‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 134 sur 246 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

tance de cette réconciliation, se rendit à Kensington et pénétra jusque dans le cabinet royal. Il y trouva Guillaume plongé dans une si profonde tristesse qu'il ne parut pas s'apercevoir que quelqu'un tût entré dans l'appartement. Le Lord- Keeper, après une pause respectueuse, rompit le silence et, sans doute, avec cette prudente délicatesse qui le caractérisait et qui le rendait éminemment propre à toucher les blessures du cœur sans les irriter, il supplia Sa Majesté de se réconcilier avec la princesse. « Faites ce que vous voudrez, lui dit Guillaume, je suis incapable de m'occuper d'affaires. » Munis de cette autorisation, les médiateurs conclurent en toute hâte un traité1. Anne vint à Kensington et fut reçue d'une manière gracieuse ; elle fut logée au palais de Saint-James; une garde d'honneur fit faction à sa porte, et les gazettes annoncèrent de nouveau, après un long intervalle, que les ministres étrangers avaient eu l'honneur d'être présentés à la princesse 2. On accorda de nouveau aux Churchills la permission d'habiter sous le toit royal. Mais Guillaume ne les comprit pas d'abord dans le traité de paix qu'il avait fait avec leur maîtresse. Marlborough resta exclu des emplois politiques et militaires, et ce ne fut pas sans une grande difficulté qu'il fut admis au cercle de la cour, à Kensington, et qu'il obtint la permission de baiser la main royale3. Les sentiments qu'il inspirait au roi expliquent pourquoi Anne ne fut pas nommée Régente. La régence d'Anne eût été la régence de Marlborough, et il n'était pas étrange que Guillaume s'abstînt de remettre le gouvernement de l'État entre les mains d'un homme auquel il ne jugeait pas prudent de confier un emploi quelconque ni dans l'État ni dans l'armée.

Si Marlborough avait été d'une nature orgueilleuse et vindicative, il aurait pu être tenté de faire naître de nouvelles querelles dans la famille royale et de former de nouvelles cabales dans l'armée. Mais toutes ses passions, si l'on en excepte l'avarice et l'ambition, étaient sévèrement contenues. S'il était dépourvu de tout sentiment de reconnaissance, il

1 Lettre de M,s Burner à la duchesse de Marlborough, 1704, citée par Coxe, Shrewsbury à Itussell, 24 janvier 1695; Burnet, il, 149. • Gazette de Londres, 8, 15, 29 avril 1695. ' Shrewsbury à Russell, 24 janvier 1695; Journal de Narcisse Luttrcll.

ne l'était pas moins de tout sentiment de rancune. Il avait conspiré contre le gouvernement, quand celui-ci le comblait de faveurs ; il le soutenait maintenant, bien qu'il ne fût payé que par des affronts de l'appui qu'il lui prêtait. Il comprenait admirablement son intérêt; nul mieux que lui ne savait commander à son caractère ; il supporta dignement les rigueurs de sa situation présente et se contenta d'envisager dans l'avenir une réaction qui le récompenserait amplement de quelques années de patience. Il ne cessa point, il est vrai, de correspondre avec la Cour de Saint-Germain, mais cette correspondance qui se ralentit de plus en plus, ne consista plus de sa part qu'en vagues protestations et en excuses banales.

L'événement qui avait changé toutes les idées de Marlborough avait rempli d'espérances et de projets atroces des politiques plus farouches et plus opiniâtres dans leur haine.

Complots jacobites contre la personne de Guillaume.

Pendant les deux années et demie qui suivirent l'exécution de Grandval, aucune entreprise sérieuse n'avait été formée contre la vie de Guillaume. Quelques mécontents exaltés avaient, il est vrai, conçu le dessein de l'enlever ou de l'assassiner; mais tant que Marie vécut, ces complots n'avaient pas été encouragés par son père. Jacques n'éprouvait pas, et rendons-lui celte justice, il ne poussait pas l'hypocrisie jusqu'à affecter d'éprouver aucun scrupule pour se débarrasser de ses ennemis par les mêmes moyens qu'il avait justement condamnés comme vils et criminels quand ses ennemis les employaient contre lui. Si quelques scrupules de ce genre s'étaient élevés dans son esprit, il ne manquait pas /dans son palais, de casuistes tout prêts à calmer sa conscience par des sophismes tels que ceux qui avaient corrompu de plus nobles natures, Antony Babington , et Everard Digby. Aux yeux de ces docteurs, mettre en question la légalité de l'assassinat, dans les cas où l'assassinat pouvait servir les intérêts de l'église, c'était mettre en question l'autorité même des plus illustres jésuites, de Bellarmin et de Suaie/, de Molina et de Mariana, quedis-jeî c'était se révolter contre la chaire de saint Pierre, l'n pape s'était promené procès-

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