CHAPITRE II
nête, prudent, laborieux et bienveillant. Il s'était distingué comme recteur d'une paroisse considérable et comme évêque d'un diocèse étendu. La calomnie ne s'était point encore exercée sur son nom, et Guillaume pensa avec raison qu'un homme de bon sens, modéré et intègre, était mieux fait qu'un homme d'un génie brillant et d'une imagination puissante pour réussir dans la tâche difficile de ramener l'ordre dans une église mécontente et déchirée par les factions.
Sur ces entrefaites, les Communes avaient commencé leurs travaux. Elles votèrent avec empressement deux millions quatre cent mille livres pour l'armée et autant pour la marine. L'impôt foncier pour l'année fut de nouveau fixé à quatre shillings par livre. L'acte de Tonnage fut renouvelé pour une période de cinq ans, et un fonds de rentes fut établi sur lequel le gouvernement fut autorisé à emprunter deux millions et demi.
Débats sur les poursuites des Lancashire.
Les deux Chambres passèrent quelque temps à discuter l'affaire du procès de Manchester. Si les mécontents avaient été sages, ils se seraient contentés de l'avantage qu'ils avaient déjà obtenu. Leurs amis avaient été mis en liberté. Les parties poursuivantes n'avaient échappé qu'avec peine aux mains d'une multitude furieuse. Le caractère du gouvernement avait subi une grave atteinte. Les ministres étaient accusés, en prose et en vers, tantôt sous une forme sérieuse, tantôt sous une forme légère, d'avoir pris à gage une bande de brigands pour priver de la vie, au moyen de faux témoignages, d'honnêtes gentilshommes. Les politiques modérés eux-mêmes, qui n'accordaient aucune confiance à ces ibsurdes imputations, avouaient queTrenchard aurait dû se souvenir des infamies de Fuller et de Young, et se tenir en garde contre des misérables tels que Taaffe et Lunt. La santé et le moral du malheureux secrétaire avaient succombé sous toutes ces épreuves. On le disait mourant, et il était certain qu'il ne continuerait pas longtemps à tenir les Sceaux. Les Tories avaient donc remporté une grande victoire ; mais, dans leur ardeur à la rendre plus complète, ils la changèrent en défaite.
Dès le début de la session, Howe, avec sa violence et son m. 22
acrimonie habituelles, se plaignit des indignités auxquelles des hommes innocents et honorables, d'une naissance distinguée et jouissant d'une haute estime, avaient été soumis par Aaron Smith et les misérables à sa solde. Les chefs des Whigs, avec un grand à-propos, demandèrent une enquête. Alors les Tories commencèrent à reculer. Ils savaient bien qu'une enquête, loin de fortifier leur position, ne pourrait que l'affaiblir. « La querelle, dirent-ils, « avait été vidée, un jury avait prononcé, le verdict était définitif, et il serait monstrueux de fournir aux faux témoins que la population de Manchester avait chassés à coups de pierre l'occasion de répéter la leçon qu'on leur avait faite. » A ces arguments, la réponse était simple. Le verdict était définitif en ce qui concernait les défendeurs, mais non relativement aux plaignants. Ceux-ci devenaient à leur tour des défendeurs et avaient droit à tous les privilèges des défendeurs. Il ne s'ensuivait pas, parce que les gentilshommes du Lancashire avaient été déclarés, et avec raison, non coupables de trahison, que le secrétaire d'Etat ou le Soliciter de la Trésorerie se fussent rendus coupables de déloyauté ou même de précipitation. La Chambre, à 186 voix contre 102, ordonna la comparution d'Aaron Smith et des témoins des deux parties. Plusieurs jours se passèrent en examens et contre-examens, et quelquefois les séances se prolongèrent fort avant dans la nuit. Il devint bientôt évident que les poursuites n'avaient pas été intentées à la légère, et que quelques-unes des personnes qui avaient été acquittées avaient réellement trempé dans des projets coupables. Les Tories auraient voulu alors un engagement général, mais les Whigs n'étaient pas disposés à abandonner leurs avantages. Une motion fut faite, tendante à déclarer qu'il y avait eu un motif sullisant aux poursuites faites devant la Commission spéciale, et cette motion passa sans qu'il lût nécessaire d'aller au vote par division. L'opposition proposa d'ajouter quelques mots qui impliquaient que les témoins de la Couronne s'étaient parjurés ; mais ces mots lurent rejetés par 136 voix contre 109, et 133 voix contre 99 déclarèrent qu'il y avait eu une conspiration dangereuse. De leur côté, les Lords délibéraient sur le même sujet et arrivaient à la même conclusion. Ils envoyèrent Taall'e en prison pour cause de