‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 102 sur 246 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

goureux esprit y voyait des avantages à la fois politiques et commerciaux, plus importants que le soulagement immédiat des finances. Il réussit, non-seulement à pourvoir aux besoins de l'Etat pour une période d'une année, mais à fonder une grande institution qui, après un laps de plus d'un siècle et demi, continue à prospérer parmi nous et qu'il vécut assez pour voir devenir le plus ferme soutien du parti whig dans toutes ses vicissitudes et le boulevard de la succession protestante, dans des temps dangereux.

Sous le règne de Guillaume, il y avait encore des vieillards qui se souvenaient des temps où l'on ne voyait pas dans la cité de Londres une seule maison de banque. Jusqu'à la Restauration, chaque commerçant avait son coffre-fort dans sa maison et quand on lui présentait une acceptation, il comptait lui-même sur son comptoir les couronnes et les Carolus. Mais l'accroissement de la richesse avait produit son effet naturel, la subdivision du travail. Avant la fin du règne de Charles II, une nouvelle manière de payer et de recevoir l'argent s'était introduite parmi les marchands de la capitale. Il s'éleva une classe d'agents dont l'office fut de tenir la caisse des maisons de commerce. Cette nouvelle branche d'affaires tomba naturellement entre les mains des orfèvres qui étaient accoutumés à trafiquer sur une large échelle des métaux précieux et qui avaient des caveaux où l'on pouvait déposer des masses de lingots considérables à l'abri du feu et des voleurs. C'était dans les boutiques des orfèvres de Lombard- Street que se faisaient tous les payements en espèces. D'autres commerçants ne donnaient et ne recevaient que du papier.

Ce grand changement ne s'accomplit pas sans une forte opposition etsans de vives clameurs. Des marchands attachés à la vieille routine se plaignirent amèrement qu'une classe de gens qui, trente ans auparavant s'étaient renfermés dans le cercle de leurs fonctions propres et qui avaient réalisé de beaux bénéfices en bosselant des coupes et des plats d'argent, en montant des bijoux pour les grandes dames, en vendant des pistoles et des dollars aux gentilshommes qui allaient en voyage sur le continent, que ces gens-là, disonsnous, fussent devenus les trésoriers et tendissent rapidement à devenir les maîtres de la Cité tout entière.

Ces usuriers, disait-on, jouaient aux jeux de hasard ce que

les autres avaient gagné par leur industrie et amassé par leur économie. Si les dés leur étaient favorables, le fripon qui tenait la caisse devenait alderman ; s'ils leur étaient contraires, la dupe qui avait fourni la caisse faisait banqueroute. — D'un autre côté on exposait, dans un langage animé, les avantages du nouveau système. Ce système, disait-on, économisait à la fois le travail et l'argent. Deux commis, dans une seule maison de banque, faisaient ce qui, sous l'ancien système, aurait occupé vingt commis dans vingt établissements différents. Le billet d'un orfèvre pouvait passer en une matinée dans dix mains différentes. De cette façon, leurs guinées enfermées dans son coffre-fort, près de la Bourse, faisaient ce qui aurait exigé autrefois mille guinées dispersées dans autant de caisses, celles-ci àLudgate-Hill, celles-là à Austin-Friars ou à Tower-Street *.

Insensiblement, ceux-là même qui avaient murmuré le plus haut contre l'innovation cédèrent et se conformèrent à l'usage qui prévalait. La dernière personne qui résista fut, chose étrange, sir Dudley North.Lorsqu'en 1680, après une longue résidence à l'étranger, il revint à Londres, rien ne l'étonna ou ne le mécontenta plus que la pratique qui s'était établie d'effectuer les payements au moyen de lettres de change tirées sur les banquiers. Il ne pouvait aller à la Bourse sans être suivi tout à l'entourde la place par des orfèvres qui, en lui faisant des saluts jusqu'à terre, sollicitaient l'honneur de le servir. Il s'emportait quand ses amis lui demandaient où il serrait sa caisse. « Où voulez-vous que je la serre, répondait-il, si ce n'est dans ma maison? » Ce n'est qu'avec peine qu'il se décida à mettre son argent entre les mains des gens de Lombard-Street, ainsi qu'on les appelait. Malheureusement l'homme de Lombard-Street auquel il l'avait conlié lit faillite, et plusieurs de ses clients subirent des pertes considérables. Dudley-North ne perdit que cinquante livres, mais cette perte le continua dans ses préjugés violents contre tout le système des banques. Ce fut en vain, toutefois, qu'il exhorta ses

1 Voyez, par exemple, le Mystère des Orfèvres ou des Courtiers àla nouvelle mode, 167G; La main de Joab n'est-elle pas dans tout ceci? 1 67b ; ainsi qu'une réponse publiée dans la môme année. Voyez aussi la Gloir, ./■l 'Angleterre dans le grand progrès réalisé par la Banque et le Commerce,

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