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mention particulière. Malgré la simplicité de ses différentes dispositions, il était si long, à cause des formales et des périphrases dont il était surchai^é, qu'on eut à peine le temps de le transcrire avant ta mort dn monarque. Celui-ci le signa dans la soirée du ââ janvier 1516, et, peu après, entre nneeldeux heures du matin, te 35, il rendit le dernier soupira Cette scène se passait dans une petite maison appartenant aux moines de Guadalupe ; « c'est dans cette misérable demeure, » s'écrie Martyr, sur son ton habituel «le moraliste, < que le maître de tant de royaumes ferma ses yeox à !a lumière du jour. >
Ferdinand était âgé de près de soixante- quatre ans; il y en avait quarante et un qu'il portait lie sceptre de la Castille et irenle-sept qu'il était monté sur le tr6ne d'Aragon. Il avait eu un long règne, assez long pour voir réduits en pOQSsière ceux de ses sujets qui avaient eu son estime et sa confiance, et pour voir une foule de monarques apparaître et s'évanouir, comme des ombres, ^ ses yeux^ Il mournt profondément regretté des Aragonais, qui avaient toujours éprouvé une partialité naturelle pour leur souverain. Des
' La reine était à Alcala de Henarèa lorsqu'elle reçut la nonvelle de la maladie de aon mari; elle se tendit en toute hâte à Ifadrigalejo , mais, quoiqu'elle fût arrifée le 20 dans cette ville, eUe no fut pas admise, dit Gomez, malgré ses larmes, à ane entrevue particulière avec le roi, avant que le testament de celui-ci n'eût été dressé, peu d'heures avant ta mort.
i Depuis son avènement au trône, Ferdinand n'avait pas vn moins de quatre rois d'Angleterre, de quatre rois de France, de quatre rois de Naples, de trois rois de Portugal, de deux empereurs d'Allemagne et d'one demi'douzaine de papes. Quant à ses propres sujets , à peine un seul de ceux que nous avons appris à connaître dans le cours de cette histoire vivait-il encore alort, excepté le Nestor de son temps, l'octogénure Ximenès.
f88 RËGNE DE PBRDlNAItD ET [/ISABELLE.
seatimenls tout autres animaient les uobles casUIlans, qv espéraient beaitcoiip en voyant passer l'aotorité, des maiss TÎgoureoses de leur vieux mattre, dans celles d'un [micc jeune et inespérimenté; cependant le peuple qui avait jooi de la tranquillité, gr&ce au Trein imposé à une aristocratie oppressive, vénéra toujours la mémoire du roi, comme cellt d'uD bienfaiteur.
ta dépouille mortelle de Ferdinand fut portée à Grenade, conformément à ses désirs; quelques-uns de ses pins fid^ partisans l'accompagnèrent seuls, )a plupart de ses anciens serviteurs ayant craint de donner ombrage à Charles. Cepoidant le cortège se grossit de nouveaux arrivants, dans les différentes villes où il passa. A Cordoue, fait digne d'êm cité, te marquis de Priego, qui n'avait guère été comblé des faveurs royales, sortit de sa maison avec toute sa suite, pour payer un dernier tribut de respect aux restes glacés ds monarque. Ceux-ci furent reçus avec le même respect i Grenade, où, dit Zurita, le peuple, assistant à ce triste spectacle, se sentait douloureusement émo, en se rappelani Caitrée triomphale du roi victorieux dans la capitale qa'ii venait de prendre sur les Mores.
