‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 107 sur 246 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

parti un service inappréciable. Pendant plusieurs générations, la Banque d'Angleterre appartint littéralement aux Wiiigs, et ce fut non le résultat d'un simple accident, mais de la nécessité même. Cet établissement aurait immédiatement cessé ses payements, s'il avait cessé de recevoir l'intérêt de la somme qu'il avait avancée au gouvernement, et de cet intérêt, il est clair que Jacques n'aurait pas payé un liard. Dix-sept ans après qu'avait passé le Bill de Tonnage, Addison, dans une de ses plus ingénieuses et de ses plus charmantes allégories, décrit la situation de la grande Compagnie, par l'intermédiaire de laquelle circulait sans interruption l'immense richesse de Londres. 11 voyait le Crédit Public sur son trône, dans la salle des Epiciers, ayant au-dessus de sa tête la Grande Charte et fixant ses regards sur l'Acte d'établissement. Sous son toucher, tout se convertissait en or. Derrière son trône, dès sacs d'argent s'élevaient en pile jusqu'au plafond. A sa droite et à sa gauche, le parquet disparaissait sous des pyramides de guinées. Tout à coup la porte s'ouvre, le Prétendant se précipite dans la salle, une éponge d'une main et de l'autre une épée qu'il brandit contre l'Acte d'établissement. Le Crédit, sous la forme d'une reine remarquable par sa beauté, s'évanouit et tombe. Le charme par lequel elle changeait en trésor tout ce qui l'entourait est brisé. Les sacs d'argent se dégonflent comme des vessies percées à coups d'épingle. Les piles de pièces d'or se changent en paquets de chiffons et en fagots de tailles de bois '. La vérité renfermée dans cette parabole était constamment présente à l'esprit des chefs de la Banque. Leur intérêt était si étroitement lié à l'intérêt du gouvernement, que, plus le danger public était grand, plus ils se montraient empressés à venir à son secours. Anciennement, quand le Trésor était vide, quand le produit des impôts n'y arrivait que lentement, quand la paye des soldats et des matelots était en arrière, il fallait que le Chancelier de l'Echiquier s'en allât, le chapeau à la main, et suivi du Lord Maire et des Aldermen, de porte en porte, dans Cheapside et dans Cornbill, pour ramasser la somme dont il avait besoin, empruntant cent livres à ce bonnetier-ci, deux cent

Spectateur, u° 3.

livres à ce quincailler-là, etc. '. Mais ces temps étaient passés. Le gouvernement, au lieu d'avoir à puiser avec effort dans une foule de petites sources les subsides nécessaires, pouvait maintenant tirer tout ce qu'il lui fallait d'un immense réservoir qu'alimentaient sans cesse toutes ces petites sources. On peut dire sans exagération que, pendant de longues années, l'influence de la Banque, dont se couvrirent constamment les Wliigs, contrebalança presque l'influence de l'Eglise, sous laquelle s'abritèrent constamment aussi les Tories dans l'éternelle lutte politique des deux partis.

Quelques minutes après que le bill qui établissait la Banque d'Angleterre eut reçu la sanction royale, le Parlement fut prorogé par le roi, qui, dans son discours, remercia chaleureusement les Communes de leur libéralité. Montague fut immédiatement récompensé de ses services par la place de Chancelier de l'Echiquier ».

Arrangements ministériels. — Shrewsbury, secrétaire d'Etat.

Quelques semaines auparavant, Shrewsbury avait consenti à accepter les sceaux. Il avait tenu bon résolument de novembre à mars. Tandis qu'il cherchait des excuses qui pussent satisfaire ses amis politiques, il reçut la visite de sir James Montgomery. Montgomcry était alors le plus misérable des hommes. Après avoir joué un grand rôle dans une grande révolution, après avoir été chargé de l'auguste mission de présenter la couronne d'Ecosse aux souverains que les Etals avaient choisis, après avoir dominé, pendant plusieurs mois, sans rival dans le Parlement d'Edimbourg, après avoir vu devant lui, dans une perspective très-rapprochée, les sceaux de secrétaire, la couronne de comte, une fortune considérable, le pouvoir suprême, il était tombé tout à coup dans l'obscurité et dans une misère abjecte. Il n'avait rien perdu de ses rares talents ; aussi les Jacobites se servaient de lui, mais tout en l'employant, ils le méprisaient, se déliaient de lui et le laissaient mourir de faim. Il passait sa vie à errer d'Angleterre en France et de France en Angleterre, sans trouver dans l'un ou l'autre de ces pays un endroit ou reposer

' Actes du club de Mercredi dans lu rue de Vendredi.

' Procès-Verbaux des Lords, "2i avril; Gaxeltede Londres, 7 mai 1694.

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