‹ Histoire du règne de Ferdinand et d'IsabelleChapitre 6 sur 73 · EXPDLSIOM DES FRANÇAIS DE NAPLES · texte numérisé non relu

EXPDLSIOM DES FRANÇAIS DE NAPLES

Après U reddition de la capitale, Gonsalve continua de rester à la cour, dont il était l'un des plus précieux ornements par sa brillante réputation et par les grâces de sa personne. II montrait dans ses manières toute la galanterie romanesque qui était un des signes caractéristiques de ce Inmps; entre autres exemples, nous rappellerons celui-ci. La mue avait accompagné sa fille Jeanne à bord de la flotte qui devait porter celle-ci en Flandre, pays de son époux ; après avoir fait ses adieux à l'infante , la reine revint en barque, mais les eanx avaient tellement grossi qne l'on trouva difficile d'aborder. Au moment où les matelots se préparaient à pousser la barque plus près du bord, Gonsalve, qui était présent et richement vêtu de brocart et de velours cramoisi, comme les historiens- castillans prennent soin de nous l'apprendre, ne voulant pas que la personne de son auguste maîtresse fflt soailiée au contact de ces mains grossières , entra dans l'eau et porta la reine dans ses bras josqu'aa rivage, an milieu des cris et des applaudissements des spectateurs. C'est là un pendant à l'histoire bien connue de sir Walter Raleigh *.

Isabelle, connaissant intimement et depuis longtemps Gonsalve, avait pu se faire une appréciation exacte de ses grands talents. Lorsque l'expédition italienne fut résolue, elle jeta aussitôt les yeux sur lui comme sur l'homme le plus

• GonBalve donna une antre prenre de u gaknterie pendant U gnerre de Grenade, Ion de l'incendie qui consama à Saata-Fé la tente royale, avec la plupart des vêtements de la reine et d'antres objets de prix. Ayant apprit ce dteastie à son chitean d'Ulora , le noble seigneur le répara ai tëëa à l'aide de la magnifiqne garde-robe de m femme, dona Maria Manoqne, qu'Isabelle s'à^a en plaisantant : * Le fea a fait pies de ravagea daaa les qnartien de Oonsalre qne dans l«a tniena. ■

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capable de la diriger ; elle le savait doué des qualités essentielles au succès dans oue entreprise ooBvelIe et difficile, le courage, la constance, une prudence singulière, l'adresse dans les négociations et une inépuisable fécondité d'imagination. Elle le recommanda donc saus hésitation k son époux, comme le commandant de l'armée d'Italie, et celui-ci approuva son choix, au grand étonnemeut de la cour qui, malgré la grande faveur témoignée au béros par les souverains, ne s'attendait pas à le voir élevé au dessus de capitaines, plus vietii et [4us renommés que lui. L'événemeot prouva la sagacité d'Isabelle.

La partie de l'escadre qui devait porter le nouveau général en Sicile, était prête à prendre la mer, au printemps de 149S ; après une traversée orageuse, elle arriva à Messine, le 24 mai. Ferdinand de Naples avait déjii commencé les opérations dans la Calabre, où il avait occupé Reggio, avec l'aide de l'amiral Reqnesens, qui avait atteint la Sicile avec oue partie de la flotte, peu de temps avant l'arrivée du général. L'armée espagnole ne comprenait pas en tout plus de six cents lances et de quinze cents fantassins, sans compter les hommes employés à bord des vaisseaux; il j en avait près de trois mille cinq cents. La dernière guerre contre les Mores avait épuisé les finances de l'Espagne: on n'avait pn faire des dépenses extraordinaires, et Ferdinand se proposait d'assister son parent, plutôt en lui donnant l'appui de son nom qu'en lut fournissant des forces nombreuses. On se prépara cependant k faire de nouvelles levées, surtout parmi les hardis paysans des Asturies et de la Galice, qui avaient eu moins de charges à supporter que les habitants des provinces méridionales, dans les derniers temps.

