‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 120 sur 246 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

duc de Leeds, à la prière de ses collègues, dut se charger d'exercer sur le roi cette surveillance amicale si nécessaire aux esprits dérangés par le chagrin. Quelques minutes avant que la reine rendît le dernier soupir, Guillaume fut enlevé dans un état d'insensibilité presque complète de la chambre de la malade.

Marie mourut en paix avec Anne. Avant que les médecins eussent déclaré qu'il n'y avait plus d'espoir, la princesse, dont la santé était alors fort délicate, avait envoyé un message affectueux auquel Marie avait fait une réponse non moins affectueuse. La princesse avait alors proposé de venir elle-même, mais Guillaume, en termes fort bienveillants, du reste, avait refusé d'accepter cette offre. L'émotion d'une entrevue, dit-il, serait trop forte pour les deux sœurs. Si les choses prenaient une tournure favorable, son Altesse Royale serait parfaitement accueillie à Kensington. Quelques heures plus tard, tout était fini â.

L'affliction publique fut profonde et générale, car la vie irréprochable de Marie, ses abondantes charités, ses manières séduisantes lui avaient conquis le cœur de son peuple. La première fois que les Communes se réunirent, elles gardèrent quelque temps un profond silence. A la (in, il fut proposé et résolu qu'une adresse de condoléance serait présentée au roi; puis la Chambre leva la séance, sans passer à d'autres affaires. Dans une dépêche aux Etats -Généraux, l'Envoyé de Hollande dit que la plupart des membres avaient leurs mouchoirs à leurs yeux. Le nombre de figures tristes et mornes qu'on rencontrait dans les rues frappa chaque observateur. Le deuil public fut plus général qu'il ne l'avait été lors de la mort de Charles II. Le dimanche qui suivit celle de la reine, ses vertus furent célébrées dans presque toutes les églises des paroisses de la capitale, de même que dans presque tous les grands meetings des Non-Conformistes 2.

'Burnet, II, 136, 138; Journal de Narcisse Luttretl; Van Cilters, 28 décembre (7 janvier) 1694-5; L'Hermitage, 25 décembre (4 janvier), 28 décembre (7 janvier), 1" (u) janvier; Vernun à Lord Lexmgtcm, 21, 25, 28 décembre, 1er janvier; Oraison funèbre de Tenison.

' Journal d'Erelyn; Journal de Narcisse Lultrell; Journal des Communes, 28 décembre (7 janvier) 1694-5; Sbrewsbury à Lexington, même dale; Van Cilters, même date; L'Hermitage. 1er (11) janvier 1695. Parmi les Sermons sur la mort de Marie, celui de Sherlock, prêché à Temple-

Les Jacobitesles plus estimables respectèrent la douleur de Guillaume et la mémoire de Marie. Mais, pour les exaltés et les fanatiques du parti, ni la maison de deuil, ni le tombeau ne furent sacrés. A Bristol, les adhérents de sir John Knighl sonnèrent les cloches comme pour une victoire '. On a répété souvent, et la chose n'est pas du tout improbable, qu'un théologien, nonjureur, prêcha, au milieu de la lamentation générale, sur ce texte: « Va, regarde cette femme maudite et ensevelis-la; car c'est une fille de roi. » Il est certain que quelques-uns des prêtres bannis la poursuivirent de leurs invectives jusqu'au tombeau. Sa mort, dirent-ils, était évidemment une juste punition de son crime. Dieu avait, du haut du Sinaï, au milieu des éclairs et du tonnerre, promis de longs jours aux enfants qui honoreraient leurs parents, et cette promesse impliquait naturellement une menace. Quel père avait jamais été traité d'une manière plus indigne, par ses tilles, que Jacques par Marie et Anne. Marie venait d'être enlevée, dans la Heur de sa jeunesse, dans l'éclat de sa beauté, au comble de la prospérité, et Anne ferait bien de profiler de cet avertissement. Wagstaffe alla plus loin et insista longuement sur certaines coïncidences de temps assez extraordinaires ; Jacques avait été chassé de son palais et de son pays dans la semaine de Noël, Marie était morte dans la semaine de Noël. On ne peut douter que, si les secrets de la Providence nous étaient dévoilés, on ne découvrit dans les phases de la maladie de la tille, en décembre 1G94, une analogie exacte avec les phases de la fortune du père, en décembre 1G88. Ce fut à minuit que le père s'enfuit de Kochesler; ce fut à minuit que la lille expira. — Telle était la profondeur, telle était l'imagination d'un écrivain que les schismatiques jacobiles regardaient, a\ec raison, comme l'un de leurs chefs les plus habiles'-.

Les Wbigs eurent bientôt l'occasion de prendre leur revanche. Ils racontèrent, d'un air de triomphe, qu'un usurier du Bourg, chaud partisan du droit héréditaire, au moment

Church, et ceux de Howc et de Baies, prêches aux grandes Congrégations presbytériennes, méritent d'être cités.

' Journal de Narcisse Lutirdl.

* Remarques sur quelques-uns des derniers Sermons, 1695; Défense du Sermon de l'Archevêque, Uj'Jb.

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