‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 123 sur 246 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

son règne fut beaucoup plus prospère et plus tranquille après la mort de Marie que pendant la vie de cette princesse.

Mort de Luxembourg.

Quelques heures après avoir perdu son amie la plus tendre et la plus chère, il fut délivré du plus formidable de tous ses ennemis. La mort frappait à Paris comme à Londres. Tandis que Tenison priait au chevet de Marie , Bourdaloue administrait à Luxembourg l'extrême-onction. L'illustre général français n'avait jamais été un des favoris de la Cour de Versailles, mais quand on apprit que sa faible constitution, épuisée par les fatigues de la guerre et les plaisirs, succombait à une maladie mortelle, on apprécia pour la première fois la valeur de ses services. Le roi envoya près de lui ses propres médecins ; les sœurs de Saint-Cyr reçurent l'ordre de prier pour lui ; mais prières de la religion , ordonnances de la médecine, tout fut inutile. « Quelle joie pour' le prince d'Orange, s'écria Louis, quand la nouvelle de la perte que nous venons de faire lui arrivera ! » Il se trompait. Cette nouvelle trouva Guillaume insensible à toute autre perte que la sienne ',

Pendant le mois qui suivit la mort de Marie, le roi fut incapable d'aucun effort. Aux adresses mêmes des Deux-Chambres du Parlement, il ne répondit que par quelques sons inarticulés. Les réponses qui figurent dans les procès-verbaux ne furent point prononcées par lui, mais adressées par écrit aux Chambres. Les affaires qui ne purent être ajournées furent expédiées par l'intermédiaire de Portland qui était luimême accablé de chagrin. Pendant quelques semaines, l'importante et confidentielle correspondance entre le roi et Heinsius fut suspendue. A la fin, Guillaume prit sur sa douleur de reprendre cette correspondance, mais sa première lettre fut celle d'un homme dont le cœur est navré. Le chagrin avait même anéanti son ardeur martiale. « Je vous dirai ces confidences, écrivait-il à son ami, que je ne me sens plus apte au commandement d'une armée. Pourtant j'essayerai de faire mon devoir, et j'espère que Dieu me donnera les forces dont j'ai besoin. » C'est avec ce désespoir dans l'âme qu'il se pré-

» Saint-Simon; Dangeau ; Mercure mensuel de janvier 1695. m. 23

parait à la plus brillante et à la plus heureuse de ses nombreuses campagnes '.

Travaux du Parlement. — Emancipation de la Presse.

Il n'y eut pas d'interruption dans les travaux du Parlement. Tandis que l'abbaye de Westminster était encore tendue de noir pour les funérailles de la reine, les Communes rendirent un vote qui, à cette époque, attira peu l'attention, qui ne produisit aucune sensation, que les annalistes, dans leurs volumineux ouvrages, ont passé sous silence et dont les archives du Parlement ne retracent qu'imparfaitement l'histoire, mais qui a plus fait pour la liberté et la civilisation que la Grande Charte ou le Bill des Droits. Dans les premiers jours de la session, un comité spécial avait été nommé dans le but de rechercher quels étaient les statuts temporaires qui allaient expirer et quels étaient ceux dont il convenait de prolonger la durée. Le rapport fut fait et toutes les conclusions en furent adoptées, à l'exception d'une seule. Au nombre des lois que le comité conseillait à la Chambre de renouveler était celle qui soumettait la presse «à une censure préalable. La question fut ainsi posée : « La Chambre est-elle d'accord avec le comité pour que l'Acte qui a pour but d'empêcher les abus résultant de l'impression d'écrits séditieux , criminels et non revêtus du privilège de régler l'usage de l'imprimerie et des presses à imprimer, soit continué I » Le Speaker déclara que les non l'emportaient, et les oui ne jugèrent pas à propos de demander le vote par division.

Un bill pour la continuation de tous les autres actes temporaires que, dans l'opinion du comité, les Chambres auraient tort de laisser expirer, fut présenté, voté et envoyé à la Chambre des Lords d'où il revint peu de temps après avec un amendement important. Les Lords avaient inséré dans la liste des actes à continuer l'acte qui plaçait la presse sous le contrôle des censeurs. Les Communes résolurent de ne point consentir à cet amendement, demandèrent une conférence ci nommèrent des commissaires. Le principal commissaire fut Edouard Clarke, Whig ardent, qui représentait Taunton, le

' L'Hermitage, 1er (11) janvier 1695; Vernon à Lord Lexingtun, l'r. 4 janvier; Portland à Lord LeiingtOQ, 15 (25) janvier; Guillaume à Heinsius, 22 janvier (1er février).

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