Le monarque avait demandé en mourant qu'on célâiril sans pompe ses funérailles; on lui obéît. !l fut déposé à côté d'Isabelle dans le couvent de l'Âibambra, et, l'année saivante, lorsque la chapelle royale de l'église métropolitaioe fut achevée, on les y transféra tous deux. Leur petU-Gls, Charles-Quint, leur fil élever un magniâqae mausolée de marbre blanc; celui-ci fut fait dans un style digne du tonps. Les côtés étaient ornés de figures d'auges et de saints, richement sculptés en bas-relief; au sommet reposait les eflOgies des illustres époux, dont les titres et les mérites
MORT DE FBRDIHAKD. 1S7
étaient rappelés dans la conrle épilaphe suivante, qui n'est peat-étre pas trop heureuse :
■ MAHOHETlCiË SSCIX PROSTRATORES, ET a£RETICiB PERVI- CACLE EXT1MGT0RE3, FeRHANDUS ÂRAGOHUM , ET HeUSABETA CASTELLiB, VIR ET UXOR UNANIMES, CaTHOLICI AFPELIATI , MARMOHBO CLAUDUNTCR HOC TUNULO. >
Noos avons àé\k feit le portrait de Ferdinand. < Il était de taille moyenne, > dit an contemporain, qui le eonnai»sait bien. • Il avait le teint frais, les yeux vife et aDÎméSr la bouche et le nez petits et bien formés, les dents htaocfaes, le front élevé et serein, des cheveux chàtain-clair pendants. Ses manières étaient courtoises et rarement l'ennui on la tristesse assombrissait sa physionomie ; grave dans ses discours et dans ses gestes, il avait un maintien plein de dignité ; toat en un mot, annonçait chez loi on grand roi. > Ferdinand dut poser à une époque plus henreose de sa vie pour ce portrait flatteur.
Sa première éducation, à eaose da temps de troubles où il Técnt dans son enfance, avait été négligée; il fut cepatdaot familiarisé de bonne heure avec les généreux pasa&temps et les exercices de )a chevalerie *. Il passait pAn* l'tm des meilleurs cavaliers de ta cour^ il mena nue vie active et n'aimait, parait-il, d'autre lecture que celle de l'histoire, il était naturel que, jouant un des principaux rOles sur la sc^e politique, il se plût k cette étude instructive.
Il avait l'homenr égale et était modéré en tout; le seol divertissement qn'il rechercfa&t était la chasse, surtout celle
* > DjonUitU^rement, > ditPolgar, • et areo ans adresae qui n'ttiit sntpMsJe par penoime daiu le n^anme. >
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au faucoD, mais il ne s'y livra jamais avec excès, sauf dans les dernières aaoées de sa vie '. Il avait une ardeur iohdgable au travail. Il n'aimait pas les plaisirs de la table et, comme Isabelle, était d'une extrême sobriété '. Il faisait peu de dépenses pour sa maison et pour lui-niËme, ea partie, sans donte, dans le but de reprocher aux noble leur prodigalité et leur ostentation ; il ne perdait avcime occasion de tes critiquer; un jour, dit-on, il se tourna vers un courtisan cité pour le luxe extravagant de sa toilette, el, posant la main sur son propre pourpoint : « C'est nue excellente étoffe, > dit-il; > elle a duré autant que trots paires de mancbesï > Il poussa si loin cet esprit d'économie, qu'il se fit accuser d'avarice, et l'avarice, moins funeste, en général, que le vice opposé de la prodigalité, a toujours été moins populaire que celui-ci, qui a une apparence de désintéressement; cependant la prodigalité cbez un roi, qoi ne dissipe pas son bien, mais celai de son peuple, n'a pas même cette excuse. En réalité, Ferdinand était ptutdt économe que prodigue; ses revenus étaient modiques, ses entreprises, vastes et nombreuses; il n'eût pu les mener afin, s'il n'eût ménagé ses ressources avec le plus grand soin'- Nul n'a pu lui reprocher de s'être enrichi en vidant les charges publiques k l'encan, comme Louis XII, ou en près-
' Selon Palgar, il umait dans sa jeunesse lea échecs, la paume ettn antres jeux d'adresse.
* ' Restes dîner arec nous, • disaiMlà son oncle, le grand-aminlHariquez , • nous aurons on poulet à diner aajooid'hni. > La cuisine n>j>l< n'eût pas offert un vaste champ au génie d'un Vatel on d'un Ude.
* Le» reveDos de son propre royaume d'Aragon étaient très boraéa ) u» principales expéditions étrangères ne farent faites qu'au profil de cette couronne, bien que l'aide de la Castille pût eiptiquec et jusqu'à un certun point esenser ses modiques envois d'argent à ses troupes.
