‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 99 sur 246 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

qu'il engagea jamais avec son Parlement. A l'ambassade de Hollande, toutes les phases de cette tempête avaient été suivies avec un profond intérêt, et l'on semble y avoir été d'avis que la conduite du roi ne lui fit perdre ni son pouvoir, ni sa popularité x.

Bill pour la naturalisation des Protestants étrangers,

Une autre question qui n'excita guère moins de passion dans le Parlement et dans le pays préoccupa, à peu près vers le même temps, l'attention publique. Le 6 décembre, un Whig de la Chambre des Communes obtint la permission de présenter un Bill pour la naturalisation des Protestants étrangers. Il ne manquait point d'arguments plausibles en faveur de ce Bill. Un grand nombre d'individus, éminemment industrieux et intelligents, fermement attachés à notre foi et ennemis mortels de nos mortels ennemis , se trouvaient à cette époque sans patrie. Parmi les Huguenots qui s'étaient soustraits à la tyrannie du roi de France, il y avait une foule de personnages d'une grande réputation dans la guerre, dans les lettres, dans les sciences dans les arts. Les plus humbles réfugiés eux-mêmes étaient par l'intelligence comme par la moralité au-dessus de la moyenne du menu peuple des autres royaumes de l'Europe. Aux Protestants français que les édits de Louis avaient jetés sur la terre d'exil étaient en outre mêlés des Protestants allemands que ses armes avaient chassés de leurs pays. Vienne, Berlin, Bâle, Hambourg, Amsterdam, Londres, regorgeaient d'hommes honnêtes et laborieux qui avaient été autrefois de riches bourgeois de Heidelberg ou de Manheim, ou qui avaient cultivé les vignobles qui s'étendent sur les bords du Necker ou du Rhin. Il pouvait bien venir à la pensée d'un homme d'Etat que ce serait un acte à la fois généreux et politique que d'attirer en Angleterre et d'incorporer au peuple anglais des émigrants aussi malheureux et aussi respectables. Leur industrie et leur activité ne pouvaient manquer d'enrichir

* Le Bill est dans les Archives des Lords. J'en ai recueilli l'histoire dans les Procès- Verbaux, dans les Débats de Grey, et dans les Lettres si intéressantes de Van Citters et de L'Hermitage. Je crois qu'il résulte avec évidence des Débats de Grey, qu'un discours qu'il attribue à «t quelqu'un » qu'il ne nomme pas, est de sir Thomas Litlleton.

tout pays qui leur offrirait asile, et l'on ne pouvait douter qu'ils ne défendissent vaillamment leur patrie d'adoption contre le monarque dont la cruauté les avait chassés de leur pays natal.

Les deux premières lectures passèrent sans qu'il y eût vote par division. Mais, sur la motion que le Bill fût envoyé en comité, il s'engagea un débat où les adversaires du Gouvernement usèrent de la manière la plus large de la liberté de la tribune. Il était oiseux, disaient-ils, de parler des pauvres Huguenots et des pauvres Palatins. Evidemment, ce Bill était proposé, non pas dans l'intérêt des Protestants français ou des Protestants allemands, mais dans celui des Hollandais, gens tout prêts à se faire protestants, Papistes ou Païens, pour un florin par tête, ou à signer, en Angleterre, la déclaration contre la Transubslantiation, et, au Japon, à fouler aux pieds la Croix. On les verrait arriver en foule. Ils pulluleraient dans tous les emplois publics. Ils seraient préposés aux douanes et jaugeraient les barrils de bière. Nos lois de navigation seraient virtuellement rappelées. Tout bâtiment marchand qui sortirait de la Tamise ou de la Severn aurait pour équipage des matelots de la Zélande, de la Hollande et de la Frise. Il ne resterait aux marins nationaux que le rude et périlleux service de la marine royale; car « Haas » quand il aurait rempli avec notre argent les poches de ses larges chausses en revêtant le caractère d'un sujet anglais, invoquerait, pour se soustraire à la presse des matelots, les privilèges d'un étranger. Les intrus domineraient bientôt dans le sein de toutes les corporations. Us expulseraient de la Bourse nos Aldermen. Ils achèteraient les bois et les manoirs héréditaires de nos gentilshommes campagnards. Déjà doi» avions parmi nous l'une des plus bruyantes des plaies d'Egypte. Les grenouilles avaient fait leur apparition jusque dans les appartements royaux. On ne pouvait aller au palais de Saint- James sans être importuné par le coassement des reptiles des marais de la Hollande. Si le Bill passait, le pays tout entier serait infesté comme le palais de cette engeance dégoûtante.

Sir Jolm (Lnigbt.

L'oraleur qui se donna le plus librement carrière dans

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