‹ Histoire du règne de Ferdinand et d'IsabelleChapitre 63 sur 73 · MORT DE FERDINAND, 4S · texte numérisé non relu

MORT DE FERDINAND, 4S

poar sa gaérison furent cependant impuissants et, le 2 décembre 1515, il eipira dans les bras de sa femme et d'Ëlvire, sa fille bien-aimée.

La mort de cel homme illustre répandit la tristesse dans tout le pays ; l'envie et les soupçons infimes moururent avec lui. Le roi et la cour prirent le deuil; des services funèbres eurent lieu en rhonneur du défunt dans la chapelle royale et dans les principales églises du royaume. Ferdinand adressa à la veuve du héros une lettre de condoléance, dans laquelle il déplorait la perle d'un homme < qui lui avait rendu d'inestimables services et auquel il' portait une sincère affection * I » Les obsèques de Gonsalve furent célébrées en grande pompe dans l'ancienne capitale des Mores, sous la surveillance du comte de Tendilla, fils et successeur du feu gouverneur de Grenade, l'ancien ami du général *. La dépouille mortelle du Grand Capitaine, d'abord portée dans le couvent des franciscains, lut par la suite transférée et déposée, sous un somptueux mausolée, daus l'église de Saint-Jér6me; cent bannières, suspendues aux murs du caveau, proclamaient les glorieux exploits du guerrier qni reposait k leur ombre '. La noble épouse du héros, dona

* Noas aTona soua les jeux une copie d'une lettre autogiapbe de Ferdinand B 9on cbapelain, le père de Aponte; le mon&rqne enjoint à oeloi-d de se rendre anprèg de la daoliesse, pour lui ofirir des consolations et l'assurer qu'elle continuera de joQii de la fiiTenr de la protection lojale. Le ton plein de sensibilité et de délicatesse avec lequel cette lettre est écrite fait honneur i Ferdinand.

* Pierre Uartyr rapporte la mort de cet estimable seigneur, surcha^ d'années et dlionneors, dansnnelettredulS joillet IBIS, adressée au fila de Tendilla et pleine des consolations qae cet aimable écrivain pouvait trouver dans son hnmenr douce et philosophique.

> Au sommet du monument on voyait la statue de marbre du Grand Capitaine, armé et agenouillé. Les bannières et les antres trophées mili'-

ttt RËGNB DE rBRBIIUSD ET O ISABELLE.

Maria Manrique, loi sorvécnt peu de joars ; «a fiUe EWice bërita des titres et des biens de soo père, qui, par son mariage avec son parent, te comte de CalH^, se perpétuerait dans la maison de Cordoue '. .

<ionsaIve oa, comme ob l'appelle ea castillan, Gonzalo Heroandez de Cordoya, était âgé de soixante-deox ans » l'époque de sa mort. Il était très beau de figure et de corps; tes manières, élégantes et aimables , étaient empreintes de cette dignité hautaine, qui caractérise l'ËspagnoL « Il a encore, » dit Martyr, parlant des dernières années de sa Tie, « cet air majestueux qu'il avait au temps de sa puissance ; aussi tous ceux qni le voient soni-ils intimidés devait lui, comme à l'époque où, placé il ta tête des années, il dictait des lois à l'Italie. >

Des succès éclatants, dont se réjouit Torgneil < ont rendu le nom de Gonsalve a«si familier à ses c triotes que celui du Cid, dont les faits d'armes, cadrés par la muse populaire, font partie de l'ttistoire nationale. Les qualités brillantes du général , filus oaéme que ses exploits, ont souvent fourni un thème à la ûcdoa, et celle-ci, comme toujours, a défiguré les uns et les antres , de manière k ta

taùea qui ocutinuirent à orner les mura de la chapelle iwqu'ea IGOO, d'i^^rèa Pediau, af aient disparu avant le xtiii° û^le; c'est du maini et qui paraît résulter du silence de Colmenar à oe sajet dam la deaaription ia tatahtn,

i Gwualre fut etéi, en Italis, doc de Tetra- Nuova et de Seoea, et nueqoia de Bitonto, avec des domaines rapportant 10,000 duoat* annuellement; il ^tait aussi grand- coanâ;ahle de Naples et noble de Venise. Dnu Ihire transmit tes lioniievn princiers de son père i son fili, 6onnlo Honandes de Cordooe, qui oocnpa, sons Charles-Quînt , les poùtioBS dt goDveraeuT de Milan et de eapitainA-gânânl de l'Italie. Ses dcncendaiit» fiaient élerÉs, sons Philippe II, à on doohé espagnol, avec le titre de doct ^e Baena.