MOItT DE PBRDINAMD. 169
surant ses sujets, comme no autre prince coDtem{)oraiD, Heori VU ; il n'amassa pas de trésor et mourut même si pauvre, qu'il laissa à peine assez d'argent pour couvrir les frais de ses funérailles *.
Ferdinand était dévot; du moins il respectait scmpuleusemeat les formes estérieures de la religion. Il assistait ponctuellement h la messe, observait avec soin les lois et les cérémonies de l'Église, et, selon la mode du temps, il manifesta sa piété en consacrant au culte de somptueux édifices et en dotant des éublissements religieux. Quoiqu'il fût peu imbu du fanatisme de son temps, il ne se montra pas exempt de bigoterie, car non seulement il dut supporter avec Isabelle la responsabilité des mesures rigoureuses que celle-ci prit en Castille, mais il n'épargna aucun effort pour consolider l'inquisition en Aragon, et plus tard à Naples, où il n'eât pas heureusement autant de succès *.
On a fait à Ferdipaad un reproche plus grave, on l'a accusé d'hypocrisie; son zèle catholique, a-t-OD observé,
< L'État des cofks de Ferdinand contrastait eingulièrement avec celui des coffres de son contemporain , Henri VII , i dont le trésor , • pour emprunter les paroles de Bacon, • mis sous la garde du monarque mâme et laissé par lui à sa mort, s'élenit à la somme de dix-huit cent mille livres sterling, masse Énorme d'a^nt, mSme pour ce temps. • Sir Edouard Coke porte ce trésor à • cent millions trois cent mille livres ! •
* Dans sa oondnite relativement à l'inquisition en Aragon , Ferdinand montra nne singulière duplicité; à la suite des remontrances faites, eu 161i , par tes corlès, qui se plaignaient aieo hardiesse des différentes usurpations du saint-office, il signa un accord qui limitait la juridiction de oelni-ci. Il se repentit toutefois de ces concessions et, l'année suivante, se fit relever de ses engagements par le pape; mais cet acte causa une telle irritation dans le rojanme que le roi jugea pradent de renoncer an bref papal et d'en solliciter un autre, confirmant son ancien accord. On peut bien douter si la bigoterie entrait dans ces honteuses jongleries pour une aussi large part que dw raisons d'État moins pardonnables.
i7D ' RËGHE DE nBSnUHO ET s'kABELLE.
était singulièrement propre à servir ses projels; ses eattC' prises les pins condanmablea même étaient conTertes it masque de la religion. Sous ce rapport, le roi d'AngM D'agissait pas autrement que ses contemporains ; qnelqueianee des guerres les plus scandaleuses de ce temps foreat ouvertement faites à la demande de l'Église ou pov b défense de la chrétienté contre les intidèles. Cette b;poeri> aie était très ordinaire, chez les Espagnols comme ebez les portugais; l'enthousiasme excité par leur litte contre la Miaes et, plus tard, par leurs expéditions en Afrique et en Amérique, s'était empreint sur leurs sentiments, 4« maiiJre à d^niser quelquefois h leurs yeux mêmes le véritable caractère de leurs actions.
{I n'est pas aussi facile de disculper Ferdinand dn xeproche de pei^ie, que les historiens étrangers lai 4Hitsi souvent adressé «t que les écrivains espagnols ont cherché pliUdt k atténuer qu'à nier; coudant ici encore nous devons faire la part da siècle. Ce monarque monta sar le trône k une époque de transition, où te gouvernement se dépouillait des foroies féodales pour revêtir celles qu'il a prises de nos jours, et où la puissance des grands vassam était renfermée dans des limites plus étroites par l'habile politique des princes régnants. Celait le triomphe nouveau de l'intelligence sur la force brutale, qui avait jusque-là régné entre les nations comme entre les individus. Lorsqa^ la fin du XV* siècle tombèrent les barrières qui séparaient les peuples, les rois suivirent, dans leurs relations extérieures, les principes qui les avaient gnidés dans leur administration extérienre. L'Italie fut le premier champ de bataille où les puissances se rencontrèrent; ce fut aussi le pays où cett« science perfide fst, pour la premi^ Cns,
HOBT SB rEBSIlUim. ITl
étudiée et rédnite en an système régulier. Un simple extrait du maouel politique de ce tem}» nous donoera aoe idée de cette science, telle qu'elle était comprise alors* : < Uo prince sage, > dit Macbiavel, i ne tiendra pas et ne dwt pas tenir ses engagements, lorsqu'ils sonl désavantageux pour lui et que les motifs pour lesquels il les avait pris ont cessé d'exister. » Que cette maxime ait été mise en pratique, on ra a soffisamment la preuve dans les nombreux traités de ce temps, qui se conb^îsent ou se confirment, de manière à montrer clairement l'iuanilé de tous ces engagements. Jt D'y eut pas moins de quatre traités, conclus dans l'espace de trois ans, Etipulaot solennellement le mariage de l'arcbidac Charles avec la princesse Claude de France; Louis Xil manqua ^ sa parole et celle union n'eut jamais lieu.
