavalerie, grosse et légère, de six mille fantassins et de vingt pièces d'artillerie, était commandée par le vieux don Fadrique rie Tolède, duc d'Âlhe, aïeul du général qui écrivit son nom en lettres de sang dans l'histoire des Pays-Bas, sous Philippe ]L Cependant, avant de faire aucun mouvement, Ferdinand, qui connaissait les dispositions équivoques des sonverains de la Navarre, voulnt s'assurer de leur oeutraltté,

IM RÈGNE DE FERDINAND ET d'iSiWELLE.

car ils pouvaient, quelque route que suivissent ses troupes, les inquiéter dans leur ntarcbe; il les pria donc de le laisser passer par leurs Étals, exigeant, en outre, que, pour répoodra de leur neutralité, six de leurs priucipales forteresses fu8s«>t confiées k des Navarrais qu'il désignerait lui-même. Il lent proposa enfin d'entrer dans la sainte ligue, s'eugageant, daos ce cas, it leur rendre certaines villes qu'ils réclamaient et i les proléger, avec ses alliés, contre tonte tentative d'i^reision de la pari de la France.

La silaation de ces malheureux princes était embamssantean plus haut point; il leur fallait renoncer à cette ueatralité qu'ils avaient si longtemps et si prodemment maiotenue, et, quelque parti qu'ils prissent, compromettre leurs possessions, de l'un ou de l'autre côté des Pyrénées, es échange d'un allié dont l'amitié, ils l'avaient souvent épronié, était anssi dangereuse que l'inimitié. Ne sachant commeol sortir de ce dilemme, ils envoyèrent des ambassadeurs a Castille, pour taire modifier ces propositions ou, du moins, pour prolonger les négociations jusqu'à ce qu'eux-mêmes eussent pris un arrangemeul définitif avec Louis XIL

Le 17 juillet, leurs plénipotentiaires signèrent, !i Blois, un traité par lequel la France et la Navarre s'engageaient ï se défendre mutuellement , en cas d'attaque , contre leurs ennemis, quels qu'ils fussent. Dans une autre clause, endemment dirigée contre l'Espagne, il était stipulé qu'ancone des parties contractantes ne laisserait passer les ennemis ie l'autre par son territoire. Enfin, les souverains navarnis s'engageaient h déclarer la guerre aux Anglais, alors réunis dans le pays de Guipascoa, et à tons ceux qui tes secoraraient.

Par DO singulier hasard, Ferdinand connut les priacipiii

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