‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 121 sur 246 · CHAPITRE if · texte numérisé non relu

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où il parlait avec exaltation du châtiment qui avait surpris la veine, était lui-même tombé mort subitement1.

On garda longtemps le souvenir des funérailles de Marie comme des plus tristes et des plus imposantes que Westminster eût jamais vues. Tant que ses dépouilles mortelles restèrent exposées à Whitehall sur un lit de parade, les rues avoisinantes furent encombrées chaque jour, depuis le lever jusqu'au coucher du soleil, d'une foule qui rendit tout commerce impossible. Les deux Chambres, avec leurs massiers, suivirent le char funèbre ; les Lords dans leurs robes d'écarlate et d'hermine, la chambre des Communes en longs manteaux noirs. Aucun des souverains qui avaient précédé Marie n'avait encore été accompagné à sa dernière demeure par le Parlement, car, jusqu'alors, le Parlement avait toujours expiré avec le souverain. Il est vrai qu'un pamphlet circulait dans le public où la logique subtile de quelque obscur chicanier s'évertuait à prouver que les write de convocation promulgués au double nom de Guillaume et de Marie cessaient d'être valables, dès que Guillaume régnait seul.

Mais cette misérable argutie avait manqué complètement son effet. On ne s'en était même pas occupé dans la Chambre- Basse, et la Chambre-Haute ne s'en était occupée que pour le repousser avec mépris. La magistrature tout entière de la Cité vint grossir les rangs du cortège. Les bannières d'Angleterre et de France, d'Ecosse et d'Irlande, étaient portées par devant le cercueil par des membres éminents de la noblesse. Les chefs des illustres maisons d'Howard, de Seymour, de Grey et de Stanley tenaient les coins du poêle. Sur les riches draperies de pourpre et d'or qui recouvraient le cercueil étaient posés la couronne et le sceptre du royaume. Le temps répondait parfaitement à l'aspect de cette cérémonie. Le ciel était sombre et triste, et de pâles (locons de neige tombaient par intervalles sur les plumes noires qui ornaient le char funèbre. Le corps fut déposé sous un dais magnifique élevé au centre de l'église, puis le primat prononça un discours. La première partie de ce morceau oratoire était gâtée par des divisions et des subdivisions pédantesques, mais vers la fin le Primat raconta ce qu'il avait vu

1 Journal de limeuse Luttrell.

et entendu lui-même avec une simplicité et une chaleur plus touchantes que la plus habile rhétorique. Tant que dura la cérémonie, le bruit lointain du canon se fit entendre de minute en minute des batteries de la Tour. L'aimable reine repose au milieu des membres de son illustre famille dans l'aile sud de la chapelle de Henri VII É.

L'affection que Guillaume portait à la mémoire de Marie fut bientôt attestée par un monument, le plus superbe qui ait jamais été élevé à un souverain. Aucune idée n'avait appartenu davantage à la reine et n'avait été plus caressée par elle que celle de convertir en un asile pour les marins le palais de Greenwich. Cette idée s'était présentée à son esprit lorsqu'elle éprouva tant de difficultés à pourvoir d'un abri et des soins convenables les milliers de braves gens qui, après la bataille de La Hogue, étaient revenus en Angleterre couverts de blessures. Tant qu'elle vécut, il ne fut pris aucune mesure pour l'accomplissement de son dessein favori. Mais il semble que dès que son époux l'eut perdue, il commença à se reprocher d'avoir négligé ses désirs. Sans perdre de temps, il commanda un plan à Wren, et bientôt un édifice qui surpassait en splendeur celui que Louis dans sa magnificence avait fait bâtir pour ses soldats, s'éleva sur les bords de la Tamise. Si on lit l'inscription qui décore la frise de la salle, on verra que Guillaume ne réclame aucune part dans le mérite de la conception et qu'il en attribue tout l'honneur à Marie seule. Si la vie du roi s'était prolongée jusqu'après l'achèvement des travaux, il aurait fait placer une statue de la princesse qui fut la véritable fondatrice de l'institution au milieu de cette cour où s'offre à la vue de la foule qui remonte et descend perpétuellement le cours du grand (louve de l'Empire Britannique deux dômes élevés et deux gracieuses colonnades. Mais cette partie du plan ne fut jamais mise à exécution, et parmi les personnes qui contemplent le plus beau des hôpitaux de l'Europe, la plupart ignorent qu'il a pour but de perpétuer le souvenir des vertus de la bonne reine Marie, de l'amour et des regrets de Guillaume et de la grande victoire de La Hogue.

' L'Herm tage, 1er (il), 6 (16) mars IG03; Gazette de Londres, " mars; Oraison funèbre de Tenison; Journal d'Evelyn.

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