‹ Histoire du règne de Ferdinand et d'IsabelleChapitre 66 sur 73 · NORT DB FERDINAND · texte numérisé non relu

NORT DB FERDINAND

il eo était toujours le centre. La reine, douée d'un coeur géoérens, fut toujours constante au premier, à Tonique objet de son amour. Nous avons vu jusqu'où Ferdinand poussa l'amitié; it ne respecta pas davantage le lien conjugal et il se montra indigne de l'admirable femme qui fut son épouse, en nouant avec d'autres des relations criminelles , trop encouragées par la morale relâchée de ce temps ^ Enfin, le roi d'Aragon, prince habile et rusé, • surpassant tons les hommes d'État contemporains dans la science du cabinet, > comme l'a Tait observer on écrivain Trançais, qui ne te flatte pas, représente l'esprit particulier de ce siècle, au dessus duquel s'élève Isabelle, qui dédaigna constamment les petits artifices de la politique et employa les moyens les plus nobles pour atteindre au plus noble but.

On peut dire qu'avec celte auguste reine Ferdinand perdit son bon génie ; on nuage depuis ce temps voila sa fortune, non que la victoire Tût moins fidèle à sa bannière, mais il avait perdu :

• Tout « qui accompagne la vieillesse:

Honnenr, amour, obéissauce, amis. •

' Ferdinand laissa quatre enbnta natnrels, tiois filles et un fils ; oelui-ci, don Alonso de Aragon, âtait né de la vicomtesse d'Eboli, dsme catalane; il fat nommé archevêque de Sarragosse, à l'ige de six ona. Il ne mena gahn ponitant mie vie religieuse ; il prit nue part aotive aux érénemenls politiques et militaires du l«mps, et parait avoir été moins réservé encore que son père dans ses amours. Il avait des manières séduisantes et sa conduite publique était sage; son père loi témoigna t-onjours une affection partiouUère et, comme on l'a tu, lui confia la régence d'Aragon i sa mort. Perdinand ent aussi trois filles de trois dames diflSrentes, dont nne noble portugaise ; l'aînée , dons Jusna , épousa le grand-oonnétable de Castilte ; les deux antres, qui se nommaient également Maris, prirent le voile dans lin oonvent i Madrigal.

IT4 RËGNB DE FBItDlNAND ET D'ISABELLB.

Son maleocoDtreux mariage mécontenta ses sujets castillans ; i) régna encore sor eus , mais en maître sévère, qoi n'est point aimé. La beauté de Germaine fournitde nouTeani aliments à sa jalonsie, tandis que l'inégalité de leur Sgeei sa passion des plaisirs frivoles la rendaient peu propre à être sa compagne dans la prospérité , comme sa consolation dut la vieillesse. Son amour du pouvoir l'entraîna dans des àiBérends mesquins avec ceux qoi lui étaient unis de pins près par les liens dn sang, querelles qui aboutirent à une inimitié mortelle. Enrin, les infirmités de l'âge mtoèrent la vigueur de son esprit, de pénibles soupçons le consumèrent et il eat le malheur de vivre longtemps après avoir perdu tout ce qoi rend la vie désirable.

Détouruons nos yeus de ce sombre tableau poor les porter sur ce temps plus heureux où Ferdinand, alors au printemps de la vie et uni à Isabelle , était assis sur le trône, aimé de ses sujets, craint et respecté de ses ennemis. Nous trouverons alors chez lui bien des qualités à admirer : sa justice inipar tiale dans l'exécution des lois; sa sollicitude attentive poar proti'ger le faible contre l'oppression du fort ; la sage économie avec laquelle il fît de grandes choses, sans surchai^er son peuple d'impôts; sa sobriété et sa modération; sod respect pour la religion, qu'il força ses sujets k respecter comme lui ; l'encouragement qu'il douna à l'industrie par ses lois et par son exemple; l'adresse consommée, qui conroaoa d'un brillant succès toutes ses entreprises, et ût de hii l'oracle des princes contemporains.

Il est vrai que Machiavel, qui avait fait une protirade étude des caractères, attribue, dans une de ses lettres, les succès de Ferdinand ■ à la ruse et au hasard plus qu'ï ane sagesse supérieure. > Ce prince fut heureux, en effet, et

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I l'étoile de l'Autriche, ■ qui se leva , lorsque lui-même déclinait , ne brilla pas d'an éclat plus vir; mais le succès, pendant uoe longue suite d'années, est une preuve safllsante d'habileté, c l^s vents et les vagues, > dit Gibbon, avec assez de vérité, « sont toujours du côté du meilleur marin. ■ L'historien (loreatiD a porté un jugement plus mûri, plus réfléchi, dans le traité qu'il destinait k l'éducation des rois de son temps. < Rien, • dit-il, « ne vaut autant d'estime ^ nn prince que de grandes entreprises. Notre époque en a fourni un magnifique exemple dans Ferdinand d'Aragon. Mous pouvons appeler celui-ci un nouveau roi, puisque, si faible à l'origine, il est devenu le monarque le plus glorieux el le plus estimé de la chrétienté. Si nous peson» exactement ses nombreuses œuvres, nous devons reconnaître qu'elles furent toutes très grandes et quelques-unes même réellement extraordinaires. >

D'antres écrivains éminents de ce siècle se joignent à ces éloges. Les Castillans, se souvenant de la sécurité et Je la prospérité dont ils avaient joui sous ce règne, parurent disposés i oublier ses fautes, tandis que les Aragonais, fiers de la grandeur à laquelle Ferdinand éleva leur petit pays et pleins de reconnaissance, au souvenir de son administratiou paternelle, le pleurèrent unanimement comme te dernier priuce qui devait r^ner sur l'Aragon, libre et indépendant.

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