‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 116 sur 246 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

de la guerre, et la guerre ne pouvait se poursuivre avec vigueur sans des subsides considérables. Guillaume rappela aux Chambres que l'acte par lequel elles avaient accordé à la Couronne les droits de tonnage et de pondage allait expirer, et il exprima l'espoir qu'elles le renouvelleraient.

Mort de Tillotson.

Après que le roi eut parlé, les Communes, pour une raison qu'aucun historien n'a expliquée, s'ajournèrent pour une semaine. Dans l'intervalle, un événement survint qui causa de profonds regrets au palais et dans tous les rangs du parti de la Basse-Église. Tillotson avait été pris d'une indisposition subite, en assistant à la célébration du service divin, dans la chapelle de Whitehall. De prompts remèdes l'auraient peut-être sauvé, mais il ne voulut point interrompre les prières, et avant même que le service fût fini, sa maladie avait pris une gravité qui échappait à la science et au pouvoir de la médecine. Il avait presque perdu l'usage de la parole, mais ses amis se souvinrent longtemps avec plaisir de quelques prières entre-coupées dont la ferveur leur prouva qu'il avait conservé la paix de l'âme jusqu'à la fin. Il fut enterré dans l'église de Saint-Laurent-Jewry, près de Guildhall. C'est là qu'il s'était fait son immense réputation oratoire ; c'est là qu'il avait prêché pendant les trente ans qui précédèrent son élévation au siège de Canterbury. Son éloquence avait attiré au cœur de la Cité les auditeurs des Ecoles de droit et des riches demeures de Saint-James et de Soho, une foule de savants et de gens du monde.

Une grande partie de son auditoire se composait, en général, de jeunes ecclésiastiques qui venaient apprendre l'art de prêcher, aux pieds de l'homme que l'on regardait universellement comme le premier des prédicateurs. Ses restes furent portés, au travers d'une population en deuil, dans cette église qu'il avait illustrée par sa parole. Le char funèbre était suivi d'une longue file de superbes équipages qui s'étendait depuis Lambeth jusqu'au delà du pont de Londres en suivant Southwark. Burnet prononça l'oraison funèbre. Son cœur, honnête et bon, ne put résister à tous les souvenirs attendrissants qui l'assaillirent; au milieu de . son discours, il fut obligé de s'arrêter et fondit en larmes,

tandis que l'expression de la douleur se fit entendre de toutes les parties de l'auditoire. La reine ne pouvait parler sans pleurer du maître qu'elle avait le plus aimé. Guillaume lui-même fut visiblement ému. «J'ai perdu, dit-il, le meilleur ami que j'aie jamais eu, et l'homme le meilleur que j'aie jamais connu. » Le seul Anglais dont le roi parle avec tendresse dans la masse énorme de lettres qu'il écrivit à Heinsius est Tillotson. L'archevêque avait laissé une veuve. Guillaume lui accorda une pension de quatre cents livres par an, qu'il éleva ensuite à six cents. L'anxiété qu'il montra pour qu'elle touchât cette pension régulièrement et sans retenues, lui fait honneur. Tous les trimestres, il se faisait apporter l'argent sans aucune déduction et le lui envoyait immédiatement. Tillotson n'avait rien légué à sa femme qu'un nombre considérable de sermons manuscrits. Mais telle était la réputation dont il jouissait parmi ses contemporains que ces sermons furent achetés par les libraires pour la somme presque incroyable de deux mille cinq cents guinées, somme équivalente, dans le pitoyable état où était alors la monnaie d'argent, à trois mille six cents livres. Jamais, jusqu'alors, on n'avait vu, en Angleterre, un manuscrit se payer un prix aussi élevé. A peu près vers le même temps, Dryden, dont la réputation était alors à son apogée, recevait treize cents livres pour sa traduction des œuvres complètes de Virgile, et on le regardait comme magnifiquement rétribué de son travail1.

1694. — Tenison nommé à l'archevêché de Cantorbéry.

Il n'était pas aisé de pourvoir d'une manière satisfaisante à la haute position que Tillotson avait laissée vacante. Marie donna sa voix à Stillinglleet et appuya ses prétentions avec chaleur. Pour les talents et la science, Stillinglleet avait peu de supérieurs parmi le clergé. Mais bien qu'aux yeux de Jane et de South, il eût probablement passé pour un partisan de la Basse-Eglise, il était pour Guillaume encore trop attaché à la Haute-Eglise, et Tenison fut appelé à succéder à Tillotson. Le nouveau primat ne brillait point par une éloquence et une érudition supérieures, mais il était hon-

1 Vie de Tillotson, par Birch; Orais m funèbre, par Bumet; Guillaume à Heinsius, 23 novembre :> décembre) 1694.

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