‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 118 sur 246 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

prévarication, et ils passèrent des résolutions qui exonéraient de tout blâme et le gouvernement et les juges. Le public n'en persista pas moins à penser que les gentilshommes qui avaient été jugés à Manchester avaient été victimes de persécutions injustifiables. Mais un complot jacobite, sur les auteurs duquel des témoignages éclatants ne laissèrent aucun doute, amena dans l'opinion une réaction violente *.

Sur ces entrefaites, trois bills, qui avaient été discutés à différentes reprises dans les années précédentes, et dont deux avaient été portés inutilement au pied du trône, avaient été de nouveau soumis au Parlement. C'étaient le Bill des Places, le Bill pour le Règlement des procès de trahison, et le Bill Triennal.

Bill des Places,

Le Bill des Places n'arriva pas à la Chambre des Lords. Il fut lu trois fois dans la Chambre-Basse, mais ne passa pas. Au dernier moment, il fut rejeté par 75 voix contre 142. Ilowe et llarley furent les scrutateurs de la minorité 2.

Le Bill pour le Règlement des procès de trahison fut porté de nouveau à la Chambre des Pairs. Leurs Seigneuries y ajoutèrent cette fois encore la clause qui l'avait perdu précédemment. Les Communes persistèrent à ne vouloir accorder à l'aristocratie héréditaire aucun nouveau privilège. De nouvelles conférences eurent lieu; on s'y renvoya de part et d'autre les mêmes arguments. Les deux Chambres s'obstinèrent chacune de son côté, et lebill échoua encore 3.

Bill Triennal.

Le Bill Triennal fut plus heureux. Il fut présenté le premier jour de la session et traversa sans obstacle et avec rapidité les deux Chambres. La seule question sur laquelle il

' Voir les Journaux des Deux-Chambres. La seule relation que nous ayons des débats qui eurent lieu sur cette question se trouve dans les Lettres de L'Hermitage.

' Journaux des Communes, 50 février 1G93-4. Comme ce Bill n'arriva jamais jusqu'à la Chambre des Lords, il ne se trouve pas dans ses Archives. Je n'ai donc aucun moyen de m'assurer s'il différait sous quelque rapport du Bill de l'année précédente.

' On peut lire dans les Journaux des Chambres l'histoire de ce Bill. La lutte, qui ne fut pas très-vive d'ailleurs, dura jusqu'au 20 avril.

y eut une discussion sérieuse fut celle de savoir combien de temps encore on permettrait au Parlement actuel de prolonger son existence. Après de vifs débats, le mois de novembre de l'année 1693 fut fixé comme la limite extrême. Le Bill de Tonnage et le Bill Triennal marchèrent presque de front. Tous les deux furent prêts, le 22 décembre, a être revêtus de la sanction royale. Guillaume se rendit ce jour-là en cérémonie à Westminster. L'assemblée, composée des membres des deux Chambres , était nombreuse. Lorsque le greffier de la Couronne lut les mots : « Bill pour la convocation et réunion fréquente des Parlements,» l'anxiété fut grande; mais, lorsque le greffier du Parlement fit cette réponse : « Le roy et la royne le veulent, » un long et vif murmure de satisfaction et de joie s'éleva du milieu des bancs et de la barre *. Guillaume était décidé depuis longtemps à ne pas refuser une seconde fois son assentiment à une loi si populaire 2. Toutefois, il y eut des personnes qui pensèrent qu'il n'aurait point fait une si grande concession s'il avait été ce jour-là en pleine possession de lui-même. On le vit en effet, à cette séance, singulièrement agité et abattu. On avait annoncé qu'il dînerait en public à Whitehall. Mais il trompa la curiosité de la foule qui, dans ces occasions, se précipitait vers la cour, et il s'en retourna en toute hâte à Kensington*.

Mort de Marie.

Guillaume n'avait que trop de raison d'être inquiet et préoccupé. Depuis deux ou trois jours, la reine était très-souffrante, et la veille, au soir, de graves symptômes s'étaient déclarés. Sir Thomas Millington, médecin ordinaire du roi, crut qu'elle avait la rougeole. Mais Radcliffe qui, avec des manières rudes et peu de cette science qui s'acquiert dans les livres , s'était élevé principalement par sa rare habileté dans la diagnostic au rang des premiers praticiens de Londres, dénonça

' Les Communes, dit Narcisse Luttrell, firent entendre un murmure de satisfaction. « Le murmure qui est la marque d'applaudissement fut si grand qu'on peut dire qu'il estoit universel. » L'Hermitage, 25 décembre (i janvier).

* L'Hermitage ledit dans sa dépêche du JO (30) novembre.

' Uurnet, II, 137; Van Gilters, 2o décembre (4 janvici).

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