‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 132 sur 246 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

est timide ; il apprenti que la Chambre des Communes a déclaré criminelle une affaire dans laquelle il a été mêlé, que son maître est mis en accusation, que son ami Bâtes est en prison, et que son tour à lui approche. Naturellement, il s'enfuit dans son pays, et, tel que je le connais, je puis vous prédire qu'il ne s'exposera plus de sitôt aux atteintes d'un mandat du speaker. Mais que me fait à moi tout cela? faudra-t-il que je reste toute ma vie sous le poids d'une accusation comme celle-ci, uniquement parce que la violence de mes accusateurs a fait sauver d'Angleterre le témoin sur lequel ils comptaient? Je demande à être jugé immédiatement. Je propose donc à Vos Seigneuries de décider que si les Communes ne continuent pas leurs poursuites avant la fin de la session, l'accusation soit mise à néant. » Quelques voix amies appuyèrent cette motion. Mais la majorité des Pairs refusa de prendre une décision qui eût été on ne peut plus blessante pour la Chambre-Basse comme pour la nation que cette Chambre représentait. En conséquence, ils laissèrent tomber la motion du duc de Leeds, et presque aussitôt après le Parlement fut prorogé '.

La mise en accusation ne fut jamais renouvelée. Le témoignage sur lequel on eût pu baser un verdict en règle de culpabilité manquait, et un verdict en règle n'eût pas mieux répondu au but de Wharton que le verdict que la nation avait déjà prononcé, bien que celui-ci ne fût pas revêtu des formes légales. Les Whigs étaient arrivés à leurs fins, ils triomphaient. Leeds n'était plus le ministre dirigeant, il ne faisait même plus partie du ministère. Guillaume, par respect sans doute pour la mémoire de la femme bien-aimée qu'il venait de perdre, et à laquelle Leeds portait un attachement tout particulier, évita tout ce qui eût pu ressembler à de la dureté. Il permit à l'homme d'Etat tombé de conserver, pendant fort longtemps, le titre de Lord-Président, et de marcher dans les cérémouies publiques entre le grand sceau et le sceau privé. Mais il lui fit dire qu'il ferait bien de ne pas se montrer au conseil. Les affaires et le patronage même du département dont il était le chef nominal passèrent en d'autres mains, et

' Collection exacte; Procès-Yeibaux des Lords, 3 mai 1G95; Procès- Verbaux des Communes, 2 et 3 mai; L'iltrmitage, 2 (13) mai; Gazette de Londres, 13 mai.

la place qu'il remplissait ostensiblement fut considérée dans les cercles politiques comme vacante en réalité '.

Disgrâce de Leeds.

Il s'enfuit en toute hâte à la campagne et s'y tint caché, pendant quelques mois, loin des regards du public. Toutefois, lorsque le Parlement se réunit de nouveau, il sortit de sa retraite. Bien qu'abattu par l'âge, et en proie à de cruelles souffrances physiques, son ambition était aussi ardente que jamais. Doué d'une énergie infatigable, il entreprit et se flatta de remonter une troisième fois à ce faîte éblouissant des honneurs qu'il avait déjà atteint deux fois, mais dont deux; fois il avait été précipité. Il prit une part importante aux débats, mais bien que son éloquence et son savoir lui assurassent toujours l'attention de ses auditeurs, il n'obtint plus jamais, même quand le parti tory fut au pouvoir, la moindre part dans la direction des affaires.

Nomination de Lords-Juges.

Il y eut une grande humiliation que Guillaume ne put lui éviter. Le roi était à la veille de reprendre le commandement de l'armée des Pays-Bas et, avant de partir pour le continent, il lui fallait déterminer par qui le Gouvernement serait administré durant son absence. Jusqu'alors Marie avait tenu sa place quand il était éloigné de l'Angleterre, mais Marie n'était plus. Guillaume délégua donc son autorité à sept Lords- Juges, savoir : Tenison, archevêque de Cantorbéry, Somers, gardien du grand sceau, Pembroke, gardien du sceau privé, Devonshire, lord Dorsct, Grand-Chambellan, Shrcwsbury, secrétaire d'Etat, et Godolphin, premier Commissaire de la trésorerie. Il est aisé de voir, d'après cette liste de noms, de quel côté penchait maintenant la balance du pouvoir. Sur les sept, Godolphin seul appartenait au parti tory. Le Lord-Président, qui était encore le second par le rang, mais qui peu de jours auparavant était le premier par le pouvoir de tous les grands dignitaires laïques du royaume, fut laissé de côté, et cette omission fut universellement regardée comme l'annonce officielle de sa disgrâce 2.

> L'Hermilage, 10 (20)mai tti'J.v, Vernon à Slnewsbury, 22 juin 1697. * Gazelle de Londres, 0 mai 1695.

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