‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 101 sur 246 · CHAPITRE II. 21Î · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. 21Î

Le budget de la marine passa beaucoup plus rapidement, car Whigs et Tories s'accordaient à penser qu'il fallait maintenir à tout prix l'ascendant maritime de l'Angleterre. Cinq cent mille livres furent votées pour payer l'arriéré dû aux matelots, et deux millions pour les dépenses de l'année 1694 ».

Voies et moyens. — Emprunt de la Loterie.

Les Communes s'occupèrent ensuite des voies et moyens. L'impôt foncier fut renouvelé à quatre shillings par livre, et parce simple, mais puissant mécanisme, le gouvernement leva sans risque et avec promptitude deux millions environ 2.

La Chambre 3 établit un impôt de capitation 4. Les droits de timbre avaient figuré pendant longtemps au nombre des ressources fiscales de la France et de la Hollande, et ils avaient existé chez nous pendant une partie du règne de Charles II, mais on les avaient laissé éteindre. Ils furent remis en vigueur, et depuis ils ont toujours formé une partie importante du revenu de l'Etat 5. Les voitures de louage de la capitale furent soumises à une taxe et placées sous l'administration de commissaires, en dépit de la résistance des femmes des cochers qui s'attroupèrent autour de Westminster et Hall, et huèrent les représentants6. Mais, malgré tous ces expédients, il y avait encore un déficit considérable, et un nouvel emprunt devint nécessaire. Un nouveau droit sur le sel et d'autres impôts de moindre importance furent mis à part, afin de former un fonds pour un emprunt. Sur la garantie de ce fonds, un million devait être levé au moyen d'une loterie, mais d'une loterie qui n'avait guère que le nom de commun avec les loteries telles qu'elles existèrent plus tard. La somme à fournir fut divisée en cent mille actions de dix livres chacune.

Whigs enlevèrent la plus forte somme à 184 voix contre 120. Wharton fut le scrutateur de la majorité, et Foley celui de la minorité.

' Procès-Verbaux des Communes, 25 novembre 1693-4.

' Sat. 5. Guillaume et Marie, chap. I.

• Slat. 5 et 6. Guillaume et Marie, chap. XIV.

* Poil tax.

' Stat. 5 et 6. Guillaume et Marie, chap. XXI ; Journal de Narcisse Luttrell.

' Slat. 5 et 6. Guillaume et Marie, chap. XXII ; Journal de Narcisse Lut» trell.

L'intérêt pour chaque action devait être de vingt shillings par an, ou, en d'autres termes, de dix pour cent pendant seize ans. Mais dix pour cent pour seize ans, ce n'était pas là un appât de nature à séduire les prêteurs. Il fallut tendre aux capitalistes une amorce de plus. On arrêta qu'un quarantième des actions toucherait un intérêt plus élevé que les trente-neuf autres quarantièmes, et le sort devait décider quelles seraient les actions qui gagneraient les lots. Les arrangements pour le tirage des billets furent confiés à un aventurier du nom de Neale qui, après avoir mangé deux fois sa fortune, s'était trouvé heureux d'obtenir la place d'intendant des menus plaisirs au palais '. Ses fonctions consistaient à nommer les points quand la Cour jouait aux jeux de hasard, à fournir les cartes et les dés, et à décider dans toute discussion qui s'élevait au jeu déboules ou autour du tapis vert. Il était éminemment versé dans tout ce qui était du ressort de ses fonctions qui n'avaient, on le voit, rien de bien élevé. Neale avait gagné dans les loteries des sommes considérables qui lui avaient permis de s'engager dans de très-grandes spéculations et de couvrir alors de bâtiments le terrain qui s'étend aux alentours de Seven Dials. C'était évidemment le personnage le plus compétent que l'on pût consulter sur les détails d'une loterie. Cependant il ne manqua pas de gens qui regardèrent comme peu décent de la part de la Trésorerie d'appeler à son aide un joueur de profession 2.

La Banque d'Angleterre.

L'emprunt de la loterie, ainsi qu'on l'appelait , procura un million. Mais il fallait encore un million pour mettre les recettes de l'année 1694 au niveau des dépenses, telles qu'elles avaient été estimées. L'ingénieux et entrepreneur Montagne avait un plan tout près. Ce plan, sans la pression d'extrêmes embarras financiers, il aurait eu de la peine aie faire agréer à la Chambre des Communes, mais ce large et vi-

1 Groom-porter.

• Slat. 5. Guillaume et Marie, chap. VII ; Journal d'Fvelyn. 5 octobre, 22 novembre iG'Ji ; poème sur les Projets de /Veate, esq.; Histoire de Londres, de Malcolm. Les fonctions «le tfeâle sonl décrites d ms plusieurs éch« tions de [Etat de l'Angleterre, de Cliamberla] ne. Sun nom figure i'i\quemnient dans la Gazette de Londres, par exemple le M juillet li>'J4.

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