CHAPITRE III
un désespoir indescriptibles. Il avait entrepris des fournitures de drap à l'usage de l'armée. Interrogé à la Chambre sur ses pratiques avec les colonels des régiments, il refusa obstinément de produire ses livres, et il fut envoyé à la Tour tenir compagnie à Guy *.
Quelques heures après que Craggs eut été jeté en prison, un comité, qui avait été nommé pour instituer une enquête sur la vérité des faits contenus dans une pétition signée par un certain nombre de cochers de fiacre de Londres, déposa sur le bureau de la Chambre un rapport qui excita un dégoût et une indignation universels. Il résultait de ce rapport que ces pauvres gens, dont la vie était déjà si dure, avaient été victimes d'injustices cruelles de la part du comité, sous l'autorité duquel un Bill de la précédente session les avait placés. Ils avaient été pillés et insultés, non pas seulement par les commissaires, mais encore par un laquais de l'un de ces messieurs et par la maîtresse d'un autre. Les Communes se plaignirent au roi qui destitua les délinquants2.
Des coupables plus élevés par leurs fonctions comme par leur rang dans le monde commencèrent alors à éprouver de l'inquiétude. A chaque nouvelle découverte, l'irritation, au dedans et au dehors du Parlement, devenait plus vive. L'extension effrayante qu'avait prise la corruption des fonctionnaires publics, sous toutes les formes, faisait partout le sujet des conversations. Un pamphlétaire contemporain compare l'état du monde politique dans cette circonstance à l'état d'une ville où l'on vient de découvrir que la peste s'est déclarée, et où les mots terribles « Que Dieu ait pitié de nous! » se lisent déjà sur quelques portes3. Des chuchotements que, dans un autre moment, on eût laissés promptement tomber sans les relever, se grossirent et devinrent d'abord des murmures, puis des clameurs. Un bruit s'éleva et se répandit que les fonds des deux plus riches compagnies du royaume, la Cité de Londres et la Compagnie des Indes orientales, avaient été consacrés à corrompre, sur une large échelle,
' Note du speaker Onslow sur Bumet, II, 583; Procès-Verbaux des Communes, 6, 7 mars 1695. On trouvera dans les pamphlets de l'armée de la mer du Sud l'histoire de la lin terrible de cet individu.
• Procès-Verbaux des Communes; Collection des Débats et Actes, etc.; L'Hermitage, 8 (18) mars.
' Collection des Débats, etc.
des personnages haut placés, et la rumeur publique prononça les noms de Trevor, de Seymour et de Leeds.
Ces noms, ainsi jetés par la foule, mirent les Whigs en émoi. Trevor, Seymour et Leeds appartenaient tous les trois au parti tory, et possédaient dans ce parti, chacun par des moyens différents, plus d'influence que le reste des Tories du royaume. Si l'on pouvait les expulser de l'arène politique en ruinant leur réputation, les Whigs seraient tout-puissants dans le Parlement et dans le Cabinet.
Wharton n'était pas homme à laisser échapper une telle occasion. Quand, au café de White, il était entouré de ces jeunes gens de qualité qu'il formait à la politique et à la débauche, il devait rire de bon cœur de la furie avec laquelle la nation s'était mise tout à coup à persécuter des individus qui faisaient ce que tout le monde a toujours fait et essayait de faire tous les jours. Mais si les Anglais étaient fous, l'affaire de l'homme de parti était de profiter de leur folie. Le jargon du puritanisme politique n'était pas aussi familier à Wharton que le blasphème et les propos licencieux. Mais ses talents étaient d'une telle souplesse , et son impudence tellement consommée, qu'il se posa hardiment devant le monde en patriote austère qui gémit sur la vénalité et la perfidie d'un siècle dégénéré. Tandis qu'animé par ce farouche esprit de parti qui, chez les honnêtes gens, serait regardé comme un vice, mais qui, chez lui, était presque une vertu, il poussait avec ardeur ses amis à demander une enquête sur la vérité des bruits fâcheux qui circulaient dans le public, la question se présenta d'une manière étrange et soudaine devant le Parlement. Les Communes discutaient un Bill de peu d'intérêt, lorsque le facteur arriva avec des lettres adressées à un grand nombre de membres, et la distribution s'en fit à la barre au milieu d'un bourdonnement de conversations particulières qui étouffa entièrement la voix des orateurs. Seymour, que son caractère impérieux poussait toujours à prendre un ton magistral et grondeur, gourmands les causeurs sur la scandaleuse irrégularité de leur conduite, et s'adressa au speaker pour qu'il les rappelât à l'ordre. Une aigre discussion s'ensuivit, et l'un des délinquants s'emporta jusqu'à faire allusion aux bruits qui couraient sur Seymour et sur le speaker; « sans doute il est incoavenantde