CHAPITRE
que Robart les comptât pour moi, et Sa Grâce fut assez bonne pour m'accorder cette permission. » Il était évident que si cette étrange histoire avait été vraie, les guinces auraient été emportées en quelques heures. Mais Rates fut forcé d'avouer qu'elles étaient restées six mois là où il les avait laissées. A la fin, il est vrai, l'argent avait été rendu par Robart, et c'était là une des circonstances les plus suspectes de l'affaire, le matin même du jour où le comité tint sa première séance dans la Chambre de l'Échiquier. Si cette affaire avait été pure de toute corruption, pourquoi avait-on retenu les guinées tant que Cook pouvait garder le silence, et pourquoi les avait-on restituées le premier jour où il avait été obligé déparier1.
Mise en accusation de Leeds.
Quelques heures après l'interrogatoire de Rates, Wharton fit à la Chambre des Communes un rapport sur ce qui s'était passé dans le sein du comité. L'indignation fut générale et violente. « Vous savez maintenant, s'écria Wharton, pourquoi tant d'obstacles ont été jetés à chaque pas sur notre roule, pourquoi il nous a fallu arracher la vérité mot à mot, pourquoi on s'est servi avec tant d'artifice du nom de Sa Majesté, afin de nous empêcher de procéder à une enquête qui n'a mis en lumière que ce qui était à l'honneur de Sa Majesté. Pouvons-nous nous étonner de la grandeur des difficultés que nous avons rencontrées , quand nous considérons le pouvoir, la dextérité, l'expérience de celui qui nous contrecarrait en secret? Il est temps que, par un châtiment éclatant, nous montrions au monde qu'il est impossible à un criminel de mêler si adroitement les traces que nous ne puissions les découvrir, ou de gravir si haut que nous ne puissions l'atteindre. Jamais on n'a vu un plus infâme exemple de corruption. Jamais coupable n'a eu moins de droits à l'indulgence. Les obligations que le duc de Leeds a envers son pays sont d'une espèce peu commune. Nous lui avons généreusement fait remise d'une dette considérable, mais la manière dont notre générosité a été récompensée nous force à nous ressouvenir qu'il y a longtemps il fut mis en accusation pour
1 I/Hermitage, 30 avril (10 mai), remarque avec justesse que la manière dont l'argent fût renvoyé fortifiait les soupçons contre Leeds.
avoir reçu de l'argent de la France. Comment pouvons-nous être en sûreté tant qu'un homme convaincu de vénalité jouit de la faveur royale? Nos plans les mieux combinés ont été déjoués. Nos dessins les plus secrets ont été dévoilés. Et qu'y a-t-il là d'étonnant? Pouvons-nous douter qu'avec ce trafic qui s'exerce à l'intérieur sur les Chartes, il ne s'en fasse en même temps à l'étranger un autre non moins lucratif de nos secrets? Pouvons-nous douter que celui qui nous vend les uns aux autres ne nous vende tous un jour, pour un bon prix, à l'ennemi commun?»
Wharton termina son discours en demandant que Leeds fût mis en accusation pour crime de corruption.
Leeds avait dans la Chambre des Communes beaucoup d'amis et de créatures, mais ils ne purent dire que peu de chose pour sa défense. La motion de Wharton passa presque sans division. Il reçut l'ordre de se rendre à la barre de la Chambre des Lords, et là, au nom des Communes d'Angleterre, de déclarer le duc en état d'accusation. Mais avant que cet ordre eût été exécuté, on annonça que Sa Grâce était à la porte et demandait à être entendu ».
Tandis que Wharton avait fait son rapport à la Chambre des Communes, Leeds avait harangué les Lords. Il nia, sous les serments les plus solennels, qu'il eût touché pour luimême aucune somme. Mais il reconnut, et même il s'en vanta presque, qu'il avait aidé Bâtes à se faire donner de l'argent par la Compagnie, et il sembla croire que c'était là un de ces services qu'on devait s'attendre à voir tout personnage en place rendre à ses amis. En effet, trop de gens, à cette époque, établissaient une distinction absurde et fatale entre un ministre qui usait de son influence pour se faire donner des cadeaux à lui-même, et un ministre qui usait de son influence pour en faire donner à ses créatures. Le premier était un corrompu, le second était tout simplement un homme bon pour ses amis1. Leeds se mit alors à raconter, sur sou compte, avec une rare complaisance, une anecdote qui, de nos jouis, ferait chasser un homme public, non-seulement du pouvoir, mais encore de la bonne société. « Mllords, dit-il, lorsque j'occupais la place de trésorier, au temps du roi Charles, il s'a-
' il n'y a pas à douter, je 01 >!s, que le membre qui est dôetgod p but l'initiale D., dans la Confection exacte, ne soit Wluitou.