‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 11 sur 246 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

! Dans le camp des alliés tout n'était que discorde et mécontentement. Les jalousies et les animosités nationales se donnaient libre carrière. Les Anglais exprimaient hautement leur ressentiment. Solmes, bien qu'il eût, au dire de ceux qui le connaissaient, quelques qualités précieuses, n'avait pas ce qu'il fallait pour se concilier des soldats prévenus contre lui parce qu'il était étranger. Ses manières étaient arrogantes, son caractère intraitable. Même avant la malheureuse journée de Steinkerque, les officiers anglais n'aimaient pas à avoir de rapports avec lui, et les soldats murmuraient de sa dureté. Mais après la bataille il n'y eut qu'un cri de fureur contre Solmes. On l'accusa, peut-être injustement, d'avoir dit avec une coupable légèreté, au moment où les régiments anglais luttaient avec le courage du désespoir contre des forces supérieures, qu'il était curieux de voir comment les bouledogues s'en tireraient. Qui oserait prétendre, demandait-on, que c'était à cause de ses talents et de son expérience qu'on l'avait fait passer par-dessus la tête de tant d'officiers anglais? C'était la mode de dire que ces officiers n'avaient jamais vu la guerre sur une grande échelle. Mais, à coup sûr, l'officier le plus novice était capable de faire tout ce qu'avait fait Solmes, de mal interpréter des ordres, d'envoyer de la cavalerie pour faire un service que de l'infanterie seule pouvait faire, et de regarder de loin de braves gens qu'on taillait en pièces. C'en était trop, d'être à la fois insultés et sacrifiés, exclus des honneurs de la guerre et exposés à ses pires dangers, traités comme des recrues inexpérimentées et abandonnés sans être soutenus dans une lutte contre le plus beau corps de vieilles troupes qu'il y eût au monde. Telles étaient les plaintes de l'armée anglaise, et ces plaintes trouvaient de nombreux échos dans le peuple anglais.

Heureusement, on fit vers ce même temps une découverte qui fournit au camp de Lambèque et aux cafés de Londres un sujet de conversation beaucoup moins agréable aux Jacobites que le désastre de Steinkerque.

Conspiration de Grandval.

Un complot contre la vie de Guillaume se tramait depuis quelques mois, dans les bureaux de la guerre, à Paris. Il paraîtrait que Louvois en aurait, dans le principe, ébauché le

plan et l'aurait légué, encore à l'état d'ébauche, à son fils et successeur Barbezieux. Ce fut Barbezieux qui y mit la dernière main. L'exécution en fut confiée à un officier nommé Grandval. Grandval était brave, sans contredit, et plein de zèle pour son pays et sa religion. 11 était, il est vrai, léger et dépourvu d'intelligence, mais il n'en était pas pour cela moins dangereux. Un homme de celte trempe est en général l'instrument que préfèrent les politiques rusés lorsqu'il s'agit de quelque besogne très-hasardeuse : aucun homme sachant réfléchir et calculer ne se serait exposé , pour quelque somme que ce fût, au sort de Chalel, de Ravaillac ou de Gérarts *.

Grandval s'assura ou crut s'assurer le concours de deux aventuriers, Dumont, un Wallon, et Leefdale, un Hollandais. Au mois d'avril, peu de temps après l'arrivée de Guillaume dans les Pays-Bas, les assassins eurent ordre de se rendre à leur poste. Dumont était alors en Westphalie, Grandval et Leefdale à Paris. Uden, dans le Brabant septentrional, fut fixé comme l'endroit où ils devaient se réunir pour de là se rendre ensemble au quartier général des alliés. Avant de quitter Paris, Grandval alla à Saint-Germain, où il fut présenté à Jacques et à Marie de Modène. « On m'a parlé de l'affaire,» dit Jacques. « Si vous et vos compagnons me rendez ce service, vous ne serez jamais dans le besoin. »

Après cette audience, Grandval se mit en route. Il était loin de se douter qu'il avait été trahi par le complice qui l'accompagnait et par le complice qu'il allait rejoindre. Dumont et Leefdale n'étaient ni l'un ni l'autre des enthousiastes. Ils se souciaient fort peu de la restauration de Jacques, de la grandeur de Louis ou de l'ascendant de l'Eglise de Rome. Tout homme de bon sens devait comprendre que, soit que le complot réussît, soit qu'il échouât, la récompense serait, selon toute probabilité, d'être désavoués, avec une affectation d'horreur, par les cours de Versailles et de Saint-Germain. Mais c'était courir surtout la chance d'être déchirés avec des tenailles rongies au feu, arrosés de plomb fondu et tirés à

' Langhorne, le principal agent laïque des Jésuites en Angleterre, avoua à Til'otson qu'il choisissait toujours sss instruments d'après ce principe. Burnet, I, 3ÙO. *

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