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âoQoer uoe idée Tausse et confuse. On eonoalt plus GoDsalve, par exemple, à l'éirapger, par l'iatéreseaai roman de Floriao qae par des récits authentiques; cependant Floriau, qui ne voit dans son héros que ce qui frappe le plus les ym% de ta Toale, l'a dépeint comme le véritable type de la cbevalerie romantique; tel n'était certainemeot pas le Grand Capitaine, doDt le caractère se forma dans un siècle plus araacé en ciTilisatiou que le temps de la chevalerie ; da moins, on ne trouve pas chez lui les extravagances de ce temps, ces rêves diïmériques, ce fol esprit d'aventures, cette sauvage et romanesque hravoure '. Ses qualités caracléristiques étaient la prudeDCBi le sang-froid, la résolution et une profonde oodnaissaoce des hommes; surtout il comprenait parfaitement le caractère de ses concitoyens. On peut dire, en quelque sorte, qu'il forma leur esprit militaire; il Jour apprit à supporter patiemment les fatigues et les privations, à obéir sans murmurer, à s'aguerrir coatre les rev^s, à combaitre avec une inébranlable fermeté. Grâce à loi, le scddat espagnol, entièrement transformé, ue ressembla plas au goerrier qui avait lutté contre les Mores dans la péninsule.

Gonsalve était exempt des vices grossiers ijui déshonorèrent son époque; il ne montra jamais celle insatiable cupidité que l'on ne reprocha que trop souvent k ses compatriotes, dans ces guerres ; il était, au contraire, fort gênérens. Il ne se souilla pas de cette «rnaaté, de cette licence qui impriment uBe tacdie au siècle de la chevalerie; il s'empressa tonjours de protéger les femnies cobU^ les iuailLes et les oDtrages. Il u'abosa jamais des avantages que lui don-

* OonzAlve prît pour dsTise nue arbalète à ressort, avec ces mots : ■ Ingemûm nparal vtrtt , • «|Di cicaoténBaient bien us esprit (pli K fiût plne à lliabileté qu'à la ibree et à faodace.

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naient auprès des femmes la distinction de ses mani^«s ei t'élévatioQ de son rang , et jamais aucun historien n'a pe l'accuser d'immoralité. C'était une vertu rare que la conlinence au xvi* siècle.

Le Grand Capitaine doit sa gloire à se^ exploits militaires; cependant, sous bien des rapports, les paisibles travamcde ta Tie civile lui eussent , parait-il , mieux convenu. Dans sa vice-royauté de Naples, il moQtra beaucoup de sagesse et de tact politique , et , dans ce royaume , comme plus tard dans la retraite, aa courtoisie et sa générosité le firent noo seulement estimer, mais aimer de tous ceux qui l'entouraient. Son éducation, comme celle de la plupart des nobles qui naquirent avant les réformes faites par Isabelle, avait été celle d'un chevalier et non d'un lettré ; il n'apprit jamais le latin et il n'avait pas de prétentions k l'érudittoii; mais il l'honorait et la récompensait libéralement chez tes autres. Son bon sens, ses goûts généreux suppléaient k sod défaut d'instruction ; il choisit ses amis, ses compagnons parmi ceux qu'il jugeait les plus vertueux et les plus éclairés.

Cependant il y a une tache sur cette glorieuse réputation : Gonsalve manqua deux fois à sa parole , dans des circoostances mémorables, la première fois envers le jeune duc de -Catabre, la seconde envers César Borgia, qu'il livra tousdeai k son maitre, leur ennemi personnel , au mépris des engagements les plus formels. Il est vrai qu'il obéissait à son souverain, avec désintéressement; il est vrai encore queb perfidie était le vice dominant de l'époque. Mais l'historiefl n'a pas le droit de transiger avec le mal et d'effacer du portrait de ses héros favoris l'ombre que leurs crimes projettent sur leur physionomie; il doit plutôt étaler ceux-ci au grand jour, comme étant d'autant plus odieux que le coupable

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