‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 124 sur 246 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

boulevard, pendant cinquante années orageuses, de la liberté civile et religieuse.

Clarke remit aux Lords dans la Chambre-Peinte un document où se trouvaient énumérées les raisons qui avaient déterminé la Chambre-Basse à ne pas renouveler l'Acte du Privilège. Ce document justifie d'une manière complète la résolution prise par les Communes. Mais il prouve en même temps qu'elles ne savaient pas ce qu'elles faisaient, quelle révolution elles accomplissaient, quelle puissance elles appelaient à la vie. Elles faisaient ressortir avec concision , clarté et vigueur, quelquefois même avec une ironie grave qui ne messied pas, les absurdités et les iniquités du statut qui était sur le point d'expirer. Mais toutes leurs objections n'avaient rapport qu'à des questions de détail. Quant à la grande question de principe, quant à la question de savoir si la liberté de la presse est un bienfait ou un fléau pour la société, les Communes n'en disaient pas un mot. L'Acte du Privilège est condamné, non pas comme une chose mauvaise dans son essence, mais à cause des misérables tracasseries!, des exaclions, des tripotages, des restrictions commerciales, des visites domiciliaires qui en étaient l'accessoire obligé. Les Communes déclarent cet Acte funeste, parce qu'il permet à la Compagnie des Papetiers d'extorquer de l'argent aux éditeurs, parce qu'il autorise les agents du gouvernement à faire des visites dans l'intérieur des maisons sous le couvert de mandats généraux, parce qu'il limite au port de Londres le commerce des livres étrangers, parce qu'il laisse à la douane des cargaisons précieuses de livres jusqu'à ce que les pages soient détériorées par l'humidité. Les Communes se plaignent encore que la somme des droits que se font payer les fonctionnaires chargés de délivrer le privilège ne soit pas fixe et qu'il y ait peine portée contre l'officier de la douane qui ouvre une caisse de livres ailleurs qu'en présence de l'un des censeurs de la presse. Comment, disaient-elles fort justement, l'ofiicier de la douane saura-t-il qu'il y a des livres dans la caisse, s'il ne l'ouvre pas? Voilà les arguments qui firent ce que n'avait pu faire V Aréoparjétiqne de Milton.

Les Lords cédèrent sans résistance. Ils s'attendaient probablement que quelque Bill, pour le règlement de la presse qui soulevait moins d'objections, ne larderait pas à leur être

envoyé. En effet, un Bill dans ce genre fut présenté à la Chambre des Communes, lu deux fois et renvoyé à un comité spécial; mais la session fut close avant que le comité eût déposé son rapport, et la littérature anglaise se trouva émancipée, et émancipée pour toujours du contrôle du gouvernement '. Ce grand événement passa presque inaperçu. Evelyn et Luttrell ne jugèrent pas qu'il valût la peine qu'ils en parlassent dans leurs journaux, ni le ministre hollandais dans ses dépêches. Les mercures mensuels n'y font aucune allusion. L'attention du public était occupée par d'autres sujets beaucoup plus intéressants.

Mort d'Halifax.

L'un de ces sujets était la mort du plus habile, du plus éclairé, et, malgré de grands défauts, du plus estimable des hommes d'Etat qui s'étaient formés dans l'atmosphère corrompue et licencieuse de la cour sous la Restauration. Un mois environ après les splendides obsèques de Marie, un convoi d'une simplicité presque affectée faisait le tour de la chapelle d'Edouard le Confesseur et entrait dans celle d'Henri VII. C'est là, qu'à quelques pieds de distance du tombeau de Marie, se trouve celui de George Savile, marquis d'Halifax.

Halifax et Nottingham étaient unis par les liens d'une vieille amitié, et lord Eland, fils unique d'Halifax, avait été fiancé à la fille de Nottingham, Lady Mary Finot. Quand le jour des noces fut fixé, une joyeuse société se rassembla dans le château du père de la mariée, à Burley-on-the-Hill, où, de l'une des plus belles terrasses qui existe dans l'île, on découvre de magnifiques bois de hêtres et de chênes, la riche vallée de Catmos et la flèche du clocher d'Oakham. Le père du marié était retenu à Londres par une indisposition que l'on ne supposait point dangereuse. Tout à coup la maladie d'Halifax prit une tournure alarmante. On lui annonça qu'il n'avait plus que quelques heures à vivre. Il reçut celte nouvelle

* Voir les Procès-Verbaux des Communes du 11 février, et des 12 el 17 avril, ainsi que les Procès-Verbaux des Lords des 8 et 18 avril Malheureusement, il y a un hiatus dans le Procès-Verbal des Communes du 12 avril, de sorte qu'il est aujourd'hui impossible de découvrir s'il y eut vote par division sur la question de savoir si l'on adopterait l'amendement introduit dans le Bill par les Lords.

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