‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 100 sur 246 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

ce genre ae rhétorique fut sir John Knight, représentant de bristol, Jacobite haineux et à l'esprit grossier, qui, s'il avait été un honnête homme, eût été un non -jure ur. Deux années auparavant, étant maire de Bristol, il s'était acquis une triste notoriété en traitant de la manière la plus irrespectueuse une Commission scellée du grand sceau des Souverains auxquels il avait, à plusieurs reprises, juré obéissance et fidélité, et en excitant la canaille de la ville à poursuivre les juges de huées et de coups de pierres1. Dans la question des Protestants étrangers, il termina une sauvage invective en exprimant le désir que le sergent d'armes ouvrit les portes de la Chambre, afin que cet odieux rouleau de parchemin qui n'était rien moins que l'abandon du droit d'aînesse du peuple anglais, fut traité avec le mépris qu'il méritait. « Commençons, dit-il, par jeter le Bill hors de la Chambre, et puis nous jetterons les étrangers hors du royaume. »

On alla aux votes par division. La motion de renvoyer le Bill a une commission fut votée par 163 voix contre 128 ». Mais la minorité était ardente et opiniâtre, et la majorité ne tarda pas à chanceler. Le discours de Knight, retouché et rendu plus outrageant encore, parut bientôt imprimé sans autorisation. Des milliers d'exemplaires en furent mis en circulation par la poste ou répandus à profusion dans les rues, et telle était alors la force du préjugé national qu'une foule de personnes malheureusement lurent, applaudirent et admirèrent cette honteuse diatribe. Mais un exemplaire en ayant été produit dans la Chambre des Communes, il y souleva une telle explosion d'indignation et de dégoût que l'impudent et sauvage orateur lui-même fut intimidé. Se voyant en danger imminent d'être expulsé de la Chambre et envoyé en prison, il fit des excuses et se prétendit étranger au document que l'on donnait comme le compte rendu des paroles qu'il avait prononcées. Le personnage resta impuni, mais un vote de la Chambre qualifia son discours de faux, de scandaleux et de séditieux, et ordonna qu'il fût brûlé dans la cour du palais parla main du bourreau. Quant au bill qui avait causé toute

' Journal de b'arcisse Luttrell, septembre 1691. ' l'rocùs-Verbaux des Communes, 4 janvier 1093-4.

cette fermentation, la Chambre eut la prudence de le laisser tomber '.

Subsides.

Cependant les Communes étaient saisies de questions financières d'une haute importance. Le budget de l'année 1694 était énorme. Le roi proposait d'ajouter à l'armée régulière, qui était déjà la plus considérable armée régulière que l'Angleterre eût jamais entretenue, quatre régiments de dragons, huit de cavalerie et vingt-cinq d'infanterie, ce qui devait porter à près de quatre-vingt-quatorze mille le nombre des hommes, y compris les officiers 2. Cromwell, alors qu'il avait à maintenir trois royaumes dans l'obéissance et à faire à l'Espagne une guerre vigoureuse en Europe et en Amérique, n'avait jamais possédé les deux tiers de la force militaire que Guillaume jugeait nécessaire en ce moment. Les Tories ayant à leur tête trois chefs whigs, Harley, Foleyet Howe, s'opposèrent en masse à toute augmentation. Les Whigs, conduits par Montague et Wharton voulaient, au contraire, accorder au gouvernement tout ce qu'il demandait. Après de longues et de nombreuses discussions, et probablement après bien des votes où les deux partis se serrèrent de près, dans le Comité des subsides, le roi obtint la plus grande partie de ce qu'il avait demandé. La Chambre lui accorda quatre nouveaux régiments de dragons, six de cavalerie et quinze d'infanterie. L'effectif militaire voté pour l'année s'élevait donc à quatre-vingt-trois mille hommes, la dépense à plus de deux millions et demi, y compris environ deux cent mille livres pour l'artillerie3.

* Il n'existe, je crois, aucune copie du Bill de Naturalisation. On trouvera dans les Proies-Verbaux l'histoire de ce Bill. Van Citlers et L'Hermitage nous éclairent moins qu'on ne pourrait s'y attendre sur un sujet qui devait in'éresser les hommes d'Etat hollandais. Ce discours de Knight se trouve dans les Papiers rie Somers. Roger North, son confrère jacobite, le représente «comme un gentilhomme d'une intégrité et d'une loyauté aussi parfaite qu'aucun de ceux qui ont jamais honoré la ville de Bristol. »

* Procès-Verbaux ries Communes, 6 décembre 101)3-4.

* Proeès-Ycrbaux ries Commîmes, 80 el Sî décembre 1693-4. Les journaux ne parlaient pas alors des votes par division qui avaient heu quand la Chambre se formait en' comité. Il n'y eut qu'un vote par division sur le budget de l'armée de celte année, la masse étant sur le bureau de la Chambre. Ce vote eut lieu sur la question de savoir si l'on accorderait 00,000 ou 147,000 livres pour les hôpitaux et les dépenses imprévues. Les

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