‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 108 sur 246 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

sa tête. Tantôt, il attendait dans l'antichambre de Saint-Germain où les prêtres, en sa qualité de Calviniste, lui faisaient mauvaise mine, et où les Jacobites prolestants eux-mêmes s'avertissaient les uns les autres, en chuchotant, de prendre garde à l'ancien républicain. Tantôt, il se tenait caché dans les greniers de Londres, s'imaginant que chaque pas qu'il entendait dans l'escalier était celui d'un sergent avec une prise de corps, ou d'un messager du roi avec un mandat d'amener. Etant parvenu à s'introduire auprès de Shrewsbury, à lui parler hardiment comme un Jacobite à un confrère Jacobitc, Shrewsbury, qui ne se souciait pas de mettre ses biens et sa tête à la merci d'un homme qu'il savait à la fois inconsidéré et perfide, lui répondit avec une grande circonspection. Par quelque moyen que nous ne connaissons pas, Guillaume fut instruit en détail de tout ce qui s'était passé dans cette circonstance. Il envoya chercher Shrewsbury et lui parla de nouveau avec instance de la place de secrétaire. Shrewsbury s'excusa encore. Sa santé, à l'entendre, était mauvaise. Ce n'est pas là votre seule raison, lui dit Guillaume. Non, Sire, répondit Shrewsbury, ce n'est pas la seule. Et il se mit à parler de ses griefs politiques et fit allusion au sort du Bill Triennal qu'il avait lui-même présenté. Mais Guillaume l'interrompit : « Il y a une autre raison là-dessous. Quand avezvous vu Montgomery pour la dernière fois? Shrewsbury resta comme atterré. Le roi continua en lui répétant quelques-unes des choses que Montgomery avait dites. A ce moment, Shrewsbury, revenu de sa frayeur, se ressouvint que dans la conversation qui avait été si exactement rapportée au gouvernement, il n'avait heureusement prononcé aucune parole compromettante, bien qu'il en eût entendu beaucoup. « Sire, dit-il, puisque Votre Majesté a été si bien informée, elle doit savoir que je n'ai donné aucun encouragement aux efforts de cet homme pour m'entraîner hors de mon devoir. » Guillaume ne contesta pas ce point, mais il déclara que ces menées secrètes avec des Jacobites bien connus faisaient naître dans son esprit des soupçons que Shrewsbury ne pouvait dissiper qu'en acceptant les sceaux. « Cela, dit-il, me tranquillisera tout à fait l'esprit. Je sais que vous êtes un homme d'honneur et que, si vous promettez de me servir, nous me servirez fidèlement. Ainsi pressé, Shrewsbury céda

à la grande joie de son parti, et en fut immédiatement récompensé par le titre de Duc et la Jarretière '.

Un ministère whig se formait donc insensiblement. Il y avait à ce moment deux secrétaires d'Etat, un Lord gardien du Grand-Sceau, un premier Lord de l'Amirauté, un chancelier de l'Echiquier appartenant au parti whig. Le Lord du Sceau-Privé, Pembroke, pouvait aussi passer pour un Whig, car son esprit prenait aisément l'empreinte de tout esprit plus fort avec lequel il se trouvait en contact. Seymour, après avoir été assez longtemps commissaire de la Trésorerie, pour perdre une grande partie de son influence auprès des gentilshommes de province du parti tory qui autrefois l'avaient écouté comme un oracle, fut renvoyé, et sa place donnée à John Smith, "Whig zélé et capable qui avait pris une part active aux débats de la dernière session 2.

Les seuls Tories qui remplissent encore des emplois élevés dans le pouvoir exécutif étaient le Lord-Président, Caermarthen, qui, bien qu'il commençât à sentir que le pouvoir lui glissait des mains, s'y cramponnait encore avec une énergie désespérée, et le premier Lord de la Trésorerie, Godolphin, qui se mêlait peu de ce qui se passait en dehors de son département et qui s'acquittait avec assiduité et talent de ses fonctions.

Concession de nouveaux titres.

Toutefois, Guillaume essaya encore de partager les faveurs entre les deux partis. Bien que les Whigs attirassent rapidement à eux toute la substance du pouvoir, les Tories eurent leur part de deslinctions honorifiques. Mulgrave, qui, dans le cours de la dernière session, avait déployé en faveur de la politique royale de grands talents parlementaires, fut créé marquis de Normanby et nommé conseiller du roi , mais on ne le consulta jamais. II obtint en même temps une pension annuelle de trois mille livres. Caermarthen, que les derniers changements avaient profondément mortifié, en fut jusqu'à un certain point consolé par une marque signalée de l'approbation du roi. Il fut fait duc de Leeds. Il lui avait

1 Vie de Jacques, II, &SO; Relation de Floyd [Lloyd] dans les Papiers dé Nairne,à la date du Ier mai 1694 ; Gazette de Londres, :'0, 30 avni 1694. * Guette de Londres, 6 mai 10UJ.

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