‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 128 sur 246 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

claré, en termes généraux, qu'il avait eu à payer vingt-trois, vingt-cinq ou trente mille livres au sujet de la Charte, et la cour, sans lui demander aucune explication détaillée, l'avait remercié de ses soins, et lui avait accordé immédiatement le crédit considérable dont il avait besoin. Quelques directeurs, moins faciles à satisfaire, avaient, à ce qu'il paraît, murmuré contre cet immense déboursé, et avaient exigé un compte rendu détaillé. Mais la seule réponse qu'ils avaient pu tirer deCook, c'est qu'il y avait de toute nécessité des gratifications à distribuer parmi de grands personnages.

Opérations suspectes de Seymour.

Le comité déclara également, dans son rapport, qu'il avait mis par hasard la main sur un contrat par lequel la Compagnie s'engageait à fournir. à un individu, nommé Colston, deux cents tonnes de salpêtre. Au premier abord, cette opération paraissait parfaitement légitime et toute commerciale. Mais on ne tarda pas à découvrir que Colston n'était qu'un agent de Seymour. Cette circonstance excita le soupçon. Les termes compliqués du marché furent examinés avec rigueur, et le comité les trouva rédigés de telle façon qu'en tout état de cause, Seymour devait gagner et la Compagnie perdre de dix à douze mille livres. Dans l'opinion de tous ceux qui surent lire au fond des choses, ce contrat n'était qu'un déguisement destiné à couvrir un présent fait à Seymour par la Compagnie. Mais ce déguisement était si habile que les gentilshommes campagnards étaient dans une grande per» plexité, et que les légistes doutaient qu'une telle preuve de corruption fût regardée comme suffisante par une cour de justice. Seymour échappa aux poursuites sans même avoir à encourir un vole de censure, et continua à prendre une part importante aux débats de la Chambre des Communes '. Mais l'autorité qu'il avait longtemps exercée dans la Chambre et dans les comités de l'ouest de l'Angleterre fut, sinon détruite, au moins sensiblement affaiblie, et jusqu'à la fin de

' On vit qu'il était impossible de le poursuivre en justice, chacun toutefois demeurant convaincu que c'était un marché fait à la main pour lui faire présent de la somme de 10,000 livres, et qu'il avait été plus habile que les autres novices qui n'avaient pas su faire si finement leurs affaires. L'Herm.tage, 29 mars(8 avril); Procès-Verbaux des Communes, 12 mars ; Veroon à Lexjngton, 26 avril ; Burnet, 11, 145.

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sa vie, son trafic de salpêtre devint le thème favori des pamphlétaires et des satiriques whigs '.

Bill contre sir Thomas Cook.

En voyant leur échapper leur proie, Wharton et ses amis sentirent s'enflammer leur ardeur. Ils étaient résolus à découvrir ce qu'étaient devenus les quatre-vingts ou quatrevingt-dix mille livres de fonds secrets que la Compagnie des Indes avait confiés à Cook. Ce dernier, qui était membre pour Colchester, fut questionné à sa place. Il refusa de répondre et fut envoyé à la Tour, puis un bill fut présenté à la Chambre portant que si, avant un jour déterminé, il ne confessait point la vérité tout entière, il serait déclaré incapable de jamais occuper un emploi, serait tenu de restituer à la Compagnie l'énorme somme qui lui avait été confiée, et payerait à la couronne une amende de vingt mille livres. Si riche qu'il fût, l'application de ces peines l'eût réduit à la misère. Les Communes étaient dans une telle disposition qu'elles passèrent le bill sans même aller une seule fois aux voix2. Seymour, il est vrai, bien que son contrat de salpêtre fût alors la conversation de toute la ville, se leva avec un aplomb imperturbable pour prendre la parole en faveur de son complice, mais son effronterie ne fit que compromettre la cause qu'il défendait3. Dans la Chambre-Haute, le duc de Leeds attaqua le Bill dans les termes les plus vifs. La main sur son cœur, il déclara sur sa foi, sur son honneur, qu'il n'avait dans la question aucun intérêt personnel et qu'il n'avait d'autre mobile qu'un pur amour de la justice. Son éloquence fut puissamment secondée par les pleurs et les lamentations de Cook qui, de la barre, suppliait les Pairs de ne point le soumettre à une espèce de torture inconnue dans la douce législation de l'Angleterre. « Au lieu de ce bill cruel, leur disait-il, passez un bill d'amnistie, et je vous dirai tout.» Les Lords ne jugèrent pas que sa prière fût complètement déraisonnable. Après quelques communications avec les Communes, il lut décidé

1 On lit dans un poème intitulé La l'rophctie (1703) : « Quand Seymour dédaigne les profils que lui procura le salpêtre. »

Et dans une autre salire : « Seymour le corrompu déclame contre la corruption. »

* Procè$-Verba\u de» Communes du 20 mars au 8 avril 1005.

■ L'Hermitage, to (20) avril 1095.

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