C'est k cette école que fut élevé Ferdinand, obligé de rivaliser d'habiteté avec les rois, ses cousins; il eut un excellent maître dans son père, Jean II d'Aragon, et n'oublia pas les leçons qn'il avait reçues. ■ Il était vigilant , prudent et subtil, > écrit un Français contemporain, t et l'on oesacbe pas qn'il se soit jamais laissé tromper *. > Il joua sa partie avec plnsd'adresse qn« ses advwsaires et la gagna ; le succès, comme tonjonrs , loi attira les reprodies des perdants ; cela est particulièrement vrai delà France, dont le souverain était son plus rude antagoniste. Cependant il ne paraît pas que le roi d'Aragon fût pins perfide que Louis XII ; s'il abandonna
* cil arlea -Quint, en particulier , témoins son estime pour Machiarel , CB faiuat trtdniiE Je • Frinoe ■ pour mu propre wage.
^ K Ce prince, • dit lord Herbert, • qui n'était pas iiûp<ué à exagèier les talents ou les vertus de Terdinaiid, > était regaidé ccmme le roi le plus sctïf et le plus politique de bod temps ; nnl ne savait mieux se servir des uliES on ftôie toumsT ban loteB b aos proSt. ■
ses alliés, lorsqu'il y trouva son ÎDlérét, il ne trama pas, dn moins, leur perte et ne les livra pas eotre les mains de ient eDoemi mortel, comme son rival le lit pour Venise, à la ligne de Cambrai. Quant au partage du royaume de Naples, le fait le plus scandaleux de ce temps , il le régla avec le roi de France, el si ce dernier ne s'empara pas de la Navarre, ce fut parce que la mort prématurée de son général lui au, avec les moyens, tout prétexte pour faire celte conquête. Cependant Louis XII, « le père du peuple, > a passé k li postérité avec uoe réputation honorable.
Ferdinand, malheureusement pour sa popularité, n'avait pas ces manières Tranches, cordiales, ouvertes, qui inspirent l'affection. Il montrait dans la vie privée, comme en public, une froideur prudente et impénétrable; < on ne pouvait lire ses pensées sur sa physionomie, > dit un écrivain contemporain. Calme et toujours calculant, même dans des circonstances futiles, il rapportait tout évidemment à lui-même; il paraissait n'estimer ses amis qu'en raison des services qu'ils pouvaient lui rendre. D'ailleurs il lui arrivait d'-oublier ces services, témoin son ingratitude envers Colomb, GoDsaIn de Cordoue, Navarro, Ximeoès, envers ces hommes qui jetèrent tant d'éclat sur son règne ; témoin aussi son insensibilité aux vertus et au long attachement d'Isabelle, dont il pntsitât déshonorer la mémoireen s'unissant k une princesse indigne, sous tous les rapports, de remplacer cette illustre reine.
Si nous comparons Isabelle avec Ferdinand , le conlrasU que nou.s offrent les deux époux n'est guè^e avantageux pour le dernier; elle était magnanime, désintéressée, profondément dévouée aux intérêts de son peuple. Le roi était égoïste; le cercle de ses idées pouvait être plus ou moins large, miis