CHAPITRE III
Session du Parlement d'Ecosse.
Ce fut le 12 mai que le roi quitta Kensington pour Gravesend où il se proposait de s'embarquer pour le Continent. Trois jours avant son départ, le Parlement d'Ecosse, après des vacances d'environ deux ans, s'était réuni de nouveau à Edimbourg. Hamilton qui, dans la session précédente avait siégé sur le trône et tenu le sceptre, était mort, et il fallait nommer un nouveau Lord Haut-Commissaire. Le choix de Guillaume s'arrêta sur John Hay, marquis deTweedale, chancelier du royaume, personnage blanchi dans les affaires, instruit, prudent, humain, de mœurs irréprochables, et, en somme, aussi respectable qu'aucun des Lords écossais qui avaient pris une part active aux événements politiques de ces temps orageux.
Sa tâche n'était pas sans difficulté. On savait, il est vrai, que lesElats étaient, en général, disposés à soutenir leGouvernement,mais on savait aussi qu'il y avait une question qui demanderait à être traitée avec une dextérité et une délicatesse extrêmes. Le cri du sang versé plus de trois ans auparavant à Glencoë s'était à la fin fait entendre. Vers la fin de 1693, les bruits qu'on avait d'abord repoussés avec mépris comme des calomnies inventées par l'esprit de parti commencèrent à être trouvés dignes d'une attention sérieuse. Une foule de personnes, peu disposées à ajouter foi à tout ce qui sortait des presses clandestines des Jacobites, reconnaissaient cependant que, pour son honneur, le gouvernement aurait dû instituer une enquête. L'aimable Marie avait été profondément émue de ce qu'on lui avait raconté. A sa requête, Guillaume avait chargé le duc d'Hamilton et plusieurs autres Ecossais de distinction de faire une enquête sur cette affaire. Mais le duc mourut, ses collègues s'acquittèrent avec négligence de cette mission, et le roi, pour qui l'Ecosse était à peu près inconnue et qui s'occupait peu de ce pays, oublia de stimuler leur zèle K
On voyait maintenant que le gouvernement aurait bien fait sous tous les rapports en allant au-devant des vœux des Ecossais. L'horrible histoire répétée par les Non-Jureurs
' Voir le Préambule de la Commission de 1695,
avec une obstination, une assurance et une foule de détails qui forçaient presque la conviction, avait à la fin soulevé toute l'Ecosse. La susceptibilité d'un peuple éminemment patriote était excitée encore par les reproches des pamphlétaires du Sud qui demandaient s'il n'y avait au nord de la Tweed ni loi, ni justice, ni humanité, ni courage pour réclamer le redressement des griefs même les plus odieux. Chacun des deux partis extrêmes qui, dans les questions de politique générale étaient diamétralement opposés l'un à l'autre, était poussé par un sentiment particulier à demander une enquête. Les Jacobites étaient enchantés d'avoir mis la main sur une affaire qui leur permettait de jeter du discrédit sur l'usurpateur et de répondre victorieusement aux imputations lancées par les Whigs contre Claverhouse et Mackenzie. Quant aux Presbytériens ardents, ils n'étaient pas moins ravis à l'idée de ruiner le Maître deStair. Ils n'avaient ni oublié ni pardonné le service qu'il avait rendu à la famille des Stuarts au temps de la persécution. Ils savaient que, bien qu'il eût loyalement concouru à la révolution politique qui les avait délivrés d'une dynastie exécrée , il avait vu avec déplaisir la révolulion ecclésiastique qui, à leurs yeux, était beaucoup plus importante encore. Ils savaient que le gouvernement de l'Eglise n'étant pour lui qu'une afl'aire d'Etat, il préférait la forme épiscopale à la forme synodale. De plus, ils ne voyaient point sans inquiétude un ennemi aussi adroit et aussi éloquent de la pure religion attaché constamment aux pas du roi auquel il soufflait sans doute de perfides conseils. Ils brûlaient donc d'impatience de voir s'ouvrir une enquête qui, si la moitié des bruits qui couraient était vraie, ne pouvait manquer d'amener des révélations fatales au pouvoir comme à la réputation du ministre objet de leur méfiance. Ce ministre ne pouvait non plus compter sur l'appui cordial des fonctionnaires de la couronne, son génie et son influence avaient excité la jalousie d'un grand nombre de courtisans moins heureux et surtout de son secrétaire, Johnstone.
C'est ainsi qu'à la veille de la réunion du Parlement d'Ecosse, Grleocoë était dans la bouche de tous les Ecossais, de tout parti et de toute secte, Guillaume, qui était justement sur le point de partir pour le Continent, apprit que les Etats voulaient être satisfaits et que la meilleure chose qu'il avait