‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 110 sur 246 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

j'ai essayé d'apprendre de lui tous ces détails. Mais il m'a toujours nié la chose, et je suis certain qu'il la connaissait depuis plus de six semaines. Ceci me donne mauvaise idée des intentions de cet homme. »

L'avis donné par Marlborough à Jacques fut communiqué par ce dernier au gouvernement français. Ce gouvernement prit ses mesures avec la promptitude qui le caractérisait. La promptitude était nécessaire en effet, car lorsque Marlborough écrivit sa lettre, les préparatifs étaient terminés à Portsmouth, et si le vent les eût favorisés, les Anglais auraient pu atteindre sans coup férir le but de l'expédition. Mais les vents contraires retinrent notre flotte dans la Manche un mois de plus. En attendant, un corps de troupes considérables se rassemblait à Brest. Vauban fut chargé du soin de mettre le port en état de défense. Sous son habile direction, des batteries furent placées de manière à commander tout point par où l'on supposait que l'ennemi pourrait tenter un débarquement. Huit grands radeaux, portant chacun un grand nombre de mortiers, furent amarrés dans le port, et, quelques jours avant l'arrivée des Anglais, tout était prêt pour les recevoir.

Le 6 juin, la flotte des alliés était tout entière dans l'Atlantique, à environ quinze lieues à l'ouest du cap Finistère. Là, Russell et Berkeley se séparèrent. Russell se dirigea vers la Méditerranée. L'escadre de Berkeley, avec les troupes qu'elle avait à bord, fit voile pour la côte de Bretagne, et jeta l'ancre juste en dehors de la baie de Camaret, près de l'entrée du port de Brest. Talmash proposa de débarquer dans la baie de Camaret. Il était donc nécessaire de s'assurer avec exactitude de l'état de la côte. Le fils aîné du duc de Leeds, qui portait alors le titre de marquis de Caermarlhen, entreprit de pénétrer dans le bassin et de se procurer les informations nécessaires. La passion de ce brave et excentrique jeune homme pour les aventures maritimes était invincible. Il avait sollicité et obtenu le grade de contre-amiral, et avait accompagné l'expédition sur son propre yacht, le Peregrine, renommé comme le chef-d'œuvre de l'art des constructions navales, et plus d'une fois déjà cité dans le cours cette histoire. Cutts, qui s'était distingué par son intrépidité dans la guerre d'Irlande, et en avait été

récompensé par une pairie irlandaise, offrit d'accompagner Caermarthen. Mohun, qui, dans le désir, on aime à le croire, d'effacer par des actions d'éclat la tache qu'une querelle honteuse et fatale avait imprimée à son nom, servait avec les troupes en qualité de volontaire, insista pour être de l'expédition. Le Peregrine entra dans la baie avec son brave équipage, et en sortit sain et sauf, mais non sans avoir couru de grands risques. Caermarthen annonça que les défenses, dont il n'avait vu qu'une faible partie, étaient formidables. Mais Berkeley et Talmash le soupçonnère;!' d'avoir exagéré le danger. Ils ne savaient pas que leur projet était connu depuis longtemps à Versailles, qu'une armée avait été rassemblée pour s'y opposer, et que le plus célèbre ingénieur du monde avait été employé à fortifier la côte pour repousser leur attaque. Ils ne doutaient donc pas de pouvoir aisément mettre les troupes à terre sous la protection du feu des vaisseaux. Le lendemain malin, Caermarthen reçut l'ordre de pénétrer dans la baie avec huit vaisseaux et de battre les ouvrages de Français. Talmash devait suivre avec environ cent bateaux pleins de soldats. On s'aperçut bientôt que l'entreprise était encore plus périlleuse qu'elle ne l'avait paru la veille. Des batteries qu'on n'avait pas remarquées ouvrirent sur les vaisseaux un feu si meurtrier que plusieurs d'entre eux virent leurs ponts nettoyés en peu temps. On découvrit des corps nombreux de cavalerie et d'infanterie qu'à leur uniforme on reconnut pour des troupes régulières. Le jeune contre-amiral envoya en toute hâte un officier prévenir Talmash. Mais Talmash était si complètement possédé de l'idée que les Français n'étaient point préparés à repousser une attaque, qu'il négligea toutes les précautions et ne voulut pas même en croire le témoignage de ses yeux. Il était convaincu que les forces qu'il voyait rassemblées sur le rivage n'étaient qu'un ramas de paysans qui avaient été raccolés en toute hâte dans le pays avoisinant. Certain que ces soldats pour rire s'enfuiraient comme des troupeaux de moutons devant de vrais soldats, il ordonna à ses hommes de ramer vers le rivage. Il fut bientôt tiré de son erreur. Un feu terrible moissonn troupes avant qu'elles eussent pu atteindre la terre. A peine avait-il mit le pied lui-même sur le rivage qu'il reçut un

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