CHAPITRE II r
et politique. Les amis de Porter ne pouvaient nier que ce ne fût un libertin et un fat, qui buvait, jurait, débitait sur ses amours des mensonges extravagants, et qui avait été convaincu d'iiomicide pour un coup de poignard donné dans une querelle à la maison de jeu. De leur côté, ses ennemis affirmaient qu'il se livrait à de dégoûtantes et d'horribles débauches, et que c'était par la tricherie et la rapine qu'il se procurait les moyens de satisfaire ses goûts infâmes. Il faisait partie, ajoutaient-ils, d'une bande de rogneurs de pièces de monnaie. Parfois, il montait à cheval au milieu de la nuit, qu'il s'esquivait, disait-on, à la dérobée sous un déguisement quelconque et que son extérieur, au retour de ces excursions mystérieuses, justifiait les soupçons de ceux qui l'accusaient d'avoir été faire des affaires sur la Bruyère d'Hounslow ou sur le pré communal de Finchley '.
Goodman.
Cardell Goodman, surnommé par le peuple Scume (Ecume) Goodman, vaurien plus dépravé encore, si c'est possible, que Porter, était dans le complot. Goodman avait figuré sur les planches, avait été entretenu, comme des personnages plus considérables, par la duchesse de Cleveland qui l'avait accueilli dans sa maison, qui l'avait comblé de bienfaits et qu'il avait récompensée de ses bontés en poussant un charlatan italien à empoisonner deux de ses enfants. Le poison n'ayant pas été administré, Goodman ne put être poursuivi que pour ce délit. Il fut jugé, convaincu et condamné à une amende qui le ruina. Depuis, il s'était distingué comme l'un des premiers faussaires de billets de banque 2.
Parkyns.
Sir William Parkyns, riche chevalier qui se destinait au barreau et qui s'était fait remarquer parmi les Tories à l'époque du Bill d'Exclusion, était l'un des membres les plus importants de l'association. Il jouissait d'une meilleure réputation que la plupart de ses complices, mais sous un rap-
' Tout ce qu'on savait ou disait de mal sur le compte de Porter fut publié lors des procès politique de 1696.
1 En ce qui concerne Guoduian, voir les dépositions dans le procès de Pierre Cook; Cleverskirke, 28 février (9 mars; 1696; L'Hermitape, 10 (20) avril 1696, et une pasquinade intitulée : Mémoire de ta duchesse de Ckveland.
port, il était plus coupable qu'aucun d'eux, car, afin de conserver un emploi lucratif qu'il occupait à la cour de la Chancellerie, il avait prêté serment au prince contre la vie duquel il conspirait en ce moment.
Fenwick.
Sir John Fenwick, célèbre pour la lâche insulte qu'il s'était permise contre la feue reine, fut mis dans la confidence du complot. Fenwick, si l'on en croit ses allégations, voulait bien jouer son rôle dans une insurrection, mais il repoussa avec horreur toute pensée d'assassinat, et il montra assez ce qu'il avait dans l'esprit pour exciter les soupçous de ses associés moins scrupuleux. Il leur garda le secret, toutefois, aussi rigoureusement que s'il avait souhaité de les voir réussir.
Il semble que d'abord un sentiment naturel empêcha les conspirateurs de donner à leur projet son véritable nom. Même dans leurs conciliabules secrets, ils ne parlaient pas encore de tuer le prince d'Orange. Ils ne voulaient que s'emparer de sa personne et le transporter vivant en France. S'ils éprouvaient quelque résistance, ils seraient peut-être obligés de se servir de leurs épées et de leurs pistolets, et personne ne pourrait être responsable des suites. Dans le printemps de 1695, les conspirateurs communiquèrent à Jacques ce projet d'assassinat, à peine déguisé, et le prièrent avec instances d'y donner son assentiment. Mais les semaines s'écoulèrent sans qu'aucune réponse arrivât de Saint-Germain. Jacques gardait évidemment le silence dans l'espoir que ses adhérents, après avoir attendu quelque temps, se risqueraient à agir sous leur propre responsabilité, et que de cette façon il recueillerait les fruits de leur crime sans en avoir le scandale. Il semble, en effet, que c'est ainsi qu'ils le comprirent. Si le roi, disait-il, n'avait point autorisé l'entreprise, il ne l'avait pas non plus défendue, et informé comme il l'était de leur projet, l'absence de prohibition de sa part était une autorisation suffisante. Ils résolurent donc de frapper le coup ; mais avant qu'ils eussent pris tous les arrangements nécessaires, Guillaume partit pour les Flandres, et l'exécution du complot fut nécessairement ajournée jusqu'à son retour.