Le âO mai, Gonsalve de Cordoue se rendit à Reggio, en

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Calabre, où il convint d'an plan d'opérations avec le jeune monarque. Avant l'onvertore de la campi^ne, pliisieunt places fortes de la province, fidèles à la maison d'Aragon, furent remises entre ses mains, comme garantie du remboarsement des frais de la guerre au gouvernement espagnol; le général aidant peu de confiance dans ses soldats calabrais et siciliens, dut détacher de son armée une grande partie de ses troupes espagnoles, pour garder ces villes '.

La présence de leur souverain ranima la fidélité des Calabrais; ils accoururent en Toule sous ses étendards, et il finit par se trouver à la tête de six mille hommes, mauvaise milice du pays pour la plupart. Il marcha aus^tôt avec Gousalve sur Sainte-Agathe, qui lui ouvrit ses portes sans résis- UiDce; de là il se dirigea sur Scmiaara, place assez forte, il huit lieues environ de Reggio. En route il tailla en pièces un détacbem^t envoyé par les Français pour renforcer la garnison de cette ville. Semioara, imitant l'exemple de Sainte-Agathe, ne fît aucune opposition aux Napolitains. Pendant ce temps, l'amiral vénitien, Antonio Grimani, croisait avec vingt-quatre galères sur les côtes orientales du royaume, et, attaquant la forte ville de Monopoli, occupée par les Français, passait la plus grande partie de ceux-ci au fil de l'épée.

D'Aubigny, qui se trouvait avec un faible corps d'armée an

* L'occQpatioD de ces pkcea par Gooaalve esdta U défiance do pape an njet des intentiona des toavenùiis eepagnob; à la anîte de ses repré- Mntatims, renvoyé castilkn, Qaroilasso de la Vt^a, fnt cba^ d'avertit Gmaalve • de rendre les plaoee qui lui avueut été remises, si elle» étaient aans importance, mais, dans le cas contraire, d'en référer d'abcrd au gouvernement. ■ Ferdinand, comme nous l'assure Âbarca, ■> ne voulait donner à personne aucun sujet de plointea, à moàu qu'il n'eût baaueot^ à

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snd de la Calabre, comprit la nécessité d'agir vigoureusemeat pour arrêter les progrès de l'eaneini ; il résolut de réunir ses forces, éparses dans la province, et de marcher contre Ferdinand, avec l'espoir d'amener celui-ci à lui livrer bataille. Oulre les garnisons de la Calabre, il appela k son aide les troupes, consistant principalement en infanterie suisse, qui étaient cantonnées dans la Basilicale, sous les ordres de Précy, jeune et brave cavalier, réputé an des meilleurs officiers Trançais. Après l'arrivée de ce renfort et des soldats levés par les barons angevins, d'Aabigny, dont Tannée alors surpassait de beaucoup celle de son adversaire, se dirigea vers Seminara.

Le roi de Naples, ignorant la jonction de d'Aubigay avec Précy et croyant avoir la supériorité du nombre sur son ennemi, résolut, en apprenant qu'il approchait, de l'atteindre avant qu'il (ût arrivé à Seminara et de lui offrir le combat. Gonsalve était d'un avis opposé ; il ne voulait pas, avec des soldats peu habitués à lutter contre les vétérans suisses et français, abandonner tout au hasard d'une seule bataille. La grosse cavalerie espagnole, il est vrai, n'avait pas d'égale en Europe et surpassait même, dit-on, toute autre, par la beauté et la perfection de ses armes, à une époque oA celles-ci étaient remarquables par leur luxe; mais il n'avait qu'une poignée de ces guerriers, k majeure partie de sa cavalerie étant composée de ginetes armés à la légère, précieux dans la sauvage guerre de guérillas qu'ils faisaient devant Grenade, mais évidemment incapables de tenir tête aux gens d'armes français, bardés de f<^. Gousalve craï^ait aussi d'envoyer contre la formidable phalange des piquiers suisses, sans une plus longue préparation, des fantassins qui n'avaient que des épées courtes et des boucliers, et qui, peu

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